Pierre Kwenders – « MAKANDA at the End of Space, the Beginning of Time »

Pierre Kwenders
MAKANDA at the End of Space, the Beginning of Time
(Bonsound)

L’auteur-compositeur-interprète arrive avec une deuxième oeuvre discographique complète plutôt déroutante et surprenante. Les gens dont le seul but dans la vie est d’entendre le volume 2 du Dernier empereur bantou (son précédent album) ratent complètement la cible.

Le son électro et dansant du premier long jeu cède le pas à un ensemble très, très dur à expliquer en quelques mots. La seule chose que je peux affirmer, c’est que l’effet Kwenders est encore là. Je vous explique: lorsque vous êtes poursuivi par un psychopathe à la Jason Voorhees (j’espère que ça ne vous arrive pas trop souvent) et que vous criez de toutes vos forces «Au secours!», je vous dit: «il ne faut pas me déranger, j’écoute du Pierre Kwenders.» Voilà pour les explications…

Pour revenir à MAKANDA…, il ne faut surtout pas donner d’étiquette à cette oeuvre, «gugusse» dont le talentueux musicien déteste être affublé. Par exemple, ne lui dites pas qu’il fait de la musique du monde. Ainsi, pour être le plus respectueux possible de l’oeuvre de cet artiste à la notoriété inversement proportionnelle au talent (si au prochain gala de l’ADISQ, il ne reçoit aucune nomination, je hurle ma douleur de vivre au jury), disons que cette oeuvre musicale déchire toute notion d’espace-temps logique, tout en restant cohérente. C’est aussi la rencontre, non seulement entre différentes époques, mais également avec la sensualité, la nostalgie, l’évasion, l’amour, la fête: le tout livré en quatre langues et dialectes, soit le français, l’anglais, le shona et le lingala.

Tout cet univers est rendu possible grâce au travail de Kwenders et du producteur Tendai «Baba» Maraire, du groupe Shabazz Palaces. Un mariage qui aurait pu être très, très étrange. Mais l’effet Kwenders a non seulement le résultat de rendre très égocentrique ses auditeurs et auditrices, mais aussi de permettre n’importe quoi, car ça colle à tout coup. Il faut dire que la production de Maraire laisse des rythmes hip hop très atmosphériques s’imbriquer harmonieusement avec l’électro et la rumba congolaise (style de musique mettant de l’avant des percussions et de la guitare électrique jouée à la fingerstyle) du chanteur.

De cette liaison, naît par exemple Woods of Solitude, qui fait penser aux productions de la compagnie Real World Records durant les années 1990; Rendez-vous, où l’amour à Paris se vit à la sauce Papa Wemba; Tuba Tuba, un coupé-décalé trempé dans de l’électro-rock très entêtant.

Le mariage Kwenders-Maraire en est un à quelques occasions d’ouverture, avec de belles collaborations. Notons celle avec la chanteuse de Seattle Tanyaradzwa. Sur la pièce Zonga, sa voix chaude remplie d’assurance est posée sur des arrangements de violons classiques et de percussions laissant à l’auditeur le désir de voyager dans des contrées champêtres. De son côté, Ishamel Butler, l’autre moitié de Shabazz Palaces, prend l’identité de Palaceer Lazaro pour un trio avec Kwenders et la chanteuse SassyBlack sur Makanda. Ce travail d’équipe offre un résultat aérien et urbain.

L’effet Kwenders réussit en fin de compte à défier la malédiction du deuxième album qui «floppe» dans les abysses de la facilité et de la complaisance auditive. MAKANDA… est une offrande exigeante mais rafraîchissante, qui donne généreusement une claque aux artistes qui se déclarent «authentiques» à défaut d’être créatifs.

Nicolet – « Hochelaga »

Nicolet
Hochelaga
(Chivi Chivi)

En ce début de saison des sorties d’albums, Nicolet arrive comme une bombe avec une proposition remarquable. Il s’inscrit très bien dans la synthwave moderne avec une esthétique brillante très 80’s pourtant très actuelle. On y trouve une bonne recherche dans la forme ainsi que dans les sons utilisés tout au long de l’album. Plusieurs titres nous incitent à la danse sous la boule disco alors que d’autres nous permettent de prendre le temps d’apprécier la voix et de savourer les compositions d’Étienne Hamel, initiateur du projet. Hochelaga, lancé le 25 août 2017, promet beaucoup. On vous en parle en détail.

La pièce d’ouverture de l’album, éponyme au titre de l’opus est un gros morceau. Un beau sept minutes qui donne bien le ton à l’album. Les synthétiseurs, le son de guitare brillant, la voix noyée dans la réverbération… Le style est bien énoncé et on sait déjà à quoi s’attendre, bien que le reste de l’oeuvre nous réserve de belles surprises. Le thème joué sur un synthé donne tout de suite envie de danser et d’apprendre les paroles pour les chanter à tue-tête. Chanson très brillante, elle apporte tout de suite du bonheur à l’auditeur.

Dans la frénétique Ratio, nous pouvons mieux entendre et apprécier la voix de Halmel sortie du lac des réverbérations. Une série d’arpèges très rapides sont joués aux synthétiseurs tout au long de la pièce ainsi que la batterie agitée nous laisse sur le bout de notre chaise (si on n’est pas debout en train de danser) tout au long de la chanson. On a droit à une finale qui nous rappelle vaguement Arcade Fire.

La Fontaine se veut davantage une chanson réconfortante avec un soupçon de style latin aux arrangements de cuivres efficaces et rythmés. Après cette balade aux accents tropicaux, Doppelgänger est certainement le titre le plus fort de l’album en nous laissant un vers d’oreille immanquable. Dès les premières notes de guitare fouettée et le groove bien rock de la batterie et de la basse, on a envie de se déhancher. Le multi-instrumentiste qu’est Hamel a exploité un thème unique pour en faire une chanson remarquable, franchement bien construite. Ce titre devrait le faire remarquer sur les radios québécoises cette année. Si ce n’est pas le cas, l’industrie de la musique est sérieusement malade…

Le sixième titre de l’album me laisse perplexe. Maintenant je pense à mon argent est à la fois un vers d’oreille, mais à la fois une des compositions les plus faibles de l’album. Les formes trop longues nous perdent et le texte est un peu banal, basé sur des actions de la vie quotidienne sans rebondissement ou angle d’approche spécifique. Cette chanson est toutefois bien «défoulante». Je suis certain que plusieurs spectateurs ou auditeurs pourront y trouver leur compte dans l’énergie enivrante de cette pièce.

Après La Mystification qui se veut comme un trip de synthés un peu rétrofuturiste, s’enchaînent les magnifiques Tempérance et Un genre de Dieu qui présentent toutes les deux de la guitare acoustique pour des compositions de type balade au son plus actuel, tout en gardant les synthétiseurs en arrière-plan. Les arrangements sont magnifiques, bien que j’aurais pris un peu moins d’électronique pour mieux entendre les très beaux textes de ces chansons. Dans certaines parties de l’album, quelques décisions de mixage noient la voix dans l’écho et les synthés alors que dans certains cas, on aurait dû la pousser à l’avant-plan.

L’album se termine en beauté avec Il est tombé toute la nuit une neige étincelante sur Hochelaga-Maisoneuve, une chanson instrumentale rêveuse qui nous plonge dans une longue soirée de décembre où nous nous promenons dans la rue Nicolet du quartier-thème de l’album en observant la neige lentement se déposer sur notre visage raidit par le léger souffle de l’hiver. Les lampadaires aux ampoules orange illuminent la scène alors que nos pas s’impriment dans la neige fraîche sur la rue déserte. Nous espérons sincèrement que l’album pourra durer dans le temps et ne se fera pas oublier par l’automne qui s’annonce chargé en sortie d’albums.

Cet opus est un très bon coup et démontre bien le sérieux de l’artiste depuis qu’il est signé avec Chivi Chivi. La production de l’album est nettement supérieure à son premier EP sorti en 2014, même si quelques choix de mixage auraient mieux fait  d’avantager le texte ainsi que la voix d’Étienne Hamel. Après ce très beau long jeu, j’ai bien hâte de voir son spectacle cette année pour danser et même chanter les textes qui, déjà, commencent à s’imprimer dans mon oreille.

Eman & Vlooper – « La joie (3XL) »

Eman & Vlooper
La joie (3XL)
(Disques 7ème ciel)

Le 25 août dernier, après trois ans d’absence, Eman et son acolyte Vlooper ont sorti leur deuxième album, La joie (3XL).

Eman a gagné mon coeur bien avant de partir en solo/duo avec son album XXL, mais j’ai eu l’impression de le connaître davantage avec ce dernier album. Les influences de rap old school sont encore plus présentes sur cet album. Les collaborations sont moins nombreuses, mais les voix féminines et aigues qui participent à plusieurs refrains donnent une touche qui me rappelle mon enfance/adolescence, où j’écoutais du gros hip-hop américain.

La courte première pièce de l’album, LOVE, commence avec du auto-tune. J’ai bien eu peur qu’il plonge dans la vague d’auto-tune du rap queb actuel (bien que je ne déteste pas ça). J’avais envie de retrouver un album qui se distingue de ce qui se fait actuellement dans le rap/hip-hop.

Plus l’album avance, plus je me sens comme dans une grosse auto qui rebondit aux sons des rythmes lourds et forts, et je dois vous dire que j’apprécie mon expérience. Quand Eman dit « Rêver à la paix et l’amour like us » dans Comme nous, j’ai clairement envie d’être dans sa gang.

La joie, pièce titre de l’album, met en parallèle son passé et son présent avec des phrases comme celle-ci :

« J’ai appris ça dans l’temps quand j’vendais du pot
Maintenant chu un vieux mince pis j’prends mon trou. »

On parle beaucoup de la perception des gens envers les choses ou envers les autres personnes dans cet album. Est-ce que, parce qu’on est rendu vieux, on n’est plus cool? Vieillir, on aime ça? À qui peut-on faire confiance? C’est un peu les questions qu’Eman semble se poser et auxquelles il tente de répondre dans plusieurs chansons de l’album.

L’album se poursuit avec la pièce Monet (à ne pas confondre avec une pièce de monnaie). Quelle bonne idée de s’être garni de la voix mélodique de KNLO. J’aime vraiment l’énergie qu’il amène

Je suppose que Journée (nuit) est la suite de Journée (matin). Chose certaine, c’est que dans cette pièce, on a une voix qui se rapproche de celle de Camille Péloquin, de Milk and Bone, mais encore plus aiguë, en plus d’avoir plus d’effet dans la voix d’Eman. Vlooper fait un travail intéressant sur les différentes tonalités tout au long de la chanson.

La pièce La p’tite équipe clôt l’album à merveille grâce à la collaboration de Modlee, qui a sortie un succulent EP en janvier 2017, Queendom.

Les chanceux qui sont au Festival de Musique Émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME) ont vécu le lancement de La joie vendredi le 1er septembre. Je me rappelle le lancement du premier album au FME; on ne savait pas à quoi s’attendre, nous, complètement fans de Alaclair Ensemble. Pour moi, à ce moment-là, Eman était le petit gars avec une face de bonheur et un chapeau de pêche. Vous imaginez le coup de foudre que j’ai eu pour ce projet  de Eman et de Vlooper? C’est avec le même bonheur que j’accueille le tout récent album dans ma playlist d’automne.

 

Medora – « Ï »

Medora
Ï
(Boîte Beluga)

Après deux EP prometteurs, la formation de Québec Medora nous présentait cette semaine un premier album qui met doublement les points sur les i. L’album intitulé Ï (i tréma) est le fruit d’un long travail (pour en savoir plus, lisez donc la jolie entrevue réalisée avec Marie-Eve Fortier), un fruit mûr et savoureux qui plaira aux fans de la première heure tout en attirant son lot de nouveaux auditeurs.

Réalisé par Alexandre Martel (Mauves, Anatole), Ï est une oeuvre complète et aboutie qui montre que Vincent Dufour (voix et guitare), Aubert Gendron-Marsolais (batterie), Charles Côté (guitare) et Guillaume Gariépy (basse) ont énormément progressé. Oui, le rock indé axé sur les guitares sert toujours de fondation aux chansons du groupe, mais on sent, dès les premières notes de Le Maine, assis en arrière, qu’il y a beaucoup plus de recherche du côté des sonorités et des mélodies.

Bien sûr, des morceaux comme Concorde, Terrasse, Tsunami ou Commotion ne seront pas déroutants pour ceux qui connaissent bien le groupe : on y retrouve l’énergie propre à Medora, celle qui s’apprécie tant pendant leurs spectacles.

Il y a toutefois des morceaux qui demandent à l’auditeur de rester sur ses gardes, comme la fichtrement mélodieuse Le peintre, qui entre dans les têtes tout en ne voulant pas en sortir. Est-ce la simplicité du refrain (« Le peintre », répété comme un mantra)? Fort possible! Il y a aussi Les tracas dans les cellules de la tête, un brin animale, qui devrait en faire danser plus d’un!

Avec Ï, Medora a réussi à évoluer tout en gardant une sonorité propre… et en maintenant un fil conducteur qui permet de conserver l’attention de l’auditeur du début à la fin. Non, ce n’est pas parfait (c’est un brin inégal et on n’entend pas toujours bien les paroles chantées par Dufour), mais ça rocke, on tape du pied, on a envie de faire un peu de air guitar, et on a envie d’y revenir.

On n’en demandait pas plus.

À voir le 31 août au Cercle!

Kim Churchill – Weight_Falls

Kim Churchill
Weight_Falls

L’auteur-compositeur-interprète australien sort aujourd’hui son sixième album, Weight_Falls, 18 mois après avoir tourné à travers le monde avec Silence/Win.

Trouvant ses chansons « trop polies et trop propres », Kim Churchill a recommencé le travail sur cet album. Dans une frénésie créatrice, il a retravaillé toutes les chansons avec le réalisateur Ian Pritchett. Il en a conservé trois qui ont été écrites avant.

Avec des mélodies à la Ben Howard, des percussions et une guitare sèche qui se complexifient au fil des minutes, l’album s’ouvre avec la pièce Whole Entire. Puis c’est The Border qui enchaîne, où les harmonies et la batterie sont beaucoup plus présentes. « Come with me to the border, lay by my side », nous invite Churchill, ce qu’on voudrait bien faire.

« I’m a little bit in pieces. » C’est ainsi que Kim Churchill accroche mon oreille sur Second Hand Car, son premier extrait. La pièce donne le ton à cet opus. On se sent en vacances, proche de l’océan et des vagues. Le refrain est facilement accessible. Même chose sur Heart of You, où une ligne de guitare est cachée derrière des clappements de main.

Breakneck Speed commence tout doucement, puis prend de la vitesse. Chanson ensoleillée et parfaite pour manger les kilomètres. Difficile de ne pas sourire en l’écoutant.

Churchill touche une corde sensible sur Rosemary, une chanson au sujet d’un homme qui s’est épris de la grand-mère de l’auteur-compositeur australien. La chanson est touchante. Sur la pièce titre de l’album, Weight_Falls, je peux voir l’optimisme toujours présent de Churchill. Golden est un véritable raz-de-marée d’ondes positives. Goes Away et Rippled Water frappent de par leur authenticité, car Churchill s’ouvre à nous.

Kim Churchill me prend par surprise tellement le sentiment de grandeur est là et qu’il me happe. La sensation de vagues et de mer me suit pendant tout l’album. Rythmé et ensoleillé, celui-ci peut facilement être aimé à la première écoute. Kim Churchill fait de la musique pour plaire à ses fans et à lui-même, et on le perçoit de la première à la dernière minute. Il en aura surpris plusieurs avec cet album.

Arcade Fire – « Everything Now »

Arcade Fire
Everything Now (Columbia)

Oui, je sais, on est une semaine et demie en retard sur tout le monde et pas mal tout a déjà été dit sur le cinquième album complet de la formation montréalaise Arcade Fire. Mais depuis quand être plus lent que tous les autres nous a empêché de faire ce que nous aimions?

Disons-le d’emblée, Everything Now est le moins bon album du groupe de Win Butler et sa bande. Mais qu’est-ce que ça veut dire quand t’as endisqué le maintenant classique Funeral, le beau Neon Bible, le jouissif The Suburbs et le dansant Reflektor? Ça veut dire que les attentes à l’égard du groupe seront toujours plus élevées qu’à l’égard d’autres artistes qui ont une discographie moins impressionnante, et que même le pire album d’Arcade Fire peut être supérieur au meilleur d’un paquet de monde.

Mais qu’en est-il vraiment?

Après un début plutôt disco (Everything Now fait penser à du ABBA, Signs of Life évoque plutôt les Bee Gees – sans les voix) et prometteur (on avait là la suite logique de Reflektor), Arcade Fire se lance ensuite dans toutes les directions (pop des années 1980 sur Creature Comfort, pop avec une touche de reggae sur Peter Pan et Chemistry, gros rock et country sur les deux versions d’Infinite Content, synthpop très actuel sur Electric Blue – la chanson à Régine…). Il faut attendre les trois dernières chansons de l’album pour retrouver ce qui nous fait aimer Arcade Fire : Good God Damn n’est pas sans rappeler Porno, en mieux. Put Your Money on Me est tout simplement irrésistible, et ce n’est pas juste à cause de sa mélodie entraînante : on y retrouve les arrangements très complexes qui ont caractérisé le groupe. Et il faut vraiment attendre à We Don’t Deserve Love pour sentir que tout le vernis dont s’est couvert Win Butler ces dernières années peut parfois craquer.

Voilà. C’est pas mauvais du tout, mais c’est fichtrement décousu. Même si on essaie de nous vendre Everything Now comme un album concept, l’auditeur, lui, risque de n’y voir qu’une collection d’une douzaine de morceaux disparates, sans vrai fil conducteur. Quand on est habitué d’écouter un album d’Arcade Fire du début à la fin, c’est un brin décevant, en effet. Je peux comprendre les critiques. Peut-être que quatre réalisateurs différents, c’était un peu trop, surtout pour un groupe qui avait pris l’habitude de tout faire lui-même du début à la fin.

Cependant, prises individuellement, ces chansons que peu de choses semblent lier sont loin d’être mauvaises. Non, ce ne sont pas toutes des chef-d’oeuvres, mais il y a assez de bons moments là-dedans pour bonifier une liste de lecture. Et puis on s’entend… en spectacle, lorsque certains de ces morceaux seront intégrés à un programme déjà béton, on n’y verra que du feu.

Parce que ça demeure Arcade Fire, et que le groupe demeure un collectif de bêtes de scènes, que ce soit sur la petite scène du Métropolis ou devant des dizaines de milliers de personnes.

Parlant de spectacle, n’oublions pas qu’Arcade Fire sera au Centre Vidéotron le 5 septembre prochain (il reste encore de très bons billets).

[ALBUM] Mort Rose – « Avoir 20 ans »

«c’est donner son coeur, son body, son chacha; 
c’est un soir, deux strangers, une danse, une nuit; 
c’est chaud, c’est fucking sexy,
c’est un frenchkiss où par la beauté des lèvres pulpeuses le soul de se suicider en changeant de corps;
c’est ça la Mort Rose»

C’est avec ces quelques mots sur leur page Facebook que Mort Rose se présente au monde cette semaine avec la sortie de leur premier EP, Avoir 20 ans. C’est très dansant, sensuel et chaud. Selon moi, leur musique se trouve quelque part entre Foxygen et Anatole. On pourrait même dire le cousin montréalais d’Anatole. On retrouve cette « vibe » de la côte Ouest américaine à mi-chemin entre les années 70 et 80, pas tout à fait disco, mais presque. On a envie de porter des paillettes, des vêtements moulants en léopard et aller se frencher sur la piste de danse de La Cuisine à 2 h 50 le matin.

En parlant d’Anatole, la formation montréalaise a déjà joué avec la légende pantoumesque au Divan Orange le 21 avril passé.

Cet album démontre déjà une cohérence ainsi qu’une affirmation sans équivoque de leur style rock-glam-sexu. L’inconnu nous présente une chanson de type ballade, mais assez allante. Tout y est : les « cha la la », les synthés, la voix suave et la basse en octave à certains passages nous téléportent au début des années 80. La femme flamme s’ouvre avec un bel accord de guitare électrique un peu twangy. Le refrain est magnifique, très bien mixé et présente de belles harmonies vocales. Le bridge qui s’en suit mérite la reconnaissance du travail du bassiste, Christophe Charest-Latif, qui fait lever le rythme avec un groove très agile supportant la mélodie du synthé. MIAMI nous fait rêver d’un climat plus chaud lors des rudes hivers québécois. Le solo de guitare bien gras, le fuzz à fond, nous rappelle les influences rock du groupe dans cette balade amoureuse qui est en fait un plaidoyer pour se coller l’hiver lorsqu’il fait froid. On combat le froid par l’amour, on aime ça! Le dernier titre de ce trop court EP détonne un peu de l’atmosphère générale de ce premier opus. Mots d’amour nous propulse sur la piste de danse avec un bon vieux rockabilly des années 50-60. Les paroles nous rappellent la saveur bien crue et sensuelle de Mort Rose. « Y’aura pas grand-chose à se dire à part s’faire jouir. »

La formation montréalaise a lancé son album le 22 juin 2017 à l’Espace des Mêmes avec Mauves. On aurait voulu y être et danser avec eux.

On a hâte de vous voir à Québec, les gars.

Pour écouter leur musique : https://mortrose.bandcamp.com/album/avoir-20-ans

[ALBUM] FUUDGE – « EP 2-Man! »

Ça rentre comme une tonne de brique, c’est rough, bref, ça défoule, on aime ça.

La formation Montréalaise FUUDGE, menée par David Bujold, nous revient cette année en force avec son deuxième maxi EP2-Man!. Ce nouvel opus marque un point important dans son parcours, car il est maintenant signé avec le label Lazy at Work.

Ce groupe ne cesse de m’impressionner par sa créativité d’arrangements et sa production impeccable. Les membres amènent le stoner rock à un tout autre niveau grâce à leur créativité débordante qui repousse les limites du genre. Les gars expérimentent beaucoup avec leur timbre et leur sonorité pour arriver à trouver une couleur qui leur est propre, et ça paie. N’oublions pas que leur précédent opus, EP, a gagné le prix du meilleur EP rock au GAMIQ 2016. Selon moi, cet EP pourra leur ouvrir de nouvelles portes dans l’industrie.

SATAN : Un riff bien gras et entraînant ponctué de coups de batterie ouvre ce glorieux EP2 de FUUDGE. David Bujold n’a pas peur de passer du quasi parlé aux paroles criées, qui marquent bien la saveur rock. Restant fidèle à leur direction du premier EP, le groupe alterne avec brio des passages plus planants et psychédéliques nous rappelant les douces années 60. Le morceau se termine avec une charmante outro constituée d’une valse sur le thème joué à la basse accompagné de flûtes simulées aux claviers.

EN SANG : « On va pas finir ça en Sang, chuis encore juste un enfant. » Ce refrain rock sort comme une complainte qui brise l’atmosphère intime du début où David prend sa guitare et semble pouvoir nous chanter une chanson plus douce. Le rock l’emporte, et le tout se laisse entraîner dans un rythme pesant.

NIRVÂNA : Cette chanson pourrait être perçue comme la « balade » de l’album. L’atmosphère qui s’en dégage est généralement assez douce. Doux pour FUUDGE, c’est sans négliger le fuzz de la basse et un solo de guitare bien senti. La chanson se termine dans un délire psychédélique qui nous entraîne lentement dans un monde d’explorations sonores et de licornes multicolores.

CALLER UN MAGICIEN : J’ai vraiment un faible pour cette chanson. Au début, le son de la guitare acoustique parfaitement bien mixé en stéréo, la voix un peu candide du chanteur et les synthés forment un tout vraiment réussi. Ensuite, le son un peu grunge vient ajouter à cet univers enchanteur un peu de muscle, sans pour autant briser complètement l’atmosphère établie. La finale au riff de basse, un peu disco, repris par les voix, nous rappelle vaguement les Le Couleur ou encore Anatole de ce monde.

LA CHAMBRE ROUGE : Un rythme effréné nous emporte tout au long de la chanson, d’abord présenté par le piano. Très bien construite, cette chanson fait partie des très bons coups du EP. Elle est très entraînante, ne s’essouffle pas, et pourra très certainement vous accompagner lors de votre jogging matinal.

MAN! : On reconnaît dès les premières notes certains éléments qui peuvent qualifier cette chanson comme un hit assuré. La composition très solide nous présente des harmonies vocales et de guitares très satisfaisantes, qui nous donnent envie de chanter « MAAAAAAAN!! » tous en chœur. Le clavier au rythme régulier nous fait penser à leur dernier hit du précédent EP : « Man, esti qu’là côte est tough à monter », une recette gagnante pour un refrain accrocheur? En tout cas, c’est très réussi! Les passes de batterie de Jonathan Gagné sur cette chanson méritent d’être mentionnées. Les habiles solos percussifs sont accompagnés de bruits électroniques qui semblent provenir d’un autre monde. La finale aux accents prog est à l’image du EP : grandiose.

Cet opus plaira certainement aux fans de stoner rock et aussi à tout mélomane s’intéressant à la recherche sonore. Les gars de FUUDGE ont fait un travail monumental et cette musique vaut de s’arrêter pour l’écouter muni d’un bon système audio afin de déceler toutes ses subtilités.

Vous voulez les attraper cet été?

1er juillet : Petite Vallée
15 juillet : Festival des bières de Laval
27 juillet : Festival Zone Homa
4 août : Widewood (Shawinigan)
23 août : cégep Marie-Victorin
31 août : FME

Et à Québec? On a très hâte de vous voir ici, venez faire un tour bientôt!

 

Pour écouter leur musique : http://fuudge.bandcamp.com

[ALBUM] Catherine Leduc – « Un bras de distance avec le soleil »

Catherine Leduc est une artiste folk québécoise originaire de Trois-Rivières. Elle est notamment connue pour avoir été la moitié féminine du groupe Tricot Machine. Après avoir fait trois albums avec son camarade Matthieu Beaumont dans ce groupe, les deux, en 2012, ont décidé de se lancer en solo pour changer d’air un peu, ce qui fait que Catherine Leduc nous est arrivée avec un premier album solo nommé Rookie, le 8 avril 2014. Un peu plus de trois ans plus tard, le 26 mai dernier, elle nous arrive avec un deuxième album solo nommé Un bras de distance avec le soleil, aux influences folk très présentes.

Dans son plus récent opus, on retrouve une belle ambiance tout du long. C’est un album qui détend la personne qui l’écoute (elle me rappelle une artiste islandaise qui s’appelle Soley). Le piano est souvent présent sur l’album, offrant une belle harmonie à cet album. Le piano ne part jamais sur des envolées et des mélodies grandioses, mais il est efficace. Peu de notes placées au bon moment peuvent des fois être plus évocatrices que le contraire. Dans la chanson Le temps séparé, c’est une guitare acoustique qui est le principal instrument utilisé, contrairement à la majorité des chansons. Elle réussit à ne pas tomber dans la répétition tout en demeurant fidèle et authentique au style d’ensemble de l’album. Dans une bonne partie des chansons, on y entend un instrument qui diffère des autres chansons. Le rythme est généralement assez lent, mais c’est justement ça qui fait du bien et qui détend. Dès la première chanson, Good Eye, on nous place dans une ambiance joyeuse et réconfortante avec un rythme relativement rapide, que l’on retrouve en partie sur Rien comme le froid, Le temps séparé également, mais pas sur toutes les neuf chansons de l’album. Certaines pièces nous mettent dans une ambiance un peu halloweenesque, plus mystérieuse qu’épeurante, et c’est quelque chose de très intéressant, à mon humble avis. En écoutant certains passages de la cinquième chanson de l’album, Rien comme le froid, on y entend un instrument que je ne connais pas, je dois l’admettre, mais on reconnait tout de suite mon propos, avec le son un peu fantomatique qu’il fait.

En somme, j’ai beaucoup aimé l’ensemble de l’album (il n’existe pas grand chose que je n’aime pas en musique, honnêtement). L’entièreté de l’album me fait un bien et me procure une détente indubitables. Comme je l’ai dit plus tôt, Catherine Leduc me rappelle une artiste islandaise qui s’appelle Soley, de par sa voix et son style de musique, un genre de folk contemporain avec une forte présence pianistique (si vous avez aimé Catherine Leduc, vous apprécierez sans aucun doute cette artiste). Elle procure le même genre de détente et d’ambiance mystérieuse lorsqu’on l’écoute. À part la chanson Tes sommets sont mes montagnes, je n’ai pas vraiment de coup de coeur sur l’album car j’ai apprécié l’ensemble. Bonne écoute!

[ALBUM] Lubik – « Vivant »

Lubik est un groupe originaire de La Sarre en Abitibi. Dernièrement, le 12 mai 2017, ils ont sorti leur deuxième album studio en carrière, Vivant, où, la très forte majorité du temps, ils amènent des influences de punk et de rock heavy. On s’en rend compte dès la première chanson, One Shot Deal, Pt. 1, qui vous indique tout de suite ce à quoi va ressembler presque le restant de l’album. Leur style de musique est à mi-chemin entre Vilain Pingouin, groupe de rock culte de l’histoire du Québec, et Les Vulgaires Machins, qui joue dans le punk plus heavy.

Lors de l’écoute des onze chansons de l’album, on sent que Lubik tente d’amener diverses influences à sa musique pour éviter de tomber dans la redondance, comme par exemple lorsque l’on écoute la troisième chanson de l’album, Everest, où l’on peut entendre au début de la chanson le chanteur seul avec une guitare acoustique. Dans la septième chanson, One Shot Deal, Pt. 2, on assiste à une pièce instrumentale bien montée; une pièce qui commence tranquillement, et à laquelle au fur et à mesure que la pièce avance, on entend le rythme accélérer. Elle n’est pas sans rappeler certaines chansons de Nirvana, avec son intro un peu grunge. Dans la chanson suivante, Sunshine, la pièce a un rythme un peu plus lent, mais on écoute une chanson qui fait du bien, qui n’est pas déprimante, de par les paroles. L’avant-dernière pièce de l’album, une autre pièce instrumentale qui se nomme L’infarctus, est un solo de piano de presque 3 minutes; c’est une pièce très étonnante, qui nous sort de la zone dans laquelle l’album nous a mis tout du long. En écoutant cette pièce-là, qui est très sombre, on comprend le groupe Lubik qui nous dit qu’il tire certaines influences du grand artiste également d’Abitibi, Richard Desjardins, car elle fait très « musique classique », et Desjardins a reçu une formation classique pour son jeu de piano. Cette pièce détonne par rapport aux autres, cela va sans dire, mais elle est quand même judicieusement placée et utilisée dans l’album, car elle est jointe avec la pièce suivante et dernière de l’album, Apocalypse; les deux pièces ensemble mettent un beau point d’exclamation sur l’album!

Pour conclure, c’est un bon album dans l’ensemble pour qui aime le punk, bien évidemment. Personnellement, j’apprécie quand un album me sort de ma zone de confort, me surprend, et c’est réussi pour une certaine partie de l’album, avec des pièces comme, notamment, L’infarctus, Sunshine, One Shot Deal, Pt. 1 & Pt. 2, Everest. C’est un groupe qui n’est pas sans rappeler certains grands artistes du Québec, comme les Vulgaires Machins, Richard Desjardins, notamment. Bonne écoute!