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Le Pantoum

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5 juin 2014, première partie

Je m’engouffre dans une petite entrée bien modeste qui se situe juste à côté de la porte du Jos Dion, où quelques hommes bedonnants se tiennent à tirer des puffs de leurs cigarettes à plumes. À quelques pas d’eux se trouvent une dizaine de jeunes de toutes les origines possibles. Il y a des barbus à lunettes, deux dudes aux cheveux longs et une poignée de hipsters nonchalants. Ces deux univers sont à quelques pas l’un de l’autre et pourtant ils n’entreront jamais en collision, car ils ont chacun leur raison d’être. Les serveurs du Jos Dion savent très bien ce qui se passe à la porte d’à côté et ils sont prêts à accueillir les jeunes qui en sortent en masse dans la nuit.

Une fois entré, je monte deux étages dans une cage d’escalier sombre bordée par des posters sur lesquelles nous pouvons voir les talents de dessin et de design de Thomas B. Martin (superstar locale de posters et membre du groupe punk-un-peu-con MOM Jeans). Au premier palier, je passe devant une porte derrière laquelle nous pouvons entendre des rires et de la musique. Le Loft I. Anciennement le repaire d’un collectif de rap un peu sketchy qui organisait paraitrait-il des partys légendaires, maintenant il héberge les membres fondateurs du Pantoum et leur sert de studio d’enregistrement.  Le hall d’entrée du Loft I sert aussi de vestiaire l’hiver, une mesure qu’ils ont pris après une congestion monstre alors que le vestiaire était non-existant pour un show de Suuns qui avait accueilli un nombre record de spectateurs pour la salle.

Je continue mon chemin vers le deuxième palier, le Loft II, alias Le Pantoum. Il y a un petit line up, tous des visages que je ne reconnais pas. Il y a un portier. Il ne laisse plus personne entrer. Le show est sold out. Les gens dans le line up rebroussent chemin. Je m’avance vers lui. ‘ Salut, je connais les gars. Je prends les photos, je suis sensé être sur la guestlist. ‘ Le jeune homme ne semble pas trop comprendre, ni comment réagir. Ce que je lui dis est une demi-vérité, je ne suis pas sur la guestlist, par contre je compte bien prendre des photos de la soirée. Il se retourne, essaie de trouver l’un des organisateurs, l’air un peu perplexe. J’en profite pour m’infiltrer et je vois Antoine et Vincent assis à une table sur lequel est dessiné un gigantesque jeu de bingo. Ils utilisent ce procédé pour empêcher les gens de sortir avec leur bière, tout en les assurant qu’ils vont la retrouver à leur retour de leur puff de santé. Le principe est assez simple : tu poses ta bière sur le G64, les gars à la table s’assurent que personne ne met quelque chose dedans, tu mémorises ton numéro et lorsque tu es de retour, tu reprends ta bière où tu l’as laissé. Antoine m’aperçoit enfin et il fait signe au portier de me laisser entrer. Ouf …

 

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( Crédit : Sébastien Ouellet )

 

26 mars 2012, les shows secrets

Sur facebook, je reçois une invitation de Jean-Michel Letendre-Veilleux pour un show dans un endroit qui s’appelle le LOFT II. J’ai rencontré le jeune homme l’été passé en tournant une capsule pour le Festival OFF de Québec avec Sophie Bernier avec son band Leafer pour une série qu’elle avait créé, OFF Sur le Toit.

Les gars étaient un peu fous, jeunes et la tête pleine de projets. Alors que nous tournions la capsule sur le toit d’un appartement gigantesque et bordélique sur la rue Gabriel-Marchand dans St-Jean-Baptiste, des gens étaient en train de déménager des lieux. Ils allaient emménager dans ce qu’ils allaient nommer le LOFT II.

L’événement auquel Jean-Michel m’invite sur Facebook s’appelle Softspot + Crinkles + Leafer. C’est un show secret dans un appartement appelé le LOFT II, situé à la limite de St-Roch et St-Sauveur. Deux bands de Brooklyn bookés avec un band local. Je suis super excité, c’est la première fois que j’assiste à un show d’appartement et je vais connaitre personne.

 

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( crédit : Sébastien Ouellet )

Tout le monde fume. Il y a des gens assis par terre partout, des musiciens, des poètes, des anarchistes, des étudiants de toutes sortes. Je traverse ce qui semble être un salon, parsemé de plusieurs grands divans dépareillés. La pièce est trouées d’environ cinq portes qui mènent à des chambres. C’est alors que je réalise la grandeur de cet appartement. Un 11 et demi, qui fait toute la longueur de l’étage du bâtiment qui héberge aussi le Jos Dion. Au-delà du salon se trouve une cuisine qu’ils ont barricadée et un salon en forme de L dans le milieu duquel se trouve un espace improvisé avec des instruments et des amplis. À l’autre extrémité du L, il y a une énorme salle de bain aux murs tapissés de miroirs et au centre de laquelle émerge un gigantesque bain tourbillon. Ce que je vais apprendre plus tard, c’est que ce loft avait autrefois servi de centre d’escortes ( pas toutes majeures ) et qu’un certain animateur de radio y aurait été arrêté… Les hommes faisaient monter les escortes grâce à un ascenseur qui montait directement dans le loft et elles déambulaient sur un tapis rouge alors que les clients les scrutaient pour choisir leur préférée pour ensuite aller s’amuser avec elle dans le bain tourbillon. Je ne sais pas si c’est la vérité, mais comme a dit Tony Wilson ‘ Si vous avez à choisir entre la réalité ou la légende, choisissez la légende. ‘

Cette soirée fut ma première immersion et non la dernière dans ce qui allait devenir la communauté du Pantoum. J’y ai rencontré Jean-Étienne Collin-Marcoux. Il était soundman pour le show et lui aussi ne connaissait quasiment personne, à part Jean-Michel. Les deux jeunes hommes avaient grandi sur la rive-sud de Québec. Jean-Étienne faisait aussi partie d’un band électro-rock appelé les X-Ray Zebras et allait fonder le Pantoum un an plus tard avec Jean-Michel dans ce même loft.

 

20 juillet 2012, quelques mois plus tard

C’est l’ouverture officielle du Pantoum, quelques mois après les shows secrets qu’ils y organisaient. L’endroit a beaucoup changé depuis le Loft II. Le premier band à fouler les planches d’un stage bâti pendant l’été par Jean-Michel, Jean-Étienne et leurs amis, est TOPS, de Arbutus Records de Montréal.

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La place est pleine à craquer, l’excitation est palpable et des gens de tous les milieux de la scène émergente de Québec sont venus saluer l’initiative. Les gars me font faire le tour du loft, qui a été transformé pour sa renaissance. Ils ont défoncé des murs, créé de nouvelles pièces, tout ça avec l’accord du propriétaire. Du bon travail. Il y a un studio d’enregistrement, une régie, un local de jam, deux chambres et une salle de lavage. Jean-Étienne est tellement dédié qu’il a décidé d’habiter la salle de lavage en y construisant une mezzanine, tout ça parce qu’elle mène à la régie et qu’il va être le grand manitou sonore de la place. Dans ce loft à multiples utilisations, trois membres fondateurs du Pantoum y habitent en permanence, leur vie évoluant en symbiose avec les différents bands qui viennent y enregistrer, jammer ou juste faire le party. Jean-Étienne et Jean-Michel bûchent fort pour faire rouler l’endroit, en plus d’essayer de finir leurs études en musique à l’université.

 

5 juin 2014, deuxième partie

Il y a du va et vient dans le couloir qui mène à la scène. Comme d’habitude, avant les shows, la moitié des spectateurs se retrouvent à fumer dehors. Ils débordent jusqu’à l’autre côté de la rue, ils s’assoient sur des gros blocs de béton qui bordent un stationnement tout ce qu’il y a de plus banal et sans vie. Le premier band, Heat, n’est pas encore commencé. Je décide alors d’aller rejoindre mon amie qui se trouve justement sur un des blocs de béton. Elle s’esclaffe, danse dans le stationnement et parle aux gens déambulant sur le trottoir. Elle est pas mal saoule. On déconne un peu, on danse ensemble. Je la vois interpeller une voiture de police qui vient se stationner non-loin de notre emplacement. Elle est suivie de deux autres auto-patrouilles. Les policiers viennent nous parler un peu, s’assurent que personne ne boit de bière sur la voie publique. Ensuite, comme c’est arrivé à quelques reprises depuis les débuts du Pantoum, ils vont faire leur ronde à l’intérieur. Ils sont toujours très polis et respectueux et ils n’ont jamais donné l’ordre d’arrêter la musique ou quoi que ce soit. Ils vont surtout s’assurer qu’il n’y a pas de vente de drogue, de prostitution et de bière en vente. Jean-Michel et Jean-Étienne ont toujours fait attention pour respecter toutes ces conditions étant donné que Le Pantoum est dans une zone grise de la légalité. La police et la ville semblent être au courant de ce qu’ils font et les tolèrent tout aussi longtemps qu’ils marchent les fesses serrées.

Une fois les voitures de police repartie, nous entrons dans l’édifice juste à temps pour le début du premier band, Heat.

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Encore une belle découverte musicale signée Le Pantoum. C’est Jean-Michel qui booke les bands. Des bands qu’il a soit connu en tournée avec son band leafer, ou bien des bands dont il est fan. De plus en plus, c’est maintenant les bands qui le contactent pour y jouer, ayant entendu parler des soirées mythiques qui s’y déroulent. C’est Jean-Étienne qui y est encore soundman. Une job qu’il exerce avec la même passion qu’il y a trois ans, toujours à l’écoute des musiciens et débrouillard comme un scout. À la console d’éclairage, il y a installé son ami Kevin Savard, qui possède sa propre compagnie d’éclairage et qui enrichit les shows du Pantoum d’une expertise qu’on retrouve rarement dans la scène de shows underground de Québec.

La soirée atteint son apogée avec l’arrivée sur scène d’un excellent band de Montréal, Passwords, un secret un peu trop bien gardé de la métropole. C’est le party dans la place et le monde danse, boit et il y a des gens qui se french sur les divans. Une ambiance que l’on retrouve seulement dans les meilleurs shows d’appart.

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Cette soirée clôture la deuxième année d’existence du Pantoum. Deux ans de découvertes musicales, de belles rencontres, de nouvelles amitiés, de moments fous à danser sur des DJ sets après les shows, de frenchs dans les toilettes. Les gars ont pris un peu de repos cet été, espérons-le et ils nous reviennent en force cet automne avec une nouvelle programmation toujours axée sur des bands émergents d’ici et d’ailleurs. Pour plus de détails, allez aimer leur page facebook.

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