[ALBUM] Sagot – «Bleu Jane»

Un constat s’impose rapidement à l’écoute de Bleu Jane, le dernier né de l’artiste Julien Sagot : il faut être prêt à subir de nombreux imprévus musicaux et à se laisser guider dans les méandres obscurs d’une musique chargée dramatiquement et d’une poésie concise. Si l’artiste évoque toujours de grands artistes français, il le fait en habillant ces pièces d’une musique à la fois moderne et intemporelle.

La pièce d’ouverture, Les racines au ciel, sorte de lettre d’amour pour la Louisiane, débute sur des percussions frénétiques et inquiétantes avant de basculer soudainement dans un état onirique soutenu par de riches arrangements. Plus loin, la surprenante Bleu corail électrique s’ouvre sur une ligne de basse subtilement soutenue par un rythme électronique avant de transporter l’auditeur dans un surprenant segment instrumental aux accents caribéens. L’introduction fuzzée de  Désordre et désordre représente un moment fort de l’album, et le rythme électro qui s’en suit prouve une fois de plus la richesse de la palette sonore de l’artiste. Par la suite, chaque morceau pourrait également être un fait saillant. Que ce soit le premier simple, Les sentiers de terre, sur laquelle Sagot chante en duo avec Frannie Holder une douce chanson qui ne respecte aucune convention de la ballade traditionnelle, ou plutôt Vacille, une pièce plus rythmée sur laquelle l’ancien complice de Karkwa François Lafontaine exécute un inoubliable solo de piano, ou encore l’inquiétant groove d’Autour des oeuvres de Exing Saong, Sagot surprend, défie et touche inévitablement l’auditeur. Tout ça culmine avec l’incroyable pièce titre construite autour d’un motif de piano redoutable où le contraste entre le drame et la beauté culmine en un crescendo d’instruments se répondant dans une virtuosité qu’on associe plus au jazz qu’à la chanson francophone.

Une des grandes forces de ce disque réside en cette capacité qu’a Sagot de présenter l’incroyable foisonnement de ses idées en si peu de temps (l’album fait à peine 30 minutes) tout en n’ayant pas l’air de s’éparpiller. C’est un disque incroyablement riche et concis qui se dévoile au fil des écoutes et qui saura captiver les mélomanes avides d’originalité. Il fait tout ça sans nécessairement s’aliéner les auditeurs moins pointus, l’album regorgeant de lignes accrocheuses. Bleu Jane est donc un nouveau sommet dans l’évolution de Sagot, qui avait déjà sorti deux albums intéressants, mais parfois inégaux. On aura rarement autant apprécié entendre nos artistes prendre des risques.

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