[ENTREVUE] Sortir des sentiers battus avec Lydia Képinski

Il y a de ces artistes qui aiment sortir un peu des sentiers battus, qui font des Vernishow au lieu de faire des lancements, qui décident de faire de la musique au lieu d’être ingénieurs comme leurs parents. Il y a de ces artistes qui ne s’excusent pas d’exister, et qui font preuve d’une authenticité complice et contagieuse sur scène. En fait, je parle surtout de Lydia Képinski, avec qui j’ai eu l’honneur de partager quelques questions. Pour des artistes comme ça, on essaie d’être un peu originaux ! Alors j’ai enfilé mes plus beaux joggings et je me suis lancée dans une expérience originale. Entrevue livresque avec une auteure-compositrice-interprète qui mélange autant les influences littéraires que musicales.

Après sa prestation aux Apéros FEQ, Lydia Képinski vient me rejoindre au lieu dit : la banquette du District Saint-Joseph. Devant nous, une quantité de livres soigneusement choisis. Dans chaque livre se cache une question. Le rôle de l’artiste : choisir les ouvrages qui lui plaisent et répondre à ce qu’ils lui demandent. Mise au fait des procédures, Lydia plonge sans hésitation vers L’homme rapaillé de Gaston Miron. Sans en parcourir les pages, elle s’empresse d’en réciter le premier poème, Liminaire. « Il y a un bout dans Andromaque», nous explique-t-elle (je vous laisse trouver lequel).

Après lecture et contemplation, nous sommes prêtes pour la première question.

L’homme rapaillé, Gaston Miron
Selon toi, est-ce que la musique (et l’art) du Québec a des traits distinctifs ?

«Oui, bien, je pense que ce qui est surtout distinctif au Québec, c’est qu’on a une réalité francophone dans un contexte anglo-saxon», commence-t-elle. La langue aurait ainsi un rôle important dans notre identité culturelle et artistique, et vice-versa, selon l’artiste : «C’est pour ça qu’on ne parle pas anglais aujourd’hui, c’est parce qu’on avait une tradition. C’est aussi beaucoup à cause de la religion, nous dit-elle. On peste beaucoup contre la religion, c’est correct qu’on s’en soit défait, mais c’est quand même grâce à ça qu’on a pu conserver notre langue.»

Faisant référence elle-même à notre culture en citant Gaston Miron, on était à même de se demander comment cette identité s’inscrivait dans sa musique. «C’est une bonne question. Je pense que ça s’inscrit sans que je m’en rende compte vraiment, répond-elle. C’est juste comme ça.» Le comment est peut-être incertain, mais pour Lydia Képinski le pourquoi est clair : «Je trouve ça important, t’sais. Pour moi, Gaston Miron, c’est vraiment l’homme qui nous représente, parce que son père était illettré. J’ai encore l’impression que le Québec, c’est ça : une personne sur deux qui est analphabète fonctionnel.»

La façon de passer outre cette réalité, selon elle, réside dans la tradition orale : «La tradition orale, c’est ce qui a composé le tissu social du Québec», explique-t-elle. En utilisant le français dans ses textes et en faisant de la musique, «un langage universel» selon elle, Lydia Képinski adopte de facto une démarche fortement influencée par notre identité. Ce qui ne l’empêche pas de chanter, dans Apprendre à mentir : «Je pourrais te dire qu’un jour on aura un pays / A vrai dire je pense qu’on n’en mérite même pas». Après une telle discussion, on était prêtes pour le prochain livre : De colère et d’espoir de Françoise David.

Lydia Képinski / Crédit photo: Marion Desjardins

De colère et d’espoir, Françoise David
As-tu un message pour le Québec ? Que veux-tu exprimer par ta musique ?

«C’est peut-être mon héritage européen, mais…», commence-t-elle. À ce sujet, elle poursuit : «Mon père est Français : j’ai hérité d’une tradition. Et mes ancêtres étaient Polonais. Mes ancêtres ont vécu la guerre et tout.» L’artiste sent que cela a influencé son expérience en tant que Québécoise : «Au Québec, souvent, on a peur, on se sent ostracisé, on a peur de se faire assimiler… Moi, je n’ai pas l’impression que je ressens ça.»

«Je pense qu’il y a ça dans ma musique aussi, poursuit-elle. Outre l’importance de la langue, puis outre l’importance de la politique – parce que même si mes tunes parlent de relations interpersonnelles, j’ai quand même une fibre politique importante – je pense que le message qui se ressent en premier, c’est qu’on n’est pas nés pour un petit pain. Faisons les choses jusqu’au bout, puis soyons fiers…Et fuck l’analphabétisme aussi», conclut-elle.

Voir – Safia Nolin, Québec, vol.1#11
Que porterais-tu si tu étais nommée au gala de l’ADISQ ?

Lydia Képinski / Crédit photo: Marion Desjardins

«Honnêtement, je porterais quelque chose de super japonais», dit-elle de but en blanc. Après quelques secondes de réflexion, elle ajoute : «…sauf qu’il y a comme des issues avec les appropriations culturelles en ce moment, ça fait que je ne le ferais peut-être pas, finalement. Mais en même temps, oui, parce qu’à mon bal de finissants, j’ai porté un sari indien. C’est sûr qu’à l’époque, on m’aurait dit que je faisais de l’appropriation culturelle. Peut-être, peut-être pas. Je pense que c’est un peu une mode d’en parler.»

La connotation de l’appropriation culturelle est une question de nuances pour la jeune artiste. « Moi, honnêtement, j’aime ça, l’appropriation culturelle… Je pense que c’est le rapport de colonisé / colonisateur qui gosse : c’est sûr que je ne m’habillerais pas en fausse Amérindienne [à l’ADISQ], parce que les Amérindiens ont beaucoup souffert à cause des Blancs cathos et des Blancs anglos en général. On n’a jamais vraiment eu de lien avec la culture japonaise. Je porterais peut-être un genre de kimono noir. Un peu Star Wars», conclut-elle donc.

En tout cas, qu’elle soit en sari indien, en kimono ou même en jeans avec un t-shirt de Gerry Boulet (ou de Safia Nolin), on a hâte de la voir au gala de l’ADISQ, nous ! Entre-temps, Képinski choisit une autre œuvre et continue à se prêter au jeu.

Alice au pays des merveilles, Lewis Carroll
Carte blanche : invente une question

Vous savez, quand on se fait prendre à son propre jeu ? J’ai donc été soumise à un rapide questionnaire de la part de l’artiste : âge, occupation. Je vous épargne la lecture de ces faits inintéressants. Pour plus d’information, z’avez qu’à venir me trouver quelque part entre le Cercle et le Pantoum.

Le Banquet, Platon
Comment définis-tu l’amour ? Fait-il partie de tes sources d’inspiration ?

Bien qu’elle n’ait pas lu le Banquet (qu’on lui recommande, d’ailleurs), Lydia a répondu de bon cœur une fois de plus. « ‘Fait-il partie de tes sources d’inspiration ?’ Oui, of course. Ça me met bien avec certains sentiments que je peux ressentir. J’ai l’impression de régler mes comptes en chanson aussi, parce que j’exprime une vision unilatérale de ce que c’était. C’est un peu chien en même temps, avoue-t-elle, parce que l’autre personne ne peut pas répondre.»

Sauf si c’est un musicien aussi, pensai-je alors tout haut. Deux CD, deux versions des faits ! Ce à quoi la chanteuse a répondu : «On ne peut pas dire que ce n’est pas arrivé.» On n’en dira pas plus. Et pour la définition de l’amour, Platon nous suffira encore !

Harlequin tentation – Love song, Elisabeth Lowell
As-tu des plaisirs coupables ou des goûts douteux ?

«Général, ou en sexe, là?» Une chose est certaine, Lydia Képinski n’a pas la langue dans sa poche. Mais on ne tenait pas vraiment à savoir ce qu’elle faisait avec, alors on est resté dans le général.

Lydia s’attaque tout d’abord au principe même de plaisir coupable. « Pour moi, le concept de ‘péché mignon’… C’est comme l’idée d’être né pour un petit pain», concède la musicienne et artiste visuelle, qui se sent «rarement mal de faire des choses» et qui nous en donne rapidement un exemple. « Je suis une gameuse. J’aime ça, jouer à des jeux vidéo. […] Ça ne m’arrive pas souvent, mais le temps des Fêtes, c’est ma période de l’année où je game. Ce qui fait que je ne me sens pas mal parce que je sais que le reste de l’année, [ce n’est pas le cas]. C’est une question d’équilibre aussi. Par exemple, j’essaie de bien manger, mais tantôt j’ai mangé des chocolats. Eh bien, c’est le moment de la semaine où je vais manger des chocolats. À un moment donné, il faut arrêter de s’autoflageller. Je trouve que les gens sont durs avec eux-mêmes. »

Pour ce qui est des goûts douteux, c’est aussi un concept que l’artiste rejette. «Les gens me demandent parfois : ‘c’est quoi la musique que tu as honte d’écouter ?’ Je n’ai pas honte d’écouter quoi que ce soit. Il y a quelque chose d’intéressant dans tout dans la vie. Tout. C’est mon opinion.» 

L’Énéide, Virgile
D’où te vient ton intérêt et/ou tes connaissances en matière de littérature/mythologie antique ?

«Je tripais sur la mythologie quand j’étais jeune. Je pense que c’est toujours resté. Pour moi, c’étaient des histoires qui étaient nettement supérieures aux autres histoires (contes de Perrault, Hansel et Gretel…). Je trouvais qu’elles avaient quelque chose d’épique. Il y a quelque chose de vraiment plus grand que nature [dans ces histoires].»

«Je pense aussi que c’est le fait qu’avant, probablement qu’ils y croyaient pour vrai : pour eux, ce n’était pas un mythe, ce n’était pas quelque chose d’inventé. Les contes de Pierre Perrault, on le sait tout de suite que ce sont des contes, et puis ce sont de petites histoires…des histoires de villageois. C’est cool aussi, c’est correct. Mais [dans les mythes], ce sont des dieux, des forces toutes puissantes. Il n’y a pas juste des quidams. Et c’est la rencontre avec le divin puis le mortel qui est vraiment intéressante. Comme Hercule qui est à moitié humain, à moitié divin. C’est le héros. Le concept du héros vient de là.»

L’écume des jours, Boris Vian
Comment fabriques-tu ton monde musical ?

Lydia Képinski / Crédit photo: Marion Desjardins

C’est ensuite avec enthousiasme que Lydia Képinski est tombée sur le prochain livre : «L’Écume des jours, esti, ça, j’ai aimé ça, ce livre‑là.» Sa réponse est d’ailleurs restée dans la thématique du livre : «avec un pianocktail !» Réponse de circonstance, puisqu’elle introduisait bien le reste.

«Honnêtement, j’ai vraiment eu un buzz sur les machines. À un moment donné, j’ai compris que la musique pour moi, ça allait être [fait avec] des machines. C’est un monde de robots. C’est ça, l’avenir. C’est la technologie. Pour moi, c’est ça qui est le fun, c’est sur ça que je tripe», explique Képinski. On pouvait d’ailleurs bien l’entendre lors de sa prestation, qui entrelaçait l’électro et l’acoustique. Ce serait même cet aspect de fabrication mécanique de la musique qui l’aurait réellement amenée à s’intéresser plus sérieusement à ce milieu. Mais d’où lui venait cet intérêt si particulier pour les machines ? «J’aime le métal… c’est peut‑être mon côté [ingénieure]. Toute ma famille, ce sont des ingénieurs. J’aime ça les cossins, j’aime ça gosser des affaires», explique-t-elle.

La Cantatrice chauve, Eugène Ionesco
«Que venez-vous faire ici ?» –p.80

À question absurde, réponse absurde : «J’attends Godot.»

Le portrait de Dorian Gray, Oscar Wilde
Si on peignait des toiles en s’inspirant de ta musique, de quoi auraient-elles l’air ?

«Je pense que ça serait quand même figuratif. Mais quand même monochrome. Monochrome et figuratif.»

CRÉER – ou comment survivre à des études artistiques, Philippe Genest & Edward Essis-Breton
Qu’est-ce qui est le plus gratifiant dans le fait d’être artiste ? Qu’est-ce que tu trouves le plus difficile ?

Lydia Képinski aurait pu arrêter depuis belle lurette son interrogatoire / exploration littéraire. C’est pourtant encore avec intérêt qu’elle feuillette CRÉER – ou comment survivre à des études artistiques. «Ça a l’air le fun, ça», énonce l’artiste. La question du métier posée, elle répond simplement et posément : « Ce qui est le plus gratifiant dans le fait d’être artiste? C’est juste de travailler. Et ce je trouve le plus difficile ? Le travail aussi.» Qu’est-ce qui est difficile dans le travail, ajoute-t-on à notre question de départ. « C’est que tu es ton propre boss. Donc il faut que tu t’envoies travailler. Tu es ton propre esclave, et il faut que tu t’obliges à travailler. Moi, mon truc, c’est de me faire des horaires. Je me dis : ‘de telle heure à telle heure, de telle heure à telle heure’, je me mets des alarmes… c’est juste de la discipline.»

Malgré les difficultés du travail, l’auteure-compositrice-interprète ne manque pas d’en peser la valeur : «C’est le plus tough, mais en même temps, c’est ce dont je suis fière. Souvent, les occasions qui font que ma mère et ma famille sont vraiment fières de moi, ce sont des occasions où elles vont me voir dans un média connu, par exemple. J’ai toujours un malaise avec ça parce que personne ne peut me dire ‘bravo, tu as travaillé’. Et pour moi, c’est ça qui vaut la peine. C’est ça que j’ai envie de me faire dire : ‘bravo, ça paraît que tu as travaillé’. Pas ‘bravo, tu es un génie, tu es née avec une intelligence’ […]. C’est juste du travail.»

Kandinsky – 48 plates in full colour, Frank Whitford
Dessine un croquis qui te représente

Tu t’es présentée comme ça parce que…

«…je trouve que ça me ressemble. J’aime ça, je suis satisfaite.»

Contes originaux, Frères Grimm
Raconte-nous une anecdote

Sans attendre, Lydia Képinski nous livre une histoire qui fait réfléchir.

Mon grand-père paternel, [Witold Képinski], il est allé à la guerre. Un peu comme moi, il avait un syndrome d’opposition/ de provocation. Il haïssait ça se faire dire quoi faire. Il était dans son bataillon – dans l’infanterie – et son supérieur, qui avait un cheval, lui a dit : ‘Ah, il faut que je monte sur mon cheval. Met tes mains comme ça, je vais pouvoir monter sur toi pour aller sur mon cheval.’ Et [Witold] a juste dit non. L’autre a ajouté : ‘Non, non, mais c’est un ordre.’ Et là, [Witold] était comme : ‘non’. [Son supérieur] lui a dit : ‘O.K., eh bien, va en prison.’ Ce qui fait que [Witold] est allé dans la prison de l’armée parce qu’il était impétueux, et tout son bataillon est allé à la guerre. Men, il n’y en a pas un criss qui est revenu… S’il avait accepté les ordres – hashtag Pierre Perrault – imagine, je ne serais pas là aujourd’hui. Ça fait que c’est ça.»

Lydia Képinski / Crédit photo: Marion Desjardins

Quel bel endroit pour m’arrêter et vous laisser réfléchir. Après cette anecdote, on a encore parlé de Blaise Pascal, auteur raconté en détail à la chanteuse par son batteur, qui s’est joint à nous. On a parlé de Jean-Jacques Rousseau et encore de l’importance du travail. Après, plus de livres sur la table. Les minutes s’étaient envolées presque trop vite. Pour en apprendre plus sur Lydia Képinski, artiste cultivée qui s’est visiblement investie dans la réalisation de son art, il ne vous reste plus qu’à aller la voir de vos propres yeux (et l’entendre de vos propres oreilles)! Elle sera d’ailleurs à Québec le 7 mars prochain au Théâtre Petit-Champlain, en première partie de Dimoné.

 

 

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Merci à Tatiana Picard pour la transcription de l’entrevue.

 

[ENTREVUE] Ludovic Alarie

Il y a trois ans, Ludovic Alarie présentait un bouquet de chansons fragiles et magnifiques sur son premier album éponyme. Ses compositions baignent dans un folk riche mélodiquement et teinté par de brillantes collaborations avec entre autres Adèle Trottier-Rivard et Warren Spicer qui officie habituellement au sein de Plants & Animals. Alarie récidive avec L’appartement, son deuxième album solo enregistré par le même trio, mais de façon différente. Nous en avons donc profité pour discuter avec le principal intéressé du processus créatif entourant cette nouvelle parution.

Une approche nouvelle

Ludovic mentionne d’emblée qu’il s’est présenté à la session d’enregistrement avec des progressions d’accords qui lui permettraient d’improviser en studio avec les musiciens. « Souvent on a gardé la première « take »; quand je crée quelque chose, je trouve que la première fois que tu le joues reste la plus unique et souvent la meilleure. » C’est avec Adèle et Warren que Ludovic peaufine les arrangements; les deux sont donc très présents sur l’album. « Il y a toujours deux guitares sur les pièces, l’une c’est moi, l’autre c’est Warren. On a pas mal les mêmes goûts et les mêmes références. On n’a pas besoin de trop en parler, quand on joue ça vient naturellement. » Une place beaucoup plus importante a été laissée aux claviers et c’est lors des sessions initiales que ces textures construites autour d’échantillons vocaux ont été trouvées. Puisque les pièces ont été bâties sur des improvisations instrumentales, on retrouve beaucoup de passages sans paroles sur la version finale du disque, dont 3 courtes pièces entièrement instrumentales.

Un peu de lumière

Lorsque je lui fais remarquer que le début de l’album est plus lumineux que ce à quoi il nous avait habitués, il poursuit: « Les trois premières pièces n’étaient pas supposées être sur l’album. On les a montées entièrement en studio. C’est un peu un hasard [ce côté plus lumineux]. Ce sont de belles surprises qui peuvent arriver en studio. »

À l’image de la pièce Mon Tendre sur le premier album, Sang-Froid se retrouve dans deux incarnations différentes sur l’album. « Je trouvais que la version avec le band était trop rapide, j’ai donc refait une autre version que je trouvais finalement trop lente. Comme les deux versions sont différentes, j’ai décidé de mettre les deux. Ça faisait aussi un petit clin d’oeil au premier disque. »

L’album a donc été enregistré sur 3-4 jours avec la participation de musiciens supplémentaires, dont le bassiste Mishka Stein (Patrick Watson) et le batteur Matthew Woodley (Plants & Animals). Après ces sessions d’enregistrement, Ludovic a passé environ 3 mois à ajouter des paroles et à enrichir les pièces en ajoutant des « overdubs ». On pourrait croire qu’il est quelque peu angoissant de n’avoir que quelques jours pour créer un album, mais Ludovic se montre plutôt zen: « Le fait que je sois avec des musiciens que j’adore et que j’admire facilite beaucoup cet aspect ».

 Questionnaire musical en vrac:

Quelle est ta façon favorite d’écouter de la musique?

Quand je m’endors.

Quelle serait la chanson parfaite pour un roadtrip?

 Attends, il y en a plein… Jim Cain de Bill Callahan.

Quel est ton disque favori de 2016?

 Le meilleur disque de 2016 c’est David Bowie, mais l’artiste que j’ai le plus écouté en 2016 c’est Sun Kil Moon. J’aime beaucoup les artistes où tu peux choisir quelle période tu veux écouter et ensuite écouter un album plus ancien et retrouver ce que tu aimes de l’artiste malgré l’évolution.

Si tu pouvais choisir un artiste qui sortirait un album en 2017 quel serait-il?

 Je sais que Sun Kil Moon sort un album double bientôt, j’ai très hâte. Sinon il y a Bill Callahan qui serait dû pour un album.

As-tu des goûts musicaux que tu assumes moins?

 Non, j’écoute beaucoup de R&B et de Hip-Hop dans les dernières années, mais ce n’est pas quelque chose que j’assume moins… C’est juste différent de ma musique.

Te rappelles-tu du premier concert marquant que tu as vu dans ta vie?

 Oui, c’était Malajube au Club Soda. J’avais vu The Police la veille au Centre Bell. Le lendemain c’était le show de Malajube et j’en revenais pas comment j’étais proche de la scène. Ça m’avait marqué l’énergie dans une petite salle.

Si tu pouvais revenir en arrière et vivre n’importe quel show dans l’histoire, qu’est-ce que tu choisirais?

C’est quoi le show que j’aimerais voir? Attends, il faut que j’y pense 2 secondes… [longue hésitation] Je sais vraiment pas… sûrement un show de Neil Young dans les années 70. Il y a le live at Massey Hall qui est vraiment bon, il est seul avec sa guit acoustique.

Ludovic Alarie, L’appartement sort aujourd’hui, le 27 janvier, sur Coyote records.

[ENTREVUE] Laugh Away The Sun, un album long pour Harfang

De gauche à droite: Alexis Taillon-Pellerin, Mathieu Rompré, Samuel Wagner, David Boulet Tremblay / Crédit Photo: Nicolas Padovani

Avec ses deux premiers EP parus en 2014 (Harfang EP) et en 2015 (Flood), Harfang était un groupe qui se laissait gentiment classer dans la catégorie indie-folk-rock. L’album long Laugh Away The Sun, qui sera lancé à Québec le 26 janvier prochain, présente pour sa part un style beaucoup plus éclaté en accordant une place à des saveurs électro et pop. À l’occasion de la sortie de cet opus, nous avons rencontré quatre membres du groupe: Samuel Wagner (voix, etc.), Alexis Taillon-Pellerin (basse, etc.), Mathieu Rompré (batterie) et David Boulet Tremblay (guitare électrique). Il ne manquait qu’Antoine Angers (guitare acoustique, etc.). Ce fut l’occasion de parler de Laugh Away The Sun, du processus de création derrière ses pièces, mais aussi de faire ressortir les enjeux auxquels un groupe émergeant peut être confronté lors de la réalisation d’un album entièrement autoproduit. Entrevue avec un groupe local qu’on suit – et qu’on a aimé suivre – depuis ses débuts.

Une nouvelle étape pour Harfang

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

«On a toujours voulu faire un album», avoue Samuel. Or, la réalité actuelle dans le milieu de l’industrie de la musique est telle que, bien souvent, il faut d’abord passer par la réalisation d’un maxi : «Maintenant les groupes sont souvent autoproduits, et faire un EP ça coûte vraiment moins cher, c’est vraiment moins long pis tu te plantes moins. Ça te permet aussi de faire les choses toi-même», explique Alexis.

Presque deux ans après le lancement de Flood et suite à leur apparition au FEQ en 2015 et en 2016, Harfang a gagné en expérience ainsi qu’en visibilité. «On a fait nos dents», énonce David. Pour les membres du groupe, Laugh Away The Sun était donc la suite logique de leur parcours. «L’album, c’est vraiment le début de quelque chose de plus sérieux. Ce n’est pas que nos autres albums n’étaient pas sérieux, mais là c’est une nouvelle étape pour nous», ajoute Alexis.

Faire un album : un parcours difficile mais enrichissant

Selon les membres de Harfang, le processus de création de Laugh Away The Sun s’est étalé sur plus d’un an : «C’est tout ce qu’on a fait de 2016, à part quatre gros shows … et même de la fin de 2015», raconte Mathieu. Pour le groupe, cela aura été somme toute une année difficile pour plusieurs raisons. «On en parle de même ouvertement, mais c’était rough», avoue Alexis, qui concède aussi que le groupe a failli se séparer.

Tout d’abord, la pression de réaliser un album de A à Z dans un délai prescrit pesait chacun des membres, comme l’explique David : «Ce n’est pas la pression que les gens attendent quelque chose, mais la pression que nous on se met, et la pression de réussir dans le deadline qu’on s’est donné, explique-t-il. Quand on s’est tous dit ‘ok, on commence le processus de faire un album’, [Alexis] et Antoine parlaient déjà d’un échéancier. On savait déjà à quelle date il faudrait idéalement le sortir pour le plan communication, le booking et tout ce côté-là. On savait combien de temps on aurait, et combien de temps on passerait dans chaque période de création : la compo, la préprod, l’enregistrement. C’est plus ce côté-là qui a été difficile, plus que le fait qu’il y ait des gens qui attendent un résultat», raconte David.

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

«On se rendait compte à la fin du processus qu’il y avait des affaires qui ne marchaient pas, ajoute Samuel. Et il fallait que ça marche ! Mais on n’avait pas le choix d’avoir un deadline», concède-t-il. Pourquoi se mettre autant de pression pour rentrer dans les temps, pouvait-on se demander. Alexis anticipe la question : «On voulait sortir cet album-là [dans les délais qu’on s’était donnés] parce que, dans notre situation – 100% indépendants et autoproduits – on ne peut pas se permettre un moment où il ne se passe plus rien. C’est sûr qu’il y a des périodes creuses, ça fait partie de tous les métiers de création : à un moment donné tu n’as pas le choix de t’isoler pis de faire tes choses. Mais dans notre cas, c’est que la remontée après, si elle se fait trop tard, eh bien c’est nous qui allons la subir et on le sait déjà», explique-t-il. Il avoue cependant de pair avec les autres membres que, malgré ces difficultés, ce parcours prend son sens dans sa réalisation : «Ça devient quasiment une drogue de sortir un album, c’est tellement trippant de présenter ce contenu-là qui est notre plus gros projet à tous les cinq.»

Des thèmes sombres et lumineux

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

Selon Samuel Wagner, le thème majeur de Laugh Away The Sun serait d’ailleurs celui de la dépendance : «C’est le thème qui ressort dans l’album et j’ai l’impression que c’est comme notre amour pour la musique…On est dépendants à la musique, mais c’est difficile et ça peut nous mettre dans le trou financièrement. Mais on n’a pas le choix», avoue-t-il. Dans les pièces à proprement parler, le thème prend des formes changeantes, comme le souligne le chanteur : «Il est exploité tout le long de l’album de façon différente, de façon plus ou moins subtile. Ce n’est pas spécifique à quelque chose : ce n’est pas la dépendance à la drogue ou à l’amour… C’est un peu tout ça en même temps. C’est le fait de ne pas avoir le contrôle de soi-même, de ses démons. De ne pas savoir comment les contrôler et d’être complètement démuni par rapport à ça.»

Tout comme les ivresses et les coups durs d’une dépendance, Laugh Away The Sun joue avec la noirceur et la lumière. Le titre, en ce sens, est évocateur : «‘Laugh away’ c’est une expression qui est quand même légère, mais juste parce qu’on parle du Soleil et de la lumière dans son idée, ça devient lourd. C’est comme un contraste», explique David. «Faire disparaître le Soleil, c’est une image qui exprime une entrée dans quelque chose de plus sombre», énonce Alexis.

 

Ainsi, aux côtés de pièces chargées d’intensité comme Pleasure, l’aspect lumineux de l’album – qu’on retrouve notamment sur des pièces comme Fly Away ou Wandering – prend une teinte particulière : «C’est une naïveté qui, pour nous, quand on l’a écrit, cachait quelque chose encore une fois, explique le bassiste. Il n’y a pas un texte [sur l’album] qui est fondamentalement joyeux. Même Lighthouse, qui a un texte d’espoir.», ajoute-t-il.

 

Le processus de création : trois lieux, trois périodes

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

«Il y a quand même trois phases qui se sont opérées dans la création de l’album et on peut les cibler selon l’endroit où on était, raconte Alexis. La première phase remonte à longtemps, c’était dans le sous-sol chez mes parents.» C’est dans cet espace assez restreint qu’auraient été composées Stockholm et Lighthouse. «Et après ça on est arrivés à l’île d’Orléans, poursuit le bassiste. Il y a une autre vibe qui est rentrée – faut dire aussi que c’était l’été – on a fait les bases de Truth, de Fly Away et de [Pleasure]. […] La troisième phase c’est au Pantoum. C’est là qu’on a fini Truth, Pleasure et qu’on a fait Kneel», conclut-il.

Certaines pièces, comme Stockholm, furent le résultat de jams en groupe. D’autres, comme Pleasure, ont une histoire un peu plus anecdotique. «Pleasure moi je me souviens très bien comment ça s’est fait ! Je pense que ça a coloré la tune», s’exprime Samuel. Le groupe travaillait alors dans une grange à l’île d’Orléans, à l’endroit même où on les avait rencontrés pour notre entrevue en juillet 2015. «Ce soir-là, je pense qu’on était tous écœurés, on ne savait plus ce qu’on faisait», poursuit le chanteur. «Il fallait qu’on compose du nouveau stock, on s’était dit qu’on voulait 10 tunes et on en avait comme trois ou quatre de composées, et ça faisait comme trois jams qu’il ne se passait rien», ajoute Mathieu. «Et là j’ai commencé à gosser sur une pédale d’effet, pis je me suis dit ‘bon, c’est la seule affaire qu’on peut faire, sinon on s’en va toute chez nous pis c’est plate’», explique Samuel. «En même temps, nous de notre bord, on travaillait une ligne d’accord», complète Alexis, ce sur quoi David ajoute en riant : «On travaillait sur une tune que tu voulais pas faire !», en s’adressant à Samuel. Alexis reprend : «On travaillait une ligne d’accord, pis Sam travaillait un truc plus dans l’effet et dans le vocal, et finalement, chemin faisant, les trucs se sont mergés.», conclut Alexis.

Selon les membres du groupe, l’histoire de la composition de Pleasure se révèle dans sa musique. «Pleasure il y a quelque chose de violent, il y a beaucoup de détresse là-dedans, et aussi un genre de défoulement. Il y a de l’entêtement dans cette tune-là» explique Samuel. «Et ça ouvre à la fin, comme si on avait réalisé qu’on avait une tune!», s’exclame David.

Laugh Away The Sun : rupture ou continuité ?

Le résultat de l’ensemble du processus de création peut frapper, notamment parce que les nouvelles pièces se distinguent des autres compositions de Harfang. Le simple Stockholm, paru le 13 décembre dernier, laissait même présager un tournant assez radical. «On voulait choquer un peu les gens, honnêtement !», avoue le chanteur. «Avec Stockholm on n’y a pas été avec le dos de la cuillère ! Le changement est plus modéré sur l’ensemble de l’album », poursuit-il. En effet, comme l’explique Mathieu Rompré, cette pièce est selon eux «la plus pop de l’album». Flatline, un autre titre paru en mai 2015, montrait d’ailleurs qu’une certaine continuité serait conservée malgré tout.

 

«On faisait un peu la suite de Flood avec Flatline ; c’est une chanson qui est vraiment dans la même vibe, raconte Alexis. Quand on a sorti Stockholm, c’était plus dans la volonté de, disons, faire une rupture avec Flood et de surprendre les gens qui nous connaissent. On présentait en quelque sorte notre direction artistique pour Laugh Away The Sun [avec ces deux simples]».

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

Rupture et continuité, un autre contraste qui semble donc être exploité dans le style musical de Laugh Away The Sun, comme l’explique Mathieu Rompré : «Il y a des tunes quand même vraiment pop et il y en a d’autres qui sont plus pour les mélomanes crinqués qui veulent écouter de la musique un peu plus compliquée et avec plus de couches», décrit le batteur. En un sens, c’est comme si après Flood le groupe avait voulu explorer les deux extrêmes qu’il cherchait alors à concilier. Dans leur dernier maxi, le groupe avait effectivement simplifié à leur maximum des noyaux musicaux afin de les rendre notamment plus accessibles à l’écoute. Dans Laugh Away The Sun, la dichotomie des pièces a permis au groupe d’exploiter une esthétique plus complexe et chargée, comme l’exprime David : «Les deux premiers [maxis], c’était vraiment cinq personnes qui jouent chacun sa partie. On voulait avoir plus de couches, un arrangement un peu plus étoffé que juste entendre cinq instruments [pour l’album].»

Une réalisation qui concilie acoustique et numérique

Le secret du groupe pour faire tenir ensemble l’indie-folk-rock, l’électro et le pop réside dans leur travail de réalisation de l’album : «Une ligne directrice au niveau de la réalisation, ça a vraiment été de mélanger une esthétique acoustique folk avec parfois une esthétique plus rock, mais aussi de faire un contraste avec des sons, des sonorités vraiment numériques. Il y a des effets qui sont purement numériques sur l’album et on ne s’en cache pas», explique Samuel Wagner, qui a beaucoup travaillé à la réalisation de l’album. Selon lui, le numérique pouvait être utilisé comme un instrument pour ajouter des couleurs aux pièces. «On trouve que le numérique peut de façon artistique amener énormément à des tunes en contrôlant des glitch sonores, ce qui a été fait», complète Alexis. «Il y a des bug sur l’album qui sont littéralement contrôlés, ajoute Samuel. Ça peut me prendre une heure programmer des faux bug.» Au final, ce traitement au numérique a permis de donner aux pièces leur unité : «C’est la colle entre toutes les tunes finalement. Qu’elles soient folk, qu’elles soient plus rock ou qu’elles soient plus électroniques, elles ont toutes cette esthétique-là du numérique qui semble ne plus être contrôlée, mais qui l’est en fait», confirme Samuel.

 

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

Le numérique a aussi été utilisé par le groupe dans le but d’ajouter les couches et la complexité désirées à leur musique : «Musicalement ce n’est pas plus complexe, confirme Samuel. Mais au niveau des textures, au niveau de l’assemblage, ce l’est». Leur volonté était de dépasser les simples lignes musicales jouées chacune par un musicien et identifiables : «Quand t’as peu de pistes et que t’entends cinq musiciens, t’entends cinq lignes. Dans cet album-là, t’entends beaucoup de choses», explique Alexis. «Moi je le voyais un peu comme du collage, ajoute Samuel. On a mis des trucs qui sortent du band, littéralement, et même des fois qui sortent de la tune en quelque sorte.»

Laugh Away The Sun en spectacle : «plus rock que folk»

L’ensemble du traitement numérique et l’idée des glitch sonores seront récupérés dans les performances, aux dires des musiciens qui préparaient leur spectacle lorsqu’on les a rencontrés. «Ça va être exploité dans le show, confirme Samuel. C’est ça qu’on essaye de travailler en ce moment. Même à l’éclairage, au niveau de la mise en scène, cette esthétique-là – numérique, qui bug – va être représentée de plusieurs façons.» Par ailleurs, on a déjà eu un aperçu de la façon dont le groupe pouvait allier glitch sonore et visuel par l’entremise du vidéoclip de Stockholm, réalisé par Antoine Bordeleau.

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

Depuis trois ou quatre jours, les membres de Harfang planchaient en effet sur leur spectacle à temps plein. «En fait ça a été un laboratoire de trois journées de huit ou dix heures, avec un break pour dîner et c’est tout», précise Mathieu. Apparemment, les résultats sont concluants : «La plus grosse partie est faite, et j’oserais dire que ça s’est bien passé en définitive. C’est-à-dire qu’on n’a jamais travaillé un show comme on l’a fait dans les trois ou quatre derniers jours», énonce Alexis. Ils ont d’ailleurs fait appel à d’autres collaborateurs pour enrichir le tout : Audrey Anne Hamel a contribué à la mise en scène et Kevin Savard, aux éclairages. Résultat, un spectacle indépendant qui serait «quasiment dans les normes du show-business».

Pour ce qui est du ton du spectacle, le bassiste nous assure en outre qu’on aura droit à quelque chose de «plus proche d’un show rock que d’un show folk» avec «clairement plus d’énergie». «Ça va être dynamique comme show», assure Mathieu pour sa part. «Il va y avoir un rythme aussi auquel les gens ne sont probablement pas habitués de notre part, c’est-à-dire un rythme dans le show, ajoute Alexis. C’est un spectacle

Harfang / Crédit Photo: Nicolas Padovani

À venir : Lancements et spectacles

Le lancement à Québec se fera au Cercle en compagnie De la Reine. Ce spectacle marquera le début d’une tournée commune qui comprend aussi le lancement de Harfang à Montréal le 2 février prochain, au Divan Orange. Enthousiastes, les membres du groupe ont hâte de présenter l’ensemble de leur travail et anticipent un résultat favorable. «Moi je prévois que ça soit notre plus grosse année jusqu’à présent», nous disait Mathieu Rompré. On leur souhaite !

Tournée Harfang / De la Reine

  • JANVIER

26: Québec (Le Cercle)

27: Trois-Rivières (Le Zénob)

28: Gatineau (Le Petit Chicago)

  • FÉVRIER

2: Montréal (Le Divan Orange)

4: St-Casimir (La Taverne)

11: Ste-Anne-des-Monts (Le Malbord)

12: Québec (Showcase RIDEAU)

17: Chicoutimi (Le Sous-Bois)

18: La Malbaie (L’Auberge de jeunesse de la Malbaie)

25: Sherbrooke (La Petite Boîte Noire)

  • MARS

5: St-Hyacinthe

  • AVRIL

8: Baie-Comeau (L’Ouvre-Boîte Culturel)

 

[ENTREVUE] Hollerado + LOS au cercle

Mercredi soir dernier, avant que toute la province gèle sur place (joke de météo), j’ai été voir Hollerado (ottawa) et LOS au cercle (PUNCH LINE, j’ai volé la surprise avec le titre).
Vous savez à quel point j’aime faire des articles ou des entrevues. Probablement pas, en

Hollerado au Cercle 14 décembre 2016
crédit photos: Catherine B photographie

fait, vous devez même pas savoir je suis qui. Mais bon, j’aime pas vraiment ça. Mais des fois, j’ai une bulle au cerveau ou quelqu’un d’autre en a une (merci Jean-Daniel), pis je suis assez folle pour la pousser jusqu’au bout. Merci à Jacques qui nous laisse faire à peu près ce qu’on veut.

Anyways…. pour en venir au fait, j’ai rencontré Menno, chanteur d’Hollerado, et Ken de Los, pour une entrevue vidéo SUPER PERTINENTE (et de qualité visuelle assez médiocre). Ben sec, pas de présentation et un accent aussi bon que la qualité visuelle.

J’ai aussi fais ce que je sais le mieux faire, prendre des photos du spectacle, que vous pouvez voir juste en bas. Accessoirement, c’était vraiment une belle soirée, on s’éclate avec Hollerado.

[ENTREVUE] Michel-Olivier Gasse de Saratoga

Chantal Archambault et Michel-Olivier Gasse du duo Saratoga présenteront un spectacle au Théâtre du Petit Champlain ce samedi, le 17 décembre prochain, dans le cadre de la tournée de l’album Fleur qui est paru sur les tablettes de votre disquaire préféré au mois d’octobre passé. Cet automne, j’ai eu l’occasion de réaliser une entrevue avec le bassiste dans laquelle nous avons creusé plusieurs sujets en lien avec la création de l’album. Nous avons notamment discuté des thèmes qui y sont abordés, du processus d’enregistrement, des spectacles à venir et inévitablement, nous avons parlé de musique. Très généreux et définitivement mélomane, Gasse s’est livré aux questions avec une sincérité authentique qui fait du bien.

L’écriture de l’album

Saratoga – Photo : Jacques Boivin

La conception de Fleur, premier album entièrement écrit par les deux musiciens, a été de courte durée. La période d’écriture s’est d’ailleurs échelonnée sur quelques mois seulement, au début de l’année, le couple profitant alors d’une accalmie pour se cloîtrer dans leur nouvelle maison de campagne et travailler les textes : « On a découvert, au fur et à mesure, notre dynamique d’écriture à deux. Ça reste quelque chose qu’on était pas au courant. On a appris à travailler en équipe en écrivant les tounes de cet album là ». Gasse avoue que le duo a réellement atteint son groove après que la troisième chanson ait été composée. Ayant réussi à prendre leur air d’aller, chacun a trouvé la place qui lui revenait dans le processus de création : « Chantal c’est une créative dans tous les aspects de sa vie, elle crée sans arrêt. Moi, je suis pas mal plus relaxe sur ce côté là. J’suis bon pour retravailler les trucs, les peaufiner, les amener ailleurs. Fait que Chantale a souvent été la créatrice des mélodies et des thématiques. Après ça, on finissait par sabler et vernir les chansons à deux ». Or, l’impitoyable hiver québécois étant ce qu’il est, les deux musiciens ont ressenti le besoin de s’évader pour pallier leur incapacité à pondre de nouveaux textes : « Une fois, c’est arrivé qu’après souper on s’est assis pour écrire et ça marchait pas du tout. Chantal a dit  »On va-tu dans l’Sud? » Je lui ai dit  »Ok! » ».

Le couple a ainsi pris l’avion en direction de la République Dominicaine pour écrire les fenêtres ouvertes, comme le dit Gasse. C’est d’ailleurs dans ce décor tropical que la chanson titre de l’album a été créée : « Il y a quand même trois tounes qui sont nées de ce voyage là dont Fleur qui nous est tombé du ciel dans sa forme actuelle. Tsé quand tu dis que des fois, tu travailles tes affaires pis des fois t’es juste le médium, que tu fais juste amener quelque chose qui existe déjà et qui passe par toi seulement? Ben c’est le cas avec Fleur. Elle est arrivée de nulle part ». Par ailleurs, Fleur engloberait en elle-même le message derrière l’album, celui de prendre le temps de revenir à l’essentiel.

Les thèmes 

Saratoga – Photo : LePetitRusse

À l’image des deux musiciens de Saratoga, les thèmes exposés dans l’album sont imprégnés d’une authenticité incontestable: « On ne voulait pas faire un album cute. On ne voulait pas écoeurer le monde avec notre bonheur. C’est quand même fucking dull d’écouter des tounes qui parlent des gens qui sont heureux tout le temps », affirme candidement le bassiste. « On s’est mis à regarder autour de nous et on s’est dit qu’on ne se ferait pas à croire que ça va bien dans l’monde! C’est de la marde de bord en bord; la planète tombe en ruines et les gens évoluent le cou penché tellement ils regardent leurs cellulaires ». C’est donc sous les angles collectif et personnel que les musiciens ont voulu aborder le sujet des imperfections du monde moderne, notamment du culte de l’apparence, de la facilité,  de la consommation rapide, de la culture du jetable et du rythme trépidant de nos vies. « C’est rendu que les appareils ménagers sont jetables, mais tes relations aussi sont jetables au final! Si toi, à la base, tu te cultives pas comme personne, que tu te groundes pas comme du monde, ce qui se passe autour de toi sera toujours éphémère et tu vas toujours patauger dans le vide », affirme Gasse. Le ralentis l’allure cité dans la chanson Fleur, qui est d’ailleurs devenu un hashtag sur Instagramest au centre du message que le duo veut communiquer à son auditoire; capter les moments importants et vrais, regarder le ciel plutôt que le cellulaire, essayer d’être une meilleure personne dans le quotidien et retourner à l’essentiel.

L’enregistrement

Saratoga – Photo : Jacques Boivin

Du fait que Saratoga s’adonne à une musique pleine de sensibilité et de délicatesse, l’enregistrement de l’album a présenté quelques défis techniques: « Les musiques de l’album ont été enregistrées à Montréal. C’est un studio situé au coin de la rue Bellechasse et de Saint-Laurent. C’est terriblement passant! Quand t’es un band de rock c’est pas un problème, mais nous autres, comme notre tech le disait, on joue avec le poil des yeux », raconte Gasse. Les micros étaient d’ailleurs réglés au plus fort pour capter la musique que le duo jouait avec douceur. Par conséquent, les bruits ambiants de la métropole empêchaient parfois l’enregistrement des chansons et imposaient un temps d’arrêt. Quant aux voix, elles ont été enregistrées dans leur maison, à la campagne. Or, encore fallait-il attendre la tombée de la nuit car les ronflements des moteurs des motos s’assuraient de se faire entendre: « Il fallait qu’on attende que les motos et les oiseaux se soient calmés un peu, parce que ça pissait dans les micros. Fait qu’on attendait d’avoir le silence radio dans le village et on a chanté ça, dans la nuit, dans le noir avec plein de couvertes de laine installées partout dans notre cave de béton », exprime Gasse.

Bourque, qui était à sa première expérience derrière la console à titre de réalisateur, a également composé les magnifiques arrangements qui enrichissent les mélodies. Gasse raconte que « Guillaume est parti dans un trip d’arrangements. Au début, on savait pas trop où s’enligner. On savait qu’on voulait habiller un peu l’affaire, parce que tant qu’à jouer la même formule qu’on présente en show et à la quantité de shows qu’on fait, on s’est dit que ça vaut pas la peine de faire un album vraiment juste à deux ». C’est ainsi qu’avant d’entrer en studio, Bourque aurait signalé au couple l’idée d’ajouter le son de la clarinette basse qu’il avait entendu dans une des lignes de basse que Gasse avait composée. À partir de ce moment, le duo s’est transformé en trio, la formule de prédilection de Michel-Olivier : « Cette formule là de trio avant, c’est une de mes formules préférées dans toutes les options que la musique classique peut offrir, de par la douceur des timbres. C’est tellement boisé et chaleureux ». Rapidement, Bourque a su livrer des arrangements qui ont conquis les musiciens impliqués et qui ont arraché des larmes.

Le spectacle

Saratoga – Photo: Jacques Boivin

J’ai demandé à mon interlocuteur de m’expliquer comment il projetait de jouer les pièces plus étoffées de l’album en concert. Comptait-il ajouter un musicien qui les suivrait en tournée? Ou allait-il préconiser la formule duo? « C’est un peu tough de traîner un trio classique pour cinq tounes », raconte Gasse. « L’idée c’est vraiment de rester tous les deux. Les tounes existaient avant d’avoir les arrangements. Au fond, le projet était aussi d’avoir des arrangements qui ne prennent pas la place de la chanson, c’est-à-dire que les chansons ne reposent pas sur ces arrangements là ». Selon lui, l’album est une chose, le spectacle en est une autre. Il faut cependant viser à créer une cohérence entre les deux, ce que Saratoga a réussi à faire. « Ça sera pas long qu’on va habiter nos tounes et qu’on va les livrer comme du monde. Il faudrait vraiment être de mauvaise foi pour penser qu’il manque quelque chose en spectacle », affirme l’artiste.

La proximité avec le public et l’ambiance intimiste qui s’installent dans la salle sont le propre des spectacles de Saratoga. Le bassiste dit prendre son pied dans cette atmosphère de recueillement et d’apaisement que le couple aime instaurer. Selon lui, elle serait en partie causée par l’utilisation de micro condensateur qui oblige les chanteurs de se placer à un pied du micro. L’espace permet à l’air de circuler et de laisser au silence le temps de prendre sa place. « On a cette chance de jouer dans des contextes où les gens comprennent ben assez vite qu’il faut que tu te fermes la yeule, sinon c’est toi qui a l’air cave. Les gens au Québec comprennent ça et on peut s’adresser à eux sur un ton pas fort ». De plus, la complicité des deux amoureux sur scène contribue sans doute à l’esprit chaleureux, presque familial, qui nous charme chaque fois : « C’est très facile sur scène parce que Chantal et moi, on se connaît beaucoup. Même si on est tellement différent à la base, comme personnes, au final on se rend compte qu’on se complète et qu’on fait une équipe du tonnerre dans la vie comme au hockey », confie Gasse. Il ajoute que « comme il ne se passe rien d’autre sur la scène que nous deux, un coup d’oeil entre nous ne passera pas inaperçu. Les gens voient qu’on se regarde pour vrai. Ça reste dans les petits gestes, dans les petites attentions que le monde voit que c’est vrai, pis que ça prend pas grand chose pour être amoureux. Notre projet, le spectacle, nos chansons sont profondément nous autres. On en met pas un chapeau de Saratoga avant d’entrer en scène ».

Questionnaire musical

Michel-Olivier Gasse est un mélomane. Si vous ne me croyez pas, allez jeter un coup d’oeil sur son compte Instagram. Il s’est donc prêté au questionnaire avec beaucoup d’enthousiasme, ce qui a donné de belles réponses bien touffues.

Vinyles, CD ou Streaming?

« Ah! Vinyle. Vinyle. Vinyle! On sera pas bref là! Tu me poses des questions de musique – on sera pas bref! J’ai toujours une relation privilégiée et très profonde avec le médium qui me permet d’écouter de la musique et j’en ai rarement eu deux en même temps. J’ai été à fond dans les cassettes, osti, je me suis donné dans les cassettes! Elles étaient super bien classées, je remplissais les lousses sur les cassettes avec des tounes que j’aimais. Je faisais des demandes spéciales à la radio pour entendre les tounes que je voulais mettre sur les cassettes. Tsé, je suis allé loin là-dedans… Quand il y a eu la révolution des CD, je me suis lancé dans les CD. J’ai été disquaire fait que j’en ai eu une osti de chiée, en plus que j’en ai tout le temps achetés comme un mongol. Après ça est arrivé l’ordinateur pis iTunes, mais j’ai pas tant downloadé de musique dans ma vie, ça ne m’intéressait pas vraiment. Mais j’ai trippé à mettre ma collection de CD dans ma bibliothèque iTunes et pendant quelques années, j’ai écouté de la musique sur un random perpétuel. D’entendre les chansons dans un autre ordre, ça m’a fait découvrir un peu la musique que j’ai achetée au fil du temps. Au travers de ça, il y a plusieurs années, le vinyle est arrivé. Je te dirais que mon premier radio (sic) était une table tournante, parce que j’avais un oncle qui a travaillé à la radio toute sa vie, fait qu’il avait des milliers de vinyles. Je lui en empruntais tout le temps et ça commencé comme ça. Fait que ça fait plusieurs années que je suis là-dedans, mais là je suis exclusivement vinyles parce que c’est autant un statement qu’une question de goût. Je me suis remis à écouter des albums. J’ai lâché mon random éternel pour écouter des albums pis prendre le temps, surtout dans une époque où c’est le single qui prime. On se tue quand même pour faire des albums cohérents d’un boutte à l’autre! Il faut que tu prennes le temps, il faut que tu restes pas loin. Si je reçois du monde chez nous, prendre le temps de choisir la musique et aller changer le bord fait autant partie de toute l’affaire. Ben souvent, c’est une façon de te sauver d’une discussion dull! C’est l’idée de la manipulation aussi! J’aime bien l’idée d’avoir quelque chose de concret dans les mains. La pochette du vinyle te permet aussi d’exploiter l’approche visuelle et justement de faire appel à un artiste visuel. Avec le vinyle, on peut faire de quoi de beau et de grand. Encore là, c’est l’idée de prendre le temps de faire attention à ta musique. Je me rends compte au final que je n’écoute pas tant de musique à l’extérieur de chez moi. Je pars jamais prendre des marches avec des écouteurs. Dans le char, j’écoute la radio parce que c’est mon moyen principal de rester informé. On a fait des milliers de kilomètres en tournée sans écouter de musique, pendant que ma blonde tricote pis que moi je baisse la fenêtre et j’entends juste le vent. C’est ben en masse. Vraiment, j’écoute la musique à la maison, sur le support vinyle uniquement ».

Nomme-moi tes trois albums cultes.

« Ayoye! C’est tough en osti! J’ai envie d’y aller selon les albums fondateurs. Je vais avoir l’air chiant de parler de Paris tout le temps, mais j’ai trouvé Odelay de Beck la semaine passée. J’ai réalisé à quel point cet album là était vraiment fondateur. C’est le moment où l’album arrive dans ta vie aussi… Un album arrive d’un coup il va ouvrir tous tes horizons pis te montrer que ces choses-là se peuvent. Odelay a fait ça, terriblement. Quand l’album est arrivé en 1996, j’avais entendu Loser pis ça m’énervait. Mais quand j’ai écouté l’album, je venais vraiment de pogner de quoi. Je suis devenu quelqu’un d’autre. J’appliquerais le même traitement au premier album de Fred Fortin (1996 :Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron). C’est quelqu’un qui est arrivé dans un moment assez terrible au Québec. Il y avait rien qui existait de cool, de jeune, de trippant, de challengeant dans se temps-là. Fait que nous autres dans la gang à Vallières dans le temps, quand on commençait à faire de la musique, Fred Fortin nous a donné une méchante volée. Mon Dieu! Le troisième… Je vais dire Exile on Main St. des Stones. Je suis un grand fan des Stones. Cet album là est dans les premiers albums doubles. Il est interminable. Il est excellent d’un bout à l’autre et il n’y a aucun hit dessus! C’est l’album de Keith Richards, enregistré dans des conditions terriblement difficiles parce que tout le monde était sur l’héro pis tout a déboulé à partir du moment où même les techniciens en faisaient.  Cet album là j’y reviens, même s’il sonne comme de la marde. Il est tellement rock, tellement croquant, tellement vibrant que je ne me tanne pas ».

Qu’est-ce que tu écoutes quand t’es dans le mood for love?

« Dans le mood for love? J’écoute pas de musique, j’embrasse ma blonde! Dans le mood for love… Ben je te dirais Al Green ça reste un grand favori d’approche sensuelle et de swag. Fuck Barry White! Le band d’Al Green est reconnaissable de bord en bord. Il y a trois frères dans le band. C’était l’époque où il y avait des House Band dans les compagnies de disque. Le drummer me fait vibrer autant qu’Al Green lui-même. Fait que, ouais, Al Green.

As-tu déjà pleuré à l’écoute d’une chanson?

« C’est On veillera le feu, la dernière toune du dernier Ep de ma femme, qui parle de la maladie de son père. Tu comprendras que le lien est assez direct. Je l’ai pas braillée juste une fois. D’habitude, ça kicke quand elle dit  »je sais qu’il ne suffit pas de mes mains près de ton cœur’’ »

Qu’est-ce que tu aimerais qu’on joue à ton enterrement?

« Qu’est-ce que j’aimerais qu’on joue à mon enterrement… Osti! J’aimerais qu’on joue de la musique de la Nouvelle-Orléans. Si je pouvais avoir une fanfare à mon enterrement, ce serait débile! On est allé deux fois en Nouvelle-Orléans et la première fois qu’on y est allé on a entendu une fanfare arriver au loin. On voit ça approcher et on se dit que c’est un mariage. Ça avance pis ça groove, c’est terrible! Deux jours après, on entend encore une fanfare et on se dit « tiens! Encore un mariage! » Mais là, le monde est habillé en noir et porte un T-Shirt de la face de leur ami, mais c’est la même joie qui ressort! Il y a un slogan qui vient de la Nouvelle-Orléans qui dit We put the fun in funerals. Fait que ça reste une célébration. Fêtez-moi en trippant, saoulez-vous câlisse! Soyez tristes que je ne sois pas là – parce que j’aurais aimé ça être là – mais trouvez moyen de vous faire du fun dans tout  ça».

[ENTREVUE] Foreign Diplomats de passage à l’Anti bar de Québec ce mercredi

Foreign Diplomats est un groupe indie rock composé de cinq gars originaires des Laurentides dont le succès est en grande progression.

Apparut en octobre 2015, Princesse Flash est leur premier album qu’ils ont joué dans les différentes salles de spectacle du Québec et à Toronto. Ayant maintenant un contrat avec Indica ils ont eu la chance de faire la première partie d’Half Moon Run devant une foule de 10 000 personnes lors du dernier Festival d’Été de Québec (FEQ), ainsi que de participer au Festival Osheaga à Montréal. Ils sont maintenant de retour le mercredi 16 novembre prochain à l’Anti bar de Québec suite à une tournée européenne et mexicaine. De ce fait, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Élie Raymond, chanteur et créateur de Foreign Diplomats, afin de parler de leur expérience à l’international et de la montée de leur succès.

Tournée européenne et au Mexique

Entre la France, la Suisse et l’Allemagne Élie a qualifié leur tournée européenne comme un classic tour entre gars dans une vanne ben tassé à se promener d’une ville à une autre, d’hôtel en hôtel. « Ç’a été difficile par moment, car les salles n’étaient pas toujours remplies, mais la réponse des gens nous permettait d’avoir du fun. C’est vraiment un beau trip qu’on a vécu ».

J’avais prévu lui demander si le public à l’international était sensiblement le même qu’au Québec, mais Élie m’a devancé en m’expliquant justement que leur plus grande surprise fut la réponse du public européen, surtout en France, qui est beaucoup plus à l’écoute qu’au Québec. « Je ne sais pas si c’est une question de culture, mais ici au Québec c’est beaucoup plus de party, les gens sont bruyants, on aime parler, on est excité par ce que la musique nous procure. En Europe, les gens écoutent jusqu’à la dernière note, nous laissant parfois perplexes lorsqu’on retourne en backstage. C’est quand on revient qu’on réalise qu’on a bien faite par le biais de leurs applaudissements ».

Les gars ont terminé leur tournée européenne en Allemagne avec Hein Cooper et une salle remplie, ainsi qu’un spectacle sold-out lors du Festival Reeperbahan.  Ils se sont ensuite dirigés vers le Mexique. Là-bas, ils avaient la scène à eux n’ayant pas fait de première partie comme en Europe. Je voulais savoir leur moment fort de leur tournée internationale et j’ai sentie dans la voix d’Élie l’excitation que lui a procurée cette expérience, en voyant bien qu’il n’avait pas encore réalisé le nouveau succès de Foreign Diplomats. « Au Mexique, dès notre premier spectacle au Festival Guanajuato nous avions une foule de 5 000 personnes, dont plusieurs fans nous attendaient à la fin pour des photos et des autographes. On a même signé une guitare ». Suite à ce spectacle, l’interaction avec le public fut la même dans les autres villes prévues, où la foule mexicaine connaissait déjà les paroles de leurs chansons.

J’ai ensuite demandée à Élie ce qui, selon lui, leur a permis de leur faire connaître sur la scène internationale ? Inévitablement, nous sommes dans une ère technologique où la musique est de plus en plus accessible par le biais des réseaux sociaux. « Dès notre annonce, notre page Facebook gagne en popularité. Selon moi, c’est la curiosité des gens qui fréquentent les festivals de musique ».

Il est clair que leur participation au festival Osheaga cet été leur a également assuré une pente montante en performant devant 5 000 personnes. « C’est sûr que ça se met bien dans un CV, on s’en vente, mais nous sommes toujours étonnés d’avoir eu autant de monde qui sont venu nous voir jouer pendant que plein d’autres bons bands de bonne qualité jouaient en même temps sur d’autres scènes du site ».

Inspiration

La musique évolue non seulement dans le temps, mais avec l’apogée de certains groupes qui influencent les nouveaux comme Foreign Diplomats vers une lignée montante. J’ai questionnée Élie à savoir s’il avait eu la chance de rencontrer des musiciens qui inspirent le groupe, comme ils jouent dans des festivals de grande envergure. Il m’a répondu qu’il a côtoyé des artistes de leur niveau, qui vivaient la même expérience, ce qui leur a permis de faire de belles rencontres. « On est encore au stade où l’on va regarder nos idoles en spectacle ». Élie est resté très rationnel dans son idée en évoquant la réalité du milieu artistique en 2016. « Nos idoles sont en train de disparaître, David Bowie, Prince, même Léonard Cohen cette semaine, et ça, ce n’est pas seulement dans le monde de la musique ». Selon lui, ce n’est pas parce qu’on a du succès que l’on va forcément faire partie de la vie de nos inspirations, « pour l’instant on se contente de triper dans leur spectacle », m’a-t-il mentionné.

Nouvel album ?

Ce sont Wolfparade, Radiohead et LCD soundsystem qui inspire les rythmes indies et alternatifs de Foreign Diplomats. « J’écris toujours, nous avons déjà 30 chansons en attente d’enregistrement. Voir du pays m’a beaucoup inspiré également ». Si on reste à l’écoute dans leur spectacle, les gars nous glissent quelques nouveautés. « Une chanson, ça évolue faut l’intégrer pour qu’elle devienne quelque chose de grandiose ». C’est là que j’ai senti que l’enregistrement d’un nouvel album n’est pas dans les priorités du leader de Foreign Diplomats. « J’ai quand même très hâte d’exploiter le nouveau matériel et de laisser les peines d’amour et le côté dark de Princesse Flash. Les prochaines chansons sont très joyeuses avec de gros refrains faciles à apprendre ».

L’identité de Foreign Diplomats s’est définie dans la dernière année. « On est 5 gars qui veulent la même chose au même moment ». Fut un temps oú le band était composé de 9 membres avec les idées de grandeurs d’Élie à l’époque. « C’était plus difficile à gérer. Aujourd’hui, les anciens membres restent mes amis et ont des vocations musicales que je respecte et qui méritent d’être connues ». Élie a fait mention au groupe Aramis, donc son grand ami Simon Charette avec qui il a début Foreign Diplomats, fait maintenant partie en tant que batteur.

Après quelques spectacles au Québec, l’énergie indie pop du band se déplace vers l’Amérique latine, plus précisément pour une tournée de deux semaines en Argentine, au Chili et au Brésil. « On ne sait pas à quoi s’attendre, trois pays en 2 semaines ça va être quelque chose ».

Pour l’instant je vous invite à aller voir un de leur spectacle au Québec avant qu’ils retournent parcourir les grandes villes de ce monde. Le 16 novembre prochaine à l’Anti bar de Québec, le 19 novembre au Cabaret la Basoche à Gatineau et le 17 décembre au Centre des Arts Juilette-Lassonde. Vous pouvez écouter leur album sur bandcamp, ainsi que Spotify.

[ENTREVUE] Rosie Valland de passage à Trois-Rivières

J’ai eu l’opportunité de m’entretenir avec la charmante Rosie Valland qui fait de plus en plus parler d’elle depuis quelque temps. En effet, elle a lancé son premier album Partir avant le 18 septembre 2015, et depuis, elle se promène au Québec pour partager ses douces mélodies. Souvent en première partie d’artistes comme Louis-Jean Cormier, Ariane Moffatt, Alex Nevsky et plus récemment Lisa Leblanc, elle s’arrête en solo le 17 novembre prochain à la salle Louis-Philippe Poisson de la Maison de la culture de Trois-Rivières.

Plusieurs projets meublent également son temps dernièrement, comme c’est le cas de son rôle de porte-parole en compagnie de Philippe Brach pour les 21e Francouvertes de Montréal.  Elle a elle-même fait partie des demi-finales de la 19e édition de ce concours-vitrine qui souvent propulse plusieurs artistes en leur donnant des prix et des opportunités non négligeables pour une carrière musicale. En 2012 elle a également été finaliste au Festival international de la chanson de Granby.

Je lui ai demandé ce qui avait changé chez elle depuis le Festival international de la chanson de Granby, car cela a été un grand tournant dans sa vie de musicienne autodidacte. « Tout a changé. À ce moment-là je sortais de l’école et de faire de la musique mon métier était plus un rêve. Mon univers est également plus défini qu’il y a quatre ans ». En effet, elle sortait tout juste de l’école internationale de la chanson de Granby lorsqu’elle a participé au concours qui lui a confirmé qu’elle était sur la bonne voie.

Nous sommes chanceux d’avoir beaucoup de concours importants pour les jeunes musiciens au Québec. C’est presque rendue un passage obligé de participer à au moins l’un d’eux. Ayant seulement participé à deux, je voulais savoir si Rosie Valland avait songé à s’inscrire à plus de concours. « Je ne voulais pas en faire plus que ceux que j’ai fait. Le Festival international de la chanson de Granby ça a comme été un sceau d’approbation pour moi. Aux Francouvertes, j’ai rencontré les gens de ma boite de gérance et du label pour mon album, donc ça a beaucoup débloqué. J’ai fais les concours que j’avais à faire ». Son rôle de porte-parole de la 21e édition montre également que ce concours est vraiment important, et pas seulement pour les gagnants. « Je représente bien le fait que tous les participants du concours-vitrine importent, car je n’ai même pas fait la finale de la 19e édition ».

Comme elle se retrouve dans plusieurs situations de spectacles différentes en se produisant en première partie d’artistes québécois de styles variés, j’ai voulu en apprendre plus sur le contexte dans lequel elle préfère se produire. « Ça dépend du public, dans un bar ça peut être bien si les gens sont attentifs. Dans une petite salle je peux être dans ma bulle également. Lorsque je chante la pièce Noyer, à cause de ses propos, ça fonctionne bien, les gens ont une belle réceptivité. Pour Olympe aussi c’est un peu la même chose ». En écoutant les pièces de Partir Avant, on se doute qu’avec l’ambiance atmosphérique de ses pièces, on les apprécie beaucoup plus dans une petite salle que dans un festival extérieur ou dans un endroit plus bruyant.

Prochainement, elle accompagnera Lisa Leblanc dans une tournée de spectacles en France pour assurer sa première partie. « Ça sera la première fois que je vais en France. J’ai hâte d’être dans un pays que je ne connais pas avec mon groupe et avec Lisa et le sien ». Elle restera par la suite à Paris pour deux mois, dans le but de s’isoler pour écrire. « J’ai eu une opportunité de logement dans le coin pour février et mars et c’est exactement ce dont j’avais besoin. Je veux m’isoler, provoquer un temps d’écriture sans le dérangement que je pourrais avoir ici ».

Récemment c’était le gala de l’Adisq, mais également la sortie des nominations pour le Gala Alternatif de la Musique Indépendante du Québec (GAMIQ). Après une déception de ne pas avoir vu son nom apparaître dans les nominations de l’ADISQ, elle était heureuse de voir qu’elle avait une reconnaissance ailleurs. « Je me suis aperçue que je ne m’adressais pas nécessairement aux mêmes gens. Je parle à un autre « frame », je réponds à autre chose et c’est aussi bien comme ça ». Rosie Valland est nominée deux fois au GAMIQ pour artiste de l’année et pour album pop de l’année.

Elle est de passage à Trois-Rivières cette semaine à la Maison de culture de Trois-Rivières le jeudi 17 novembre. Elle prépare également le spectacle de fermeture de sa tournée qui se termine prochainement avec l’arrivée des fêtes et sa tournée de spectacle en France.

Voici quelques photos prises par Alex Deschênes lors de la visite de Rosie Valland le 4 novembre dernier pour la tournée des médias.

 

[ENTREVUE] Tous Azimuts : le troisième album ou la question de la scène émergente

Vous avez peut-être récemment entendu parler de Tous Azimuts, un groupe de Québec qui a joué au Show de la Rentrée de l’Université Laval cet automne. Après la sortie de leur deuxième album complet en mai 2015 (Kilomètre Zéro), ils ont fait quelques spectacles à Baie-Saint-Paul, Montréal et Québec. On pourra d’ailleurs les voir au Pantoum ce vendredi 28 octobre.

C’est cependant en studio qu’ils se sont le plus souvent retrouvés au cours de la dernière année, et ce, dans le but d’enregistrer un troisième album à paraître bientôt. Pour l’occasion, on a rencontré Jordane Labrie et Clément Desjardins, deux membres du groupe, pour discuter de l’album et, au passage, de la scène émergente en général. 

Changement de formation

En fait, le prochain disque se trame depuis longtemps : « Durant le processus de Kilomètre Zéro, incluant la promotion et tout ça, on a continué à composer des chansons », explique Clément. Pendant cette période, le groupe a aussi été amené à revoir sa formation : « On s’est retrouvé à ramener [les chansons] à leur plus simple expression, à les jouer moi, Jordane et Hubert à trois, et ça sonnait super bien », ajoute-t-il.

Cette nouvelle formule, qui a tout d’abord été imposée par différentes contraintes, s’est aussi avérée être pour eux l’occasion d’expérimenter de nouvelles avenues musicales, comme le raconte Jordane, la chanteuse du groupe : « Avant on attendait d’être disponible tous les cinq pour pratiquer [les deux guitaristes, la chanteuse, le bassiste et le batteur], mais on a réalisé qu’il y avait beaucoup de force aussi à changer la formation et à jouer avec de nouveaux musiciens. On essaie de rendre ça un peu plus collaboratif. Ça amène les chansons ailleurs et ça amène de nouvelles idées. »

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Tous Azimuts: Clément Desjardins, Jordane Labrie, Hubert Michaud . Crédit photo: Elias Djemil

L’enregistrement

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Tous Azimuts, session d’enregistrement. Crédit photo: Elias Djemil

L’enregistrement du troisième album reflète bien ces deux nouveaux aspects. En effet, ce dernier s’est fait en deux sessions relativement différentes sur le plan instrumental. La première, plus intime, avait selon les musiciens interrogés quelque chose de magique. « C’était en décembre, durant le temps des fêtes, tempête de neige, raconte le guitariste. On a placé un dispositif de studio dans un vieil appartement en bois, on a amené tout le monde, on avait beaucoup de bière… c’était vraiment un moment parfait! Et là on a ouvert les micros, pis ça s’est juste passé », poursuit-il. « On s’était dit : on va prendre trois ou quatre sessions pour enregistrer cinq tunes, et sérieusement, on a fait une soirée et on a tout enregistré », complète Jordane. « Le mojo de ces tracks-là est tellement hot qu’on se dit qu’on ne serait jamais capables de refaire ça si on voulait », explique Clément.

Ils ont pourtant rejoué quelques premières chansons lors de la deuxième session, cette fois en version full band. « La deuxième [session], c’était à la même place, au mois d’avril, explique Clément. On a refait le même setup en espérant recréer la magie, ce qui est quelque chose qui arrive rarement. Ça s’est quand même bien passé », conclut-il. « On a retravaillé sur les premières chansons qu’on a faites, on a ajouté drum et clavier. Pas sur tout, sur certaines », ajoute Jordane. Ils ont aussi complété l’ensemble de leur album en enregistrant les pièces manquantes.

L’album, comme on peut le deviner, est donc presque complet. Le groupe est cependant partagé quant au choix des versions à mettre dessus : « On est un peu hésitant à savoir si c’était meilleur juste le momentum de la première fois ou si la jonction de ces deux moments-là donne quelque chose de plus intéressant, explique en effet Jordane. Et on a des avis un peu divisés là-dessus », poursuit-elle.

Une question professionnelle

Outre ce choix artistique, le groupe est aussi confronté à un choix professionnel à la veille de la parution de leur album : « On s’est demandé si, après avoir fait dix chansons, on devait en ajouter une qui pourrait passer à la radio, parce que le constat qu’on a eu, c’est qu’il n’y en a pas une qui a le potentiel de jouer à la radio dans l’état où elles sont. » C’est un enjeu nouveau pour le groupe, qui a eu depuis longtemps comme objectif de faire de la musique sans même penser à faire de concessions artistiques à l’industrie.

Or, maintenant qu’ils sont plus établis, qu’ils ont un studio et qu’ils sont en un sens autarciques en terme de production d’albums, les membres du groupe ont un avis plus partagé sur la question : « Je me dis que c’est plate d’avoir travaillé autant et d’avoir autant de chansons fortes, qu’il manquerait peut-être une tune un peu plus hit pour qu’on soit connus, explique d’une part Jordane. J’ai l’impression que, des fois, il faut juste une porte d’entrée pour entrer dans un album et apprendre à l’apprécier. Si c’est juste cette tune-là qui nous manque, ça vaut peut-être la peine de plancher dessus pour mettre en valeur les autres. »

D’autre part, Clément a une opinion opposée : « En ce moment, je ne le ferais pas. Je sortirais l’album, j’en ferais un autre, pis fuck them. De toute façon on n’en vend pas plus, de la musique », lance-t-il tout d’abord. Après réflexion, il ajoute ensuite, en parlant des deux sessions d’enregistrement : « On a comme deux moments, deux éphémérides qui sont super complets, et moi, en réécoutant l’album, je trouvais qu’il était prêt. Ça convient bien au thème de l’album aussi, la fragilité du temps qui passe et qui est irrécupérable. »

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Tous Azimuts: local d’enregistrement, dans un bâtiment maintenant détruit. Crédit photo: Elias Djemil

Un problème d’industrie

Clément, qui fréquente depuis longtemps la scène québécoise, se dit en effet que l’industrie n’a plus de quoi soutenir financièrement les groupes émergents : « Il n’y a plus de classe moyenne en musique. Rednext Level, quand ils chantent sur le fait qu’ils espèrent juste gagner 40 000 $ en faisant de la musique, c’est parce que ça n’existe plus pantoute. Je me demande si Daniel Bélanger pourrait gagner sa vie en musique en 2016 et je n’en suis pas certain. »

L’industrie est selon lui fortement affectée par les nouvelles plateformes de musique en streaming : « C’est avantageux pour Madonna pis pour Taylor Swift ou Metallica, mais… la compagnie de disque [où je travaille] a fait, je pense, 2000 $ en tout avec ça, et tu ne payes même pas l’imprimante avec ce montant, explique Clément. Il y a une partie des revenus qui s’est effondrée. C’est pas redistribué nulle part », poursuit-il.

C’est en partie en raison de cette précarité monétaire plus générale, selon Jordane, que les artistes émergents ont aussi la vie plus dure : « Il y a moins de diffuseurs qui sont intéressés à avoir de la musique originale que les gens ne connaissent pas nécessairement, parce que c’est moins safe et qu’il y a moins de buzz qu’il pouvait y en avoir avant pour de nouveaux artistes. » La question du public est, en outre, un autre cas.

Le domaine de la musique permet donc de moins en moins, selon les deux musiciens, d’être reconnu en tant que professionnel de la musique, c’est-à-dire d’être rétribué en conséquence au sein de la société, tout en conservant l’aspect original et artistique de sa création : « T’as un compromis à faire, et c’est de choisir entre le mode de vie et la qualité artistique », explique Clément.

Le groupe a choisi la deuxième option en espérant tout de même un jour vivre de sa musique : « Si on est capable un jour de vivre uniquement de ça, ça serait le meilleur des mondes… Faut pas non plus être naïf en se disant que ça va arriver si on ne fait rien. On met toutes les chances de notre côté, on fait tout ce qu’on peut. Et il ne faut pas trop se décevoir si ça ne se fait pas dans l’immédiat, parce que c’est difficile », affirme Jordane. Clément, lui, déplore la condition sociale et économique des artistes émergents dont Tous Azimuts fait partie : « Faut vraiment faire ça par passion parce que sinon… c’est dur de faire ça en se disant que ça ne sert à rien… c’est dur de vivre avec l’idée qu’on ne sert à rien », conclut-il.

En conclusion

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Tous Azimuts. Crédit photo : Elias Djemil

Somme toute, les membres de Tous Azimuts ont décidé de ne pas se laisser abattre par cette réalité et de poursuivre longtemps leur activité artistique. Ils travaillent déjà, d’ailleurs, à leur prochain album. « C’est pas drôle, on prépare notre quatrième et on n’est pas connus! », dit Clément à la blague avant d’ajouter, sur le même ton : « Jordane a vingt-trois ans, moi aussi, alors à trente ans, on va en avoir au moins cinquante, des disques! »

Le troisième album, qui aura pour nom La course du soleil, abordera la question de l’éphémère, du deuil, mais aussi de thèmes récurrents du groupe comme le temps qui passe ou la route. Peut-être pourrez-vous en entendre quelques-unes au Pantoum ce vendredi! On peut aussi s’attendre à un lancement haut en couleur, selon ce qu’a laissé entendre le groupe en entrevue.

[ENTREVUE AUDIO] Les Deuxluxes

Photos : Marion Desjardins

Samedi dernier à l’émission, nous avons reçu Anna Frances Meyer et Étienne Barry du duo Les Deuxluxes, probablement le couple le plus rock and roll au Québec à l’heure actuelle. Valérie Vinet s’est entretenue avec le duo. On a eu ben du plaisir.

Écoutez donc ça (et regardez les photos de Marion en même temps) :

[ENTREVUE] le Pantoum en pleine effervescence: show de la rentrée, saison et projets à venir

«Québec c’est plate.» Vous l’avez déjà entendue aussi, celle-là ? Eh bien, on peut remercier l’entièreté de notre scène locale et émergente, qui nous permet de démentir cette affirmation. Parmi ses différents acteurs, on compte les membres fondateurs du Pantoum, devenu un véritable centre culturel pour les musiciens de la ville et d’ailleurs. Ils nous invitent d’ailleurs ce vendredi à sortir une fois de plus de notre zone de confort pour aller voir un spectacle de la rentrée dont la programmation est entièrement inconnue : ils nous gardent la surprise. À l’occasion de cet évènement, nous sommes allés interroger les deux musiciens à l’origine de cet endroit mystérieusement caché quelque part près du coin de la patate.

Mais qu’est-ce que le Pantoum ?

Jean-Etienne et Jean-Michel DJ set de leur groupe BEAT SEXÜ au Festival OFF Crédit: Marion Desjardins
Jean-Etienne Collin Marcoux et Jean-Michel Letendre Veilleux
DJ set de leur groupe BEAT SEXÜ au Festival OFF
Crédit: Marion Desjardins
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Le Pantoum Crédit: Marion Desjardins

Certains me le demanderont. À la base, c’était le projet de deux musiciens qui avaient envie de créer un «espace multifonctionnel doublé d’une communauté et de gens qui travaillent à développer la scène […], le tout recoupé dans un même espace», comme l’explique l’un d’entre eux. Cette idée, Jean-Michel Letendre Veilleux et Jean-Etienne Collin Marcoux (aux ambitions aussi grandes que leurs noms composés) la mènent à bien depuis 2012. Depuis, le Pantoum s’est doté d’une salle de spectacle, de studios de pratique et d’enregistrement, d’un service de sérigraphie ainsi que d’une boîte de diffusion et de production d’évènements relativement récente (Pantoum Records).

«Pendant longtemps le projet de label est resté un peu plus latent, puis finalement on a décidé de grossir notre équipe quand on a commencé à avoir un peu plus de groupes qui étaient vraiment nés du Pantoum, je pense entre autres à BEAT SEXÜ […]. On s’est dit que ça prenait vraiment un organisme de plus qui supporte ces bands-là et c’est là qu’on a décidé de partir la maison de disques, qui devient de plus en plus officielle, de plus en plus sérieuse depuis un an et demi ou deux ans», nous explique Jean-Etienne.

En effet, le Pantoum cherche surtout à répondre aux besoins des musiciens plus ou moins indépendants qu’ils regroupent : «C’est un peu ça l’objectif du Pantoum, ajoute Jean-Etienne. Il y a plein de services ici. Toi t’es un band indépendant, tu prends ce dont tu as besoin dans le pool.» Ils visent donc non seulement à regrouper tous les services qu’un band indépendant à Québec a besoin, mais aussi à personnaliser ces services en fonction du groupe avec lequel ils travaillent : «On n’appuie pas de la même façon des projets comme Le Charme, versus BEAT SEXÜ, versus Gab Paquet », conclut-il. En outre, la collaboration des groupes avec d’autres acteurs (maisons de disques, salles de spectacles, etc.) est favorisée par l’offre non exclusive de services au Pantoum, qui vise surtout à ouvrir les horizons de ces groupes.

Afin de parvenir à ces résultats, le duo est soutenu par une large équipe de bénévoles qui les aident à maintenir les activités du Pantoum ainsi qu’à organiser différents projets et évènements, comme le spectacle de la rentrée de vendredi.

Le show de la rentrée du Pantoum

Hologramme au Pantoum Crédit: Marion Desjardins
Hologramme au Pantoum
Crédit: Marion Desjardins

«Chaque année, on essaie de garder cet aspect-là un peu d’essayer de faire en sorte que les gens viennent et soient prêts en général, dans d’autres salles de spectacle, à débourser pour aller découvrir quelque chose qu’ils ne connaissent pas, m’explique Jean-Michel. J’pense que ça fait partie de notre manière de travailler à l’émancipation de la curiosité chez les gens.»

Cette année, la stratégie est simple : personne ne saura quels groupes ils vont voir jouer. «On leur impose d’avoir du fun, c’est un peu ça l’idée», ajoute Jean-Etienne. Cette idée de surprise plait beaucoup aux organisateurs, qui aiment se permettre des programmations complètement éclectiques. «Cette année, explique Jean-Etienne, il y a quand même une certaine liaison entre les bands. Il y a des trucs qui les unissent, mais ça reste tout de même trois univers complètement différents.»

Mais encore, à quoi peut-on s’attendre ? Selon les deux organisateurs, le spectacle devrait plaire autant aux novices qu’aux plus grands mordus de la scène indépendante. Au sujet de la tête d’affiche, Jean-Etienne nous confie que c’est «quand même un band qui actuellement vit une belle hype à Québec, qui a fait des shows cet été à Québec, et au OFF, et au Show de la Rentrée de l’université.» Ce dernier fera sans doute plaisir à ceux qui le connaissent comme à ceux qui le découvrent.

Le deuxième groupe, qui n’a joué qu’une seule fois à Québec dans un Rock & Pabst l’an passé, toujours selon les dires de Jean-Etienne, est encore très peu connu et constitue une «belle découverte pour la crowd d’ici». Finalement, le premier groupe qui jouera ce soir-là provient directement de la Ville de Québec, mais il est apparemment encore très jeune et donc encore à découvrir. «Tout le monde va trouver son compte dans ce genre de soirée là», conclut Jean-Etienne.

Un aperçu de la saison prochaine

L'Octopus au Pantoum Crédit: Jacques Boivin
L’Octopus au Pantoum
Crédit: Jacques Boivin

Le spectacle de la rentrée amorcera aussi la nouvelle saison du Pantoum, qui est d’une certaine façon en continuité avec les saisons précédentes : «L’esprit de la place, c’est un espace de découvertes, explique Jean-Michel. Ça peut parfois déroger un peu de ça, mais dans l’ensemble le but de l’endroit c’est de faire découvrir des groupes et que cet endroit serve à des groupes qui en ont vraiment besoin.» C’est pourquoi il y aura au menu des groupes comme The Luyas (16 décembre), dont certains éléments sont connus et qui dans l’ensemble méritent de l’être, ainsi que Le Charme, groupe signé Pantoum qui lancera son album le 14 octobre prochain en compagnie de Fuudge.

Parlant de déroger, il ne faut pas manquer de parler de l’attendu lancement d’album de Chocolat, qui aura aussi lieu dans les murs du Pantoum en novembre. Pourquoi faire une exception pour un groupe aussi connu dans le milieu que Chocolat ? «Notre clientèle habituelle, explique Jean-Etienne, c’est quand même le genre qui trippent énormément sur Chocolat. Donc c’est un peu un cadeau qu’on fait à cette gang-là.» Parce que oui, le Pantoum gâte aussi ses spectateurs. «Et en même temps la gang de Chocolat, ce sont des musiciens avec qui on travaille à d’autres moments dans l’année et qui avaient vraiment envie de faire ça ici parce que c’est un projet qui leur tient à cœur et qu’ils ont envie de faire avec des amis plutôt que dans une salle de spectacle lucrative», conclut-il.

Un passage précédent de Walrus au Pantoum Crédit: Marion Desjardins
Un passage précédent de Walrus au Pantoum
Crédit: Marion Desjardins

Autrement, quelques groupes en tournée viennent aussi s’insérer dans la programmation. C’est le cas de Walrus qui, bien qu’ils soient devenus «le genre de band qui n’ont peut-être plus besoin de passer par le Pantoum» aux dires de Jean-Michel, passent par là le 14 octobre et seront donc accueillis par le Pantoum pour une soirée aux côtés de Le Charme et Fuudge.

 

Le Club Paradis : un nouveau projet dans les parages

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De La Reine au Mammifest Crédit: Jacques Boivin

Parmi les derniers évènements dans lesquels le Pantoum s’est investi, on peut compter Open House QC, le Mammifest et le SPOT, pour lequel ils s’occupaient de l’évènementiel. Ces différents projets ont surtout pour but de faire rayonner la scène locale, qui est parfois(souvent) trop méconnue. Cette année encore, le Pantoum travaillera activement dans cette perspective par l’entremise de son partenariat avec le tout nouveau Club Paradis, sur Grande Allée.

«Le Club Paradis c’est pas quelque chose qu’on avait de prévu cette année, explique Jean-Etienne. On s’est fait approcher par Isaac Larose [l’auteur des Catfight Friday au Boudoir], qui est derrière le projet, qui est soutenu aussi par les propriétaires de la Taverne Grande Allée. […] Isaac proposait en fait d’exporter un concept de spectacle du Pantoum, qui est un concept très différent, très indie, dans une place qui est complètement loufoque : Grande Allée. » Attiré par le concept et charmé par l’ambiance intime de la salle, le Pantoum a accepté le projet.

C’est donc une sorte de pèlerinage par lequel le Pantoum cherchera à faire tout autant un «espèce de fuck you poli à Grande Allée» que de créer un «poste avancé de musique underground», qui d’habitude ne sort pas trop des limites de la Basse-ville, tel que l’explique Jean-Etienne.

Le Club Paradis, avec le Pantoum, fait aussi le pari d’aller chercher un nouveau public. «Il y a beaucoup d’enthousiastes de musique à Québec, poursuit Jean-Etienne. Au Festival d’Été, ce ne sont pas seulement des gens de l’extérieur qui consomment les spectacles. C’est principalement des résidents de la ville.» Et pourquoi ne viennent-ils pas en plus grand nombre aux spectacles de la scène locale et émergente ? «Est-ce que c’est parce que la Basse-ville fait peur, se demande Jean-Etienne. Est-ce qu’on est trop dans notre petit monde en Basse-ville ? L’idée c’est donc de créer quelque chose qui va être en Haute-ville, qui se frotte un peu aux trucs plus mainstream et aux trucs plus classiques.»

C’est comme ça qu’ils espèrent aller chercher des gens qui traînent sur Grande Allée et qui, curieux, entreront peut-être au Club Paradis. «Et là au lieu de tomber sur un chansonnier quétaine, ajoute Jean-Etienne, ils vont tomber sur un show de musique underground taggué Pantoum et à ce moment-là nous on espère qu’ils vont tripper sur ce qu’ils vont vivre.» Et si l’on se fie à la réaction des nouveaux visiteurs au Pantoum («Hein, il y a ça à Québec !»), selon le duo, le charme risque d’opérer.

Plus concrètement, le Club Paradis offrira donc, sous l’égide du Pantoum, des «soirées à 12 piastres dans un Club un petit peu perdu où tu vas avoir une espèce d’ambiance de feu», tel que décrit par Jean-Etienne. Ça commence dès demain, ce jeudi, avec IDALG et Funk Connection, et ça se poursuivra à raison d’un spectacle ainsi que quelques DJ sets par mois. C’est ce qu’ils ont décidé d’appeler les soirées Pantoum Paradise. «C’est lefun de pouvoir sortir des murs du Pantoum, conclut Jean-Michel. Il y a beaucoup de choses qui prennent du sérieux et ça commence à être vraiment excitant de manœuvrer ça.»

Pis, c’est tu plate Québec d’après vous ? Je vous mets au défi de le vérifier par vous-même.