Pierre Lapointe – Grand Théâtre de Québec, 7 décembre 2017

Pierre Lapointe - Photo : Jacques Boivin

Mon intérêt pour l’oeuvre de Pierre Lapointe s’était un peu fragilisé depuis l’exceptionnel Seul au piano sorti en 2011. Inconsciemment, sa participation à La Voix m’a probablement refroidi. Ce purisme DIY est injustifiable en ces temps modernes, les artistes devant maintenant ajouter des cordes à leurs arcs pour gagner décemment leur vie. Ridicule aussi quand on sait qu’un artiste comme Pierre Lapointe ne se laissera pas influencer par des visées purement commerciales. Tout ça, c’était avant La science du coeur, ce merveilleux nouvel opus débordant de beauté; sans aucun doute mon favori de la cuvée québécoise 2017. Il restait à savoir comment cet album majoritairement orchestral allait se transposer en formule trio. N’ayant rien lu sur ce nouveau spectacle, ma première surprise (et crainte) fut la présence d’un somptueux marimba. Pierre Lapointe nous servirait vraiment ses nouvelles chansons foisonnantes avec une formule marimba/piano?

Dès les premières notes de la mélancolique Qu’il est honteux d’être humain, on constate que Philip Chiu au piano et João Catalão au marimba sont loin d’être les premiers venus. Si Pierre Lapointe est un pianiste fort compétent à mes oreilles, chaque réappropriation des chansons par le pianiste Chiu ajoute une touche de virtuosité absolument époustouflante. Ça permet à Lapointe de se concentrer sur le chant et à ce niveau-là c’est aussi une pleine réussite. La justesse et l’émotion furent au rendez-vous tout au long du spectacle, le trio recevant des applaudissements nourris à plusieurs occasions. Le marimba dans tout ça est une judicieuse addition, Catalão dosant savamment ses interventions. Son instrument peut aussi bien soutenir subtilement la section rythmique des chansons que prendre les devants mélodiques. C’est aussi fascinant de le voir manier quatre baguettes avec autant d’aisance. Les deux instruments se sont complétés à merveille, parfois de façon fort surprenante. On pense entre autres à la fabuleuse Alphabet plus intéressante encore que sur l’album. Il y a aussi Sais-tu vraiment qui tu es qui même dénuée de ses riches arrangements ne perd rien de sa force et de sa richesse mélodique. Pierre Lapointe a aussi présenté quelques pièces en mode solo piano dont Le retour d’un amour, Nos Joies répétitives et l’épilogue classique Deux par deux rassemblés. Gros coups de coeur pour Zoplicone et Mon prince charmant, deux pièces spécialement efficaces en formule concert. Je ne les écouterai plus de la même façon. Les débuts de tournée présentent parfois quelques défis supplémentaires. Il a ainsi fallu deux tentatives ratées pour que Lapointe réussisse à nous offrir Naoshima, hymne à une intrigante île-musée japonaise portant l’empreinte de Tadao Ando, un architecte et artiste de renom. Lapointe amusé et en confiance n’a pas semblé ébranlé un seul instant par ces faux départs. L’expérience on suppose!

Pierre Lapointe – Photo : Jacques Boivin

Le casse-tête horrible avec lequel doit jongler Pierre Lapointe pour le choix des pièces prouve aussi à quel point sa discographie est riche. Lorsqu’un artiste peut se permettre de laisser de côté Le Colombarium, Qu’en est-il de la chance?, ou Au bar des suicidés (3 exemples parmi tant d’autres), tout en réussissant à construire un spectacle aussi efficace que celui auquel j’ai assisté jeudi soir, c’est qu’il y a une profondeur exceptionnelle à sa discographie. J’ai particulièrement apprécié le nouveau matériel, ce qui représente un tour de force en soi. Ce n’est pas tous les artistes qui peuvent se targuer d’avoir une telle facilité à capter l’attention d’une foule avec du matériel si récent. Lapointe fut probablement aidé par la pertinence et la qualité de sa nouvelle proposition.

Un concert avec Pierre Lapointe, c’est aussi de délicieuses interventions entre les chansons. Il nous a ainsi annoncé que Je déteste ma vie était le climax du « ça va pas ben ». Il a aussi raconté le processus complexe derrière de la création de la nouvelle pièce Une lettre avec Daniel Bélanger, une de ses idoles de jeunesse. Vous irez voir le spectacle pour avoir les détails croustillants. D’ailleurs, acceptez son invitation à rester à la fin du concert pour l’échange avec le public. Après avoir délivré un vibrant témoignage sur l’importance de soutenir la musique d’ici, il a répondu avec passion aux questions des membres du public; un autre généreux moment. Les éclairages chauds entourent les musiciens et contribuent à ajouter une touche d’intimité à cette performance.

J’ai vu plusieurs très bons spectacles de Pierre Lapointe, mais celui-là vaut particulièrement le détour. Une réussite sur toute la ligne. On attend la suite avec impatience (il semble qu’il ait déjà deux autres albums en attente). Allez-y!

5 commentaires
  1. Nicole Gadoury dit

    entièrement d’accord avec vos propos que je partage.

  2. Jessica Lebbe dit

    Très bonne critique que je partage aussi! Bravo à l’auteur pour la bonne analyse 😉 les photos sont superbes aussi!

    1. Jacques Boivin dit

      Le photographe s’est pas pire débrouillé. Il mérite une augmentation de salaire. On va doubler son cachet. 😉

    2. Jacques Boivin dit

      (pis Julien, c’t’une bête à l’écriture)

    3. Marie-Laure Tremblay dit

      des photos de marimba!

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