[SPECTACLE] Ludovic Alarie + Leif Vollebekk, Le Cercle, 13 avril 2017

C’est devant un Cercle plein que Ludovic Alarie et Leif Vollebekk sont venus présenter leurs plus récents albums.

Ludovic Alarie faisait office de première partie pour Leif Vollebekk. Il nous a présenté son deuxième album, L’Appartement.

Il était accompagné d’une guitare et d’Adèle Trottier-Rivard au choeur. La complicité entre les deux artistes étaient palpables, et Alarie a réchauffé la foule avec son univers chaleureux qui lui est propre. Une reprise est venue agrémenter le répertoire du jeune auteur-compositeur-interprète.

Leif Vollebekk est entré sur scène sous une salve d’applaudissements. Ce sont deux musiciens qui l’accompagnaient à la guitare et à la batterie. Il a commencé avec Vancouver Time. La foule, attentive pour Vollebekk, était conquise.

Tantôt sur son synthétiseur Moog, tantôt sur une guitare acoustique ou électrique, Leif Vollebekk était à son aise sur scène. Son album Twin Solitude, que j’adore depuis sa sortie, a réussi à bien se transmettre sur scène. Des pièces comme All Night Sedans ou encore Elegy ont laissé place à l’inventivité et le talent de l’auteur-compositeur montréalais. On pouvait voir la complicité entre Vollebekk et ses musiciens sur scène. Une reprise de Jeff Buckley a aussi reçue des applaudissements nourris du public.

Ayant trois albums à son actif, Vollebekk en a profité pour jouer plusieurs chansons de ses derniers albums, comme Off the Main Drag, Photographer Friend. Une complicité était présente lorsque le chanteur s’adressait à la foule, ce qui est toujours apprécié lors d’un concert en salle.

En somme, Leif Vollebekk et sa première partie, Ludovic Alarie, ont réussi à charmer le public du Cercle. J’ai très hâte de revoir à Québec les deux artistes lors de leurs prochains spectacles qui, je suis certaine, feront plaisir à plusieurs.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

[ENTREVUE] Ludovic Alarie

Il y a trois ans, Ludovic Alarie présentait un bouquet de chansons fragiles et magnifiques sur son premier album éponyme. Ses compositions baignent dans un folk riche mélodiquement et teinté par de brillantes collaborations avec entre autres Adèle Trottier-Rivard et Warren Spicer qui officie habituellement au sein de Plants & Animals. Alarie récidive avec L’appartement, son deuxième album solo enregistré par le même trio, mais de façon différente. Nous en avons donc profité pour discuter avec le principal intéressé du processus créatif entourant cette nouvelle parution.

Une approche nouvelle

Ludovic mentionne d’emblée qu’il s’est présenté à la session d’enregistrement avec des progressions d’accords qui lui permettraient d’improviser en studio avec les musiciens. « Souvent on a gardé la première « take »; quand je crée quelque chose, je trouve que la première fois que tu le joues reste la plus unique et souvent la meilleure. » C’est avec Adèle et Warren que Ludovic peaufine les arrangements; les deux sont donc très présents sur l’album. « Il y a toujours deux guitares sur les pièces, l’une c’est moi, l’autre c’est Warren. On a pas mal les mêmes goûts et les mêmes références. On n’a pas besoin de trop en parler, quand on joue ça vient naturellement. » Une place beaucoup plus importante a été laissée aux claviers et c’est lors des sessions initiales que ces textures construites autour d’échantillons vocaux ont été trouvées. Puisque les pièces ont été bâties sur des improvisations instrumentales, on retrouve beaucoup de passages sans paroles sur la version finale du disque, dont 3 courtes pièces entièrement instrumentales.

Un peu de lumière

Lorsque je lui fais remarquer que le début de l’album est plus lumineux que ce à quoi il nous avait habitués, il poursuit: « Les trois premières pièces n’étaient pas supposées être sur l’album. On les a montées entièrement en studio. C’est un peu un hasard [ce côté plus lumineux]. Ce sont de belles surprises qui peuvent arriver en studio. »

À l’image de la pièce Mon Tendre sur le premier album, Sang-Froid se retrouve dans deux incarnations différentes sur l’album. « Je trouvais que la version avec le band était trop rapide, j’ai donc refait une autre version que je trouvais finalement trop lente. Comme les deux versions sont différentes, j’ai décidé de mettre les deux. Ça faisait aussi un petit clin d’oeil au premier disque. »

L’album a donc été enregistré sur 3-4 jours avec la participation de musiciens supplémentaires, dont le bassiste Mishka Stein (Patrick Watson) et le batteur Matthew Woodley (Plants & Animals). Après ces sessions d’enregistrement, Ludovic a passé environ 3 mois à ajouter des paroles et à enrichir les pièces en ajoutant des « overdubs ». On pourrait croire qu’il est quelque peu angoissant de n’avoir que quelques jours pour créer un album, mais Ludovic se montre plutôt zen: « Le fait que je sois avec des musiciens que j’adore et que j’admire facilite beaucoup cet aspect ».

 Questionnaire musical en vrac:

Quelle est ta façon favorite d’écouter de la musique?

Quand je m’endors.

Quelle serait la chanson parfaite pour un roadtrip?

 Attends, il y en a plein… Jim Cain de Bill Callahan.

Quel est ton disque favori de 2016?

 Le meilleur disque de 2016 c’est David Bowie, mais l’artiste que j’ai le plus écouté en 2016 c’est Sun Kil Moon. J’aime beaucoup les artistes où tu peux choisir quelle période tu veux écouter et ensuite écouter un album plus ancien et retrouver ce que tu aimes de l’artiste malgré l’évolution.

Si tu pouvais choisir un artiste qui sortirait un album en 2017 quel serait-il?

 Je sais que Sun Kil Moon sort un album double bientôt, j’ai très hâte. Sinon il y a Bill Callahan qui serait dû pour un album.

As-tu des goûts musicaux que tu assumes moins?

 Non, j’écoute beaucoup de R&B et de Hip-Hop dans les dernières années, mais ce n’est pas quelque chose que j’assume moins… C’est juste différent de ma musique.

Te rappelles-tu du premier concert marquant que tu as vu dans ta vie?

 Oui, c’était Malajube au Club Soda. J’avais vu The Police la veille au Centre Bell. Le lendemain c’était le show de Malajube et j’en revenais pas comment j’étais proche de la scène. Ça m’avait marqué l’énergie dans une petite salle.

Si tu pouvais revenir en arrière et vivre n’importe quel show dans l’histoire, qu’est-ce que tu choisirais?

C’est quoi le show que j’aimerais voir? Attends, il faut que j’y pense 2 secondes… [longue hésitation] Je sais vraiment pas… sûrement un show de Neil Young dans les années 70. Il y a le live at Massey Hall qui est vraiment bon, il est seul avec sa guit acoustique.

Ludovic Alarie, L’appartement sort aujourd’hui, le 27 janvier, sur Coyote records.

[SPECTACLE] Plants & Animals et Ludovic Alarie, Le Cercle 11 novembre

Plants & Animals, Le Cercle 11 novembre 2016
Plants & Animals, Le Cercle 11 novembre 2016

« Play Your Own Songs! » C’est ce qu’un spectateur – ou bien ignorant ou bien franchement déplacé – a gueulé à Plants & Animals alors que Warren Spicer ouvrait un rappel de façon fort appropriée en jouant Hey! Thats No Way To Say Goodbye de Leonard Cohen. Pour vrai? Tu es assez imbécile pour interrompre un tel moment? Si le groupe voulait faire un spectacle complet de reprises, ce ne serait encore pas de tes maudites affaires! Ce moment illustre assez bien le genre de soirée qu’on a passée au Cercle; un mélange de bonheur suprême d’entendre un groupe au sommet de sa forme et de honte d’être parmi des spectateurs aussi peu respectueux. Le Cercle a été plus que fidèle à sa réputation de salle où le niveau d’attention soutenu est facultatif. Dommage, car sur scène le groupe a défendu un des albums les plus sous-estimés de 2016, le magnifique Waltez In From the Rumbling.

Plants & Animals, Le Cercle 11 novembre 2016
Plants & Animals, Le Cercle 11 novembre 2016

Tout a débuté avec la puissante All of the Time offerte en ouverture et soutenue par la belle voix d’Adèle Trottier-Rivard. Que ce soit des chansons plus calmes comme Flowers ou l’ancienne À l’orée des bois, le groupe sait trouver un équilibre dans les textures et dans le rythme. Si le son « indie » du groupe a toujours fait parti de son identité, le retour à des formes plus progressives des nouvelles pièces est le bienvenue. Tout comme Faerie Dance, qui est toujours un moment fort, des pièces comme Stay et Je voulais te dire ont obtenu une réaction hautement favorable de la foule. Cette dernière, jouée en conclusion, deviendra sans doute un incontournable dans leur spectacle tant elle est efficace. Suffisait de voir les têtes hochées de satisfaction à l’avant pour comprendre… Une autre belle surprise fut l’ajout de Lola Who?, une des rares pièces jouées vendredi qui était absente du concert donné par le groupe au spectacle de la rentrée en septembre. Cette pièce représente la quintessence de ce que le groupe peut offrir et l’enlevante version présentée au Cercle vendredi n’a pas fait exception.

img_4478
Ludovic Alarie, Le Cercle 11 novembre 2016

En première partie Ludovic Alarie a fait de son mieux pour réchauffer une salle bavarde. Sa musique délicate était semble-t-il difficile à entendre du milieu de la salle. Probablement qu’un spectacle dans une salle assise nous permettrait de mieux profiter du moment. C’est un guitariste extrêmement talentueux qui partage une parenté évidente avec Elliott Smith. Avec l’appui d’Adèle Trottier-Rivard à la voix (elle était partout, à notre plus grand bonheur!), ses chansons ont une meilleure répercussion. Seul sur scène avant Patrick Watson, sa voix manquait de mordant. Il a offert plusieurs nouveautés à paraitre sur un album l’hiver prochain. Nous en reparlerons assurément.

Ce fut donc une soirée mémorable, pas toujours pour les bonnes raisons. Public du Cercle, j’espère que vous retiendrez la leçon!

Ce diaporama nécessite JavaScript.

crédit photos Ludovic Alarie: Julien Baby-Cormier / crédit photos Plants & Animals: Amélie Kenny-Robichaud

[ALBUM] The Loodies – « The Loodies »

The Loodies The Loodies  (Indica)
The Loodies
The Loodies (Indica)

Ludovic Alarie n’a que 21 ans, mais déjà il commence à laisser sa trace dans le paysage musical québécois. Il a d’abord, avec son groupe The Loodies, sorti un premier disque anglophone en 2012 faisant notamment la première partie de Plants & Animals et tournant également sur le vieux continent.  Puis, l’an dernier, il a délivré un disque solo, bien reçu pour la critique, en français cette fois-ci, d’une délicatesse désarmante rappelant parfois Elliott Smith. Le tout parsemé de subtils, mais riches arrangements.

Cette fois Alarie revient entouré de son groupe (Lysandre Ménard aux claviers, Jérémy Delorme à la guitare électrique, Étienne Dextraze-Monast à la basse et Sasha Woodward à la batterie) The Loodies. Ce second disque, éponyme cette fois, emprunte une trajectoire similaire à son album solo. Mélodies vocales pratiquement susurrées à nos oreilles, arrangements à la fois somptueux et délicats. Alarie a mentionné dans une entrevue donnée à La Presse l’apport important de Warren Spicer (chanteur de Plants & Animals) à la réalisation. Il y a une belle minutie à la réalisation et les petits détails récompensent l’auditeur qui écoutera l’album d’une oreille attentive.

Après une délicate pièce instrumentale en ouverture, on reconnait rapidement sur Dry le style mélodique préconisé par Alarie sur son album solo. Les claviers proéminents et l’inventif pont au coeur de la chanson donnent le ton à l’album. En entrevue, le groupe mentionnait s’être inspiré de l’esthétique de Blonde Redhead (version Misery is a Butterfly) pour la réalisation. Ça s’entend particulièrement sur la troisième pièce Myodesopsia. Cette dernière, richement orchestrée (violons et xylophone), est aussi l’une des plus réussies de l’album. À mi-parcourt, la pièce Light-Year, mon coup de coeur, vient happer l’auditeur grâce à une série d’accords inventive supportée par une très belle mélodie vocale. Vers la fin, Tell-Tale, une des chansons les plus rythmées vient donner un second souffle à l’album. C’est une chanson qui fonctionnera en formule concert. Shift vient clore cet album concis (à peine plus de 30 minutes) d’une douce et belle manière. Ce qui étonne concernant cet album, c’est la capacité des musiciens du groupe à faire preuve de leur talent sans porter ombrage à l’efficacité des différentes ballades de l’album. Garder l’album court était d’ailleurs une sage décision; l’album bénéficiant de quelques écoutes successives et attentives. C’est donc une bonne offrande même si on reste avec l’impression que le groupe pourrait offrir des pièces encore plus percutantes malgré la timide voix d’Alarie. Le meilleur est-il à venir?