Un rendez-vous psychédélique à ne pas manquer – Gladys Lazer, Tendre et Déception

Nos visages de mélomanes affamés avaient fondus au show de Yonatan Gat des Nuits Psychédéliques deux-mille-seize. On les a revus au FME en Abitibi durant l’été et cet automne à l’Anti avec toujours plus d’enthousiasme car le speed-psychédélisme de ces gars-là est un puissant addictif. Un an après, la formation de New York nous donne en cadeau son seul et unique batteur au nom de scène aussi stylisé que ses brûlantes apparitions sur scène. Gladys Lazer, fraîchement débarqué de la grosse pomme, viendra défoncer les planches du Temps Partiel ce prochain samedi quatre mars.

Tu te demandes, spectateur éberlué, mais de quoi peut bien avoir l’air un batteur solo sans aucune guitare, sans voix, sans basse? Je vous confirme que notre homme n’a besoin d’aucune de ces béquilles pour monter un show d’une flamboyante intensité. Voyez plutôt.

Veuillez noter qu’il sera également accompagné d’un projectionniste, qui titillera nos yeux de fioritures super-atomiques. L’expérience sera totale ou ne le sera pas.

Les premières parties seront assurées par le groupe de Montréal, j’ai nommé Tendre, qui décrivent leur musique comme un « empilement de soft-garage-psychédélique qui rend cocktail ». Moi, ça me donne soif. Leur vidéo réalisée par Geneviève Lebleu est un délicieux voyage dans la pâte à modeler. Et pour clore un line-up déjà chargé, le petit nouveau band de Québec, Déception, viendra faire ses preuves sur les planches, c’est un sac à surprises que j’ai hâte de déballer.

[SPECTACLE] Keith Kouna célèbre les 20 ans du Scanner, 18 février 2017

Samedi passé, c’était jour de fête au Scanner Bistro! Pour fêter les vingt ans du bar, on a invité Keith Kouna et sa bande, avec une telle valeur sûre, les organisateurs n’ont pas raté leur coup. Le Scanner, pour moi, c’est la place idéale où atterrir quand, après une soirée arrosée passée en haute-ville, t’as envie de t’arrêter prendre une bière pour la route à mi-chemin vers Limoilou. En plus, il y a la lampe chauffante. LA LAMPE CHAUFFANTE. Qui te permet le luxe immense d’oublier ton manteau d’hiver à l’intérieur le temps de fumer ta clope. C’est simple, les caraïbes ont leur ambassade au 291, St-Vallier Est.

La soirée a débuté vers 23h30 et déjà, la salle était pleine à craquer puisque les fêteux ayant passé leur soirée au Cercle pour la Ligue Rock se sont rejoint après le show pour poursuivre ce que Xavier Caféine, Les Hôtesses d’Hilaire et Royal Caniche avaient commencés.

Ding dang dong!

– Qui est là?

– Des nouvelles tounes!

Quel beau cadeau de fête que des chansons inédite du punk à cravate! Kouna prend le temps de nous apprendre les refrains pour être sûr qu’on les chante comme on aime chanter ses vieilles et moins vieilles chansons. Il nous invite au carnaval des animaux pour traire les vaches(!?) et ça fitte bien avec l’ambiance du parterre puisque la foule est rapidement devenue un cirque de chiens galeux et de chats de gouttières qui tètent non pas des pies de vache mais des bouteilles de whiskey et de la Death Valley(miam, c’est bon).

Après nous avoir traités de mal-élevés, le party continue avec des pistes de ses deux autres albums Du plaisir et des bombes et Les années monsieur. J’ai quand même bien hâte à la sortie du prochain, pour mieux apprécier les paroles sans les hurlements du public!

À ce stade-ci, votre humble serviteure est encore sèche de sa personne. Mais combien de temps cela va-t-il durer? Rester sec dans un show qui bouge autant, c’est comme compter sur les déneigeuses pour qu’elles fassent une bonne job. Ça marche pas, et au petit matin tu scrape tes bottes dans une flaque de slush. Youpi!

J’ai juste failli perdre mes lunettes deux fois dans le slam, j’ai frôlé la commotion cérébrale après un surf un peu périlleux dans une foule éméchée, et mes vêtements ont eu besoin d’un bon lavage. Qu’est-ce qu’on ferait pas pour jouer les gonzos! Malgré quelques problèmes techniques (le claviériste s’est enfargé dans ses fils après un body-surfing un peu houleux et hop! une petite virée sur bandcamp pour se souvenir des paroles) la soirée était tout ce qu’on pouvait espérer de meilleur pour célébrer la réputation du Scanner. Vingt ans de folie et on souhaite que ça continue encore longtemps!

[SPECTACLE] Chris Cohen et Andy Shauf à l’Anti

C’est en une soirée très froide de ce décembre le dix que le navire de Chris Cohen et Andy Shauf s’échoue sur les rives de l’Anti de Québec le temps d’une dernière prestation, celle qui clôt leur longue tournée canadienne.

Comme beaucoup de gens qui connaissent l’artiste de près ou de loin, j’ai été d’abord happée il y a quelques semaines par l’hypnotisante The Magician. Une chanson comme un trousseau de clés, juste assez pop pour aguicher l’oreille d’un grand nombre, juste assez étrange pour susciter la curiosité. Et c’est avec plaisir que l’on ouvre la porte dont Shauf nous tend la poignée. Une invitation à découvrir son univers riche en mélodies captivantes, ses textes d’incertitudes, d’hivers trop longs, d’amours et de solitudes.

La première chose que j’ai fait en franchissant les portes, ce fût d’aller vérifier s’il y avait un étui de violon sur la scène. Il n’y en avait pas. J’ai soupiré; ç’aurait été trop beau. Je ne vois pas de clarinette non plus, tant pis! C’est pourtant la clarinette qui ajoute ses mélodies très distinctives à l’album The Party et The Bearer of Bad News; je vous invite à écouter les versions studio pour les apprécier. Il faut savoir que les chansons composées par le musicien blond l’ont été en forme de one-man band : il a joué presque tous les instruments et enregistré dans un petit studio d’abord chez ses parents en Saskatchewan, puis en Allemagne et enfin à Toronto, tout ça quasiment tout seul. Ç’aurait été trop demander d’avoir des arrangements scéniques complets pour un compositeur qui commence à peine à se faire connaître. Malgré ce dénuement, mes chers mélomanes, je peux vous dire qu’à la fin de cette soirée, j’eu la certitude que la perfection a besoin d’au moins quelques défauts pour briller. Aucun violon, ni même de clarinette, mais une musique qui vibre et qui pleure tout aussi bien.

Il a invité pour l’accompagner en tournée Chris Cohen. Le chanteur et compositeur du Vermont nous introduit à l’ambiance par sa voix posée, aérienne et ses mélodies doucement psychédéliques qui m’ont rappelées le son des albums de Damon Albarn, le compositeur britannique, particulièrement sur l’album The Good, the Bad and the Queen. Accompagné de musiciens tout à fait sur la coche, on se laisse porter. Je complimente l’accrocheuse Caller No.99 et la plus calme mais non moins belle Drink from a Silver Cup. En notre époque de lamentations et de grincements de dents, on a besoin de musique douce qui nous fait oublier, le temps d’une nuit et plus, le désordre ambiant. Mission accomplie.

Chris Cohen se met sur la pointe des pieds pour chanter ses notes aigues. Comme s’il voulait mieux se rapprocher des nuages qui l’ont inspirés.

Andy Shauf arrive sur scène. Tout petit, les cheveux comme un rideau derrière lequel il voudrait bien se cacher, il se penche contre sa guitare comme si c’était une veste pare-balles. Alexander All Alone ouvre le show, c’est l’histoire d’un gars qui s’en va fumer une cigarette dehors et qui tombe raide mort à terre. Comme ça, frette sec. Moi j’ai ris un peu, j’sais pas pour les autres. Ça donne le ton.

On enchaîne avec la très bleue Early to the Party. C’est à partir de là que je me suis ennuyée du violon présent sur la track originale. Mais on oublie rapidement les versions studios quand on contemple la justesse avec laquelle les arrangements ont été faits pour la scène. Simples mais terriblement efficaces, c’est différent. Agréablement différent. La simplicité de l’orchestration nous laisse tout le plaisir d’apprécier le talent indiscutable du jeune musicien pour la composition. Pour être sûr que ses idées originales soient bien adaptées sur scène, il s’est entouré de musiciens d’exception.

Le drummer, particulièrement, porte sur ses épaules la rythmique impeccable du show. Olivier Fairfield qu’il s’appelle, un gars qui joue avec Timber Timbre et FET.NAT. Si vous désirez, gens de Québec, apprécier davantage son drum, je vous conseille de prendre rendez-vous au Pantoum ce prochain samedi le dix-sept. Il propose un rythme très juste, jusque dans les silences, qui sont d’ailleurs excquis puisque le public s’est enfin donné le luxe de se taire et de respecter la voix très douce de Shauf. On se serait cru dans une église. Dans les espaces entre deux beats qui se laissent désirer, à la musique espacée de silences attentifs, où on retient notre souffle jusqu’à la prochaine note. Parce que ce sont dans les silences que l’on mesure la beauté du bruit.

Entre deux tounes, malgré une réputation de petit parleur, j’ai réussi à soutirer un secret bien gardé du chanteur aux longs cheveux blonds.

W h a t   k i n d   o f   s h a m p o o   d o   y o u   u s e ?

O h ,   P a n t e n e P r o – V   d o e s   i t   f o r   m e .

Andy Shauf, ce n’est pas que du bruit, bien qu’un non-anglophone peut y trouver parfaitement son compte avec des mélodies si bien arrangées. Mais Shauf, c’est avant tout une écriture. Parfois, son style me rappelle l’album Still Crazy After All These Years de Paul Simon. Il parle sans censure de toi et moi. De tes peines d’amour et de ma solitude, de tes conneries et de mes joies. Dans Quite Like You, tu te prends à aller consoler cette fille qui verse une larme parce que son crush ne s’intéresse pas à elle comme elle voudrait. To You te rappelle la fois où, un peu saoûl et plus ou moins confiant, tu a avoué ton amour à cet autre qui, en réalité, se foutait de ta gueule. Dans The Worst In You, tu cherches désespérément ta blonde qui a disparue dans une maison remplie de monde pis tu te demandes sérieusement si elle veut juste pus te voir la face.

A r e   y o u   r u n n i n g   a r o u n d   o r   j u s t   r u n n i n g   a w a y ?

Sur Eyes of Them All t’as envie de danser comme si absolument personne te regardait, parce que tu t’en crisse et que tu t’habilles et tu fais bien tout ce que tu veux et que c’est très bien comme ça. Jenny Come Home raconte l’histoire d’un gars qui trompe sa blonde et qui finit par le savoir accidentellement, tout ça dans un tone très joyeux, clin d’oeil à l’humour sombre de l’artiste.

A n d   w h e n   y o u   o p e n e d   t h e   d o o r ,

Y o u   s a w   a   p a i r   o f   s h o e s   y o u   n e v e r   s e e n   b e f o r e .

Okay, Andy Shauf c’est pas Prince. Ce gars habite une scène autrement qu’avec l’intention d’impressioner. Quand tu écris et compose aussi bien, t’as pas besoin de faire un seul move de danse pour agrémenter ta chanson et c’est très bien comme ça. Par ailleurs, j’ai trouvé une superbe harmonie entre les musiciens sur scène. Le bassman, le claviériste et le batteur regardaient souvent le chanteur avec un réel désir de maintenir une communion musicale. Échangeant sourires complices de musiciens qui ont fait longue route et qui ont encore du gros fun à jouer ensemble.

La ballade de Wendell Walker a fermé la scène. Le spectacle a commencé avec une mort subite puis s’est terminé avec un meurtre passionel. Entre les deux, l’amour, la fin du monde, de l’alcool pis des cigarettes. Si c’est tu pas un beau et étrange condensé de la vie, je sais pas ce que c’est.

Andy Shauf, un gars sur qui garder un oeil, (plutôt les deux!) pour les prochaines années et plus.

[SPECTACLE] Lesbo Vrouven au Pantoum pour le lancement de GRIFFF PIFFF!

Chroniques d’une jeunesse en quête de sens

La scène se passe dans un lieu sombre et surpeuplé.

La bass est trop forte et le plancher pue la bière cheap.

Simon Provencher est couché sur un fauteuil de cuir entre une gérante d’artistes blasée et un étudiant en sociologie qui parle trop fort.

Eh boy, je viens de me faire réveiller de ma petite sieste sur un des divans du Pantoum. J’étais bien entre les taches de bières et les vieilles effluves salées de grilled cheese. Comme quoi même si on a un beau système de DELs tout neuf on est pas foutu de laver ses meubles ici. Mais bon les diodes glitchent un peu, Lesbo Vrouven font du bruit, j’ai mal à la tête et il y a une tension sexuelle palpable entre moi et l’oreiller qui veut désespérément mon retour. Je décide de me rendormir un peu mais il y a trop de bruit et l’oreiller commence à être vraiment humide à cause de mes frenchs passionnés. D’ailleurs parlons en, embrasser avec la langue c’est un peu désagréable. Qu’est-ce que je suis supposé faire avec, brasser un peu dans ta bouche ou juste la déposer là? Arielle, je peux avoir ton opinion là dessus s’il-te-plaît?

arielle

« T’sais, Simon, c’est pas si important de frencher quand tu sais faire des bonnes crêpes le matin. »

Je me demande ce que Jacques en pense aussi. Parlant de sensualité, je me dois de remercier Claudia et Gab de m’avoir donné un séduisant pullover de tigre. Je me suis senti comme un nouveau riche extravagant pour toute la soirée c’était génial. Peut-être qu’avec ça je réussirai un jour à cruiser avec succès au Pantoum.. parce qu’à date c’est vraiment plus ridicule qu’autre chose. Aidez-moi s’il vous plaît je me sens vraiment seul.

Amicalement, Simon Provencher.

PS: Si quelqu’un(e) est intéressé(e) par un jeune musicien/chroniqueur culturel avec une hygiène moyenne et une forte tendance à l’autodestruction, contactez Tel-Jeunes au 1-800-263-2266.

Fade-out dramatique.

Fade-in devant la scène illuminée, on retrouve la seconde protagoniste, Arielle Galarneau qui shake de la tête avec le reste du publique déchaîné.

Monologue intérieur.

Ouais, le nouvel éclairage du Pantoum est bien, mais ça me rappelle dangereusement ma dernière crise d’épilepsie. Une chance qu’y’a une couple de gars cutes que je peux regarder discrètement pour me changer les idées.

Elle boit une gorgée de son Bordeaux à dix-sept dollar qu’elle a acheté au Bonichoix pour avoir l’air moins pauvre.

Ouais, le vin commence à fesser un peu, j’espère que je vais pas dégueuler sur le plancher comme la dernière fois.

Elle boit une autre gorgée avant de poser sa coupe sur le stage qui shake frénétiquement sous les sauts de puce de Sam Murdock.

Ouais, finalement le monde du Pantoum savent pas trop comment trasher comme du monde. J’vais leur montrer.

Le lendemain.

Ouais, j’ai un torticoli, j’ai mal à tête, j’ai perdu ma carte de bus pis le chat a pissé sur le tapis. C’était une belle soirée.

lesbo-vrouven

Merci à Émilie Tremblay pour la photo de cellulaire!

[SPECTACLE] Gab Paquet nous invite à Santa Barbara

Écoutez mon vieux, j’ai pris un billet pour santa barbara, alors en route!

On a acheté nos billets d’avion, on a enfilé nos plus belles chemises et robes de soie, on est allé se poudrer le nez dans la salle de bain une dernière fois avant le commencement du party le plus pailleté de l’automne. Vol direct pour Santa Barbara, il fera chaud, il fera beau, la piscine sera chlorée et les sacoches pleines de cachets. C’est le lancement tant attendu du nouvel album de la légende à moustache Gab Paquet.

Gab Paquet

Je me mêle à la foule, fébrile dans un décor paradisiaque. Tableaux rococos, lumière tamisée, bouquets de fleurs qui sentent bon le plastique et banderoles aux couleurs du soleil couchant. De petites tables et nappes de dentelles ont été installées partout dans la grande salle pour le plus grand bonheur de nos fessiers délicats: une belle attention pour remplir l’espace multi de Méduse où faire le piquet est trop souvent le comportement de rigueur. Je parviens à me faufiler vers le plancher de danse pour m’assurer une place dans le feu de l’action quand la voix suave du narrateur Miguel Moran annonce l’arrivée imminente de l’homme.

C’est ainsi que Gab Paquet apparaît sur scène tout de blanc vêtu, tel un Jésus Christ ressuscité passé dans la laveuse à grand coups d’eau de Javel. Le coup d’envoi est donné avec l’excellent hymne national de ton coeur, j’ai nommé la pièce titre Santa Barbara. On connaît déjà très bien les choubidoubidou et les yabadabadou que l’on reprend tous ensemble avec l’entrain de fans conquis mais la grande surprise du morceau est l’ajout de ce son suave salivé de saxophone sexy. On l’avait adoré sur Relations sexuelles 2 et on le retrouve à Santa Barbara dans tout son éclat cuivré. Oh, joie.

Céline Dion pour aller se rhabiller puisque Gab la bat définitivement au temps alloué à se changer en coulisses. Et quelle garde-robe! Cette chemise en plumes de paon n’est-elle pas des plus élégantes ? Notre chanteur de charme est un coquet, il ne sors jamais sans son séchoir à cheveux. Il a les outils, il a le style, rien que le meilleur pour pomponner sa crinière de babine.

J’ai rencontré la femme en moi
Elle est venue nue dans mon rêve pour un clin d’œil timide du bout des lèvres

Ce qui est beau dans les concerts du crooner de Québec, c’est que son public se fait charmer à tout coup que l’on soit homme, femme, indécis, républicain ou athée. Après tout, qui donc refuserait de porter au cou un collier de diamant ? Et de finir la soirée en beauté dans une partouze avec nuls autres que Ginette Reno, Hank Williams et Nana Mouskouri? La vie est belle tant que l’on n’invite aucun voyou.

Gab Paquet

De chemises en pantalons de cuir en passant par la robe de chambre, Gab Paquet se donne tout entier à son public -pubique comme dirait Anne-Marie Losique-. Ça danse, ça chante et ça se déhanche. La foule est une mer houleuse qui embarque le chanteur sur son radeau de mains baladeuses. Elle recrache sur la scène un corps suitant de sueur salée et Barbara devient le nom de proue d’un fabuleux paquebot qui nous embarque dans la nouba. Son intimité est de la couleur du corail.

Après la première partie du spectacle consacrée entièrement à Santa Barbara, ce serait une hérésie de se priver des hits de Sélection Continentale. On s’est bien réchauffés en Californie et pour le reste de la fête on retrouve les très dansants Casio pad et moustache, Consommations, Soucoupes Volantes et Papa, maman, bébé, amour pour ne nommer que ceux-là. Partout autours de moi, je vois des minois souriants.

Ce fut un beau lancement très réussi.

Merci à notre précieuse Llamaryon pour les photos !

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[ALBUM] Fitzcarraldo – Le Charme

On va se le dire tout de suite, j’ai été charmée. Oui, oui, merci, c’est mon meilleur jeu de mot à vie, cessez vos applaudissements, vous me faites rougir.

Non, sérieusement, c’est un petit bijou que les garçons du Charme nous offrent cet automne. Après les quelques tergiversations musicales de ces dernières années, la formation de Québec accouche d’un excellent premier album qui se sert des projets précédents comme d’un terrain solide à l’épanouissement de leur musique. Récit de mon histoire d’amour avec une oeuvre toute en contrastes, en nerfs et en douceur.

Le rideau s’ouvre sur une ligne de guitare toute simple qui compose la mélodie directrice du premier morceau: Rêve de feu pour les jeunes humiliés. Le pizzicato du guitariste Sébastien Delorme est hyper-efficace, insidieux, il nous berce doucement l’oreille avant de nous surprendre avec de puissantes envolées mélodiques. J’ai l’impression d’être dans le wagon du Monstre, j’ai le même thrill qu’au moment où le manège monte lentement la première pente et t’entends les tac tac tac tac tac avant d’être grimpé jusqu’en haut.

Et si j’attends La fin du monde,

Qu’on m’assassine,

Qu’on pose une bombe!

Mon passage préféré commence à deux minutes, c’est le peak de la piste, un solo des mieux ficelés, emmené par une guitare rugissante posée sur une batterie fucking solide. Ça monte, ça monte,  puis ça tombe tout d’un coup: on revient à la petite mélodie initiale puis la bass line reprend le flambeau et ça remonte lentement, encore, comme un amant infatigable. Portés par la voix aérienne de Maximilien Nolet, on savoure une délicieuse montagne russe d’intensité. Le rêve se termine et t’as envie de le repartir pour en revivre l’énergie.

Dum dum dum dum duuum…

– La basse de David Philibert

Le chant des sirènes est plus tranquille. Les instruments habillent la prose de Nolet et lui laissent toute la place pour se faire valoir jusqu’au solo instrumental de la fin. C’est une danse jouée entre les cordes; si on écoute bien, on entends la guitare et la basse se répondre et se lancer alternativement des phrases musicales, toujours guidés par le drum impeccable de Daniel Hains-Côté. Belle harmonie de groupe. Puis la voix se retire et, un peu à la manière du premier morceau, la montée est lente vers une fabuleuse explosion instrumentale. Miam!

La force de Fitzcarraldo c’est le mouture de ses ambiances sonores. L’album au complet baigne dans un grand bain de sons en tonalité mineure, en tonalité triste pour parler autrement. C’est un choix artistique que j’approuve par goût personnel mais encore plus lorsque je porte attention aux textes du chanteur. On ressent une certaine angoisse exprimée au-travers de sa prose qui me rejoint particulièrement, rendue vivante par l’utilisation d’images littéraires évocatrices. Ici, un extrait de Rubicon qui peint un paysage d’enfance tachée, de désillusion devant la pauvre réalité du monde. La nihiliste en moi est repue.

Je veux toucher toute la beauté du monde
Les deux pieds dans la fange du réel
Je veux croire en la magie du monde
Dans le noir du noir de ses prunelles

On reconnaît ici que les contrastes ne sont pas présents que dans la construction musicale, ils rehaussent aussi les textes, pour le plus grand plaisir des âme littéraires.

Puis arrive la track qu’on boit comme un espresso, shooter de caféine, codéine, adrénaline: Faux pas nous réveille de la lente lourdeur dans laquelle nous a plongé Rubicon.  Ça fesse et ça fait du bien. Coup de fouet après la première moitié de l’album qui est, malgré plusieurs écarts de conduite, somme toute plutôt atmosphérique. C’est aussi la piste la plus courte, trois minutes vingt-neuf parmi des tounes qui durent cinq minutes et demi en moyenne, c’est la longueur dont on a besoin pour apprécier toute la complexité des parties instrumentales. On est donc repartis sur une cavalcade épique de drum high sur le speed accompagné de la complainte grinçante de Delorme.

Le trip se poursuit avec Refus Global. La guitare tricote, tricote des mélodies, mais attention, elles n’ont pas la douceur de l’écharpe donnée en cadeau par votre grand-tante à Noel. Elles ont plutôt le mordant d’un piège-à-ours caché dans les feuilles qui gâche votre shooting photo automnal. OUCH.

Les deux premières minutes nous ré-embarquenta70 dans
un manège d’up and downs doux et agressifs dont Le Charme possède le secret. À ce stade-ci, on pourrait même dire que ça ressemble à leur signature. Ça pète ou ça caresse à coup drum à pétard à mèche. C’est simple, on croirait que Nosferatu lui-même s’est invité au studio du Pantoum pour y glisser sa petite touche personnelle.

La douce L’outre-mer (pour Marie Uguay) nous éloigne de la rive sans bouée de sauvetage et nous recrache sur la grève sans trop de séquelles.

Avec Rêve de feu pour les jeunes humiliés, Faux pas et Refus global, la pièce titre Fitzcarraldo boucle le top quatre de mes meilleurs chansons sur l’album. Le morceau réunit tous les éléments musicaux chéris par le groupe et dispersés à différentes sauces durant tout l’album : lignes de bass-guitar très bien choisies, dissonances à la Bauhaus dans In the flat field, alternances extrêmes de dynamiques. Musicalement complexe et abouti, avec une très belle harmonie entre les membres, c’est un album qui mérite d’être réécouté plusieurs fois afin d’en apprécier les subtilités.

Bravo également à Mélina Kerhoas pour la superbe illustration de pochette et à Guillaume Leaim pour l’élégance du graphisme final.

Méchant bon album. Bonne écoute!

[SPECTACLE] Heaume, Pony Girl et le Charme au Sous-Sol du Cercle

Septembre vient de se jeter sur Québec comme une chouette sur de pauvres souris frileuses. C’est donc avec nos petites laines qu’on descend se réchauffer dans les entrailles du Cercle pour une soirée très prog. La scène est saturée de synthés, guitares jolies et fils qui s’enlacent et courent sous les deux drums et les amplis de bass. On a un peu peur pour les chevilles des musiciens. Mais, surtout, on a hâte de se laisser emporter.

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Les gars de Heaume s’installent avec une nonchalance, une modestie qui laissera toute la place à leur musique. On a droit à des compositions hautement atmosphériques, et même méditatives, lentes comme une lampe à lave. Ils nous invitent dans leur cocon amical, ambiance ficelée de loop électro doux et hypnotisant. Je me sens un peu comme un papillon qui fixe une ampoule électrique.

Pony Girl nous embarque ensuite dans un autre genre d’épopée. La prédominance de la voix du chanteur en duo parfois avec la claviériste donne un son très pop à une instrumentalité qui fait plutôt dans le progressif. Le drum bien rythmé fait shaker de la tête et je vois mes co-spectateurs qui se laissent entraîner eux-aussi. Je me cale confortablement contre la colonne centrale et fixe des yeux le bâton rouge lumineux planté au centre du groupe comme un totem électrique, les oreilles grandes ouvertes. La guitare tricote des mélodies qui accompagnent bien la voix aérienne de Pascal Huot, le chanteur. D’ailleurs, venant de sa part, j’ai apprécié le moment où il s’est éloigné de la scène et est venu rejoindre les spectateurs pour que notre attention se dirige naturellement vers le reste du groupe. Pendant un très beau trois minutes il a laissé ses musiciens improviser dans toute la liberté de leurs instruments. J’ai fondu pour la clarinette de Yolande Laroche, un très bel ajout acoustique à un univers farouchement électro. La performance de Pony Girl s’est terminé dans une enlevante montée dramatique, drum tribal et sauts de puce. On leur souhaite une belle tournée canadienne.

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Vous souvenez-vous des Martyrs de Marde et de leur fuckayage bizzaro-grunge ? Le Charme est en fait le frère le plus en santé de la portée et ce sont eux qui ont l’honneur de terminer cette soirée. Ils ouvrent en atmosphérique pour nous apprivoiser, introduisant de lentes montées d’adrénalines qui retombent aussitôt, agaces. Ils aguichent le public comme un amant un peu tannant… puis nous voilà récompensés de notre patience alors qu’ils attaquent Rêve de feu pour les jeunes humiliés, piste tirée de leur prochain album Fitzcarraldo. Coup de coeur assuré pour ce titre très intense, entrecoupé d’accalmies trompeuses bordées de doux picking et d’un refrain un peu venimeux dont les paroles restent en tête. Leur musique est assurément solide.. Ça donne envie de s’asseoir sur leur immense ampli de bass et de se laisser habiter par les vibrations. Plaisir garanti ou argent remis.  

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Plus mélancolique que Pony Girl, on apprécie quand même les compositions qui ont sacrément du punch malgré des textes sombres. Après avoir revisité des chansons de leurs sorties de 2012, ils complètent leur set-list avec la pièce titre de leur album à paraître. Je réserve ma soirée pour leur lancement.

PS : Un petit oiseau me dit que Jacques aurait eu un orgasme.

Le Charme fera la première partie de Yonatan Gat le cinq octobre à l’Anti. Une date à retenir pour tous les amoureux de psycho-prog.

Photos de Jacques Boivin

[Spectacle] Les Martyrs de Marde au sous-sol du Cercle, 27 juillet.

Parfois, dans la vie, tu te sens comme de la marde. Le reste du temps, tu feels correct ou ben t’es content parce qu’il fait beau et que tu sue pas trop des pieds. Cette dernière soirée du 27 juillet, j’avais le sourire dans la face en descendant la rue St-Joseph mais y’a pas duré longtemps. Ça a commencé à dégouliner sur les côtés au moment où j’entendis les premières fausses notes des Martyrs de Marde. DZWiNG DZWiNG!

Les gars qui nous ont donnés le Charme, Sébastien Delorme à la guitare et Daniel Hains-Côté à la batterie, se sont alliés à Mathieu Bédard au gueulage et Guillaume Leaim au clavier pour accoucher de ce bébé difforme et braillard que sont les Martyrs… Bébé qui, je crois, a manqué un peu d’oxygène à la naissance, watch out la DPJ.

Et que le show commence dans le noir -pour une fois que l’éclairage boboche du sous-sol contribue à l’ambiance-. Le groupe ouvre sur une passe instrumentale qui mise sur la distortion. La guitare agonise et pleure et supplie qu’on l’achève, le drum fait un peu ce qu’il veut, s’enfarge dans les rythmes, manque un coup, se rattrape deux temps plus tard en accéléré et le clavier rempli tout l’espace qui reste de ses ambiances noises tordues. Ces gars-là rident le dragon du chaos comme je l’ai rarement vu.

DANS UN MONDE DE SCHIZOPHRÈNE, FAUT ALLER PLUS LOIN QUE JUSTE FAIRE LA SPLIT.
JUSTE UN P’TIT PEU PLUS LOIN.

Mais c’est au moment où Mathieu Bédard ouvre la bouche que tu te poses de sérieuses questions. Coudonc, j’suis tu rentrée à Robert-Giffard sans m’en rendre compte, moi ?

On assiste à un factice de psychose, bad-trip sociétal, dégueulis de verbes, prose amère et convulsions. Quelqu’un de sain ne garde pas sa merde en dedans, mais aux âmes sensibles je conseille quand même une shot de venlafaxine.

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