[SPECTACLE] Maude Audet au Bal du Lézard

16012016-230832-02-En janvier dernier, Maude Audet et son ami Navet Confit ont charmé une foule de dix personnes au Bal du Lézard. Retour (un peu en retard, on en convient) sur un moment qui laisse présager un bel avenir pour cette artiste de Québec.

«Soyons des perdus magnifiques»

Sans prétention et d’une authenticité réconfortante, Maude Audet a débuté le spectacle avec les chansons acoustiques de son dernier album Nous sommes le feu. C’était une excellente entrée en matière pour un spectacle qui se voulait intimiste. Soutenue par Navet Confit à la batterie et à la basse, Audet a offert une prestation sensible, juste et envoûtante. Avec une pudeur touchante, elle a su livrer ses chansons de manière assumée. Le son country-rock de sa guitare Gretsch Tenessee Rose contrastait avec sa voix aérienne et l’effet chaleureux y était.

Photos: Jacques Boivin
Photos: Jacques Boivin

Un des moments forts de la soirée à été son interprétation bien sentie de l’excellente chanson «Perdus magnifiques». Pièce aux sonorités sixties, elle dénonce le rythme parfois machinal de nos vies et invite à ce besoin de légèreté et à partir les cheveux au vent.

Elle sera de passage au Cercle le 26 février prochain avec Mara Tremblay. C’est un événement qui risque de plaire à plusieurs.

 

[SPECTACLE] The Harpoonist & The Axe Murderer (+ Lucil), L’Anti Bar & Spectacles, 31 janvier 2016

Les notes bleues fusaient de partout dimanche soir à l’Anti. Compte-rendu d’une soirée dominicale qui n’en était pas une finalement.

Lucil

20160131-05-LucilGroupe nommé en partie en l’honneur de la célèbre guitare de B.B.King, Lucil est monté sur scène devant un public trop petit pour ce genre de soirée. Sans attendre, le band a servi un blues francophone qui rappelait l’époque Offenbach. Simple, efficace et inscrite dans la lignée traditionnelle du blues-rock, la musique de Lucil a plu. Il faut souligner le travail d’Ulysse Ruel, à la voix et à l’harmonica, qui s’époumonait à imposer le mood qui donnait envie de boire une pinte ou deux un dimanche soir. Le groupe a sorti deux EPs l’année passée, Rang 10/10e rang et Denys Arcand, tous deux disponibles sur internet.

The Harpoonist and the Axe Murderer

20160131-19-The Harpoonist & The Axe MurdererLe duo de Vancouver, normalement constitué de Shawn Hall  (voix et harmonica) et de Mathew Rogers (batterie et guitare), était accompagné de la puissante choriste  Adrina Turenne de Saint-Boniface. C’était définitivement un ajout gagnant à une formule qui avait déjà fait ses preuves lors du dernier Festival d’été de Québec. Le trio, visiblement relaxe et content d’être sur la scène,  a continuellement interagi avec le public, créant ainsi une ambiance chaleureuse et décontractée qui s’apparente à celle qu’on retrouve dans un endroit comme le Pub Limoilou.

20160131-20-The Harpoonist & The Axe MurdererIl n’a pas fallu beaucoup de temps avant que le blues-rock crasseux se déchaîne et que le talent de Rogers impressionne. Derrière la batterie, sa Telecaster modifiée et battue par la route produisait des riffs organiques et un son grave, sale et humide qui se mariait parfaitement avec le groove du chanteur. Dans le timbre qui faisait écho à celui de Stevie Ray Vaugn, Hall a tout donné et a montré ce dont il était capable sur la chanson Too Late Virginia, tirée de l’album Checkered Past (2012). L’excellente pièce Don’t Make ’em Like They Used too qu’on retrouve sur le dernier album A Real Fine Mess (2014), a été un des moments clés du spectacle. Plainte contre tout ce qui se fait rapidement, mais se détruit tout aussi rapidement. Nostalgie d’un temps plus lent, plus vrai. La douleur du vide.

«They got the body but they got no soul,
They got tracks goin’ solid gold,
Oh well…
They just don’t make ‘em like they used to»

[FAUX CULTS ET BEEF BOYS AU KNOCK OUT]

Lundi soir, les groupes Faux Cults et Beef Boys, tous deux originaires de Peterborough en Ontario, sont venus exécuter deux courts sets qui valaient définitivement le déplacement. L’ambiance était chillax au Knock Out, d’autant plus qu’on y servait des réglisses noires et du soda à la fraise.

Faux Cults

Faux Cults

Le quatuor a foulé les planches un peu après 18h00. Il s’est empressé de jouer son punk-surf-garage-ensoleillé-fuzzy-à-souhait devant un modeste public attentif.  Les chansons étaient brèves, mais intenses et on ne se doutait pas que les musiciens débarquaient tout juste d’un trajet Halifax-Québec.  Désinvolte, agressive et imparfaite assumée, la musique des Faux Cults ne répondait à aucune règle et dégageait une sensation de voyage improvisé. D’ailleurs, la chanson Suitcase, tirée de leur album Caviar paru en octobre passé, rappelait les sonorités des Beach Boys. Il faut toutefois noter que le beau tone que produisait la basse Fender Mustang de Charlotte pardonnait le jeu parfois inégal du batteur. Prestation honnête, bon moment.

 

Beef Boys

Beef Boys

Véritable claque dans le visage, les Beef Boys ont proposé un mini-concert simple, mais Ô combien efficace!  Ça tirait vers le surf-punk, vers le grunge, parfois vers le rock n’roll; on ne pouvait nier la richesse mélodique de leurs chansons. Appuyée par la puissance vocale du frontman Germ Sperman et du son de sa Jazz Master, on sentait la musique plus imposante, plus maîtrisée. Prestation très énergique, ça traversait les tripes. Leur premier EP, Banana Eyes sorti en 2014, vaut vraiment qu’on s’y attarde. La chanson  Dead Ramones (CBGB’s USA) est d’ailleurs une excellente façon de découvrir ce groupe très prometteur.

 

Photos : Marion Desjardins/ Llamaryon

[À VOIR] MAUDE AUDET AU BAL DU LÉZARD, SAMEDI LE 16 JANVIER 2016

Samedi le 16 janvier prochain, Maude Audet présentera son premier spectacle de l’année au Bal du Lézard à Limoilou.  Accompagnée de Navet Confit, elle y interprétera les chansons tirées de son dernier album, Nous sommes le feu, dans une atmosphère qui s’annonce intimiste.

Brut, franc et juste assez imparfait, son album aux sonorités folk-alternatives renferme une sincérité convaincante. C’est un concert à ne pas manquer si vous aimez la musique de Sharon Van Etten et d’Angel Olsen.

Page web de l’événement: https://www.facebook.com/events/781415601965088/

[ENTREVUE] Dany Placard, porte-parole du Cabaret Festif

Dany Placard - Photo : Marie-Laure Tremblay
Dany Placard – Photo : Marie-Laure Tremblay

Le Cabaret Festif de la relève est présentement à la recherche d’auteurs-compositeurs-interprètes qui souhaitent tenter leur chance de se faire connaître du public. Cette année, c’est Dany Placard qui agit à titre de porte-parole. Je l’ai rejoint au téléphone pour parler de son implication au sein du Cabaret Festif, de sa carrière de musicien et de réalisateur, de ses collaborations à venir et de musique.

Le Cabaret Festif

Normalement, Dany Placard ne s’associe pas aux concours musicaux. Il avoue faire exception pour le Cabaret Festif parce qu’il adore la gang qui y travaille. Selon lui, ce sont des gens qui font tout pour la musique et qui le font pour les bonnes raisons. Il croit également que le concours se distingue des autres :  «Ce n’est pas un concours de chanteurs – et ce que je dis n’est pas péjoratif. Je veux juste dire que ce n’est pas du prémâché. Le Cabaret Festif est vraiment ouvert à tous les styles. Tu peux être un band très rock, ou un peu plus bluesy, ou vocal. C’est un concours qui existe pour les bonnes raisons; pour la visibilité et surtout pour la musique. » Ceux qui sont intéressés à tenter leur chance ont jusqu’au 16 décembre pour s’inscrire sur le site de l’événement.

Dany Placard au Festivoix 2015. Crédit Photo : Jacques Boivn
Dany Placard au Festivoix 2015.
Crédit Photo : Jacques Boivn
Le musicien

Visiblement mélomane, Placard a fait ses études universitaires en chant classique, ce qui contraste avec son style musical actuel. Qu’est-ce qui explique le virage vers le folk-rock? « C’est le country qui a fait décoller tout ça. », raconte Placard. « C’était vraiment présent chez nous. Je me rappelle qu’il y avait du Elvis, du Willie Lamothe et du B.B. King dans la maison. Ça s’est fait de fil en aiguille, un peu tout seul. Le folk est venu et la distorsion, ben, on aime ben ça. » Par ailleurs, Placard applique régulièrement les notions de sa formation classique dans son travail, notamment dans les arrangements et dans sa façon de chanter: « C’est quand même tough de faire trois ou quatre shows en ligne. Je me sers de ma voix de la manière que mes profs me l’ont apprise, pis que moi j’ai appris à la travailler. » La théorie musicale est également fondamentale pour l’artiste car selon lui, la musique est un langage qui permet de communiquer entre musiciens: « C’est un langage. Comme un langage scientifique. Les scientifiques se parlent entre eux avec des lettres pis des chiffres. Ben nous autres, on se parle avec des notes de musique. » Quant au langage de Dany Placard, il est franc et va droit au but, comme ses textes.  «J’ai travaillé mon champs lexical, je me suis forcé aussi pour le garder et rester intègre dans la façon de le faire. Je me suis bien rendu compte que je ne pouvais pas chanter avec l’accent de Brel ou de Brassens. Ça s’est fait tout seul.», dit-il. Placard admet cependant que la trail était déjà battue grâce aux artistes comme Plume, Desjardins et Charlebois, qui l’ont influencé de manière notable.

Le réalisateur

En période d’écriture, Placard continue toutefois à réaliser des albums. Il prépare présentement un disque avec David Couture, le batteur de Philippe Brach, et plusieurs collaborations sont prévues en 2016. Il travaillera notamment avec Raton Lover, les Chercheurs d’Or, The Great Novel et Laura Sauvage (Viviane Roy des Hay Babies). Appréciant beaucoup son rôle de réalisateur, Placard avoue qu’il aime particulièrement le fait qu’un artiste ou qu’un band lui accorde sa confiance : « C’est comme si l’artiste mettait ses tripes sur la table pis qu’il te racontait sa vie. Qu’il te disait « tiens, fais ce que tu veux avec ce que j’ai écrit pour que le résultat soit le meilleur possible ». » Quant à la sélection des artistes avec qui il travaille, Placard affirme que « ça se fait tout seul. Ça m’est arrivé quelques fois de me faire proposer des projets, mais je ne sentais pas que j’étais la meilleure personne pour la job. Mais la plupart du temps, les gens m’approchent pour le son que j’ai, pour mon franc parler, pour le côté sale mais honnête. Ils viennent me chercher pour ces raisons, et ça se fait tout seul. »

Question de musique

Petit questionnaire musical pour satisfaire les curieux.

Qu’est-ce que tu écoutes dans ton char?

DP: « Dans mon char? En fait, j’ai une vieille Honda Civique, faque j’ai juste un lecteur CD. Comme j’achète plus de vinyles, je me ramasse tout le temps avec des CDs qu’on m’a donné ou que j’ai ramassé quelque part. Ah! Mais ces temps-ci j’écoute du Tom Waits. »

V: « Cool! Lequel? »

DP: « Il y a deux jours, j’écoutais Mule Variations. C’est l’album le plus pop de Tom Waits, mais c’est un des meilleurs d’après moi. »

Quels sont tes albums classiques?

DP: « Led Zeppelin I-II-III. Ça revient tout le temps l’été, souvent dans l’truck. Il y a aussi Cosmic Factory de CCR. Dans le québécois, il y a Boom Boom de Desjardins qui fait partie de mes classiques. »

Qu’est-ce qui te motive à acheter surtout des vinyles?

DP: « Ça m’emmène à écouter des trucs que je n’écoutais plus vraiment. J’aime les vinyles pour le son et le geste aussi. Le fait de tourner ton vinyle de bord représente beaucoup pour moi. C’est une bonne façon d’écouter la musique selon moi. C’est la vraie patente! »

Quel est le dernier album que tu as acheté?

DP: « J’ai acheté le premier album des Black Keys (The Big Come Up) »

 

[SPECTACLE] Parquet Courts (+MOM Jeans, Running et Pill), 7/12/2015, Le Cercle

Photos : Jacques Boivin

Lundi dernier, Parquet Courts était de passage au Cercle avec, en première partie, MOM Jeans, Running et Pill. Retour sur une soirée qui avait du chien.

MOM Jeans

07122015-200037-03-MOM JeansQuelle surprise de voir les membres de MOM Jeans exécuter leurs chansons au vestiaire! Une machine à fumée faisait son travail, mais aucun ampli n’était présent pour cracher le son. Pour l’entendre, il fallait monter à la salle de spectacle où les musiciens étaient représentés sur scène par des mannequins et une patère, tous ornés d’une assiette de carton blanche en guise de tête. C’est ce qu’on aime de ce groupe; leur capacité de surprendre. Ils ont joué les chansons tirées de leur album Live à l’Impérial qu’ils ont enregistré en octobre dernier, lorsqu’ils ont fait la première partie des Misfits. Chansons bien rendues, brèves mais intenses, sur fond de plaisanteries. D’ailleurs, le chanteur a avoué qu’il espérait un jour voir la très bonne Grande Allée: Mère patrie devenir l’hymne d’une génération.

Running (coup de coeur)

07122015-202917-14-RunningLe trio de Chicago, Running, a servi un set décapant en livrant une musique punk-garage-noise qui rappelle Mayyors et Black Flag. Les musiciens ont enchaîné les chansons sans laisser l’espace au silence, de sorte que les gens étaient scotchés au sol et submergés de distorsion. La section rythmique était  juste et intense. Les feedback et la voix manipulée par des effets ont contribué au paysage sonore chaotique, mais cathartique, du spectacle. Énergie brute, simplicité, aucun artifice ; seulement des sonorités lourdes et des rythmes agressifs. Groupe mystérieux, peu d’informations véhiculent à son sujet. On sait toutefois que Running a produit l’album Vaguely Ethnic en 2013 et le EP Asshole Savant l’année d’avant.

Pill

07122015-211228-22-PillVéritable énigme, le groupe post-punk de Brooklyn a offert la partie WTF? Mais j’aime ça! de la soirée. La chanteuse, Veronica Torres, était piquée au vif et chantait avec conviction. Accompagnée par l’écho acerbe de la guitare de Jon Campolo et les élans dissonants du saxophoniste Ben Jaffes, Torres s’est livrée sans broncher. Elle est même descendue dans la (trop petite) foule, s’est accrochée au cou d’un mec et a dansé devant la scène comme pour nous inviter dans son monde. Explosions de son, chant dichotomique, émotions à fleur de peau et folie intriguante. Pill a sorti un EP éponyme en 2015. À écouter.

Parquet Courts

07122015-223728-41-Parquet CourtsParquet Courts a entamé le concert avec des pièces de leur dernier album Monastic Living, sorti en novembre dernier. Moins accessibles, les chansons tirées de cet opus confirment la tangente plus noise du groupe. Or, la gang à Savage a joué une bonne partie de l’excellent album Sunbathing Animal en commençant par Bodies Made Of, et elle a également puisé dans les LP précédents Content Nausea et Light Up Gold. Les musiciens étaient plutôt nonchalants, mais on a vite fait de les pardonner car ils ont offert un spectacle sans faille. Un rock garage qui déchire, un son impeccable; les mecs sont des pros. Le seul bémol à souligner de cette soirée somme toute réussie est que le Cercle était vide et l’ambiance feelait pas mal lundi aussi.

[ENTREVUE] Pépé et Mononc’Serge en spectacle le 28 décembre à l’Impérial

L’hiver passé, Pépé et Mononc’Serge ont fait une tournée pendant le temps des Fêtes qui a connu un grand succès. Ils répèteront l’expérience cette année et s’arrêteront à l’Impérial le 28 décembre prochain. Dans le cadre de leur tournée de promotion, c’est au Nektar sur la rue Saint-Joseph que j’ai eu le plaisir de m’entretenir avec eux. Détendus et ouverts à la discussion, les deux musiciens ont parlé du spectacle, de leur public, de leur travail respectif, et se sont livrés à un questionnaire musical avec une authenticité désarmante.

Le point de départ

 ou lorsque deux bons chums aiment travailler ensemble

Comment ces deux musiciens en sont-ils venus à travailler ensemble sur la tournée du temps des Fêtes? « Moi pis Pépé, ça fait des années qu’on se croise souvent parce qu’on était programmé sur les mêmes spectacles. Esthétiquement parlant, ça se ressemble ce qu’on fait », explique Mononc’Serge. L’histoire se poursuit, il y a deux ou trois ans, lorsqu’ils se sont revus à l’occasion de l’anniversaire d’un ami commun: « Je me cherchais une première partie pour mon show au Café Campus à Montréal et je me suis dit que ce serait l’fun de demander à Pépé. Faque je lui ai demandé, il est venu faire ce show-là pis on a fraternisé. Il est venu coucher chez moi pis on a jasé jusqu’aux petites heures. » Depuis, les deux artistes ont collaboré sur plusieurs projets, notamment sur la série web Tout le monde veut jouer avec Pépé, disponible sur la chaîne Youtube. C’est toutefois à l’été 2014 que l’idée de partager la scène avec Pépé pendant la tournée du temps des Fêtes a fait son chemin dans l’esprit de Mononc’Serge: « À l’été 2014, on a monté un petit numéro de cinq ou six tounes qu’on a présenté au show de Pépé à Woodstock en Beauce, pis à un show que je présentais au Petit impérial, ici l’autre bord de la rue. » C’est d’ailleurs après ce spectacle que Mononc’Serge, en fumant une smoke devant la porte de l’hotel Pur, a proposé à son acolyte de créer un show complet qu’ils présenteraient entre Noël et le jour de l’an. « J’ai dit oui tout de suite! Je savais que ça allait être le fun! », dit Pépé avec enthousiasme. Il faut se rappeler que Mononc’Serge présente des séries de spectacle pendant le temps des Fêtes depuis plus de dix ans : « J’essaie autant que possible de varier la formule d’une année à l’autre. Comme on avait jamais monté de show ensemble, c’était un truc nouveau que je trouvais intéressant », ajoute Mononc’Serge.

Le spectacle

ou lorsque deux univers colorés se rencontrent

De quelle façon ont-ils construit ce spectacle? Pépé raconte : « J’ai choisi ses tounes pis il a choisi les miennes. » C’est une idée qui a vraisemblablement plu à Mononc’Serge qui croit que « ça fait un répertoire où chacun est à l’aise avec les tounes de l’autre. »  À l’exception du morceau Fait très divers qu’ils ont écrit ensemble et qui se retrouve sur le dernier album de Mononc’Serge, les musiciens reprennent les chansons de leur répertoire respectif: « Quand on se rencontre, ça demande des adaptations, mais ça, on le fait ensemble »,  affirme Mononc’Serge, « c’est pas un gros travail d’adaptation. Grosso modo les chansons sont pas mal toutes déjà dans cette esthétique de acoustique-guitare-contrebasse. » Pépé précise que la collaboration entre lui et Mononc’Serge s’est toujours fait naturellement, sur le fly, ce qui les a d’ailleurs encouragé à concevoir un spectacle complet. « C’est pour ça qu’après avoir monté cinq tounes aussi facilement pour un show, on s’est dit pourquoi pas en monter vingt-cinq? Ça pris quelques après-midis et on avait un super bon show à la fin. »

La nouveauté, selon Pépé, réside dans le fait que les deux musiciens se retrouvent ensemble sur la scène où leurs chansons s’entremêlent. « C’est le fun le mix des deux répertoires. On ne fait pas un bloc Mononc’Serge, un bloc Pépé. C’est tout mêlé de sorte que ça fait un show uniforme. », dit Mononc’Serge.

Gang de joyeux fêtards

ou quand le public est ivre

Quel genre de public assiste au spectacle du temps des Fêtes? « C’est un public de joyeux fêtards! », avoue Mononc’Serge. « Les gens qui viennent nous voir savent à quoi s’attendre et savent qu’ils vont passer un bon moment. On présente un show joyeux et le public devant nous est dans le même état d’esprit. On est entre Noël et le jour de l’an, les gens boivent leur bière – ils en boivent des fois pas mal – pis ils sont là pour chanter avec nous autres. » Mononc’Serge sent cependant qu’il doit rectifier son affirmation, de crainte que l’étiquette joyeux fêtards ne soit péjorative. Or, Pépé a corrige le tire : «Oui, mais tu ajoutes le mot joyeux! Les gens ne sont pas saouls. Ils sont ivres. C’est plus beau l’ivresse! » Belle citation qui donne le goût de s’ouvrir une bouteille, n’est-ce pas? Ils avouent également le côté pratique de la période entre Noël et le jour de l’an, car elle se prête bien à la fête et à l’abus, d’autant plus que les gens ne travaillent pas et qu’ils ont quelques journées pour récupérer.

Plus sérieusement …

ou lorsque Pépé est foncièrement heureux et que Mononc’Serge n’est pas vraiment toujours en tabarnak

La partie du répertoire de Mononc’Serge qui est reconnue pour être vindicative et agressive ne se retrouve pas dans le spectacle. Le matériel est léger et plutôt axé sur le grivois et le joyeux. C’est peut-être dû au fait que c’est Pépé qui a fait la sélection des chansons de Mononc’Serge. Connaissant le style de Pépé, j’en ai profité pour savoir s’il avait peur de ne pas être pris au sérieux. « Premièrement, est-ce que je suis pris au sérieux? Moi-même je ne me prends pas au sérieux! », dit-il. « Au départ, quand j’ai commencé Pépé, j’essayais d’attirer l’attention et d’éviter à tout prix l’indifférence. Faque j’avais des tounes très rentre-dedans et j’aimais la réaction des gens. Je sortais de mon show et je me disais que j’avais fait vivre de quoi au monde. » Il avoue cependant que les choses changent: « Mais on dirait que plus ça va, plus je fais des chansons et de la musique pour que le public se sente bien. Mais en même temps, je ne veux pas me gêner de dire les choses crûment quand c’est de même que ça se dit. » Je lui ai demandé s’il était devenu plus doux : « Non, pas plus doux. C’est pas Pépé doux. Peut-être moins punk. Il y a certaines tounes que je ne fais plus parce qu’il y a de la frustration ou de la méchanceté d’adolescent que j’ai pu. Je suis peut-être plus foncièrement heureux. Mon dieu! Bref! Je ne me prends pas au sérieux, je suis constamment dans le doute et je me pose plein de questions, pis ça fait des bonnes tounes. J’espère. »

Pour appuyer la réflexion de Pépé, Mononc’Serge ajoute qu’il croit que « l’important c’est de faire des tounes qui reflètent quelque chose qui vient de soi. » Toujours selon lui, si l’artiste est heureux dans son environnement et qu’il n’y a aucune matière à frustration, c’est difficile pour lui de faire semblant et de créer du matériel triste et lourd sans se travestir. Or, il avoue que certains musiciens peuvent adopter une posture artistique crédible qu’ils assument. Autrement dit, il y a des artistes authentiquement fake pour qui ça fonctionne bien. Mononc’Serge se confie: « Même moi dans mes chansons, je fais exprès. J’en rajoute, je laisse libre cours à une partie de moi qui n’est pas nécessairement moi au complet. Des fois c’est l’fun de pogner une partie de soi qu’on refoule dans le quotidien. Le temps d’une toune, tu ouvres ce robinet-là et tu le laisses couler à fond. Il y a de quoi de jouissif là-dedans. Pis ça veut pas dire que dans la vie, je suis vraiment tout le temps en tabarnak. »

Pour satisfaire les amateurs de musique, j’ai posé quelques questions en rafale en lien avec ce que Pépé et Mononc’Serge écoutent. Les réponses auxquelles on a droit sont surprenantes et définitivement savoureuses.

Entrevue Pépé & Mononc' Serge

Questions musicales en rafale

ou le moment où l’on découvre que Mononc’Serge ne voudrait jamais faire l’amour sur sa propre musique

 Qu’est-ce que vous écoutez quand vous êtes dans votre char?

MS: «Sur mon iPhone j’ai toutes sortes d’affaires. Mais mon band préféré depuis quelques années, ce que j’écoute le plus souvent, c’est Metric. Ça ne ressemble pas pantoute à ce que je fais dans la vie. Il y a l’album solo d’Emily Haines aussi que j’aime énormément. Bizarrement, je n’aime pas écouter de la musique qui ressemble trop à ce que je fais. J’aime la musique assez mélancolique et quand je suis tout seul dans mon char, c’est un instant privilégié avec moi-même.»

P: «Je vais être plate, mais je fais tellement de char pis j’écoute tellement mes disques qu’ils ne me tiennent plus réveillé. Faque pour me tenir réveillé, j’écoute ben gros les lignes ouvertes. J’adore écouter les lignes ouvertes. N’importe qu’elles lignes ouvertes! Sinon, j’écoute mes vieux disques de punk; Rancid, The Interrupters, un nouveau band qui réinvente rien mais qui font du Punk-rock comme j’aime.»

 

Qu’est-ce que vous écoutez quand vous cuisinez?

 MS: «J’écoute la radio. J’écoute Radio-Can, les informations. Ça tombe bien parce que les heures où je fais le repas, c’est les émissions d’information. J’écoute rarement la musique quand je me fais à manger.»

 P: «Je fais tout le temps à manger, faque je change constamment de musique. Hier, j’écoutais The Dreadnoughts. C’est un band Punk Irish de Vancouver écoeurant! Sinon, un peu de radio, du Mononc’Serge, du Plume Latraverse.»

 

Qu’est-ce que vous écoutez quand vous êtes dans le mood for love?

MS: «Dans le mood for love? Tu veux dire en faisant l’amour?»

V: «Non, pas nécessairement. De la musique qui va t’emmener à être dans le mood for love

P: «Qu’est-ce qui crée l’ambiance romantique. Quand tu penses à la musique romantique, à quoi tu penses?»

MS: «Moi je suis zéro romantique.»

V: «Est-ce que c’est trop personnel? Est-ce que vous êtes mal à l’aise?»

P: «Ben non, j’ai hâte de répondre!»

MS: «Ben réponds donc!»

P: «Moi j’aime bien Louis Armstrong. J’aime bien la vieille musique, le Easy Listening Jazz, Ella Fitzgerald. Moi ça me donne envie de me coller avec ma blonde pis de danser.»

MS: «Moi j’essaie de trouver une situation… Tu me prends complètement au dépourvu. Je sais pas. Je sais carrément pas quoi répondre. Je mettrais surement pas du Mononc’Serge.»

P: «Y a tu déjà quelqu’un qui t’as dit qu’il avait fait l’amour sur ta musique?»

MS: «En tout cas, si quelqu’un m’a dit ça, j’ai vite fait de l’oublier.»

V: «Toi (à Pépé), est-ce qu’il y a quelqu’un qui t’as déjà dit ça?»

P: «Oui, ça m’est déjà arrivé. Ça m’avait surpris que ce soit arrivé et qu’en plus il me le dise. En même temps, ça m’avait vraiment flatté.»

MS: «Moi, ça me ferait m’interroger sur la personnalité de la personne.»

P: «Je pense que c’était pendant l’époque de mon band punk, dans le temps de Flying Vomit. C’était pas doux. Il avait écouté ça dans l’Ouest, dans sa roulotte avec sa fille de l’été. Il m’avait raconté ça, c’était un beau souvenir pour lui.»

Est-ce qu’il y a un album auquel vous revenez et ressentez encore quelque chose?  Par exemple, j’écoute l’Heptade d’Harmonium tous les automnes et chaque fois, je me retrouve en petite boule, comme si c’était la première fois que je l’entendais.

 MS: «Ah, c’est drôle parce que quand Fiori a sorti son album il y a deux ans, j’avais entendu une entrevue dans laquelle il parlait de cet album-là (l’Heptade). Je l’ai racheté et je l’ai dans mon iPod pis je l’écoutais hier dans mon char. C’est un album que j’ai tellement écouté, mais je l’avais complètement oublié. Pis quand je l’ai réécouté, après vingt ans, j’étais super ému. Il y a des disques comme l’Heptade que j’ai beaucoup écouté. Il y a Foxtrot de Genesis , The Wall de Pink Floyd. Ce sont des disques des années 70 qui m’ont vraiment marqué quand j’étais ado. J’ai l’impression que la musique qui te marque à cet âge-là te suit toute ta vie. Ce sont ces trois albums-là qui sont les plus significatifs pour moi.»

P: «Il y en a plusieurs. J’allais dire tous les albums de Plume. Sinon, Operation Ivy, c’est un band punk des débuts des années 80 avec Tim Armstong, le chanteur de Rancid. À chaque année, il y a toujours une période où je suis stressé, surtout quand l’été arrive et que c’est la période des festivals. Je me retrouve tout seul sur un stage devant 10 000 personnes, je mets alors ce disque-là et je sens tout le stress qui s’évacue. Operation Ivy a un effet magique sur moi. Pis un autre album qui me suit est A Poet’s life de Tim Armstrong qui est un album de reggea pop super facile à écouter. C’est du bonbon et ça me relaxe quand je l’écoute. J’écoute tout le temps ma musique, sauf quand je suis dans le char pis  que j’écoute les lignes ouvertes.»

 

Quel est le dernier album que vous avez acheté?

MS: «J’ai acheté le dernier Patrick Watson. J’ai découvert y a pas super longtemps Avec pas d’casque que j’adore! J’ai pogné les trois albums. Les textes, la musique, l’ensemble! J’adore!  J’ai acheté le dernier Adamus aussi.»

P: «J’ai acheté des disques au Korvette il y a pas longtemps. Sinon, j’ai acheté le dernier album de Muse parce que je vais voir le show avec mon père.»

[ANNONCE] The Souljazz Orchestra au Cercle le vendredi 27 novembre 2015

La formation outaouaise The Souljazz Orchestra sera au Cercle ce vendredi le 27 novembre à l’occasion du lancement de leur dernier album, Résistance. Après une longue tournée mondiale, le groupe viendra défendre son dernier opus qui se trouve à la tête des palmarès des musiques du monde, au Canada et aux États-Unis, depuis plusieurs mois. Premier album bilingue pour le collectif canadien, Résistance est un amalgame de cadences coupé-décalé et de styles soul, jazz et afro. Sorti sous l’étiquette londonienne Strut Records le 4 septembre dernier, l’album rayonne à l’international, et son single Courage passe régulièrement sur les ondes des radios européennes. Ce sera chaud au Cercle ce vendredi, profites-en pour venir te réchauffer le novembre!

Date : vendredi le 27 novembre 2015

Porte : 20 h

Prix à la porte : 15$

Site web : http://www.souljazzorchestra.com/

Événement Facebook : https://www.facebook.com/events/153016181709295/

[SPECTACLE] Raton Lover, 19/11/2015, Le Cercle

(Photos : Jacques Boivin)

19112015-232514-05-Raton LoverC’est devant un public conquis et  plus qu’enthousiaste que le groupe Raton Lover s’est produit au Cercle jeudi soir. Accompagnés de leur fidèle mascotte Bruno S., Fred, Simon, Guénard, Martin et Eric étaient visiblement très heureux d’être présents pour rocker la casbah.

Et ils ont rocké la casbah.

Du nouveau matériel qui aguiche

Raton Lover a offert une prestation solide et bien sentie en plus de nous présenter du nouveau matériel. Les gars ont d’ailleurs entamé le concert avec Average Guy et Mr. Wright, deux chansons rock qui ont donné le ton à cette soirée festive. Les chansons tirées de l’album éponyme ont fait danser et chanter le public jusqu’au deuxième rappel où la salle a entonné en chœur l’hymnique Feu de paille. Très beau moment qui confirme le pouvoir rassembleur de la musique. C’est toutefois  grâce à Traverser novembre et Le sens du vent qu’on découvre de nouvelles chansons abouties aux mélodies accrocheuses qui rappellent, à quelques égards, la sonorité de Wilco. C’est très prometteur pour le prochain album qui sera à surveiller dès sa sortie.

19112015-234305-14-Raton LoverPourquoi pas dans mon char?

Un des moments forts du concert a eu lieu lorsque le groupe a joué la version francophone de la chanson Why don’t we do it in the road? des Beatles. On a alors compris qu’on avait à faire à des musiciens chevronnés qui connaissent la scène et qui savent plaire à son public.

Party de chalet

19112015-231919-02-Raton LoverSur la scène, les musiciens s’échangeaient les instruments, faisaient des blagues, sollicitaient régulièrement le public créant ainsi une ambiance conviviale où tous se sentaient à l’aise de danser et de chanter. On avait rapidement l’impression d’être dans un party de chalet et Raton Lover était là pour faire lever la fête avec son rock.  Simon Lachance a réussi à entretenir un dialogue avec la salle qui embarquait sans broncher. C’est d’ailleurs la force de Raton Lover; établir une proximité avec son public.  Somme toute, les deux parties ont passé un beau moment et n’est-ce pas là l’ultime but d’assister à un concert?