[SPECTACLE] Fiche le roi + Nullius In Verba, La Petite Boîte Noire, 12 mai 2017

Vendredi dernier, c’était une soirée 100 % Sherbrooke qui était au programme à la Petite Boîte Noire. Deux groupes locaux, les excellents Fiche le roi et Nullius In Verba, se produisaient en spectacle au grand plaisir de leur home crowd, qui remplissait assez bien la salle ce soir-là.

Photo : Zachary Leblanc-Lavigne

La soirée a débuté avec Fiche le roi, dont les compositions ont ensorcelé le public dès les premières notes. Composé de Yohann Francoz (basse, guitare et voix aiguë), Philippe Gagné (guitare, voix moins aiguë), Jean-Sébastien Lavoie (clavier) et David Letendre (batterie), le groupe semblait avoir un penchant pour les ambiances et textures éthérées, limite zen, qui seyaient parfaitement à leurs chansons. Toutes dotées d’un petit côté progressif, ces chansons étaient sérieusement bien construites et mariaient convention et imprévisibilité. Il pouvait y avoir une passe étrange ici et là, mais celle-ci était répétée quatre fois pour qu’on puisse bien la saisir. Pop-prog? À vous de voir.

Loin de moi l’intention de diminuer l’aspect complexe des chansons de Fiche le roi : j’ai adoré la subtile accessibilité qu’ont insufflée les musiciens dans leurs chansons, qui n’en restaient pas moins bien ficelées. Et bravo pour les paroles en français! Les thèmes existentiels allaient de pair avec la musique… Serge Fiori serait fier.

Photo : Zachary Leblanc-Lavigne

Le groupe avait sorti leur premier simple, Liste de souhaits, sur Bandcamp la veille du spectacle, et c’était assurément l’une des meilleures qu’ils ont jouées ce soir-là. Le jeu de guitare était superbe; on sentait les musiciens dans leur élément. Tous les meilleurs éléments de la musique de Fiche le roi se sont retrouvés dans cette performance : l’originalité, la douceur, les harmonies non conventionnelles, les paroles recherchées… bref, vraiment une chanson à découvrir, puis à écouter en boucle. On en veut plus. Longue vie au roi!

C’était ensuite au tour des frères et sœurs du groupe Nullius In Verba à entrer sur scène. Les deux grands frères, Charles et Remy Bergeron, jouaient de la guitare et de la basse, pendant que Mariana volait le show derrière sa batterie. Son énergie et sa joie compensaient grandement pour la timidité de ses deux frères.

photo : Zachary Leblanc-Lavigne

Nullius In Verba, c’est un jam band qui emprunte autant aux Grateful Dead qu’à Pink Floyd et qui n’a pas peur d’étirer les grooves afin de bien installer leur caractéristique vibe ésotérico-funk (oui, je viens d’inventer le terme, et oui, ça sonne exactement comme ça). Le groupe semblait avoir une curieuse façon de créer : au lieu d’écrire une chanson puis la déformer en jam psychédélique, le groupe optait pour un procédé qui semblait être plus intuitif. En effet, les chansons semblaient naître au milieu des jams improvisés, avec des paroles surréalistes chantées par Charles.

Photo : Zachary Leblanc-Lavigne

La musique se voulait hypnotique, alors l’apparition périodique de fumée sur la scène de la Petite Boîte Noire était d’adon. Mais le moment le plus enivrant de la prestation a été lorsque Mariana est venue à l’avant de la scène et a chanté doucement sur fond de jeu délirant de guitare et de basse. Les musiciens semblaient être en parfaite symbiose, communiquant sans doute par télépathie sans que nous puissions nous en rendre compte. Puis les tambours et cymbales ont fait leur retour, et les têtes des spectateurs se sont remises à hocher doucement au rythme des jams endiablés de Nullius In Verba.

[SPECTACLE] We Are Monroe (+Krief), La Petite Boîte Noire, 5 mai 2017

Vendredi dernier, Sherbrooke a reçu deux très bons groupes dans sa Petite Boîte Noire bien-aimée, soit le groupe montréalais We Are Monroe et l’auteur-compositeur-interprète Krief (accompagné de ses musiciens). Bien qu’ayant chacun leurs forces, les deux groupes partageaient un petit côté indie qui semblait plaire aux chanceux qui étaient présents ce soir-là. Décidément, on allait avoir droit à des prestations électrisantes et chargées.

La soirée débuta avec Krief (Patrick de son prénom), qui se produisait en formule band. Et quel band! Outre Krief qui chantait en jouant de la guitare, on avait un guitariste au whammy endiablé, un bassiste bien présent, un batteur efficace et un claviériste qui assurait les nuances plus aériennes tout en jouant du tambourin. Les musiciens étaient tous bien entassés sur la petite scène, entourés de milles amplis et pédales… une image digne d’un groupe qui aurait assurément eu best new music sur Pitchfork, circa 2009. La musique de Krief était douce-amère et se caractérisait par son mélange de poésie et d’explosions de guitares. D’ailleurs, vers la fin, les chansons se désintégraient souvent en jam, ce qui permit à Krief de nous montrer ses talents de guitar-shredding. Mention spéciale à son tone de guitare, sans doute l’un des meilleurs que j’aie entendus à la Petite Boîte Noire.

C’était maintenant au tour de We Are Monroe d’entrer sur scène et de nous prouver qu’ils étaient un quatuor digne des nombreuses comparaisons qu’ils ont eues avec des groupes tels Joy Division ou bien The Killers. Ces comparaisons sont faciles à faire, mais pas tout à fait représentatives du son bien caractéristique que s’est forgé le groupe. On retrouve bel et bien des éléments post-punk et new wave dans les chansons de We Are Monroe, mais ces chansons semblent aussi être influencées par le dance-punk et le power-pop, un mélange de styles efficace et dansant à souhait.

Comme sa première partie, le groupe a surtout joué des chansons de leur nouvel album. Et comme sa première partie, l’un des musiciens avait un tone exceptionnel (mention spéciale au tone de basse, sans doute l’un des plus monstrueux que j’aie entendus à la Petite Boîte Noire!), ce qui n’a pas nui à l’immensité des refrains de We Are Monroe. C’est pas compliqué, ils sont un power band. Les chansons étaient efficaces, et la voix puissante du chanteur n’avait rien à envier à tous les Brandon Flowers de ce monde. Krief nous avait d’ailleurs prévenu : « Le prochain groupe, j’ai travaillé sur leur nouvel album, pis ça va être vraiment bon! »

 

[SPECTACLE] Lary Kidd (+ DJ OliHood), La Petite Boîte Noire, 29 avril 2017

C’était un Lary Kidd énergique qui nous demandait de « faire du fucking noise » vendredi dernier à la Petite Boîte Noire de Sherbrooke… et sa requête ne se fît pas ignorer. Membre fondateur du groupe Loud Lary Adjust, notre patnais Lary Kidd se produisait ce soir-là en formule solo (accompagné seulement d’un DJ) dans le but de promouvoir son premier album, Contrôle, qui paraîtra prochainement. Il y a environ huit mois, Loud Lary Adjust annonçaient qu’ils se retiraient de la scène pour une durée indéterminée afin de pouvoir se concentrer sur leurs projets respectifs. Les gars n’ont pas chômé : Lary n’a même pas encore sorti d’album qu’il se produit déjà dans les salles du Québec, et Loud vient tout juste de sortir son premier EP, New Phone.

Hypothèse : il y a une certaine compétition entre les membres de LLA, et c’est le premier qui se taillera une place dans le monde du rap queb qui en sortira vainqueur. Totalement plausible.

La soirée commença avec DJ OliHood (10/10 pour le nom, en passant), qui réchauffa la salle de son DJ mix aux influences hip hop et trap. Puis, ce fut au tour de Lary, qui arriva sur scène avec son coat de cuir. On ne l’a pas vu longtemps celui-là : plus le spectacle avançait, moins il y avait de vêtements! Voir Lary Kidd finir un show en bédaine : check.

Si je me fie à son calendrier de tournée, cet arrêt à Sherbrooke paraissait être le premier vrai spectacle solo du rappeur (son unique autre spectacle solo était un DJ set). Lary Kidd en profita pour nous proposer quelques nouvelles chansons tirées de son prochain album ainsi que des chansons de LLA que les fans ont reconnu tout de suite. Parmi les nouvelles chansons, notons la très solide Les palmiers brûlent dans la nuit, qui fut interprétée sans Yes McCan des Dead Obies, à la déception de tous. Pas grave : McCan avait probablement quelque chose à faire, et puis c’était vraiment le show de Lary et personne d’autre (même son DJ, DJ Manifest, se tenait assez tranquille dans son coin).

Toujours le plus tendance, Lary n’a pas hésité à faire une reprise franglaise du plus gros hit trap de l’heure, Bad And Bougee de Migos. C’était aussi étrange que c’était logique : l’Atlanta sound qu’ont popularisé Migos se retrouve partout dans le rap québécois moderne. L’influence se faisait évidente dans les beats de Lary, toujours lents, nocturnes, éthérés et résolument trap.

Mais ce qui a failli voler le show, c’était les projections lumineuses générées en live (au grand dam du photographe qui tentait tant bien que mal de capturer les effets hallucinants desdites projections). Ce côté visuel un peu psychédélique a parfaitement agrémenté la musique de Lary, déjà assez intoxicante en soi. Il n’y a pas à dire, le rappeur était accompagné d’un éclairagiste talentueux.

Le rappeur a terminé sa prestation avec deux de ses meilleures chansons, soit celle que tout le monde attendait, XOXO, de LLA, puis la chanson-titre de son album, Contrôle. De quoi finir la soirée en force.

[SPECTACLE] Les Deuxluxes (+ Hoodooed), La Petite Boîte Noire, 10 mars 2017

«Fuck yeah Sherbrooke!»

L’énergie de la foule (foule qui, soit dit en passant, était assez dense pour une salle comme la Petite Boîte Noire) allait bientôt être à son comble lorsque l’incroyable Anna Frances Meyer nous lança (cria) cette phrase toute simple (mais si puissante lorsque bien épuisés après une chanson à mosher comme s’il n’y avait pas de lendemain)… Eh oui, les Deuxluxes étaient dans la place et la magie opérait en s’il-vous-plait.

Vendredi le 10 mars, ma salle de spectacle sherbrookoise fétiche recevait Anna Frances Meyer (guitare tenor, voix) et Étienne Barry (guitares, kick et snare et voix… simultanément!), un duo mieux connu sous le nom des Deuxluxes, que nous connaissons bien ici à Ecoutedonc.ca et qui sont en feu ces derniers temps. Il faut dire qu’ils ne chôment pas : après ce passage à Sherbrooke, ils s’envolaient pour le Texas! Il n’y a aucun doute à y avoir : leur son empreint de blues et de rockabilly saura assurément séduire là-bas.

La soirée débuta avec le mystérieux groupe Sherbrookois Hoodooed (possiblement le deux-tiers du groupe Mojo Wizard) qui étaient eux aussi un two-man band. Le chanteur et guitariste assurait le côté mélodique (quoique très répétitif) en dansant alors le batteur, très compétent, se cachait plutôt derrière un masque de vieil homme pour assurer une rythmique endiablée et assez constante. Leur musique aux accents surf, punk et psychédéliques était efficace, quoique saugrenue.

S’en suivit la performance des Deuxluxes, une performance électrisante et à leur image. Ces deux musiciens ont compris c’était quoi un bon pacing de spectacle rock. Plus ça allait, plus les rythmes se faisaient rapides, ce qui créa un momentum incroyable. Avec sa voix mi-Dolly Parton, mi-Betty Boop, Anna Frances Meyer chantait et faisait crier la foule avec une assurance bien à elle, alors qu’Étienne Barry fournissait une trame musicale minimaliste mais extrêmement dansante. Tirée de leur album Traitement Deuxluxe, la chanson «I’m In Love» continue d’être une pièce qui, en spectacle, fait brasser la cabane comme nulle autre de leur répertoire. J’ai même vu un mec faire du crowd surf pour finir par s’accrocher au plafond… bref, très rock, très amusant.

Vers la fin du spectacle, Étienne nous a révélé (peut être un peu avant qu’il n’en ait la permission, selon ses dires) que le groupe reviendrait cet été pour le festival Sherblues, festival dont le nom fut bien disséqué (et ridiculisé [avec raison, dois-je avouer]) par la suite. Oh mais quelle désinvolture! On lui pardonne, et on attend impatiemment leur retour.