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[ENTREVUE] SOLIDS : ELSE AND OTHER THINGS

C’est en me dirigeant vers le complexe Méduse, salle officielle des nuits psychédéliques cette année, que j’allais rejoindre les membres de SOLIDS (Montréal), incluant Xavier Germain-Poitras, Louis Guillemette et tout récemment, Guillaume Chiasson. J’allais réaliser la première entrevue de toute ma vie. Il va sans dire que j’y choisi des visages familiers, voir de bons copains et par le fait même un excellent groupe de musique, afin de minimiser les dégâts du stress qui m’habitait à ce moment-là. L’ex-duo, maintenant devenu trio, vient tout récemment de sortir un nouveau EP de quatre chansons simplement intitulé « Else ». Un vinyle doté d’un visuel en béton, fidèle à leur amour pour les jolies choses. Avec une longue tournée de plus d’une cinquantaine de dates ciblées partout à travers le Canada, les États-Unis et l’Europe, c’est à Mirabel hier soir qu’ils ont brisé la glace avec leur nouvelle formule, c’est-à-dire l’ajout d’un deuxième guitariste venant définitivement mettre l’emphase sur les sonorités particulières du nineties rock de Solids. C’était maintenant au tour des nuits psychédéliques de Québec de vibrer sous les impressionnantes textures soniques du groupe. Après les salutations et les accolades propres à de bons bougres comme ces dudes-là, on se met tous d’accord pour aller tranquillement se poser au Café Maëlstrom. Là-bas, j’avais toujours pour mission de tenir une petite entrevue avec eux, afin d’éclairçir certaines interrogations encore quelque peu brouillon dans mon esprit. Sirotant nos cafés dans cette calmitude légèrement bruyante, je me mets au boulot en me jurant secrètement de ne pas sonner comme Guy A. Lepage et j’attaque tantôt naïvement, tantôt maladroitement une première question:

Vous avez sorti un tout nouveau EP intitulé « ELSE » signé dinealone / topshelf records le 15 avril dernier. Un album fortement anticipé par plusieurs. Les deux extraits en écoute libre sur les réseaux sociaux laissaient présager un rock nineties un peu plus slacker, dans la lignée des Pity Sex ou des Yuck de ce monde. Après la tempête de Blame Confusion sorti en 2015, voyez-vous Else comme une continuité du dernier album ou tentez-vous d’explorer de nouvelles avenues au niveau des sonorités?

[Xavier]
Je pense que c’est une continuité, mais tout ça reste différent. Ce n’est pas énormément différent de ce qu’on a fait avec Blame Confusion, mais on avait un désir au départ de ne pas refaire la même chose non plus.

[Louis]
Les quatre morceaux sont différents les uns des autres. Le fait qu’il y ait plus qu’une ligne de guitare, ça change le son qu’on avait au départ.

[Xavier]
J’ai l’impression que ça ajoute quelque chose au lieu de changer le son complètement.

Vous avez opté pour une approche relativement minimaliste au niveau des visuels avec le cover du EP, mais aussi avec le videoclip d’animation pour le single « Blank Stare ». De très jolis visuels dailleurs. Qui est derrière la réalisation de tout ça?

[Xavier]
Pour ce qui est de la pochette, c’est Alexis Coutu-Marion chez Charmant & Courtois. C’est un peu ensemble qu’on a fait la réalisation du cover en tant que tel. Pour ce qui est de la réalisation du clip, c’est notre ami Emilio Esteban qui est établi en Suède depuis quelques mois. Il a commencé le clip à Montréal et l’a terminé à Stockholm. En sortant Blame Confusion, on avait été content de l’effet du visuel avec le magic eye, mais on trouvait que de loin, c’était pas assez tape-à-l’oeil. On a donc opté pour quelque chose de plus minimaliste; les lignes plus grossières, aller travailler quelque chose de plus brut.

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-Vous ne faites aucun compromis au niveau du compte rendu d’un objet en lien avec Solids. Tout semble passé au peigne fin, de façon à ce que la musique soit en symbiose avec les artworks. Êtes vous très rigoureux sur cet aspect?

[Xavier]
parfois un peu trop rigoureux.

[Louis]
(rires)

[Xavier]
en meme temps, c’est important d’être à ses affaires. Plusieurs bands négligent souvent cet aspect-là, ils vont le faire faire par quelqu’un d’autre sans trop trop s’en occuper; je pense que c’est quelque chose d’important à faire consciemment.

-Et quant à la sélection de morceaux se retrouvant sur le disque? Pourquoi avoir opté pour un EP au lieu d’un Full Lenght cette fois-çi?

[Xavier]
Non, c’est plutôt ces quatre chansons là qu’on avait et justement ça faisait du sens de faire un EP parce que c’était quatre chansons relativement différentes les unes des autres. C’est aussi le fait qu’on avait pas sorti quelque chose depuis un an et demi / deux ans, on voulait avoir de nouvelles chansons à présenter le plus rapidement possible.

[Louis]
Adrian Popovich (réalisateur) nous avait dit: « Ah ça serait cool que vous veniez en studio une journée, on pourrait enregistrer une chanson » et en fin de compte on s’est dit que tant qu’à aller faire une chanson pour un 7 Po, on va rester plus longtemps; c’est ça que ça a donné en bout de ligne.


-Comment fût le processus de création du EP? De quelle façon vous y êtes-vous pris?

[Xavier]
On a pas mal tout composé au local; plusieurs chansons ont changé du tout au tout dans la structure.

[Louis]
En studio on a vraiment joué au puzzle avec les chansons. C’était un peu capoté.

[Xavier]
Des fois, il y avait certaines chansons qu’on avait enregistré d’une certaine façon; après écoute, on les a littéralement charcutées.

-Quel sont les propos abordés sur l’album? Est-ce que ELSE tourne autour d’un thème en particulier?

[Xavier]
Avec le recul, ça parle beaucoup de « stagnation », voire d’immobilisme. Mais on reste quand même assez vague dans les paroles pour que tout le monde puisse interpréter sa version de la chose.

-Étant deux cerveaux convergeant sur le même dessein depuis maintenant un certain moment, avez vous développés des liens télépathiques?

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Bah quand même.

[Louis]
I guess. Je pense que tu t’en rends pas compte vraiment.

[Xavier]
Des fois, on peut finir la phrase de l’autre.

-Avec Solids, la magie s’opère particulièrement à quel endroit? En studio ou en tournée?

[Louis]
Personnellement, je me considère plus comme étant un dude de spectacle que de studio. J’aime ça aussi être en studio, mais ça m’arrive souvent de me dire « fuck, j’ai hâte de jouer ça live. » Je suis un peu pogné entre les deux on dirait.

[Xavier]
Je pense qu’avec Solids, ça se vit plus live. C’est le fun de faire des albums, mais il y a un niveau de volume minimum pour apprécier la patente comme on pense qu’elle se doit d’être appréciée.

[Louis]
Je pense que Solids à la base c’était plutôt un projet live. On voulait faire des shows. On voulait comme… Détruire. Pis c’est ça. Six ans plus tard, on est ici.

Vous avez recruté Guillaume Chiasson (Ponctuation, Jesuslesfilles) comme troisième membre. Comment trouvez vous la nouvelle formule?

[Xavier]
Je suis très content c’est….

[Guillaume]
Je peux m’en aller, comme ça vous pourrez dire la vérité.

(Rires)

[Louis]
Non c’est ça, ça a vraiment ajouté quelque chose de plus; je pense qu’on en avait de besoin.

[Xavier]
Ça a ouvert le son du band en général; c’est encore super loud, mais ça respire plus; aussi, j’ai moins de pression à tout faire les parts en même temps.

[Louis]
Pis, c’est plus facile de voyager dans les chansons.

[Xavier]
Oui. Le jam est beaucoup plus facile.

[Guillaume]
Je pense que ça éclaircit certaines lignes mélodiques dans la guitare. Des choses que Xavier faisait et qu’on entendait peut-être pas assez. Je vais surtout surligner des passages.

[Louis]
Il y a beaucoup de monde qui m’ont dit: c’est peut-être mon huitième show de Solids, et il y a plein de choses que j’avais comme jamais entendu..

[Xavier]
Il y a plusieurs éléments que Guillaume fait qui n’étaient juste pas là auparavant. Les nouvelles chansons étaient déjà prêtes pour deux guitares, mais pour les vieilles chansons, on a dû en retravailler plus d’une. Pis ça les rend encore meilleures qu’elles étaient avant.

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Crédit: Jay Kearney.

 

-Dans le futur de cette histoire, est-ce qu’il devient un membre à part entière et Solids devient un trio?

[Xavier]
Oui, c’est ça le plan. Quand Guillaume est arrivé dans le groupe, c’était: on est rendu un trio maintenant. Même à l’époque où on composait Else, Guillaume était en tournée pour la sortie du deuxième album de Ponctuation, donc c’était pas facile de pratiquer avec lui, mais je pense même que si cela avait été possible, il aurait été inclu dans la composition-même. Le but, c’est qu’à l’avenir, il soit définitivement dans le processus créatif.

Vous partez pour une très grosse tournée ce printemps. Plus de 50 concerts à travers le Canada, les États-Unis et l’Europe et ce jusqu’à la mi-juillet. Êtes vous excités?

[Xavier]
Oui! c’est cool, ça va faire du bien. C’est un peu comme partir en tournée avec un nouveau band aussi. C’est différent et on a hâte de le faire découvrir. Il y a pleins de gens qui nous ont vus en Europe les deux fois qu’on y est allés, mais de retourner là-bas et de présenter le projet en trio, c’est excitant. Jusqu’à maintenant, on a juste des bons feedbacks.

[Guillaume]
Si on pouvait toujours jouer a Mirabel, ça serait l’idéal. Mais…

(rires)

[Xavier]
Mais… pas toujours.

– Un jour, mon petit doigt m’as dit que votre tournée pourrait même s’étirer jusqu’en Chine. Vrai ou faux?

[Louis]
Vrai. Mais ça fait pas partie de la tournée. On aimerait ça faire une tournée là-bas par contre.

[Xavier]
Oui, on aimerait ça. On va aller faire un show en Chine et peut-être une couple d’autres dates si on s’organise « on the fly ». Ce qui va être compliqué là-bas, ça va être de trouver les amplis qui fonctionnent pour nous. Ça a l’air que c’est pas toujours évident les backlines là-bas.

[Louis]
C’est ça. On va jouer à Shanghai au mois de septembre. C’est sûr qu’on va pas juste jouer là-bas et revenir tout de suite après. On va aussi voyager et se faire du fun.

[Xavier]
Tant qu’à être là-bas avec des cymbales et des guitares, on va essayer de se trouver des opportunités.

– Pour terminer, quels sont vos coups de coeurs musicaux de 2016?

[Louis]
Le nouveau SUUNS. Il y a aussi le nouveau Animal Faces qui est pas sorti encore (rires).

[Xavier]
Moi j’écoute beaucoup de Nap Eyes, un band de Halifax. Ils viennent de sortir un deuxième album.

[Guillaume]
Je dirais Dernier Sex.

C’est tout pour moi. Merci les gars!

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Crédit: Jay Kearney.


Comme notre entretien touchait à sa fin, je laissais le groupe filer entre deux ou trois imitations de François Pérusse. Les gars ne semblaient pas le moins du monde intimidés par le spectacle du soir-même, ni par la montagne de prestations qui s’échelonneront sur une grande partie de l’été.
Solids est définitivement un band à voir live. Quelque chose de palpable, une énergie très viscérale, se dégage de leurs performances. Les textures sonores écrasantes, nous invitant à volontairement se laisser envahir, semblent à la fois abstraites et lumineuses. Étrangement, on y trouve la liberté de se sentir léger. C’est une belle naïveté, très contagieuse qui émane de leurs chansons. Une autre aventure s’enclenche pour le groupe de la ville de Montréal et ça sent bon le printemps!

Ne manquez pas Solids au Festival d’été de Québec le 15 juillet prochain à l’ANTI.

http://www.infofestival.com/Artistes/Artistes-A-Z/#!programmation=artist$solids/130

 

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