[SPECTACLE, ENTREVUES] Charlie Foxtrot, Mauves, les Trimpes, Whisky Gallery et Doloréanne à la salle Multi du complexe Méduse

C’est après un bon repas à la Cuisine, sympathique resto-bar non loin, que je me suis dirigée jeudi soir dernier vers la salle Multi du complexe Méduse pour assister à une soirée plutôt bigarrée à tendance rock.

J’oublie rapidement la porte encore barrée à 19h15 pour pénétrer dans la grande salle. Je rejoins des amis, je serre des mains et je jase. L’ambiance est bonne, bien que les gens arrivent au compte-gouttes. Dans le courant de la soirée, j’ai le plaisir de m’entretenir avec Alexandre et Émile, de Doloréanne, ainsi qu’avec Paul, de Whisky Gallery. Voici mon humble compte rendu de mes rencontres et des prestations.

DOLORÉANNE

La foule du Multi accueille d’abord la jeune formation de Québec venue briser la glace vers 20 h 30. Les cinq brillants et talentueux êtres humains – pour la forme : les frères à la fougueuse crinière Éloi et Émile (piano et clavier; chant/guitare), Frédérique (violon), Jean-Christophe (batterie) et Alex (basse) – nous interprètent les chansons de leur album éponyme, ainsi que leur petite dernière, Émilie – il paraîtrait que le vidéoclip s’en vient d’ici deux semaines, on a hâte! – pour une prestation sans anicroche.

On aime la simplicité de leur poésie franco, leur attitude ingénue sur scène et, bien entendu, le caractère distinct qu’apporte le violon à leur pop rock rafraîchissante. Les musiciens nous offrent un spectacle bien rodé, et ça sonne bien, quoiqu’on aurait peut-être poussé un peu plus le son du micro.

Après la prestation, je retiens Alex par la manche pour lui poser quelques petites questions. « J’peux-tu amener Émile? » Bien sûr, chose!

En parlant avec les gars, on devine leur passion pour la musique, pour leur projet, et que cette passion sert de trame à leur amitié. On sent que l’un ne va pas sans l’autre. Doloréanne m’apparaît comme une belle histoire de collaboration et d’entraide. Les gars sont sincères et lucides – on peut suivre sporadiquement leurs aventures dans la section Blogue de leur site Internet – et on comprend que leur succès est assuré par le travail de chacun. « On fait tout, tout seuls, pas mal. » Plutôt inspirant.

Récemment, ils ont engagé quelqu’un pour faire la promotion de leur nouveau single, Émilie, dans les stations de radio. Cette démarche semble porter fruits, puisqu’on peut désormais les entendre à CKOI et peut-être sur les ondes d’une autre station populaire bientôt.

Doloréanne

Côté spectacles, la bande consacre ses énergies à la préparation d’un futur album. Je leur souhaite du courage dans cette belle entreprise et tout le succès qu’ils méritent.

Vous pouvez vous procurer gratuitement leur musique via leur superbe site Internet, conçu par nul autre qu’Alex. Vous pouvez les retrouver également sur Bandcamp, YouTube, Twitter et Facebook.

www.doloreanne.com
http://doloreanne.bandcamp.com/

 

WHISKY GALLERY

La soirée prend un virage punk rock avec la prestation d’une autre jeune formation de Québec formée de trois bons chums : Paul (batterie), Hugo (guitare et voix) et Maxime (basse).

En jasant avec Paul, j’apprends que leur histoire a débuté dans un party de Noël au cours duquel ils ont joué côte à côte. Comme ça a cliqué, ils ont continué à pratiquer ensemble régulièrement pour le plaisir. Quelques années plus tard, ils se sont décidés à former un groupe et ont adopté le nom de Whisky Gallery (à l’issue d’un mardi soir bien arrosé sur une terrasse du Petit-Champlain. On aurait aimé y être.)

« On a pris notre temps, on a rodé nos trucs, puis là, on s’est lancé. Ça va super bien à date. »

Effectivement, les choses ont déboulé plutôt vite pour le groupe au cours des derniers mois. On a notamment pu voir la bande de joyeux lurons se produire à différents endroits (la Source de la Martinière, le sous-sol du Cercle et le bar L’Autre Zone). On les attend d’ailleurs à nouveau à la Source au mois de mai, et ils seront de passage au Bal du Lézard en avril.

Les gars ont des fans fidèles et semblent d’ailleurs avoir attiré le tiers du public présent à la salle Multi. On comprend leur succès grandissant en constatant leur assurance et leur prestance sur scène. C’est du solide. Les refrains s’ancrent dans la tête. Le public chante et bouge dès les premières notes, lesquelles ne mentent pas : on a affaire à du travail musical de qualité. Qui écrit et compose? « C’est Hugo à 97,7 % (…) ça dormait dans lui depuis longtemps. » Compte tenu des influences punk des années 90 du groupe (No Use for a Name, NOFX, Lagwagon, Pennywise, pour ne nommer que ceux-là) et du fait qu’ils veulent ratisser large côté public, Hugo compose en anglais. Ils envisagent écrire en français lorsqu’ils seront plus établis. Parlant franco, Louis-Jean Cormier et Jean Leloup tournent en boucle dans les oreilles de monsieur Parisé depuis quelques semaines. J’approuve!

Whisky Gallery

On peut encourager le band en se procurant CD et articles promotionnels (comme leurs superbes T-Shirts) et en suivant leur parcours sur leur page Facebook et Reverbnation.

https://www.facebook.com/whiskygallery69
http://www.reverbnation.com/whiskygallery

 

LES TRIMPES

La préparation de la scène prend une bonne vingtaine de minutes. La foule, réchauffée, en profite pour aller s’hydrater. Beaucoup d’équipement derrière les Trimpes, qui fêtent leur première année d’existence. Les connoisseurs autour de moi devinent ce qui s’en vient rien qu’à voir les guitares et les amplis s’aligner. On a hâte d’entendre ce qu’ils nous préparent (c’est la première fois que je les vois).

Eh, bien! Toute qu’une claque su’a yeule, si je puis m’exprimer ainsi. S’il y a quelque chose qui va me hanter toute ma vie par rapport à cette soirée-là, c’est sans contredit le chanteur, dont l’abdomen proéminent orne le chandail promotionnel du groupe (sur lequel on peut lire Rock ‘n’ Big). Impossible de détacher mes yeux du ventre dodelinant qui jette de l’ombre sur le reste de la formation. Je ne suis pas convaincue par le concept, mais j’essaie tout de même de me concentrer sur la musique.

Trimpes

En gros, on a affaire à du bon vieux rock, trash à souhait et chanté en français. Les gars semblent aimer se prendre pour des rock stars. Ça boit, ça pose les jambes dans les airs, ça crache, ça fait semblant d’éjaculer sur la foule, ça envoie du mousseux partout pis ça garoche des cannettes sur la foule, laquelle a d’ailleurs reculé pour éviter de recevoir les matières et sécrétions projetées. Petit malaise, mais j’en ai vu d’autres.

Autre malaise : la choriste – dotée d’une belle voix, juste et puissante – n’est sorti des coulisses que pour une seule chanson et elle a passé celle-ci à se déhancher et à se frotter sur le chanteur. Je trouve que ce n’est rien pour briser les bons vieux stéréotypes associés au genre.

Tout de même, je constate qu’une partie du public est conquise. Il y a des têtes qui hochent. Le son est un peu brouillon et on ne distingue pas très nettement les paroles, mais on devine bien les thématiques de par les fréquents mouvements de bassin de Germ (le chanteur). À chacun ses goûts.

Pour découvrir : https://www.facebook.com/lestrimpes

 

MAUVES

Oui, j’ai un parti pris pour Mauves. Ils sont bons, beaux, puis aussi – t’sais – talentueux à souhait. Qui plus est, ils sont issus de mon quartier chouchou, Limoilou. (Je vous invite tout de suite à consulter leur page Web pour découvrir leur parcours intéressant.)

http://www.mauves.ca/

Abstraction faite des difficultés lors de l’ajustement des micros, des problèmes de basse et des lunettes qui tombent (cute pareil), c’est une solide demi-heure de prestation.

Inutile de mentionner que le style tranche solidement avec le précédent. Les gars sont en feu, à leur manière. Il s’agit d’un rock introspectif, sensuel. La foule se calme un peu le pompon et écoute avec attention; la magie opère.

La voix pénétrante d’Alexandre Martel nous hante. ET ON COMPREND ENFIN LES PAROLES!

On s’immisce avec intérêt dans l’univers planant du groupe et on suit avec curiosité leur prestation ponctuée des savoureux déhanchements qui les caractérisent si bien.

Mauves

Est-ce que je peux toucher?

 https://www.facebook.com/lesMauves?fref=ts

CHARLIE FOXTROT

Avant que leur prestation ne commence, je me dis : « Ah, j’vais aller me coucher après une toune ou deux, je suis fatiguée pis je travaille demain. »

Je suis restée jusqu’à la fin.
J’ai même dansé.
J’ai également participé à un mosh pit (fosse, devrait-on dire) de huit personnes et quart devant la scène.

Force est d’admettre que la fatigue n’a pas eu raison du plaisir fou que j’ai eu à les entendre. Leur énergie est contagieuse, leur thématiques, crues et pertinentes, et leur interprétation, tout simplement impeccable. Que vouloir de plus?

Je me procure cette semaine leur dernier disque, La mèche courte.

Charlie a offert une prestation sentie et colorée aux quelques irréductibles spectateurs. J’ose affirmer que l’excellent groupe de rock garage franco, qui roule sa bosse depuis 2009, méritait cependant mieux en terme de nombre de spectateurs présents. Toutefois, les quelques chanceux qui sont restés ont su faire honneur au plancher de danse.

La pose suivante m’a permis d’immortaliser leurs jolis minois :

Charlie Foxtrot
Merci, Charlie, de nous avoir fait suer ;)! Revenez vite, je vous en prie.

plectreCF

 https://www.facebook.com/charliefoxtrotqc/
https://charliefoxtrot.bandcamp.com/

[ENTREVUE] Galaxie

C’est quelques heures avant leur spectacle complet à l’Impérial Bell qu’Olivier Langevin, chef de file du groupe Galaxie, nous a accueillis à bras ouverts entre deux tests de son pour répondre à nos questions. Leur plus récent opus, Zulu, est un succès critique et populaire de 2015 au Québec. Il s’est même mérité une note de 90% sur notre site web!

Galaxie Zulu (La meute)
Galaxie
Zulu (La meute)

En parlant de ce succès critique et populaire de Zulu, Olivier Langevin est comblé. Il est tellement content que le public ait apprécié cette oeuvre dans laquelle il a mis, avec ces collègues, beaucoup d’efforts. Un succès fort est aussi synonyme de plusieurs concerts. C’est un aspect qu’Olivier Langevin ne néglige pas. Premièrement, monétairement, les concerts sont un bon moyen de soutenir les groupes. Ensuite, il y a la proximité des fans et la réaction de ces derniers aux compositions du groupe. Finalement, il affirme être un gars de studio avant tout, mais il faut bien équilibrer le tout. Seulement du studio, c’est négatif pour un artiste. Il faut aussi faire des concerts, et que le tout s’équilibre. Il est donc très heureux d’être sur la route avec ses comparses de Galaxie en 2015.

Nous avons ensuite abordé le sujet de la pause entre les deux albums (Tigre et Diesel, leur précédent opus est paru en 2011). Olivier Langevin affirme que cette pause a été bénéfique pour que tous puissent se concentrer sur des projets parallèles. Il était, par contre, très clair pour tous les membres que Galaxie n’était pas fini. Ils attendaient le bon moment, et, en 2014, après quelques riffs de guitare ici et là, le moment était excellent. La machine est donc repartie, et Zulu est né, à notre plus grand bonheur.

Maintenant, qu’est-ce qui a influencé l’album? Un peu de tout, mais surtout du blues rock de style africain. En effet, Olivier Langevin, guitariste de la formation, écoutait beaucoup la musique du musicien malien Ali Farka lors de la création de l’album. Il dit ne pas être un énorme fan, mais que les rythmes du chanteur lui ont vraiment inspiré quelque chose. C’est de là que la sonorité africaine est tirée. L’Afrique n’a pas été le seul genre musical dans les oreilles du guitariste. En plus de Farka, l’inspiration est venue de groupe tel que Avi Buffalo, St.Vincent et Ty Segall. Ce dernier a particulièrement été influent lors du processus créatif.

Pourquoi le blues? La réponse est simple selon Langevin. Tous les artistes rock sont, inévitablement, un jour au l’autre, inspirés par le blues traditionnel. Certains groupes seront touchés par ce genre sans le savoir, mais les racines du rock viennent du blues. Il ne faut pas renier ses racines, et c’est dans cette optique que Galaxie a travaillé sur Zulu.

Galaxie Tigre et Diesel (la meute)
Galaxie
Tigre et Diesel (la meute)

Après avoir fait le tour du dernier opus, nous avons fait un retour en arrière, en 2011. Il y à quatre ans, le groupe était sur la scène du prestigieux prix Polaris. L’album Tigre et Diesel a été finaliste du prix Polaris, et Olivier Langevin en est très fier. Lorsqu’il a appris la nouvelle, il était choyé et enchanté. Par contre, il nous parle beaucoup plus du concert en soi. Il a de très bons souvenirs de cette soirée de concerts à Toronto. Il a adoré prendre part au concert et considère le prix Polaris comme étant un «un très beau concours». Être sur la même scène qu’Arcade Fire et Timber Tibre, c’est difficile à oublier. Malgré le fait que The Suburbs ait remporté le prestigieux prix, Galaxie est conscient que la visibilité de l’événement a été profitable pour eux. Au Canada anglais, à Montréal et dans les médias, le groupe a acquis une renommée incroyable et une belle visibilité. Par contre, en région, le prix étant moins connu, Galaxie n’a pas ressenti un grand engouement.

Étant à quelques heures du spectacle, et finissant un test de son incroyablement fort (et oui, j’avais oublié mes bouchons), nous avons discuté de Galaxie sur scène. Le guitariste décrit la performance du groupe comme étant «torride et dynamique». Il y a des lasers, des effets scéniques et des musiciens incroyablement motivés et contents de performer devant leurs fans.

Qu’est-ce qui s’en vient pour Galaxie post-Zulu? Des concerts, c’est certain. Le groupe a encore un calendrier de spectacles bien garni, avec beaucoup de surprises encore non dévoilées. Il n’y a pas d’album de Galaxie de prévu pour le moment afin de faire suite à Zulu. Étant très évasif sur le sujet, le principal intéressé a quand même mentionné que divers projets parallèles de certains membres du groupe seraient actifs dans les années a venir. Ne pouvant en dire plus, il faudra attendre et voir ce qu’ils nous réservent.

Finalement, ce fut une entrevue très agréable avec un Olivier Langevin très excité d’être en concert dans la ville de Québec. Vous n’étiez pas à l’Impérial Bell et vous vous demandez comment c’est déroulé le concert de Galaxie ? Lisez le compte-rendu du collègue Jacques Boivin juste ici.

[ENTREVUE] BEAT SEXÜ

C’est dans un café du quartier St-Roch que nous avons rencontré Jean-Étienne Collin Marcoux, batteur et chanteur du collectif Beat Sexü. Ce groupe, issu du studio de Québec Le Pantoum, connait un début d’année 2015 plutôt impressionnant! Enchainant concerts, prestation aux Francouvertes et un nouvel album en préparation, Beat Sexü est sur une lignée impressionnantes et est un fier défenseur de la scène local de la Capitale-Nationale.

C’est sur les ondes de CHYZ 94,3 que Jean-Étienne Collin Marcoux a dévoilé quelques bribes d’information sur le nouveau projet du groupe : Open House Qc. Cet album, issu d’une campagne de sociofinancement, a pour but ultime d’aider la carrière d’une dizaine d’artistes de Québec.

Nous nous sommes donc présenté dans ce café dans le but de levé le voile sur ce super projet et pour en connaître d’avantage sur les projets futurs du collectif. C’est avec enthousiasme que Jean-Étienne a répondu à nos questions. En voici un bref résumé de cette entrevue captivante de près d’une heure.

Comment est née Beat Sexü ?

Crédit photo : Antoine Bordeleau
Crédit photo : Antoine Bordeleau

C’est dans un contexte de rénovation du Pantoum qu’est né ce qui s’appellera plus tard Beat Sexü. Le but était de faire de la musique dansante qui se glisserait bien dans une liste de lecture au cours d’une soirée. C’est à la fin 2013 que Jean-Étienne Collin Marcoux, directeur technique de l’événement, bouclait la programmation du show de la rentrée 2014 de l’Université Laval. Il manquait un groupe, c’est là qu’il a décidé de mettre Beat Sexü sur l’affiche. Le seul problème était qu’il n’y avait aucune composition. Techniquement, le collectif n’était même pas créée. Il contacta ses amis du pantoum, soient Maxine MailletSymon Marcoux et Jean-Michel Letendre-Veilleux, et en trois jours ils ont crée le collectif que nous connaissions aujourd’hui. En moins de 72 heures, ils ont composé les cinq pièces de l’EP et ils ont pratiqué quelques reprises.

Quelles sont les inspirations de Beat Sexü ?

Les inspirations de Beat Sexü divergent selon les membres. Certains citent le mythique disco de Giorgio Moroder, d’autres préfèrent l’électro de RATATAT. Le house et le disco sont des styles musicaux qui ont littéralement allumé les membres du collectif lors des trois jours de créations du EP. Notre invité, Jean-Étienne Collin Marcoux, préfère s’inspirer du groupe canadien Death From Above 1979. C’est d’ailleurs de là qu’est venue l’idée d’un batteur qui chante. On voit que le collectif a des goûts musicaux très divergents, et c’est ce qui fait la beauté de Beat Sexü. Jean-Etienne rajoute même que «Depuis notre passage aux Francouvertes, on se fait comparer à Indochine ou même à Malajube».

Quelles ont été les réponses du public et du milieu concernant votre premier EP ?

Beat Sexü - Première fois EP
Beat Sexü – Première fois EP

«La réception a été super!», dit-il. «En effet, on a été très surpris de figuré dans les palmarès de CHYZ, CISM et dans diverses radios des maritimes». Depuis le lancement du EP, Jean-Etienne a délaissé un peu plus son projet X-RAY Zebras pour Beat Sexü. Il met plus d’énergie sur ce projet, car le Pantoum et leurs divers concerts ont réellement propulsé le groupe. Il est en très heureux d’ailleurs, mais reste surpris, car malgré que la musique du collectif soit plutôt accessible, il ne croyait pas, au départ, que ce projet embryonnaire se rendent si loin.

En parlant du Pantoum, quels sont les projets futurs ? Spectacles ? Albums ?

«Nous continuons notre vision de la promotion de la scène locale de Québec avec nos deux concerts par mois. Dans les prochains mois, nous allons tenter de pousser beaucoup plus loin notre division de booking de concerts.» En effet, le Pantoum, ayant une capacité de 120 personnes, permet une belle visibilité aux groupes émergents de la scène locale, tout en attirant de belles tête d’affiche d’ici et d’ailleurs. La mission est claire : aider les groupes locaux et augmenter leur basin d’admirateurs. Il y a aussi un côté d’affaire dans le concept du Pantoum. En effet, en programmant différents groupes un même soir, il aide les artistes à tisser des liens entre eux dans le but de, plus tard, pouvoir faire des concerts ensemble ou même se faire signer sur la même étiquette de disque.

Parlez-moi du projet Open House Qc.

Le projet Open House Qc est né des diverses reprises que le groupe fait en concert. «C’est aussi dans la même idéologie que le Pantoum», ajoute-t-il. Le but est simple, c’est de faire un hommage à la scène locale de Québec tout en augmentant sa visibilité. Comment y arriver? En reprenant des chansons de divers artistes de la scène locale, parfois avec ces artistes, mais avec une touche Sexü. Les membres du collectif assurent la réalisation de l’album. Beat Sexü espère ainsi attirer les admirateurs d’un artiste en particulier et lui faire découvrir d’autres groupes sur un même disque. Ce disque sera-t-il dans le même esprit que le EP du collectif? «Certainement! Ce sera flyé! Nous avons une très longue liste d’artistes. Nous voulons, une fois sur disque, que la liste des invités soit stupidement longue! Nous avons même contacté un quatuor à corde de l’Université Laval pour refaire quelques pièces.» Ce disque sera le fruit de près de deux ans de travail. À ce jour, près de dix pièces sont enregistrées, sans être remisées. Il y aura du rock, de la pop et du disco.

Pouvons-nous espérés avoir quelques noms d’artistes qui figureront sur l’album?

«Je ne peux pas en dire beaucoup, car de nombreux détails ne sont pas réglés, mais je peux vous dire que des pièces de Les Indiens, Mauves, Ponctuation et Gab Paquet se retrouveront sur l’album». L’album devrait avoir aux alentours de 12 pièces. On nous dit aussi que certaines pièces seront reprises par d’autres artistes que sur la version originale. De plus, si vous avez déjà vu les Sexü en concert, certaines reprises ont déjà été testées devant public et au Festival OFF l’an dernier.

Confession de Jean-Etienne : Il devrait même, si rien ne change, avoir une pièce de Beat Sexü sur l’album, remixée par nul autre que Millimétrik.

Vous avez choisi le sociofinancement, pourquoi? 

«L’objectif du sociofinancement est de faire en sorte que les coûts de production soient nuls, ou du moins payer la production des copies physiques.» Le but, de ce que Jean-Etienne nous a raconté, est de donner les copies physiques aux artistes pour qu’ils les vendent dans leurs propres concerts et cela leur permettrait de financer divers projets. «Tu sais, 10$ de merch de plus dans un soir, ça peut rentabiliser une partie de l’essence, car oui, certains concerts sont loin d’être payant pour certains artistes.» Par contre, tels que mentionné dans leur campagne, lancé la semaine dernière sur Indiegogo, le projet aura lieu, peut importe les sous amassés. Le but est d’aussi de pouvoir rendre gratuit le projet sur les plateformes numériques.  Par contre, laissez-moi vous dire que les contreparties offertes par le groupe lors de la campagne de financement sont très cool et originales!

Comment se porte la scène locale de Québec en musique selon vous ?

«La scène locale (notez bien: ville de Québec) se porte bien, mais elle pourrait aller mieux. Si nous comparons avec Montréal, nous sommes beaucoup plus soudés, il y a moins de cliques. Par contre, il est faux de se dire que tout va bien, l’AgitÉe ferme quand même ses portes en juin.» Jean-Etienne se dit qu’avec le contexte économique et social du moment, c’est normal que le divertissement soit les premières dépenses coupées par le public. Il croit, par contre, que la scène locale doit se préparer à rebondir prochainement. «Avec toutes les coupures dans les festivals, ils n’auront pas le choix de se tourner vers la scène locale. Un cachet de 1000$, pour un groupe local, c’est équivalent à un cachet de 15 000$ pour un artiste de l’Angleterre par exemple. Les musiciens font le même salaire dans les deux cas. Avec les compressions, les festivals vont se tourner vers nous pour sauver de l’argent et nous devons être prêts et solides».

Comment se sont déroulé vos Francouvertes ?

«Ç’a bien été. On savait que notre style plus disco ne plairait pas beaucoup aux côtés très folk des Francouvertes. C’est correct, nous étions préparés. Nous ne sommes pas allez assez loin dans le concept, comme l’à fait Anatole. Un juge nous a dit que notre performance n’était pas assez Sexü». Malgré le revers des Francouvertes, Jean-Etienne est très satisfait de l’expérience , même s’il regrette un peu de ne pas avoir osé un peu plus. Par contre, cette expérience a permis de pratiquer les pièces et de consolider certaines pièces du projet Open House QC et de leur prochain album. Ils ont mis beaucoup de temps sur la préparation, et ça, ce n’est pas perdu.

Que retenez-vous de cette expérience?

Le groupe retient beaucoup de l’expérience, malgré le fait qu’il ne se soit pas classé dans les finalistes. «Le feedback des juges était très constructif. Nous allons aussi améliorer certains aspects de notre performance sur scène. Nous devons assumer davantage le concept de Beat Sexü!». La visibilité et les contacts ne sont pas à négliger. Le groupe, grâce aux Francouvertes, s’est retrouvé sur plusieurs sites web ou blogues. Les retombés ne sont peut-être pas visibles sur le moment, mais elles viendront lors des prochaines sorties d’albums ou des prochains concerts.

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On vous associe souvent au Guerres d’l’amour, comment est votre relation avec le groupe ? Comment était le concert la semaine dernière ?

«Nous avons fait un concert cet automne au Cercle avec eux. C’est pour ça qu’on se fait identifier à eux souvent. Nous sommes deux groupes bien différents, mais qui se complètent bien. Nous avons fait, à la base, de beaux contacts humains, c’est pour ça que ça clique encore et que nous continuons de faire des concerts avec eux! Il n’y a aucune compétition entre nous». Jean-Etienne affirme quand même qu’il y voit une belle opportunité pour les deux groupes de peut-être élargir ce partenariat pour faire un EP commun et peut-être même une tournée. Qui sait?

D’autres projets en vue ? Des concerts ?

«Nous avons quelques festivals de booker cet été au Québec et dans les maritimes. Nous sommes très excités de participer au Cabaret Du Festif dans quelques semaines, nous nous y préparons activement. Nous travaillons sur l’album Open House QC en parallèle avec notre propose album, qui devrait voir le jour prochainement.»

Beat Sexü est présentement en processus de création pour leur projet Open House QC. L’album est prévu pour nombre 2015 et un gros spectacle de lancement sera organisé, dans l’esprit funky des Sexü! En ce qui concerne le sociofinancement, les membres du groupe ont besoin de votre aide juste ici. En ce qui a trait à leur studio Le Pantoum, ils ont quelques beaux spectacles de prévus dans les prochains mois. Tous les détails sur leur page Facebook.

[ENTREVUE] Joseph Edgar

Joseph Edgar
Joseph Edgar
(Photo : ecoutedonc.ca/Jacques Boivin)

J’avais un peu le trac. Une première entrevue en près de 20 ans, et de mémoire, la dernière n’avait pas si bien été. J’étais un peu pressé par la vraie job qui n’est pas toujours compatible avec ma passion. À mon entrée dans le petit resto limoulois où il m’avait donné rendez-vous, Joseph Edgar était là, son chapeau vissé sur la tête. Je vais le rejoindre à l’arrière, dans une petite section tranquille. Franche poignée de main. Le trac est parti tout de suite. Les 20 minutes qui ont suivi m’en ont paru cinq. C’était comme si j’étais avec un vieux chum qui avait plein d’histoires à raconter.

D’entrée de jeu, une question qui me turlupinait : En 2015, est-ce que Joseph Edgar est un Acadien qui vit à Montréal ou un Montréalais originaire d’Acadie? « Un Acadien qui vit à Montréal, certainement! Tu peux sortir le gars de l’Acadie, mais pas l’Acadie du gars! »

La question se pose. Après tout, son plus récent album paru au début de 2014, Gazebo (Ste-4 Musique), parle manifestement de Montréal. Quiconque y a vécu un petit bout reconnaît le parc Molson et son magnifique kiosque (le gazebo en question). D’ailleurs, sur Alors voilà, il nomme carrément l’endroit où il allait chaque matin, café et cigarette, pour observer autour de lui, comme des gens qui vont dans les centres d’achat, qui s’assoient sur un banc, qui observent et qui s’inventent des histoires. « J’avais envie de raconter des histoires un peu à l’extérieur de moi-même… », même si on finit toujours par parler un peu de soi. Comme un carnet d’observations prises pendant sa première année à Montréal.

La discussion porte inévitablement sur Espionne russe, qui a propulsé Joseph Edgar dans les grandes ligues. Parti d’absolument rien (sa demande de subvention avait été refusée), il dessine carrément le clip. Grand succès sur YouTube. Les radios embarquent une par une, même les grosses stations commerciales. Les ventes progressent. Quand je lui demande comment ça va depuis, on le sent heureux de son sort, mais prudent. « Lorsqu’on fait des spectacles, il y a plus de monde. La chanson a piqué leur intérêt pour le reste de l’album. Je remarque que non seulement nous avons plus d’invitations pour aller jouer à différents endroits, mais aussi que les gens connaissent bien le matériel. Ça nous encourage à continuer. »

On décrit souvent Joseph Edgar comme un des porte-étendards de la vague acadienne qui a déferlé ces dernières années. Je profite de l’occasion pour en envoyer une au champ gauche à l’auteur-compositeur-interprète. Le traducteur que je suis a remarqué que Joseph Edgar utilisait un niveau de langue différent pour écrire ses chansons que les Radio RadioLisa LeBlanc et autres Hay Babies. Si les gars de Radio Radio utilisent clairement le chiac dans leurs chansons, que Lisa LeBlanc mélange joyeusement le français et l’anglais et que les filles des Hay Babies s’expriment dans un registre plus populaire, de son côté, sur Gazebo, Joseph Edgar soigne son vocabulaire. « Pendant les dix ans où j’étais dans Zéro degré celsius [NDLR : le groupe au sein duquel il a commencé sa carrière], le chiac était un peu plus prononcé, mais mes parents étaient enseignants au secondaire et on m’a toujours encouragé à lire des livres. » Il ajoute qu’il lit beaucoup, mais qu’il n’aime pas se répéter. Il dit qu’avec Zéro degré celcius et sur ses premiers disques solo, les gens ne comprenaient pas toujours ses propos. « Sans perdre mon accent, j’ai voulu me forcer un peu plus du côté de la plume pour être plus universel et rejoindre plus de gens. »

Le deuxième clip tiré de GazeboAlors voilà, est aussi un dessin… animé, cette fois-ci. Joseph Edgar a beau avoir entrepris des études en arts visuels (avant de se consacrer à la musique), il n’avait jamais fait d’animation. Je lui fais remarquer qu’en le visionnant, j’ai immédiatement pensé à La Linea, un dessin animé italien qui a marqué tous les enfants des années 1970. Joseph Edgar me répond qu’il s’était fortement inspiré de ce dessin animé, ainsi que de l’esthétique des dessins animés des années 1960 à 1980, comme on pouvait voir dans les midis de l’ONF à l’époque.

Ces expérimentations en dessin auront-elles une influence sur le prochain album? Sera-t-il plus visuel? « J’essaie toujours me me mettre dans différentes situations quand je compose des chansons. Par exemple, pour les troisième et quatrième albums, j’étais tout le temps dehors, au bord de la mer, en Nouvelle-Écosse. Je m’installais, parfois, je parlais aux goélands, mais cette fois-ci, je me suis enfermé seul dans mon studio, comme si c’était une job, je m’installais et je laissais la chanson venir, et je jouais ensuite avec les instruments. » Cet album sera beaucoup plus introspectif, mais l’auteur-compositeur-interprète ajoute qu’il sera très imagé. « Les textes sont influencés par ces dessins. Je réalise que je peins des portraits comme quand j’étais jeune, mais en musique. »

Retour sur Espionne russe (on pose les questions comme elles nous viennent à l’esprit, voyez-vous?). C’est qui, cette fameuse espionne russe? Joseph Edgar m’explique que la chanson est une ode à ces femmes fatales, ces méchantes dans les films de James Bond, qui lui crèvent le coeur et le trahissent, mais qui sont amoureuses de lui. Un triangle amoureux inventé. « Il y a bien des gens qui disent : Quelle belle chanson d’amour, mais ça va pas ben pour les deux gars dans la chanson! »

Nous abordons le spectacle qu’il donnera au Petit Impérial le 17 avril prochain. À quoi s’attendre d’un spectacle de Joseph Edgar? « On tourne depuis près d’un an, mais le spectacle évolue tout le temps. Je pense que le live, c’est l’occasion de faire vivre une chanson, j’aime pas quand ça reste la même affaire. Contrairement à un tableau ou à une chorégraphie, on a la chance de rendre nos chansons uniques chaque fois qu’on les joue. » Il sera accompagné d’Alexandre Pépin, un multi-instrumentiste capable manier la basse et la batterie en même temps, tambourine au pied. S’il commence son spectacle avec une grosse touche de folk, (« chansonnier », ajoute-t-il), Joseph Edgar promet qu’on va voir son côté plus rock… et punk. Il s’amuse avec Pépin, avec qui il joue depuis cinq ans, et c’est une belle complicité que nous avons hâte de voir.

Pour finir sur une note plus légère, je demande à Joseph Edgar ce qu’il écoute ces temps-ci. « Je suis complètement accro au dernier album de Jean Leloup. Leloup, c’est une des raisons pour lesquelles je chante en français. Et j’adore le risque et l’exploration qui se trouve dans le nouveau Marie-Pierre Arthur. » Il collectionne aussi les disques en vinyle et va toutes les semaines faire de l’exploration dans les magasins de disques. Collection démarrée quand un cousin, qui souhaitait attiser la curiosité musicale de Joseph Edgar, lui a donné une table tournante et de nombreux disques. Lorsque je lui demande s’il a des noms acadiens à nous proposer, il s’anime : « Y’a Les hôtesses d’Hilaire qui commencent à faire sentir leur présence au Québec. » Il leur souhaite tout le succès du monde, puis il nous parle de Pascal Lejeune, qui a pris le pseudonyme Thomé Young sur son dernier album. Il nous suggère également de surveiller Joey Robin Haché et Pierre Guitard. « Il y a aussi des groupes qui n’existent plus, mais qui sont des groupes-phares, comme Idée du Nord, qui n’ont malheureusement jamais percé par ici, mais qui ont repoussé les limites de ce que nous pouvions faire. » Il termine en souhaitant que le Festival de jazz invite Les Païens (j’avoue… ils kickent des culs et bottent des derrières – et je les verrais bien à place d’Youville pendant le Festival d’été).

J’aurais pu écouter Joseph Edgar pendant encore une heure ou deux. Nous aurions pu approfondir sur son écriture. Parler de ce deuxième printemps érable qui semble se montrer le bout du nez. Il avait le temps de le faire, c’est moi qui n’en avais plus à ma disposition. Mais bon. Cet homme affable, disponible et généreux venait de se gagner un nouveau fan.

On vous invite à faire comme nous et à venir voir Joseph Edgar au Petit impérial le 17 avril prochain. Ça va être sympa. Vous pouvez également écouter Gazebo (disponible chez tous vos bons disquaires – dont Archambault, bien entendu, ainsi que sur iTunes et Bandcamp) et les albums précédents de Joseph Edgar (sur Bandcamp), voire trouver des pièces de Zéro degré celsius (j’en ai vu passer sur YouTube et en fouillant, on trouve des albums… au pire, demandez à vos amis acadiens). Son répertoire au complet fourmille de trucs intéressants. Et puis vous pouvez regarder en boucle les deux derniers vidéoclips de Joseph Edgar. Du joli travail. À bientôt!