Entrevue : Fany Rousse (Route d’artistes)

Il y a quelques jours, nous avons rencontré Fany Rousse pour jaser avec elle de Route d’artistes, qui est présentement en période d’inscription (jusqu’au 19 janvier).

 

On va commencer l’entrevue par une question vraiment plate : Fanny Rousse, c’est ton vrai nom?

Oui, c’est mon vrai nom. Chaque fois que j’ai des entrevues, il y a toujours quelqu’un aussi qui vient me voir pour être sûr. Même des amis que je connais depuis dix ans me le demandent. « Hein! C’est‑tu ton vrai nom? — Bien oui. — Non, donne‑moi tes cartes. »

Présente-nous Route d’artistes.

C’est un réseau de diffusion alternatif présent un peu partout au Québec. On va dans de petits lieux qui permettent de partir en tournée avec des artistes émergents en musique. On peut aussi faire de l’humour, de la poésie, du slam, mais jusqu’à maintenant, y’a que la musique qui a été choisie. On va dans de petits lieux : ça peut être autant un salon, chez les gens directement dans la maison. Ça peut être dans un café, dans un appartement, dans un restaurant. Ça peut être dans une auberge. Plein de petits lieux rassembleurs où on est tout au plus 50 personnes.

Comment est‑ce que ça fonctionne? Est-ce que tu approches les salles ou les lieux, ou bien ce sont les gens qui vont t’approcher en général?

Les deux. J’ai commencé par approcher les gens que je connaissais, les trippeux de musique, qui avaient des maisons; j’ai demandé à des amis de me stooler des amis qui avaient des maisons. Ça a commencé comme ça, puis dans des lieux que je connaissais déjà puisque j’avais habité dans des auberges de jeunesse; au début, c’est moi qui les approchais, puis il y a des gens qui m’ont écrit. Quand je vois des beaux lieux, je dis « hein! C’est donc bien le fun ici, faites‑vous des shows de musique des fois? » C’est toujours ma première question quand je débarque dans un lieu trippant.

Sinon, il y a le bouche à oreille. Quand il y a un spectacle, on est 35, j’explique toujours le concept au début. On est dans une maison, mais des fois, les gens ne sont pas conscients qu’on vient de faire sept shows dans d’autres maisons derrière puis qu’on est présentement en tournée. Je leur dis : « Si vous connaissez des gens n’importe où au Québec, vous pouvez leur dire de m’écrire. Puis il y a les réseaux sociaux.

Quand as-tu commencé?

On a commencé Route d’artistes en septembre 2014.

Depuis ce temps, tu dois avoir créé un certain réseau.

Oui. Mais il faut toujours en parler, comme n’importe quoi. Comme ecoutedonc.ca aussi. Il faut toujours en parler pour que les gens nous connaissent et nous découvrent. Mais, oui, ça commence à faire le tour, les artistes aussi, ils savent c’est quoi.

Fany Rousse – Photo : Jacques Boivin

Vous cherchez avec Route d’artistes à visiter des salles plus intimes, des spectacles d’une cinquantaine de personnes, mais est‑ce qu’il y a beaucoup de gens qui viennent aux spectacles?

Oui. Ce qui marche le plus, c’est les spectacles dans les maisons. Ça marche aussi beaucoup dans les cafés ou les auberges. On fait de soupers-spectacles. Y’a certains endroits publics, une nouvelle microbrasserie, un nouveau café, des fois ça fonctionne moins bien, mais tu sais, en disant « moins bien », il y a peut‑être 15, 20 personnes.

Je trippe à aller faire ça. Puis un café qui vient d’ouvrir, il est intéressé à avoir de la musique, mais il ne sait pas comment ça marche et il n’a pas d’équipement de son. Il ne sait pas ce qu’est la SOCAN; moi, j’arrive, je déclare la SOCAN, j’ai mon équipement de son. Le but, c’est qu’il y ait 15 personnes la première fois, puis 25 quand je reviens…

Un artiste de Québec, Pierre-Hervé Goulet, avait fait quelque chose de similaire quand il a lancé son album. Il a décidé de parcourir le Québec puis d’offrir des spectacles chez les gens. Il y a des démarches comme ça, comme Route d’artistes, qu’on voit de plus en plus émerger en ce moment, puis en parallèle on voit des salles de spectacles comme le Cercle qui ferment. C’est comme si ça annonçait un virage dans l’industrie du spectacle. Qu’en penses-tu?

Bien, je pense que le concept attire beaucoup. Tu sais, s’il y a un concert au coin de la rue, dans un bar, ou dans une salle de spectacle. Je donne tout le temps l’exemple de ma mère. Ma mère n’y irait pas nécessairement. Mais si je fais un show dans une maison où ma mère pourrait venir, je lui dis : « Viens, il va y avoir des amis, il va y avoir du monde que tu connais, invite tes amis ». Ma mère vient voir les spectacles puis elle découvre les artistes.

Des fois, c’est davantage le concept qui impressionne. Il y a un artiste dans la maison de mon ami, ou c’est un show intime dans l’auberge du village où je ne suis jamais vraiment allé parce que les gens ne vont pas nécessairement visiter leur auberge. Tu y vas, puis tu vas découvrir l’artiste, puis c’est sûr que tu vas avoir du fun. Ça fait que je pense que le concept est très vendeur.

C’est comme si toi, tu amenais le spectacle chez eux.

Oui, c’est ça. Souvent, on organise un souper dans la maison avant le spectacle. Si les hôtes de la maison le veulent, ils disent à leurs amis puis à leur monde : O.K., on fait un potluck. Ça fait que, en 5 à 7, on mange tout le monde ensemble, puis après ça, à sept heures et demie (7 h 30), huit heures (8 h), il y a le showTout le monde apporte quelque chose, l’artiste est là, puis on mange tout le monde ensemble. Ce qui est drôle, c’est que la plupart des gens ne savent même pas c’est qui, l’artiste. Ils viennent carrément parce que leur ami…

On mange, puis on dit : « ah, toi, tu es qui, t’sais, par rapport à… — Bien, moi, je suis l’artiste. — Ah, salut! » Ça crée un contact qui est vrai, qui est franc aussi avec les gens.

C’est une autre ambiance que la scène, un espace où le public peut avoir une certaine gêne à cause de la distance. T’sais, comme je dis souvent, il n’y a pas de « Bonjour Montréal, ça va bien? », c’est comme « Salut — tout le monde dans les yeux — ça va? Parfait, moi aussi ça va bien. » Ça fait que c’est juste à la bonne franquette, dans le fond, un spectacle.

C’est une façon de revisiter le spectacle qui est très intéressante.

Oui.

Fany Rousse – Photo : Jacques Boivin

Vous avez l’air d’avoir pas mal de succès un peu partout.

Oui, ça va bien. Puis il y a de plus en plus de gens qui offrent leur maison aussi. Ça prend toujours des gens qui offrent leur maison puis des lieux… il y a plein de lieu trippants aussi qui font déjà ça.

Des espèces de shows uniques, mais ils font un ou deux shows par année, puis ils me disent, « hein! Route d’artistes, on vient de te découvrir, on peut faire partie des prochaines tournées? » Je leur réponds : « Ben oui! ». Je rencontre plein de gens trippants avec qui collaborer.

Ce que je trouve le fun, c’est de faire la tournée. De créer la tournée. Puis je trouve ça le fun que les gens font déjà des shows. Tu pourrais en faire une fois par mois, si tu veux, un show chez vous, dans ton appartement, ta maison. C’est génial. Puis si tout le monde faisait ça, ça serait encore plus génial. Mais moi, mon trip, c’est de me dire, O.K., on fait une tournée puis on se promène. Mais il faut que les gens ouvrent leurs maisons puis en fassent de plus en plus, des spectacles comme ça, puis qu’ils contactent l’artiste qu’ils veulent, c’est très facile à faire par la suite.

Si j’ai bien compris, tu apportes les outils et les permis, tu t’occupes de la paperasse ou des choses que les gens ne savent pas nécessairement.

C’est ça qui est le fun. Tout est réglo de ce côté. En même temps, ça profite aussi aux artistes, parce que chaque spectacle, même s’il se produit dans une maison, c’est considéré comme une représentation devant public, parce que public il y a. Tout est déclaré. Ils sont donc mieux payés par la suite.

Est‑ce que c’est relativement rentable pour un artiste de faire ce genre de tournée là?

Pour les artistes, oui. Moi, pour l’instant, je ne suis aucunement payée. C’est du bénévolat. Mais un jour, je vais trouver une formule hyper gagnante et puis je vais balancer tout ça.

Mais pour les artistes, oui, parce qu’ils n’ont aucun… ils n’ont aucune dépense, dans le fond. Ils sont payés à chaque spectacle, ils ont toutes les redevances de la SOCAN, puis ils n’ont pas de nourriture à payer, de gaz. Tout est… c’est comme une tournée inclus. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est présenter des spectacles pour se faire découvrir.

Puis la vente d’albums aussi, ça se fait bien dans les…

Dans l’espace privé?

Dans ce contexte‑là, oui. Souvent, les gens veulent vraiment repartir avec un objet.

J’ai fait une tournée avec Jérôme 50 en automne 2016. Il avait un EP de cinq chansons qu’il vendait cinq dollars. Il les a tous vendus. Les gens étaient fâchés en dernier, parce qu’il n’y en avait plus, il leur répondait : « oui, mais là, je n’en ai plus ». Les gens, ils veulent avoir quelque chose après avoir rencontré en proximité comme ça.

C’est très différent du comportement du spectateur moyen dans une grande salle de spectacle.

Route d’artistes, c’est un projet que tu as développé?

Oui.

Où te vois-tu dans ce projet dans cinq ans? Comment ça pourrait se développer?

Je veux que ça se développe, et j’ai des objectifs pour 5, 10, 15 ans, tout le temps! Je ne peux pas trop dévoiler mes idées, mais c’est comme je dis tout le temps, l’idée de Route d’artistes, c’est de faire une espèce de map du métro, là. Si on regarde mettons la map du métro de Montréal, il y a plusieurs tracés.

C’est un peu ça que je veux faire avec Route d’artistes, qu’il y ait vraiment plusieurs routes déterminées… puis des nouvelles aussi, mais qu’on puisse avoir plusieurs tournées même en même temps.

On pourrait se dire : « Cette année on a quatre tournées ou cinq tournées, celle-là, c’est comme la ligne verte. » On a une tournée qui est tracée là pendant qu’il y en a une autre qui démarre au Lac‑Saint‑Jean et qu’une autre fait le tour de la Gaspésie. Donc, si on pouvait avoir des tournées stables comme ça, des chemins établis… Avec plusieurs collaborations aussi, là. Il y a plein d’idées qui sont en chemin.

Fany Rousse – Photo : Jacques Boivin

Donc, Route d’artistes, à surveiller pour les prochaines années, voir comment ça va prendre de l’expansion?

Oui, absolument.

T’es présentement en période d’inscription?

Oui. C’est la troisième année que je fais ça. Il y a une période d’inscription pendant laquelle les artistes peuvent s’inscrire pour faire les prochaines tournées. Les gens ont jusqu’au 19 janvier pour s’inscrire pour les tournées 2018.

Deux artistes seront sélectionnés pour une tournée au printemps, puis une autre à l’automne.

On est une dizaine de personnes sur le jury. On écoute tous les liens, la musique que les gens nous envoient. On détermine chacun nos coups de coeur et selon un système de pointage, les deux personnes qui se démarquent sont sélectionnés.

Comment as-tu composé le jury?

Il y a des gens qui travaillent dans l’industrie. Des gens qui s’occupent de festivals, de salles de spectacles, des agents d’artistes, des gérants. Des gens qui ont des maisons et qui ont déjà accueilli quatre ou cinq shows chez eux. Eux aussi, ils veulent participer au processus! Je les laisse participer et décider de ce qu’ils veulent entendre chez eux. Puis je choisis moi aussi, mais tous les votes ont la même valeur. On vote pour notre coup de coeur, mais il y a toujours quelques artistes qui se démarquent. On ne se connaît pas tous, on ne connaît pas nécessairement nos goûts, mais des fois, c’est l’année de telle personne, puis on est tous d’accord. C’est pas trop difficile.

Je me dis, dans ces spectacles‑là, il y a tout le temps se produire quelque chose de vraiment particulier, vu que ce sont des spectacles plutôt uniques, comme tu disais…

Oui.

As-tu des anecdotes? Des trucs qui t’ont marquée pendant ce parcours?

Chaque tournée est différente. Il faut être là pour le vivre, là. Je pense à la dernière tournée avec Olivier Bélisle, parce que c’est la plus récente. Quand on est arrivé dans une place où je ne connaissais vraiment personne, c’était quelqu’un que je ne connaissais pas qui fêtait un anniversaire, sa blonde qui m’avait écrit pour les40 ans de son chum. Olivier, il a vraiment seizé le monde qui était là, puis il a changé ses textes pour mettre le nom de famille du fêté dans ses phrases, puis là, tout le monde, on chantait ça. C’est comme un moment pas rapport qu’on a vécu tout le monde, on chantait ensemble, même si personne connaissait la chanson, mais Olivier, il a vraiment été vif. Ce sont toutes des petites choses comme ça, là. Sinon, la rue qui déborde de chars un peu partout. Ils ne sont pas habitués d’avoir autant de gens. On s’improvise des stationnements sur le gazon. Il y a aussi Joëlle Saint‑Pierre qui avait dit : « Bon, à quelle heure on revient pour l’entracte? Tout le monde, à 9 h 12, c’est écrit sur le four, on revient. »

 

Les artistes en profitent souvent pour casser des tounes, puis ils parlent aussi beaucoup entre les chansons pour nous raconter des choses ou juste en profiter pour dire plus de niaiseries quand ils sont habitués de dire des niaiseries, puis…

Tu penses qu’ils se laissent peut‑être un peu plus lousses parce que le contact se fait mieux?

Oui, oui oui, absolument. Il y a une grosse différence. Ce que j’aime de ces shows‑là, c’est que ce n’est pas un show qui est parfait. Ce n’est pas « alors, j’ai une chanson, c’est ça, trois, quatre », avec aucune erreur. T’sais, ce n’est pas ça le but, là. On s’en fout s’il se trompe dans sa guitare, dans les paroles; on la recommence! C’est plus vraiment authentique comme spectacle.

D’après toi, est‑ce que c’est pour tout le monde, Route d’artistes, les types de groupes de musique?

Non, absolument pas! C’est pas tant une question de styles musicaux que de goûts personnels. Il y a des artistes qui disent: « Allez jouer dans le salon chez du monde, c’est tellement la dernière affaire que je veux faire! ». Ce n’est pas pour tout le monde.

Il y en a qui aiment ça, prendre le stage puis que ça sonne fort aussi. Il y a un côté qui est vraiment plus important avec le son, ça fait que quand C’EST un peu plus minimaliste, eh bien, il y en a qui trippent beaucoup moins. Ceux qui s’inscrivent à Route d’artistes, c’est parce qu’ils trippent, parce qu’ils ont envie de revenir à la création entre chacune de leurs chansons ou d’essayer autre chose qu’ils n’ont jamais essayé. Ils ont le désir de cette expérience-là.

Mais au niveau des styles de musique, c’est sûr que, éventuellement, quand tu me demandes ce que Route d’artistes va devenir dans 10, 15, 20 ans, j’aimerais avoir, par exemple, une branche de classique, une branche expérimentale, d’avoir plusieurs styles de musique.

Pour l’instant, ça va beaucoup plus en chanson. En même temps, il y a plein de styles de musique que j’aime puis que les juges aussi aiment. Mais on dirait que c’est tout le temps ça qui ressort pour l’instant. C’est comme plus chanson folk, slam. Ça rassemble à ça.

À quand le festival Route d’artistes avec plusieurs artistes de différents styles artistiques?

Le festival Vue sur la relève, ils ont plusieurs disciplines aussi, puis je trouve ça cool aussi ce qu’ils font. Ce n’est pas juste de la musique, c’est vraiment : tu as le théâtre, tu as la danse, tu as plein de choses. Je trouve ça important, puis ce qui compte dans un show, c’est qu’il soit bon. On se fout un peu de ce que c’est. Tu sais, s’il y a une pièce de théâtre qui peut se faire à deux, trois personnes puis qui est hyper bouleversante, puis que ça fonctionne, puis qu’après ça, tu es complètement, comme, abasourdi, bien, je la veux, puis je veux faire une tournée avec.

Mais pour l’instant, j’y vais tranquillement avec ce que je connais. On ira ailleurs après. Tout ce que je veux c’est quelque chose de vraiment bon, à partager et à faire découvrir.

En terminant, tu as‑tu un conseil pour l’industrie de la musique? T’es tout le temps sur le terrain en ce moment!

Mon conseil ne serait pas pour l’industrie de la musique. Ce que j’aimerais, c’est qu’il y ait davantage d’ouverture dans les écoles. Enseigner au primaire, au secondaire, avoir un artiste qui vient faire une période sur son parcours et qui fait deux ou trois chansons. Il peut analyser un texte. Dans plusieurs disciplines. J’aimerais que ça se produise davantage, il y a un manque, à mon avis.

Les jeunes, après ça, ils seraient mieux sensibilisés par rapport à la culture, ils auraient un sentiment d’appartenance.

Au secondaire, j’ai fait du théâtre pendant tout mon secondaire. Si ce n’avait pas été de ça, je ne pense pas que j’aurais été voir des pièces de théâtre étant plus vieille. Je ne vais pas en voir à tous les jours, mais au moins, j’y vais, comparativement à d’autres personnes qui n’y vont pas parce qu’elles n’ont jamais eu de lien avec ça. Ils ne connaissent pas ça. Si on instaure ça dans les écoles plus tôt, ça peut piquer la curiosité des jeunes, les intéresser à se déplacer.

Ça serait mon souhait.

C’est un beau souhait, je trouve! Merci beaucoup et bonne continuation avec ce projet-là!

Merci.

 

Vous êtes un artiste et ce genre de tournée vous intéresse? Posez donc votre candidature! Vous avez jusqu’au 19 janvier. Plus de détails ici!

 

Vernissage de Gaspard Eden – Maelstrøm Saint-Roch, 11 janvier 2017

Gaspard Eden nous a entraînés au confluent des arts jeudi dernier : à l’occasion de son vernissage, l’artiste aux multiples visages offrait une performance musicale pour le moins psychédélique.

Gaspard Eden nous a entraînés au confluent des arts jeudi dernier : à l’occasion de son vernissage, l’artiste aux multiples visages offrait une performance musicale pour le moins psychédélique.

Accompagné par Alexandre Martel au synthé et vêtu d’habits dignes des prophètes du désert, Eden a rapidement installé une ambiance envoûtante à coup de sitar, d’encens, de cierges et de lumières tamisées. Le spectacle était certes bien captivant, mais la musique faisait surtout la part belle à l’art en se mettant à son service. Comme de fait, l’atmosphère lourde et voluptueuse qui se dégageait du duo semblait donner vie aux œuvres accrochées sur les murs.

Visuellement, l’expérience Gaspard Eden a quelque chose de sucré et de tordu à la fois, de profondément psychédélique en soi. La répétition incessante de motifs et les thèmes qui se communiquent d’un tableau à l’autre nous plongent dans cet univers qui, aidé par l’ambiance, faisait l’effet d’une expérience altérée de la réalité. Un univers fait de chairs qui fondent – trop organiques – de formes géométriques déformant ou stéréotypant l’usuel, de couleurs saturées et répétées, de symboles et de leitmotivs. Difficile, à travers cet ensemble, d’identifier les influences artistiques, qui doivent sans doute passer de l’héraldique médiévale aux figures anonymes de Keith Haring en passant par les profondeurs torturées des préraphaélites.

S’il y a une conclusion à tirer de l’événement qui, pour le moins qu’on puisse dire, a attiré une foule de curieux, c’est bien que Gaspard Eden, tout en décloisonnant les possibilités, se présente comme un tout cohérent à la recherche de sa logique interne.

(Photos : Jacques Boivin)

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La Caravane des fêtes (+Harfang, + Mort Rose) – La Nef, 27 décembre 2017

Le groupe local Caravane organisait cette année encore un événement spécial pour rendre gloire à notre sauveur : le rock. Comme toute bonne messe de minuit, le spectacle de jeudi dernier eut lieu dans une église et c’est ainsi que le décor à saveur baroque de la Nef ajouta au charme décadent de ce moment fort en intensité.

Le groupe local Caravane organisait cette année encore un événement spécial pour rendre gloire à notre sauveur : le rock. Comme toute bonne messe de minuit, le spectacle de jeudi dernier eut lieu dans une église et c’est ainsi que le décor à saveur baroque de la Nef ajouta au charme décadent de ce moment fort en intensité.

 

Mort Rose

Mort Rose – Photo : Jacques Boivin

La grande célébration commença avec le pop rock grivois de Mort Rose. Revisitant le répertoire rock, blues et même calypso, les quatre musiciens présentaient des pièces entraînantes et colorées par le discours équivoque – et parfois bien direct – du chanteur.

Les spectateurs massés devant la scène ne résistèrent pas longtemps au charme langoureux de cette musique qui fit la gloire d’Elvis. Et plus la prestation avançait, plus le groupe nous faisait découvrir la variété de ses inspirations musicales et l’enthousiasme de ses membres sur scène. Une belle façon de nous faire oublier la température subsibérienne!

 

Harfang

Après cette joyeuse entrée en matière, ce fut au tour de Harfang de réchauffer les cœurs. Étant donné le nombre de spectateurs qui ne semblaient pas les connaître, le groupe a dû passer en mode séduction. Qu’à cela ne tienne, ils ont relevé ce défi avec brio.

Harfang – Photo : Jacques Boivin

En guise de préliminaires, ils se sont lancés dans leurs pièces les plus lumineuses. Fly away et Wandering ont servi de premier contact, mais c’est vraiment avec Stockholm que le groupe a pris son envol. Il était fascinant de voir avec quelle énergie et quelle intensité les musiciens s’impliquaient dans chacune de leurs pièces, qu’elle soit plus rock, plus folk ou plus introspective.

 

Caravane

Caravane – Photo : Jacques Boivin

L’heure avançant, on se rapprochait de plus en plus du minuit fatidique de la messe. Caravane, les rockeurs de la Vieille Capitale, se sont chargés de nous livrer la pièce de résistance… et quelle performance ! Il faut le dire, ils ne font pas le bon vieux rock à moitié. Alors qu’on attendait que les musiciens montent sur scène, l’organiste se lança dans un préambule endiablé, après quoi le groupe a balancé pièce sur pièce un rock teinté de blues aux mélodies accrocheuses et aux textes que scandait fréquemment le public.

Plusieurs moments forts se sont démarqués des méandres musicaux dans lesquels les musiciens nous ont plongés. On a particulièrement pu apprécier les soli endiablés de Guillaume Méthot, qu’il nous livrait à genoux comme une offrande. L’intensité du chanteur – qui hésitait ni à se barbouiller le visage ni à se mêler aux foules pour le rock – avait de quoi capter l’attention. Finalement, le groupe a offert en cadeau une superbe reprise de I Want You des Beatles qui n’a laissé personne indifférent, pas même les apôtres ni les évangélistes qui nous regardaient du haut du plafond de la Nef.

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Gab Paquet (+Miss Sassoeur & les Sassys) – Le Cercle, 14 décembre 2017

On le sait déjà, toutes les fêtes deviennent magiques lorsque Gab Paquet et sa bande en prennent le contrôle. Cette année, c’est une véritable messe de minuit qui a eu lieu au Cercle le 14 décembre dernier. Le groupe présentait son spectacle pour une dernière fois en 2017 dans le cadre d’une mini-tournée de trois jours. Et du monde, il y en avait à la messe !

On le sait déjà, toutes les fêtes deviennent magiques lorsque Gab Paquet et sa bande en prennent le contrôle. Cette année, c’est une véritable messe de minuit qui a eu lieu au Cercle le 14 décembre dernier. Le groupe présentait son spectacle pour une dernière fois en 2017 dans le cadre d’une mini-tournée de trois jours organisée par Le Pantoum. Et du monde, il y en avait à la messe !

 

Miss Sassoeur & les Sassys

Miss Sassoeur & Les Sassys – Photo : Jacques Boivin

C’est devant un Cercle bien plein que le lauréat du prix ecoutedonc.ca du Cabaret Festif – et, accessoirement, du prix du jury! – venait défendre son Gospel de Ruelles. Jacques Boivin, qui présentait le groupe, a sommé gentiment (Jacques : Ouin…) les admirateurs de Gab, certains plus incontrôlables que d’autres, de prêter l’oreille.

Miss Sassoeur & Les Sassys – Photo : Jacques Boivin

Une fois sur scène, la chanteuse et ses trois choristes se sont lancés dans leur introduction énergique, déballant leurs chansons à l’esthétique Motown avec beaucoup d’attitude et de dance moves. Leur musique, toujours aussi rafraîchissante, mélange la culture afro-américaine à notre propre bagage historique, avec des textes où se confrontent et s’entremêlent anglais, français et québécois.

On était heureux de réentendre leurs titres qui, pour moi, sont devenus de vrais vers d’oreille (Rythmitou, la Rengaine), mais aussi de découvrir leur nouvelle formule améliorée : lors des deux dernières pièces, un DJ les a accompagnés sur scène pour ajouter des beats à ce spectacle principalement centré autour des harmonies vocales. Une direction intéressante à prendre pour Miss Sassoeur & les Sassys, bien que quelques ajustements soient encore à faire.

 

Gab Paquet

Gab Paquet – Photo : Jacques Boivin

Bien sûr, Gab Paquet n’allait pas faire les choses comme tout le monde. Bien sûr, il sait faire lever les foules. Bien sûr, ça allait être flamboyant. Mais on ne s’attendait pas à la vague d’énergie qui allait se déployer sur nous dès les premières pièces !

Pour comprendre cela, il faut d’abord savoir une chose. Avec les années, le public du chanteur de charme a évolué : je l’ai vu jouer autant sous le signe de la confidence devant des initiés en liesse que sur des scènes qui le livraient à un public encore à conquérir. Depuis, la Paquetmania s’est répandue hors des Cercles intimes de la star pour contaminer un public qui ne sait pas trop encore ce qui se passe. Le résultat se mesure lors de soirées comme celle de jeudi dernier, alors que la foule faisait littéralement pleuvoir ses acclamations sur le chanteur.

Gab Paquet – Photo : Jacques Boivin

Dès Ton appel à frais virés, les spectateurs se sont donc déchaînés, certains arborant paillettes, pads ou autres signes de frivolité. Tout s’est ensuite enchaîné très rapidement, sans temps morts. Un vrai feu d’artifice avec ses moments flamboyants : Gab faisant du bodysurfing ou ne pouvant retenir sa joie, les récits nous menant de fil en fil aux chansons comme Soucoupes Volantes, etc. Et comme dans tout feu d’artifice, le bouquet final en a mit plein la vue (et les oreilles): après le grand succès Consommations, les musiciens se sont lancés dans une version disco rock de Minuit, chrétiens pour terminer en beauté avec un pot-pourri juste assez kitsch. Pendant ce temps, on sautait, on dansait, ou bien on chantait en chœur des paroles maintenant élevées au rang d’hymnes.

Gab Paquet – Photo : Jacques Boivin

Pour moi, qui n’ai pas eu une dose suffisante de Gab Paquet cette année, ce fut une révélation: un spectacle encore mieux rodé, toujours plus dynamique, qui équilibre bien ses frivolités et ses performances musicales solides. Le groupe a atteint un autre palier de sa carrière et ça se sent. On leur souhaite de continuer sur cette voie en 2018, et on sait qu’on prendra plaisir à les suivre encore longtemps. Parce que la force de Gab Paquet, c’est de se tailler une place dans notre tête avec ses chansons, mais aussi dans notre cœur avec ses manières de charmeur.

 

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Apéros FEQ: Gaspard Eden – District Saint-Joseph, 30 novembre 2017

On est passés par toute une gamme de sensations musicales en compagnie de Gaspard Eden jeudi dernier au District Saint-Joseph. Né des cendres d’Ego Death, le projet de Joey Proteau présente une évolution originale et prometteuse.

On est passés par toute une gamme de sensations musicales en compagnie de Gaspard Eden jeudi dernier au District Saint-Joseph. Né des cendres d’Ego Death, le projet de Joey Proteau présente une évolution originale et prometteuse.

Gaspard Eden – Photo : Jacques Boivin

Arrivée en plein milieu de la deuxième pièce – les Apéros FEQ ça commence vraiment à l’heure parce que «c’est un concours, right ?» – j’entendis, au moment de franchir le seuil, la distorsion des guitares et une voix qui grondait. «Est-ce que je suis au bon endroit ?», me suis-je même presque demandé. Avec une entrée en matière franchement grunge, le groupe faisait une coupure radicale d’avec la musique introspective et folk du Ego Death initial. Petit vent de fraîcheur dans le paysage musical local que ces chapes de plomb brutes et torturées.

Après, le groupe s’est replongé dans une atmosphère un peu plus planante en reprenant notamment d’anciens titres. Mais rien à voir avec ce qui se trouve sur Grief, duquel le groupe s’est éloigné encore davantage comparé à l’été dernier. Ainsi, Troubles s’est conclue sur une finale instrumentale on ne peut plus rock, tandis que Lucid Dreams s’était enrubanné de sonorités psychédéliques. Au passage, Proteau nous rappelait que, s’il a de l’aplomb, il sait aussi impressionner par la clarté de ses chants mélismatiques. Dans la même veine, il a présenté Heavy Burden, une nouvelle pièce chantée en compagnie de Clara Bernier Turgeon.

Gaspard Eden – Photo : Jacques Boivin

 

Les dernières pièces, elles, se sont démarquées par leur esthétique singulièrement psychédélique, qui rappelle la vibe de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Même la cithare était au rendez-vous sur une pièce intitulée Milk Crush.

Décidément, Gaspard Eden sait se revêtir de n’importe quel style et se l’approprier. Le chanteur change de style vocal comme il change de mimiques ou encore de guitares. Et il sait s’entourer: ses musiciens – guitariste (Antoine Angers), bassiste (Alexandre Martel), claviériste (Olivier Bresse), batteur (Olivier Beaulieu), percussionniste (Yuri dit «le dragon») – assurent solidement ses arrières à coup d’instruments et d’harmonies vocales.

 

Medora, Sous-Sol du Cercle, 29 novembre 2017

C’est dans une atmosphère de nostalgie et d’exaltation que Medora a livré son dernier souffle mercredi dernier, au Sous-Sol du cercle. Depuis quatre ans, le groupe a évolué dans le milieu de la scène locale, influençant le milieu et étant influencé par lui. Après deux maxis et un album à leur actif, Charles Côté, Vincent Dufour, Aubert Gendron et Guillaume Gariépy prennent maintenant de nouveaux chemins. La fin laissant place au renouveau, les quatre musiciens ont choisi de terminer cette aventure en beauté, en compagnie de leurs proches et de leurs plus grands fans.

C’est dans une atmosphère de nostalgie et d’exaltation que Medora a livré son dernier souffle mercredi dernier, au Sous-Sol du cercle. Depuis quatre ans, le groupe a évolué dans le milieu de la scène locale, influençant le milieu et étant influencé par lui. Après deux maxis et un album à leur actif, Charles Côté, Vincent Dufour, Aubert Gendron et Guillaume Gariépy prennent maintenant de nouveaux chemins. La fin laissant place au renouveau, les quatre musiciens ont choisi de terminer cette aventure en beauté, en compagnie de leurs proches et de leurs plus grands fans.

Se retrouva donc au Sous-Sol du Cercle une gamme variée de visages : amis de longue date, proches, acteurs de la scène locale, etc. Ils donnaient à l’événement une atmosphère intime et chaleureuse. Puis ce fut le temps, nous vînmes nous masser devant l’espace réservé au groupe. Pas de scène, au Sous-Sol du Cercle. Et ce soir-là, la limite entre eux et nous était floue. L’énergie se communiquait du groupe aux spectateurs, le corps se balançant tous tandis que les musiciens déballaient leurs pièces avec intensité.

Si le groupe jouait ses pièces pour la dernière fois, il a fait le choix de ne pas faire les choses à moitié. Le setlist reprenait essentiellement les pièces de Ï, paru en août dernier, entrecoupées de plusieurs titres précédents. On eut le plaisir de reconnaître des pièces entendues souvent, telles que Nature ou Sillage, mais aussi de réentendre des titres dépoussiérés exprès pour nos oreilles nostalgiques. C’est ainsi que Fleuve a été ressuscitée momentanément, après deux ans de non-existence. Même Simon Provencher est sorti du placard de Medora (où le groupe avait rangé le mot «Old» qui précédait son nom) le temps d’une chanson.

 

Si le contexte rendait le groupe tout aussi émotif que le public, cela n’a fait que contribuer à la beauté intense de l’événement. Nombreuses sont les pièces qui ont constitué des points forts de la soirée. On peut notamment mentionner Les tracas dans les cellules de la tête, Permanence ou encore Tsunami, sur laquelle le public a fait le cadeau d’un dernier mosh pit au groupe.

 

Acclamé par les spectateurs, les quatre musiciens sont ensuite revenus sur scène pour fini le tout sur une reprise de Talent, d’Avec Pas d’Casque. Personnellement, ce n’est que le plaisir d’assister à ce spectacle fulgurant qui m’a empêchée de verser une larme à ce moment-là.

C’était beau, et je me remémorais tous les spectacles auxquels j’ai assisté, depuis le premier Rock & Pabst d’Old Medora en 2014 jusqu’à cette dernière performance. En quatre ans, ecoutedonc.ca et moi-même avons couvert le groupe au Cercle autant qu’au complexe Méduse, au Café Tam-Tam autant qu’au festival OFF, au District Saint-Joseph autant qu’au Pantoum. Des dizaines d’articles et une entrevue plus tard, quelle belle évolution avons-nous pu constater!

Or, trêve de sentimentalité : la fin de Medora, c’est une étape qui est franchie dans la vie de ces quatre musiciens qu’on espère fortement voir évoluer encore longtemps dans de nouveaux projets. Et comme le disait le chanteur, même si le groupe est mort, la musique, elle, vivra toujours.

 

Petit message du photographe :

En plus des photos de la soirée, je me suis permis de rajouter ci-dessous des clichés du premier spectacle de Medora au Rock N’ Pabst en 2014, gracieuseté de mon frère.
Voilà.

3 ans plus tard.

 

 

CHOCOLAT (+Mauves + Cobrateens), Le Pantoum, 26 novembre 2017

Déjà en regardant la programmation, on savait que ça allait être quelque chose : CHOCOLAT, Mauves, Cobrateens. Une soirée rock en perspective. Plusieurs ont d’ailleurs répondu à l’appel samedi dernier et c’est devant un Pantoum plein à craquer que Mauves a lancé le bal.

Déjà en regardant la programmation, on savait que ça allait être quelque chose : Chocolat, Mauves, Cobrateens. Une soirée rock en perspective. Plusieurs ont d’ailleurs répondu à l’appel samedi dernier et c’est devant un Pantoum plein à craquer que Mauves a lancé le bal.

 

Mauves 

Mauves. Photo : Nicolas Padovani

Si la musique de Mauves a un côté tantôt plus dansant, tantôt plus planant, les quatre musiciens nous ont rappelé d’emblée l’essence fondamentalement rock de leur musique. Sous le jeu d’éclairages particulièrement élaboré de Kevin Savard et avec la drive de Jean-Etienne Collin Marcoux – qui remplaçait Charles Blondeau à la batterie, le groupe a commencé une J’ai tout essayé intense pour la terminer en envolée instrumentale quasi cathartique. C’était juste la première toune, ça ?

 

Eh oui, et les autres titres ont défilé avec le même aplomb, et ce pour le plus grand plaisir des spectateurs. Il faut dire que les gars de Mauves se démarquent chacun à leur façon en matière de présence sur scène. Samedi dernier, les deux guitaristes/chanteurs Alexandre Martel et Julien Déry ainsi que Cédric Martel, qui assurait le groove à la basse, nous l’ont encore rappelé.

 

Le set, qui était particulièrement équilibré, comportait des titres à dominante plus bluesé, comme Eh Fille, qui venaient contraster avec le rock soleil de Longtemps ou encore les complaintes planantes de Manège. Le tout s’est terminé avec XXIe – personnellement ma pièce préférée du moment – histoire de bien nous faire danser.

 

Cobrateens

Cobrateens. Photo : Nicolas Padovani

Le trio québécois Cobrateens a tôt fait de changer l’atmosphère musicale du Pantoum avec son punk rock bien garage. «14 tounes, 20 minutes» et de l’énergie à revendre ! La recette parfaite pour faire brasser la foule, qui s’est rapidement exécutée (je ne sais pas pourquoi, il y avait un noyau d’éléments perturbateurs qui semblaient tous appartenir à un petit blogue de la Ville de Québec, mais lequel ?).

 

Et on a sauté, sauté, sous les cris et les exclamations de Roxann Arcand, qui donnait une bonne leçon à ses tambours pendant que le guitariste et le bassiste s’en donnaient aussi à cœur joie. Rien de mieux qu’un bon vieux punk de la première vague pour nous survolter.

 

Chocolat 

Chocolat. Photo : Nicolas Padovani

S’en suivait le clou du spectacle. Pour nos lecteurs, Chocolat n’a même plus besoin de présentation. Les spectateurs se sont massés à l’avant de la scène pour accueillir ce groupe au rock solide et élaboré qu’ils semblaient déjà bien connaître. Pas étonnant que le groupe ait remporté, le lendemain, le Lucien de l’album rock de l’année au GAMIQ 2017.

 

À travers le chaos extatique de leur prestation, pendant laquelle on ne parvenait pas à tenir en place bien longtemps, on peut souligner l’énergie que Golden Age a donné aux spectateurs ou encore l’accalmie qu’ont causées des pièces telles que Fantôme – parce que tsé, parfois il faut juste s’arrêter de sauter et écouter avec fascination. Le groupe, comme le public, s’est montré enjoué et généreux, terminant son spectacle avec un jam retentissant suivi d’un long rappel de trois titres.

 

Bref, samedi dernier, les planètes étaient alignées et pointaient directement dans les murs du Pantoum. Des moments comme celui-là, on savait qu’ils étaient rares et précieux : c’était Noël à l’avance et le Pantoum nous offrait notre gros bonbon de l’année. Même les deux brasseurs de la micro Les Grands Bois de Saint-Casimir étaient de la partie avec une surprise maltée – de quoi célébrer cet événement grandiose. On en a profité jusqu’au bout pour en ressortir lessivés, mais heureux. Un bon vrai spectacle de rock, à saveur indépendante.

 

Chronique du vestiaire

Par Simon Provencher

Échos du premier vestiaire. L’arrivée se fait calmement, au compte-goutte même. Surprenant pour un spectacle qui promet d’être plein. Et il le sera. Les câbles croulent sous le poids des manteaux mouillés. Je me sers une sage portion de chili végétarien et de cornbread. Après le passage des musiciens évidemment. On en avait visiblement prévu trop. On s’attendait à ce qu’Emmanuel Éthier dévore tout sur son passage mais il est trop lendemain de veille. Christophe taponne un peu le violon, quelqu’un joue du piano dans le studio toute la soirée.

 

Je vais voir un peu Mauves et Cobrateens quand j’ai le temps. Je me demande quel band sent le moins bon et je conclus que peu importe l’odeur de Cobrateens ça peut pas battre l’haleine de Julien de Mauves. Je monte pour « Ah ouin » et pour les premières notes de la dernière pièce. Jimmy mentionne que c’est la dernière pièce. Pas de temps à perdre, je grimpe sur les épaules d’un ami et je m’adonne à un rapide crowdsurf vers l’arrière de la salle. Route express vers le vestiaire avant la cohue.

 

Si les gens arrivent calmement, ils veulent tous repartir en même temps les maudits. Les renforts arrivent au moment où le chaos éclate. Laurence attrape habilement les numéros, Émilie part à la recherche des manteaux perdus, je me prends une petite cuillère de chili et je finis ma bière. Sciences Nouvelles de Duchess Says joue dans le tapis. La tension est palpable. J’ai trop mis de piments broyés. Je vais aux toilettes jusqu’à ce que le calme revienne, dans mes mouvements gastriques comme dans le vestiaire.

 

 

 

 

 

Dundee + Fria Moeras + Lumière – Le Pantoum, 17 novembre 2017

Vous savez, le mois de novembre n’est facile pour personne. C’est d’ailleurs dans le réconfort de mes joggings que je me présentai au spectacle de vendredi dernier au Pantoum, après une semaine de dur labeur. Fort heureusement, les groupes invités ont contribué, chacun à leur manière, à mettre de la couleur dans ce novembre noir et blanc. Compte-rendu d’un spectacle bouillon de poulet pour l’âme.

 

Dundee

C’est en intensité qu’a commencé notre soirée musicale. Les musiciens du groupe Dundee ont réveillé nos tripes avec leur mélange équilibré de funk uptempo et de Hip-Hop saveur oldschool. Le résultat avait la caractéristique intéressante d’être à la fois laidback et rythmé.

Avec des titres comme Le groove du 819 ou encore Le funk qui cogne, Dundee nous a fait opiner de la tête et oublier peu à peu nos tracas. Leurs compositions originales, principalement en français, étaient ponctuées de moments où, tour à tour, les musiciens pouvaient se mettre en valeur. Le chanteur pouvait tantôt mitrailler ses rimes ou bien chanter de sa voix élastique, tandis que le guitariste se gâtait des soli aux sonorités jazz. Le bassiste et le batteur ont aussi pu, en de plus rares occasions, afficher leurs couleurs pour notre plus grand plaisir.

 

Fria Moeras

Accompagnée par ses bélugas batteur et bassiste, Fria Moeras a fait une entrée en toute simplicité et avec humour (moi, les jokes de béluga/bélufille, je trouve ça drôle). Ceux qui n’ont pas été convaincus par ses blagues l’auront du moins été par sa musique : un folk rock qui explore doucement les dissonances. Que ce soit en rockant avec intensité ou en chantant sa mélancolie en solo, elle a progressivement conquis (et fait taire, Dieu merci) les spectateurs les plus rébarbatifs.

Assez complètes sur le plan des influences musicales – pigeant autant dans le reggae que dans la valse – les compositions de l’artiste de Québec se démarquaient par l’attrait de leurs mélodies aux couleurs énigmatiques.

 

Lumière

Comme à son habitude, le Pantoum a fait dans l’inhabituel : si on a commencé la soirée avec un groupe particulièrement dansant, on s’est progressivement rendus jusqu’à la vibe beaucoup plus planante et reposante de Lumière. Tout en étant très enjouée, la musique du groupe Montréalais comportait quelque chose d’essentiellement contemplatif. Résultat : le public pantoumien, toujours prêt à se prêter au jeu, s’est assis bien confortablement au sol pour apprécier le moment.

Et il en fallait de l’attention pour capter toutes les subtilités colorées des 7 musiciens, la plupart multi-instrumentistes. Clavier, guitare, banjo, xylophone, violon, violoncelle, clarinette, triangle, égoïne, flûte traversière venaient se poser sur les textes poétiques d’Étienne Côté (Nicolet, Canailles, Diptyque) avec la sensibilité d’un jardin de fleurs. Il n’y a pas à dire, Lumière, c’est un nom parfait pour un groupe qui explore ainsi toutes les finesses du spectre sonore.

 

Or, s’il savait faire dans la douceur, le groupe a néanmoins montré à quelques reprises qu’il parvenait aussi à maîtriser le groove voluptueux inspiré des hippies de Woodstock. Bref, les musiciens ont donné un spectacle captivant – leur premier à Québec avec Lumière – et on espère que ce sera le premier d’une longue série.

Evil Can Evil + Woodwolf + East Wood, Le Scanner, 10 novembre 2017

Après avoir entendu Albatros et Charrue faire trembler les murs du Pantoum, notre épopée punk-rock-stoner-métal ne pouvait que se poursuivre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Après tout, tant qu’à se péter les tympans, on ne le fera pas à moitié (ou pas du tout, s’amener des bouchons c’est bien). C’est ainsi que, le 10 novembre dernier, nous avons vu mourir la nuit et naître le jour avec Evil Can Evil, Woodwolf et East Wood.

 

Evil Can Evil

Evil Can Evil
Crédit: Gabriel Potvin Caissy

Il serait plus juste de parler du 11 novembre 2017, puisque la musique s’est mise à résonner peu de temps avant minuit. Ça nous a donné la chance d’attraper les dernières pièces de Evil Can Evil en arrivant. Composé de quatre musiciens, le groupe stoner rock de Québec se démarquait par son groove. Insérant par-ci par-là des riffs bien blues, les musiciens nous ont donné de quoi nous secouer les cheveux. Sans réinventer la roue, leur set mettait bien la table pour cette fin de soirée.

 

Woodwolf

Woodwolf
Crédit: Gabriel Potvin Caissy

Woodwolf a pris le relais. À seulement deux musiciens sur scène (guitare et batterie), ils avaient la tâche aride d’entretenir un public déjà pas mal avancé à une heure aussi pas mal avancée. Ils ont donné tout ce qu’ils avaient, pour le plaisir des quelques enthousiastes massés à l’avant. Le duo a présenté un gros rock aux accents un peu plus psychédélique. Leur univers scénique et musical avait quelque chose d’intéressant avec ses thématiques du désert et de l’orient.

 

East Wood

East Wood
Crédit: Gabriel Potvin Caissy

Arrivés directement de Trifluvie, ce sont finalement les trois gars d’East Wood qui ont fermé le bal. Revêtant leurs longs chapeaux et ponchos, les musiciens ont présenté d’abord leurs nouvelles pièces – plus stoner rock – pour terminer avec leurs plus anciennes compositions. Ce condensé musical de l’évolution du groupe donnait bien le ton quant à la direction nouvelle du groupe, qui semble construire un projet travaillé. Cela risque d’être bien intéressant à suivre.

Charrue (+ Albatros), Le Pantoum, 10 novembre 2017

Pour sortir au Pantoum en ce 10 novembre hivernal, j’ai non seulement revêtu ma tuque, mais aussi mon passé de trippeuse de Vans Warped Tour et de métal. Compte-rendu musical des tréfonds torturés de l’âme d’Albatros (Québec) et de Charrue (Trois-Rivières).

Pour sortir au Pantoum en ce 10 novembre hivernal, j’ai non seulement revêtu ma tuque, mais aussi mon passé de tripeuse de Vans Warped Tour et de métal. Compte-rendu musical des tréfonds torturés de l’âme d’Albatros (Québec) et de Charrue (Trois-Rivières).

Albatros

Crédit: Gabriel Potvin Caissy

Albatros nous a d’abord garoché son set dans la face. Pas beaucoup de sursis avec leur punk rock énergique et saccadé. Des rythmes changeants, mais presque toujours en accéléré, soutenaient les cris pressants du chanteur. On avait droit au traditionnel trio batterie-guitare-basse, auxquels trois cuivres venaient ajouter des notes mélodiques ou joyeuses. Six musiciens gonflés à bloc (et en chemise, de surcroit) qui se sont donnés autant aux instruments qu’en discutant avec le public comme si on était dans leur salon – rien de plus casual.

 

Charrue

Crédit: Gabriel Potvin Caissy

Charrue a ensuite installé son ambiance, sensiblement différente de la première. Avec la moitié moins d’effectifs (retour au trio traditionnel avec un extra clavier manié par le percussionniste), le groupe a fait planer son langoureux mal-être musical. Beaucoup plus mélodique que le groupe précédent – et cela tient sûrement beaucoup du fait que la voix agile du chanteur était étonnamment puissante et claire à la fois – Charrue jouait avec la lenteur, combinant la brillance des aiguës et le vrombissement des graves. Du bon rock stoner qui sort assez des standards établis pour capter l’intérêt. Ils ont joué l’intégrale de leur tout nouvel album, composé de pièces entremêlant l’anglais et le français pour nous rappeler nos pires break-ups et autres tourments.