Critique : Eleanor Friedberger, « Last Summer »

Eleanor Friedberger
Last Summer
(Merge)
12 juillet 2011

Chanteuse du duo Fiery Furnaces avec son frère Matthew, la New-Yorkaise Eleanor Friedberger il lancé il y a quelques semaines son premier album solo, Last Summer, un album tout en finesse qui démontre que Friedberger n’est pas qu’une (très) belle voix, elle sait également écrire et composer.

Pendant que de nombreux groupes indie pop tentent de recréer la magie des années 1980 et 1990, Friedberger réussit à être actuelle avec ses mélodies surprenantes et originales tout en étant étant intemporelle dans son instrumentation somme toute classique.

Le ton est donné dès les premières notes de la pièce d’ouverture, l’entraînante My Mistakes, qui démarre comme une chanson folk, mais qui se transforme en chanson pop très accrocheuse dès le refrain. « I thought I’d learnt from my mistakes, I thought he’d learnt from my mistakes, I thought you’d give me the right advice, I thought he let me in for one last time. »

Friedberger ralentit un peu le rythme à la deuxième pièce, Inn of the Seventh Ray, dans laquelle on retrouve une petite touche d’éléments électroniques s’ajouter au piano et à la guitare. Heaven, qui suit, a un petit côté entraînant et mélodieux qui serait fort probablement apprécié par un McCartney.

Une fois le ton donné et qu’on sait un peu plus à quoi s’attendre de Friedberger en ce qui a trait aux mélodies, on peut simplement déguster les chansons suivantes, parfois folk, parfois groovy, toujours nuancées, mais toutes belles jusqu’à la dernière. Surtout que plusieurs de ses chansons, comme un grand nombre de films de Woody Allen, sentent New York.

Si on pouvait reprocher une seule chose à Eleanor Friedberger, c’est le fait qu’on sent que la jeune femme ne veut pas qu’on la compare à Feist, St. Vincent ou Keren Ann, avec qui elle partage pourtant un grand nombre de qualités.

Comment pourrions-nous lui faire venir faire un tour, maintenant?

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=jjK-Ab8t7Ug]

Heureusement, la jaquette ne fait pas foi de tout…

Ce matin, je suis parti à la recherche de nouveaux albums à écouter. Je suis tombé sur la jaquette du dernier album de Oh Minnows, For Shadows.

Oh-Minnows

Je ne sais pas pourquoi, j’ai eu comme une impression de déjà vu. En effet, cette jaquette ressemble beaucoup à celle du dernier album d’un groupe qui n’a rien avoir avec Oh Minnows, soit le très américain et appalachien Band of Horses, dont voici la jaquette de Infinite Arms (excellent album en passant!) :

Infinite_Arms

Je vais sûrement tendre l’oreille vers For Shadows au cours des prochains jours. Je vous en reparle.

Retour en arrière : Arcade Fire « The Suburbs »

Il y a près d’un an, soit le 2 août 2010, le groupe montréalais Arcade Fire lançait The Suburbs, son troisième album, qui était des plus attendus. La critique était unanime : il s’agissait d’un des meilleurs albums de l’année, fait confirmé par les prix remportés par le groupe un peu partout.  De leur côté, les fans de la première heure étaient un peu déçus : The Suburbs ne sonnait pas comme l’excellent et énergique Funeral. Win Butler et sa bande les avait abandonnés. Était-ce réellement le cas?

Près d’un an après sa sortie, le groupe se prépare à lancer une version améliorée de l’album, comprenant le court métrage Scenes from the Suburbs de Spike Jonze, un remix (Ready to Start) et deux nouvelles pièces (Culture War et Speaking in Tongues, en collaboration avec l’ex Talking Heads, David Byrne). Le remix n’est pas mauvais (on a fait comme dans le bon vieux temps, on n’a pas trop touché à la structure de la pièce, se contentant d’ajouter 3 minutes de rythmes plus dansants à la fin, un peu à la Shout ou True Faith) et les deux nouvelles pièces vont ajouter à l’ambiance générale de l’album.

J’aimerais toutefois, si vous le voulez bien, vous ramener un an en arrière et réécouter ce disque.

Au fond, The Suburbs est l’anti-Funeral. L’énergie brute du premier album a fait place à un propos et une musique tout en nuances, qui ne réinvente pas nécessairement la roue, mais qui fait tout très bien. C’est un album empreint de nostalgie qui sent autant la banlieue de Houston des frères Butler que la rive-sud de Montréal et le mail Champlain de Régine Chassagne. Malgré cette nostalgie et ce regard cynique sur l’étalement urbain auquel notre génération a assisté bien assis aux premières loges, le propos demeure ancré dans le moment présent (« They heard me singing and they told me to stop / Quit these pretentious things and just punch the clock », chante Régine dans Spral II (Mountains Beyont Mountains); en une phrase, on vient de dénoncer l’anti-intellectualisme qui frappe notre société).

Je me souviens qu’à la première écoute, les chansons qui m’avaient le plus marqué étaient les chansons qui bougeaient le plus ou qui avaient la plus lourde charge émotive. Ready to Start, Rococo, Empty Room, Month of May, We Used to Wait et Sprawl II touchent l’auditeur immédiatement. Pourtant, au fil des écoutes, ce sont les chansons plus tranquilles qui se démarquent et qui risquent de devenir intemporelles. Deep Blue est une de ces pièces qu’on avait presque le goût d’ignorer au début et qui nous hante un an plus tard. Ce crescendo riche et complexe illustre de belle façon les dernières années du 20e siècle. Suburban War est un autre de ces moments. Au départ, cette chanson me semblait avoir tous les défauts de Neon Bible, le deuxième album, qui se voulait grandiose mais qui, au final, s’est avéré pompeux. Voilà une autre chanson qui a grandi à force de l’écouter. « All my old friends, they don’t know me now », phrase brutale, mais remplie de vérité.

The Suburbs joue autant aujourd’hui qu’il jouait à sa sortie. C’est le seul album que j’ai mis au complet sur mon iPod. Dès que j’entends les premières notes de la pièce-titre, j’enlève le mode aléatoire et j’écoute l’album au complet, comme il se doit. C’est mon album préféré d’Arcade Fire. Et cet album, il est un peu comme le bon vin : il vieillit bien.

Critique : Alice Gold – « Seven Rainbows »

Depuis quelques années, les femmes occupent une place de plus en plus importante du côté de la musique pop britannique. Il y a eu bien sûr les Spice Girls, mais plus récemment, on a vu monter (et descendre) les Amy Winehouse, Kate Nash, Lily Allen, Ellie Goulding, Marina Diamandis, Florence Welsh et Adele, pour n’en nommer que quelques-unes.

C’est dans ce contexte qu’arrive la petite nouvelle, Alice Gold, qui, en plus d’avoir une sensibilité pop hors du commun, sait rocker. Sur son site Web, on parle d’Ike et Tina, de Jimmy et Janis, en une seule personne. Depuis que je l’ai entendue, je n’ai pas trop de mal à le croire.

Le premier album d’Alice Gold, Seven Rainbows, est une superbe carte de visite pour la jeune auteure-compositeure-interprète de 28 ans. On y trouve 10 propositions folk-pop fort intéressantes et la palette est très variée, de la très douce Seasons Change en ouverture au blues de The End of the World en fermeture, en passant par des chansons plus pop comme Runaway Love, plutôt rock comme Orbiter, ou carrément dans la vague indie comme Fairweather Friend. Les mélodies sont toujours accrocheuses, les paroles ne sont pas trop au premier degré, l’agencement des pièces est correct et la production est juste assez propre.

Mais la plus belle qualité d’Alice Gold, c’est sa voix. Elle peut faire à peu près n’importe quoi avec ses cordes vocales, passer d’un couplet doux, mais amer, à un refrain puissant et violent, mais d’une grande clarté. Et sa façon de mâcher certains phonèmes est certainement des plus sexy.

Si vous aimez la pop britannique mais que vous n’en pouvez plus d’entendre les prouesses vocales d’Adele ou le trip un peu new âge de Florence + the Machine, ou si vous trouvez Ellie Goulding désolante tant elle est naïve, il est temps pour vous d’essayer Alice Gold. Ne reste plus qu’à souhaiter une tournée nord-américaine et un arrêt à Montréal (ou, encore mieux, à Québec).

[ALBUM] Black Ghosts « When Animals Stare »

On ne peut pas dire que Theo Keating et Simon Lord ne sont pas inspirés. Leur deuxième album sous le nom de Black Ghosts, When Animals Stare, allie joyeusement électropop et indie pop sans trop s’enfoncer dans les clichés des années 1980. Au contraire, on a affaire à une proposition des plus actuelles!

Après une ouverture riche et texturée nommée Water Will Find a Way, on plonge dans une Walking on the Moon à la limite du soul avec un chant haut-perché, une basse rythmée et des claviers juste assez répétitifs. Cette chanson fera hocher de nombreuses têtes.

Certaines pièces sont plus tranquilles, d’autres semblent avoir été composées pour être jouées en concert et survoltér une foule de danseurs (Even in the Darkness, envoûtante). Talk No More a un côté blues rock que n’auraient pas renié les Black Keys.

S’il y a un reproche qu’on pourrait faire à Keating et Lord, c’est l’ordre des pièces sur l’album. Oui, je comprends qu’on a voulu éparpiller les pièces plus tranquilles et planantes un peu partout pour éviter de donner l’impression d’avoir composé deux albums en un, il n’en demeure pas moins que chaque fois qu’une chanson réussit à nous faire taper du pied, la suivante est beaucoup plus contemplative et vient ralentir le rythme.

Il s’agit quand même d’un très bon album qui s’écoute très bien en s’enfilant quelques drinks sur le balcon.

[ALBUM] Portugal. The Man – « In the Mountain In the Cloud »

Quand on écoute la musique planante de Portugal. The Man pour la première fois, on a du mal à croire que le groupe est originaire du même endroit que Sarah Palin (Wasilia, en Alaska). Rien n’évoque moins l’hiver qu’un groupe indie dont les sonorités évoquent David Bowie à l’époque de Space Oddity ou d’autres grands classiques un peu glam des années 1970.

Ce groupe, que je ne connaissais pas, est actif depuis 2004 et comptait, avant In the Mountain, In the Cloud, cinq albums, tous sur étiquette indépendante. En 2010, le groupe a signé avec un major, soit Atlantic Records. Ce qui marque généralement la fin de la période créative chez les groupes indépendants semble être, pour Portugal. The Man, un espèce de nouveau départ dont les membres du groupe se servent pour nous mener non loin du paradis.

En fait, il ne perdent pas de temps, dès la première chanson, la (très) planante So American, on est immédiatement accroché. La mélodie se grave lentement, les paroles (qui n’ont rien d’un roman de Shakespeare, tout de même, mais on s’en fout un peu, non?) s’apprennent rapidement, les textures sont riches et complexes sans que ce soit nécessairement trop lourd, après trois minutes, on sait qu’on a affaire à de vrais professionnels.

Les chansons suivantes ont des airs d’hymne d’aréna (la puissante Floating), d’hybrides électronique-rock classique (un petit air de Passion Pit flotte sur Everything You See) ou de pièces glam-rock épiques (Sleep Forever clôt l’album dans une montée de 6 minutes 21 secondes particulièrement réussie). Le tout est superbement ficelé, chacune des chansons ayant une place qui lui convient parfaitement. D’ailleurs, In the Mountain, In the Cloud s’écoute d’un trait sans qu’on ait l’impression qu’il y a des longueurs ou des pièces bouche-trou. C’est à l’honneur du groupe à une époque où on se contente de mettre deux ou trois bonnes chansons par disque et d’offrir le strict minimum pour le reste. Au début des années 1970, cet album aurait pu produire 11 45-tours.

S’ils bénéficient le moindrement du soutien d’Atlantic, les gars de Portugal. The Man sont promis à un très grand succès. L’album ne plaira pas à ceux qui ne jurent que par le gros rock lourd, mais il devrait faire plaisir à de nombreux amateurs de rock. Écoute donc ça va les surveiller. C’est promis.