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[ENTREVUE] Emilie Kahn – Le travail derrière le succès

En octobre dernier, on assistait au premier spectacle d’Emilie Kahn à Québec en tant que tête d’affiche. Depuis, elle a fait des tournées aux États-Unis, au Royaume-Uni (en première partie de Half Moon Run) et a été de passage au Iceland Airwaves Music Festival en Islande. La carrière de cette jeune artiste de Montréal semble avoir pris son envol d’un coup, mais derrière cette vague se cachent en fait beaucoup de travail et de préparation. Emilie a pu nous en parler, entre autres choses, à l’occasion de son dernier passage à Québec.

En premier lieu, Emilie a dû trouver Ogden, son instrument de prédilection (que seraient Emilie & Ogden sans Ogden, en effet). «Je pense que j’ai longtemps cherché mon instrument. Je voulais chanter et j’ai gossé un peu sur quelques instruments (piano, guitare, etc.). Il n’y avait rien qui me tentait vraiment. Quand j’ai découvert cet instrument-là, c’était comme une révélation et je suis devenue comme obsédée,» explique-t-elle. Elle a ensuite suivi des cours particuliers, même si une bonne partie de son apprentissage s’est fait de façon autodidacte : « J’ai trouvé une prof sur Craigslist, je suis allée à un cours et j’ai juste eu un coup de cœur tout de suite. J’ai commencé à jouer et finalement j’ai étudié avec cette prof-là pendant trois ans.»

Après avoir appris à maîtriser cet instrument massif et onirique qu’est la harpe, Kahn a commencé à être plus active dans la communauté musicale. « Je jouais un peu dans d’autres groupes avant, avec mes amis à Montréal. […] Rien de connu, mettons !» raconte-t-elle. C’est de cette façon qu’elle a fait la rencontre de Jesse Mac Cormack, qui réalisera son album 10 000, paru dernièrement. « Ça doit faire 4-5 ans […] je l’avais rencontré quand il avait fait une première partie avec un autre band. Il avait aussi enregistré des trucs avec mon ancien band avant, pis là j’ai fait ‘hey, veux-tu enregistrer mon nouveau projet ?’» explique Emilie en parlant de Jesse.

C’est à la suite de cette rencontre que le projet d’Emilie & Ogden a pu commencer à prendre forme. «On a fait un EP ensemble il y a comme trois ans. Avant de commencer à faire des shows je voulais avoir quelque chose comme référence, pour que les gens aient quelque chose à aller écouter. Il y avait trois chansons dessus et il y en a deux qui sont maintenant sur l’album qui vient de sortir. Après ça [Jesse] a joué dans le band pendant quelques années pis on a enregistré l’album ensemble.» Lorsqu’on lui a demandé si Jesse Mac Cormack avait apporté quelque chose de spécial à son disque, elle a tout de suite répondu : «Ouais, je pense que Jesse c’est un génie.» C’est d’ailleurs une chose qui se répète dans ses nombreuses biographies. Mais encore ? «Il a beaucoup influencé le son du projet. Quand j’ai commencé, j’ai amené les tunes pour le EP et on a enregistré ensemble. Ensuite, il a fait les arrangements et il l’a réalisé, donc ça a comme formé le son qu’on allait avoir, qu’on a repris aussi pour le spectacle, » explique Kahn. «Je pense qu’au début je voulais faire quelque chose d’un peu plus folk, épuré, et là c’est devenu un peu plus contemporain, a little bit of electro touches ! »

Avec le travail en studio et un album prêt à sortir, Emilie & Ogden semblaient partis pour la gloire. Cependant, c’est un peu plus difficile que ça de devenir connu. Kahn nous a raconté, entre autres, comment elle avait décroché sa place au Iceland Airwaves. Et ça n’a pas été de tout repos. «On essayait avec le label de le booker depuis un bout. Il y a comme un gars qui booke le festival et il se promène pas mal dans le monde dans des festivals. Je pense qu’il était intéressé, mais ça traînait», explique la jeune artiste. Finalement, l’affaire s’est résolue dans un des nombreux showcases auxquels le groupe a participé : «Des showcases c’est comme des festivals pour l’industrie, pour te faire voir. C’est les gens de l’industrie qui vont là et souvent il n’y a juste pas de cachet. J’en ai fait plusieurs à Toronto. Et là c’est comme ça que tu fais de la route pis que tu dépenses du cash et des fois ça ne sert à rien. Des fois il n’y a juste personne. À [ce showcase-là], je me disais: ‘Je suis tannée de faire ces showcases-là, ça ne donne rien. Je ne pense pas qu’on va le faire cette fois-ci.’ Finalement, ma gérante m’a convaincue d’y aller et par chance le gars de Iceland Airwaves était au show. Après le spectacle, il m’a dit : ‘ouais, j’pense que tu vas le faire cette année le festival’.» Le 3 octobre dernier, jour de l’entrevue, elle semblait d’ailleurs contente d’avoir eu cette chance : « Il est vraiment cool ce festival-là, et normalement ils bookent les gens juste une fois pis après tu n’y retournes plus. »

Ça fait donc maintenant trois ans que le projet d’Emilie & Ogden est sur les rails avec, on l’espère, encore plusieurs années en vue. Dernièrement, plusieurs autres belles opportunités ont souri à la jeune auteure-compositrice-interprète, donnant peut-être l’impression à certains que sa carrière avait démarré en trombes. C’est pourquoi on a voulu retracer le processus derrière sa popularité naissante. «Les gens ont peut-être l’impression que ça arrive vite, mais pour moi ça fait longtemps que je travaille là-dessus», nous avait-elle dit en entrevue. «Mais c’est vrai que c’est lefun que tout arrive comme ça quand l’album sort. C’est ça qu’on veut !» a-t-elle cependant ajouté, enthousiaste.

Emilie sera en tournée avec Ogden au Québec encore pour quelque temps. Elle se produira notamment à Shawinigan (Le Trou du Diable) le 2 décembre prochain, à Trois-Rivières au Temps d’une Pinte le 3 décembre prochain, à la Maison des Arts de Laval le lendemain ainsi qu’au Vieux Bureau de Poste de Lévis le 5 décembre. Consultez son site officiel ou sa page Facebook pour plus d’info. Profitez-en pour découvrir le talent d’une artiste québécoise qui a autant de motivation que de talent à revendre. Pour bien terminer l’entrevue, nous lui avons aussi posé quelques questions en rafale.

 

Comment vis-tu le monde de la musique en tant que femme ? Vois-tu des différences parce que tu es une fille ?

«Non. J’entends des choses, mais en même temps moi je me sens quand même bien. Je travaille pas mal avec des gars. Je suis entourée de gars dans mon band, partout, et je me sens respectée. J’aime ça, je me sens un peu comme one of the boys…et ça c’est cool. J’aime aussi ça quand un gars me dit après un show : ‘hey nice set man’, et qu’il m’appelle ‘man’. Dans ce temps-là, je me dis : ‘Ok, tu me respectes et c’est pas juste parce que tu me trouves cute’. Je sais pas. T’as juste à t’entourer de monde qui sont cools.» Anecdote à ce sujet, Emilie donne un exemple de la complicité qu’elle a avec les membres de son groupe : «Les deux gars dans mon band sont aussi des soundmen et moi je ne connais rien là-dedans. Mais là je viens d’avoir des pédales pour la première fois pour ma harpe, des genres pédales de reverb, et je suis tellement nulle que des fois je dois leur demander : ‘peux-tu me montrer comment plugger ça ?’ Et ils répondent ‘ok Émilie’. Ils sont vraiment patients avec moi. Ils pourraient facilement me niaiser parce qu’eux ils ont tellement de connaissances par rapport à ça.»

Après réflexion, cependant, la harpiste ajoute :

«Ah oui ! Peut-être qu’en tant que femme en musique je trouve ça drôle le fait qu’on s’attende à ce que tu ailles te faire maquiller, par exemple. Il y a comme une attente sur l’image et sur le fait de faire des trucs reliés à la mode. Mais bon, en même temps, j’aime ça porter du beau linge. J’aime ça être une femme et j’aime ça me maquiller. Mais il y a une partie de moi qui se dit des fois : ‘ah peut-être qu’il y a des jours où je n’ai pas envie d’être cute’. Et j’ai comme de la pression pour l’être peut-être. Par contre, comme je le disais avant, dans mon vrai monde à moi en tant que musicienne, avec les gens avec qui je travaille, je me sens respectée. Ouais. C’est plus du côté branding ces attentes-là.» Elle nous raconte d’ailleurs une autre anecdote à ce sujet : « Il y avait une des équipes de PR qui m’avait déjà dit : ‘ah tu pourrais faire un Pinterest pis poster des outfits que t’aimerais pour la tournée’, et ils donnaient d’autres idées comme ça, par exemple qu’on pourrait faire des partenariats avec des marques pour des vêtements. À ce moment-là, dans ma tête, je me disais que c’était cool, mais en même temps je pense qu’on ne demanderait pas ça à un gars.»

 

Quelle question rêverais-tu de te faire poser en entrevue ?

«Ah non ! Je ne pense jamais à ça ! Des fois je chiale parce que souvent le monde posent les mêmes questions et je me dis qu’ils sont plates. Mais en même temps, je ne sais pas ce que je me demanderais moi-même… J’aime les questions qui sont peut-être moins en rapport avec ce que je fais, mais qui font que je raconte une anecdote ou quelque chose qui n’a pas rapport. Ou le genre de question comme ‘c’était quoi ton CD préféré quand t’étais jeune’ ou des trucs comme comme ça. Je trouve ça lefun de découvrir ce genre de choses sur des artistes quand je lis un article.»


Quel était ton CD préféré quand tu étais petite, alors ?

«Quand j’étais adolescente, j’étais obsédée par un groupe qui s’appelle Brand New. Je pense que ça m’a quand même influencé beaucoup. On dirait que je vois un peu la vibe de ce groupe-là dans mes paroles et dans mon style.»

D’autres anecdotes avec ça ?

«Hier [le 2 octobre] j’avais mon lancement, pis pour la première fois je faisais un loop avec ma harpe et je restais debout pour chanter. Mais j’ai comme fucké le loop, il était en retard ! J’ai regardé les gars, comme pour leur demander si je devais repartir le loop, puis finalement ils ont juste continué à jouer. On l’a fait et ils se sont ajustés.»

«Sinon, l’an passé j’ai eu un photoshoot pour une parution dans Aritzia. Une grosse affaire. Ils m’ont maquillée, et puis j’ai fait une réaction allergique au fond de teint : j’avais des énormes plaques rouges dans la face. Ils avaient fait venir un photographe de genre Londres, et comme tout le monde venait de Londres, Paris, New York pour ce shoot-là. Et moi j’étais une fille pas rapport, pas connue, juste là en me disant ‘ok cool’. En tout cas, il est arrivé ça et il fallait me démaquiller au complet puis attendre quelque chose comme une heure pour que ça s’en aille. Tout le monde était en retard et en plus ils avaient des avions à catcher 1h après. C’était vraiment stressant et bizarre ! Ouais… J’aime ça raconter cette histoire-là ! Maintenant, je sais quelle marque de maquillage je ne dois pas prendre !»

 

Crédit Photo: Llamaryon

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