Entrevue : Olivier Langevin (Galaxie)

Super Lynx Deluxe, c’est l’appellation du dernier né du groupe Galaxie mené par Olivier Langevin et comme d’habitude c’est un party musical. Riffs dansants, rythmes percussifs efficaces signés Pierre Fortin, textures riches souvent portées par l’expérimenté François Lafontaine aux claviers et textes naviguant dans les eaux troubles des dérapages nocturnes, on reconnait d’emblée la signature Galaxie. Nous avons profité du passage de Langevin lors de la clôture de la tournée de Fred Fortin pour parler de cette nouvelle oeuvre; une véritable synthèse de tout ce qu’a fait Galaxie, avec en prime un pas en avant dans l’exploration de nouvelles dynamiques et sonorités. En plus, l’album sort directement en vinyle (avec en prime une réédition de Tigre et Diesel, on nous susurre que l’idée de relancer les deux premiers albums suit son cours) ce qui permettra aux fans de profiter pleinement de la superbe pochette de Martin Bureau.

En guise de prologue, j’ai demandé à Olivier Langevin de nous parler de ses états d’âme au sujet de dernier concert qu’il devait donner le soir même à l’Impérial Bell avec Fred Fortin pour sa tournée Ultramarr. «C’est le dernier show avec notre beau Fred, ça va être émotif j’ai l’impression. Pour vrai c’est un peu triste, parce que c’est une belle gang, un beau band. Frank, Fred pis moi, on continue dans Galaxie, mais on se sépare quand même de Jocelyn (Tellier, guitariste) et Samuel (Joly, batteur) et des techs faque c’est un peu triste même si on sait qu’on va refaire des trucs ensemble.»

Lorsque je le questionne sur l’explosion de popularité de leurs projets respectifs il explique avec humilité: «Je pense que c’est le travail des années, on enligne les projets que ce soit Galaxie, ou lui, ou Gros Mené, on tient notre monde en vie, puis c’est la même base de fans qui vient nous voir. Je pense que c’est l’accumulation et le travail à long terme qui a créé tout ça.» Au sujet de cette popularité qui est survenue pas mal en même temps que la chute des ventes d’albums, il mentionne ne pas vraiment penser à ce genre de chose. «Je l’sais pas, on a tellement toujours été un peu à côté de la track, oui on pourrait faire des statistiques et se dire que si on vend 10 000 disques aujourd’hui ça aurait pu être 3 ou 4 fois plus en 95, mais ça devient un peu inutile. J’ai l’impression que peu importe, ça aurait été un peu la même affaire. Je suis pas aigri en tout cas. Ça va bien, on tourne en masse tout le temps. J’espère que ça va continuer. On a du fun à jouer ensemble, autant qu’avant, sinon plus! On continue à s’améliorer un p’tit peu. On est choyé de pouvoir continuer à faire ça pis on a du beau monde qui vient nous voir.»

Nous sommes ensuite entrés dans le vif du sujet, soit ce disque tout frais qui arrive chez les disquaires ou autres plateformes numériques aujourd’hui même. Je voulais d’abord savoir s’il y avait eu une ligne directrice pour l’élaboration de cet album. «Pas vraiment, d’habitude après une tournée je mettais la clé dans la porte et je switchais sur d’autres projets. Celui-là on a commencé à l’enregistrer à la fin de la tournée de Zulu. On s’est installé à mon studio; j’avais continué à composer, et on s’est dit qu’on essayait de ne pas perdre le beat. Comme des vieux ados on a trippé, sans se dire qu’on tapait un album. Après la première fin de semaine, on avait déjà la toune Phénoménal de faite. On a continué à se faire des petits meetings de même pendant l’année et l’album a fini par apparaître au travers de tout ça assez facilement.» Bien qu’il reste dans les voûtes 4-5 chansons ou ambiances qui cadraient moins sur l’esprit “Super Lynx”, on retrouve sur le nouvel album l’essentiel du processus créatif de la dernière année. «C’est beaucoup Pierre Fortin, Frank (Lafontaine) pis moi qui travaillons sur les versions live des chansons. Après on rajoute parfois des trucs avec d’autres.» Le contexte de création est important aussi. Quand il travaille seul dans ses affaires, l’horaire 9 à 5 fonctionne assez bien avec les hauts et les bas inhérents à la création. Cependant, quand vient le temps d’enregistrer en gang, il faut pouvoir oublier le temps et laisser aller les choses, même si ça représente un défi supplémentaire avec les familles et les projets de tout le monde.

Même s’il arrivait en studio avec des idées embryonnaires pour laisser toute la place au reste du trio et éviter le piège du démo qu’on cherche à reproduire, le groupe a tout de même conservé quelques pistes de guitare qui apparaissaient sur les démos. Une façon de conserver une touche de l’élan initial. Questionné sur la concision des albums de Galaxie, Olivier explique: «C’était pas conscient, mais ce l’est devenu. J’aime vraiment les albums courts et directs; lorsque tu finis l’album pis que t’as le goût de recommencer. Surtout dans le style de Galaxie, ça marche bien, j’aime ça que ça y aille!»

Les thématiques nocturnes et psychotropes sont encore centrales sur ce nouveau disque. Je lui ai demandé si Galaxie était au fil des ans devenu le meilleur véhicule pour les dérapes. «Le psychédélisme a toujours été dans le lexique et dans l’ambiance du groupe. C’est un thème qui fitte bien avec la musique. Au fil des albums, Galaxie est presque devenu un personnage. J’me sers de ce buzz-là quand je compose.» Il nuance cependant sur le party constant dans les paroles de Galaxie: «Un écrivain d’horreur ne torture pas du monde dans son sous-sol(rires)! Il y avait encore un peu des effluves de la tournée qu’on venait de finir; des insides, on devient un peu fou. Les bibittes qu’on avait dans la tête à la fin de la tournée de Zulu se promènent un peu sur ce disque-là…»

 

En parlant de la tournée à venir, Olivier espère voir le groupe continuer sur sa lancée: «Pierre est arrivé vers la fin du Temps au point mort. Ça fait donc plus de 10 ans qu’on tourne ensemble. On a commencé à répéter la semaine passée et c’était vraiment le fun à jouer live. J’ai hâte au lancement la semaine prochaine même si on fait seulement 4-5 tounes.» Avec une discographie toujours grandissante vient aussi le moment de choisir ce qui fera son chemin jusque dans les concerts. «On ne faisait plus vraiment de chanson du premier disque, on va voir si on ramène quelque chose, mais on aura sûrement une ou deux tounes du Temps au point mort. On monte les nouvelles tounes en premier et quand on fait les vieilles on s’ajuste avec les nouveaux sons pour monter des nouvelles versions. Il y a beaucoup d’improvisation dans les spectacles aussi donc on va aller ailleurs, on est dans d’autres buzz. On commence à devoir enlever des tounes qu’on aimait vraiment jouer.»

Avant notre discussion pour découvrir le côté mélomane d’Olivier Langevin, nous avons parlé d’une des facettes qu’il semble affectionner spécialement dans son métier: la réalisation d’albums. Jusqu’au dernier disque, on l’a entre autres vu aux côtés de Mara Tremblay, mais il a aussi réalisé des disques de Vincent Vallières, des Dale Hawerchuk ou de I.No. Si son horaire chargé l’a obligé à refuser quelques projets, il aimerait travailler sur les albums des autres dans un futur proche.

Questionnaire musical en vrac:

Quel album a tourné le plus dans la van récemment?

(Hésitations) J’ai écouté beaucoup de King Gizzard. J’aime ben I’m in Your Mind Fuzz. À la maison c’est plus jazz. Beaucoup de Charles Mingus et du Monk. Je suis retourné acheter des vieux vinyles de jazz. J’ai vraiment trippé aussi sur le nouveau disque de Laura Sauvage. J’haïs ça répondre à ces questions-là, j’vais m’en souvenir en marchant tantôt!

Achètes-tu généralement ta musique en vinyle?

Oui, mais je m’autovole aussi avec apple music. J’fais les deux en fait. Numérique ça reste vraiment pratique. Les vinyles sont pas donnés non plus, quoique c’est l’fun en tabarouette de tout racheter. Faire des bons coups dans l’usagé c’est vraiment cool.

C’est quoi le dernier vinyle que tu t’es acheté?

C’est Freak Out! de Frank Zappa, je l’ai acheté usagé il y a deux jours justement. On dirait qu’il sort du magasin, je suis très content.

Si tu pouvais entendre un album de n’importe qui de vivant en 2018, ce serait qui?

Qui qui n’a pas sorti de quoi depuis longtemps qui serait débile? Je partais pour dire Beck, mais il vient d’en sortir un que le monde a moins aimé. Yé pas pire finalement. Je l’ai réécouté et y’a des affaires assez débiles. J’aimerais ça que Tom Waits sorte un disque, ça fait vraiment longtemps. J’ai aussi hâte d’entendre l’album complet de Superorganism, un genre de band avec du monde qui vient d’un peu partout dans le monde. La toune Something for your M.I.N.D, c’est pas mon style de musique, mais c’est hyper accrocheur.

Peux-tu me nommer un des spectacles marquants que tu as vus dans ta vie?

Y’en a tellement… j’te dirais les Breeders au Café Campus quand ils ont sorti Title TK (en 2002). Ce show-là était incroyable. J’les ai revus à Paris, pis c’était pas terrible. Le show au Campus, je vais m’en souvenir toute ma vie.

Les Melvins au D’Auteuil, on était 15 dans la salle. C’était incroyable. Il y a aussi un show de Jon Spencer au Métropolis dont je vais me souvenir longtemps. Le dernier show de Beck à Place-des-Arts (en 2014) c’était fou; ça, pis la tournée de Midnight Vultures au CEPSUM.

Finalement, j’aimerais te replonger dans tes souvenirs et que tu essaies de trouver quel disque synthétise ce que tu écoutais le plus au moment de rentrer dans la création de tes albums en commençant par le premier, Galaxie 500.

Pour Galaxie 500 ça serait Jon Spencer Now I Got Worry. Pour Le temps au point mort, je me souviens que je buzzais sur Medulla de Bjork. J’écoutais ça non-stop. Ça fit pas avec l’album, mais ça m’a vraiment beaucoup influencé dans la création. Tigre et Diesel je te dirais… ça devait être Modern Guilt de Beck qu’on écoutait en fou. Pour Zulu, je ne me rappelle plus…

C’était pas un peu plus le blues touareg l’inspiration?

Non le touareg ça venait plus du passé. J’avais trippé Ali Farka, c’est des affaires que je trainais et que je voulais essayer. Je trouve pas de quoi de spécifique… ah! peut-être Dr John, l’album Locked Down produit par Dan Auerbach. Pour Super Lynx Deluxe ce serait Mingus. Je trippe Mingus ben raide, même si ça n’a aucun rapport avec l’album.

[SPECTACLE] Fred Fortin au Centre culturel Pauline Julien

Vendredi dernier, c’était la première fois que je me rendais à la salle du Centre culturel Pauline Julien à Trois-Rivières. Je dois dire que j’ai été très surprise de l’accueil que j’ai reçu qui fut bien sympathique. Je me suis même permise de prendre une petite Trou du Diable, je me disais que Fred Fortin, ça s’écouterait encore mieux avec une bière à la main.

Le spectacle affichait complet, mais clairement, la salle n’était pas remplie. J’ai bien aimé l’intimité que la salle crée en positionnant les spectateurs à la même hauteur que l’artiste sur scène. Ça donne un effet rassembleur. Surement pas assez pour Fred, puisque, dès qu’il est monté sur scène, il a demandé au public de se rapprocher.

20h00, Fred est sur scène. Sincèrement, je n’ai jamais entendu une aussi bonne crowd de musiciens. Au début, je me demandais comment ils allaient transmettre le son particulier des Barr Brothers, un groupe montréalais qui a collaboré sur le dernier album de Fred Fortin, Ultramarr. Ce groupe, qui se distingue par les percussions d’Andrew Barr, et les accords de son frère guitariste Brad Barr, qui ensemble, forment un son juste assez planant. Cette collaboration entre Fred Fortin et les frères Barr restera toujours dans mon top musical de vie, encore plus depuis ce que j’ai vécu en spectacle vendredi dernier.

Le premier extrait de l’album, Oiseau, dont le texte transpose une belle métaphore sur la vie, a aussi été le premier extrait du spectacle. On remarque tout de suite le plaisir de jouer aux travers les expressions des musiciens parce qu’ils savent clairement que ça sonne bien. C’est aussi ce que les auditeurs se disaient lorsqu’ils tapaient du pied pendant que Fred sonnait le refrain.

Il a enchaîné avec la pièce 10$, où les harmonies électriques du célèbre Olivier Langevin ont été appréciées par la foule.

Douille s’en ai suivi et c’est là que le batteur Samuel Joly a pris sa place dans le spectacle. Étant proche de lui, j’ai vraiment été captivé par sa présence sur scène. N’étant pas en font de scène comme nous avons l’habitude de retrouver un batteur, nous pouvions être plus à son écoute. Fred laissait beaucoup de place à Sam probablement parce qu’Ultramarr est un album qui fait sonner beaucoup de percussion.

Entre temps, il a fait référence à son album Plastrer la lune avec les airs blues de Madame Rose où l’on a senti une belle complicité entre Samuel Joly et Jocelyn Tellier tout deux assis au pied de leur instrument.  Sans doute le musicien le plus polyvalent du band, Jocelyn Tellier performait de la bass à la guitare pour retourner se fondre derrière les sons singuliers du pedal steel pour transporté un effet psychédélique aux chansons de Fortin.

Lors de la Gratte, les notes plutôt jazz du claviériste se mélangeait bien avec les expressions plus blues de Fred et rock d’Olivier.

Fred aime beaucoup l’énergie du public et ne s’est pas empêché de leur exprimer l’effet qu’elle lui procure : « On sent votre drive, vous êtes hot » a-t-il déclaré. Il enchaîne ainsi avec des allures country qui sont incontournables sur chacun de ses albums avec Tapis et Molly dans le cas d’Ultramarr. Durant la prestation de Molly, Fred s’est agenouillé pour laisser la place à ses musiciens. À cet instant, nous avons pu ressentir un réel moment de « bromance » entre lui et ses acolytes qui jouaient à proximité, mais également par les rires qu’ils échangeaient. « J’ai volontairement fucker les accords pour les fucker » a-t-il déclaré en fin de chanson.

J’aime quand nous pouvons remarquer le lien d’amitié entre les membres du groupe sans même qu’ils échangent un mot, juste pas la passion musicale qui les relie. Cet accord ajoute un effet solide et cohérent à la musique projetée. Ce fut le cas durant la pièce Tête perdue qui est selon moi est la plus substantielle pour les oreilles avec un refrain unique et accrocheur en son genre.

Après Grippe et Ti-Chien Aveugle, Fred remercie le public et l’accueil qu’il a reçu au Centre Culturel Pauline Julien qu’il a baptisé le «dôme étoilé» pour terminer avec la performance de Scotch. Une chanson méritant la fin du spectacle par une conclusion instrumentale digne d’une finale en feu d’artifice où les musiciens se sont laissés emporter dans leur style.

Peu de gens connaissent le talent de Fred Fortin dans mon entourage. J’ai compris pourquoi en assistant à son spectacle qui clairement attire un auditoire digne de la génération X. J’ai même pu apercevoir une famille, dont les enfants étaient assis au pied du micro de Fred. Cette même famille se sentait très rejoint par la musique et a demandé la pièce Bobbie au rappel, «une chanson avec beaucoup trop d’accord pour un vieux disque mou » comme a mentionné Fred. Nous avons été exclusif, car apparemment elle n’avait pas été joué depuis 4 ans.

Autrement, durant le rappel, un piano à queue a été installé au milieu de la foule pour interprété Amour et Ultramarr qui conclura cette soirée rock en moment convivial.

Après avoir été comblé par la qualité musical du spectacle, il est certain que j’irais revoir Fred et ses complices lors de leur prochain passage en Mauricie le 11 février prochain à la microbrasserie Trou du Diable de Shawinigan.

Puisque nos photographes étaient occupés ce soir-là, on vous propose de regarder les magnifiques photos de l’équipe de Québec ICI.

[Spectacle] Fred Fortin : Triomphe à l’Impérial

« Une âme crisse, faites pas les difficiles. En avez-vous rencontré beaucoup des âmes ces derniers jours ? ».

C’est à Pierre Foglia que l’on devrait ces propos, lui qui se demandait sans doute comment ça pouvait bien se faire qu’un auteur-compositeur-interprète aussi monumental que Fred Fortin soit à ce point boudé du grand public.

Si la question se posait à l’époque où Foglia écrivait ces mots – Fortin n’était-il pas, pourtant, l’Ô combien digne héritier des Leclerc, Vigneault et autres héros de la poésie chantée qui faisait jadis la fierté d’un Québec en proie à une certaine soif identitaire ? – il faut croire, au vu du triomphe auquel il a eu droit à l’Impérial samedi soir, que cette époque est révolue.

Il m’a semblé que l’on reconnaissait enfin le génie de Fortin et qu’on était bien décidé à lui faire sentir.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Bien que l’ancien théâtre ait mis du temps à se remplir, Fred et ses acolytes se sont bien produits devant une salle comble d’un public qui en aurait redemandé jusqu’au lendemain.

Sans grande surprise, la troupe fortinesque a débuté avec la magnifique « Oiseau », première pièce du dernier album de Fortin, sous un éclairage incertain qui laissait place à des images projetées en arrière-plan de la scène. Une entrée en matière bien choisie qui allait servir d’avertissement au public : pas question de faire de la folk ici ! Ceux qui auront perçu cet album comme le moins lourd de la carrière de Fortin se seront bien fourvoyés. Cette première chanson, livrée au son tonitruant des guitares électriques et du jeu de batterie fort efficace de Sam Joly annonçait que la soirée allait être au rock.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

S’en est suivi la très excellente « 10$ » qui, aurait-on pût croire, allait sans doute être un peu moins nourrie que sur l’album, compte tenu de l’absence des frères Barr. Mais il faut se rappeler que Fortin est accompagné sur scène de deux véritables guerriers de la guitare à savoir son fidèle acolyte Olivier Langevin et le très excellent Jocelyn Tellier (les deux maniant la basse à tour de rôle lorsque Fortin assure la guitare), de quoi nous faire oublier l’absence de ces deux frangins qui, mentionnons-le, ont fait un travail tout à fait remarquable avec les chansons de Fortin.

Le groupe a enchaîné avec « Douille » puis, une « Madame Rose » qui m’aura fait remarquer que le public, chantant de bon cœur le refrain, n’était pas si ignorant de la musique de Fred d’avant Ultramarr. J’ai toutefois été quelque peu agacé par l’inattention de celui-ci (du public) alors que les premiers accords de « Plastrer la lune » se sont fait entendre. Je me suis même permis de rappeler à certaines qu’il y avait un excellent spectacle à écouter devant et que le récit de leur week-end pouvait sans doute attendre. Qu’à cela ne tienne, j’ai tout de même pu fermer les yeux et m’immerger dans le récit psychédélique que livre cette fabuleuse chanson. « Gratte » nous a ensuite annoncé l’hiver avant le temps avant que la dansante « Tapis noir » nous fasse nous réchauffer un petit peu.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Puis, se sont fait entendre les premiers accords de ce que je considère comme le meilleur morceau d’Ultramarr, l’une des plus grandes chansons de Fortin jusqu’à maintenant et l’une des plus belles chansons d’amour à avoir été écrite au Québec ces dernières années, à savoir « Molly ». Difficile de ne pas apprécier la façon dont Fortin est parvenu à manier un champ lexical résolument country tout en écrivant une chanson qui n’a absolument rien de kitsch. Ou plutôt, si kitsch il y a, celui-ci est dosé d’une si belle façon qu’on ne peut faire autrement que vouloir s’y prélasser, s’y enrouler, comme on s’enroule dans une couverture de loup en « minou ». Bref, cette chanson est réconfortante, romantique et empreinte de cette nostalgie qu’on voue à une flamme de jeunesse qu’on peine à oublier (« il y a si longtemps que t’es toujours aussi belle … »). Fred sait-il qu’il nous fait pleurer ?

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Question de nous faire revenir sur terre, « Tête perdue » et « Grippe » ont précédé la classique « Ti-chien aveugle » tout droit tirée de Planter le décor qui, je dois dire, se fondait à merveille dans la saveur plutôt psychédélique du spectacle. C’est la très excellente « Scotch » (cette chanson détermine toujours mes choix de breuvages !) qui serait venue clore cette soirée, si, bien entendu, le public n’en avait pas demandé davantage.

À la grande surprise de tous, Fred est revenu seul sur scène pour nous chanter « Chaouin », une chanson tirée des boules à mites (ou plutôt, du Plancher des vaches), mais qui est sans doute passée à la légende depuis que Fred l’eut chanté à nul autre que Dédé Fortin.

crédit photo : jay kearney
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J’ai dit tout à l’heure que Fred avait à son compte l’une des plus belles chansons d’amour, mais je corrige : il en a au moins deux ! Olivier Langevin l’a rejoint pour jouer « Mélane », chanson triste s’il en est, mais pour laquelle le public s’est (enfin) fait silencieux et attentif.

Puis, pour nous rappeler qu’« y’a toujours de la tiraille à recracher dans l’assiette » la très pesante « Chateaubriand » s’est fait entendre, annonçant par le fait même deux titres tirés d’Agnus Dei, le dernier album de Gros Mené, à savoir « Vénus » et « L’amour est dans l’ROCK ». C’est le cas de le dire : y’avait de l’amour et y’avait du rock. Fortin nous a même rappelé que lui aussi était capable de nous envoyer des solos de guitare par la figure.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Voyant que le public en redemandait encore et cherchant visiblement quelque chose de pas trop compliqué à jouer – je pense que Fred et sa troupe avait pas mal atteint le bout de son répertoire du moment ! – Fred, amusé, a entamé « Le cinéma des vieux garçons », ce qui nous a valu une performance vocale (tout à fait oubliable) de Jocelyn Tellier.

La soirée s’est terminée par un tête à tête entre Fortin et le-loin-d’être-le-dernier-ou-le-moindre François Lafontaine qui nous ont chanté « Ultramarr » en chœur avec un public ravi.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Une très belle soirée et un excellent show qui nous auront rappelé que le Québec compte encore quelques perles musicales.

Jérôme St-Kant aura ouvert la soirée d’une belle façon en nous présentant ses chansons humoristiques. Si le personnage peut sembler, au premier abord, un peu difficile à cerner, il n’aura fallu que quelques chansons pour nous accrocher à ses textes intéressants, quoique par moment un peu crus, et à son humour marqué.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

ENTREVUE : Fred Fortin

Fred Fortin traverse un printemps fertile en événements, notamment grâce à la sortie d’Ultramarr. Détourné des riffs de distorsion et du son rock qui ont permis à l’auteur-compositeur-interprète d’établir sa notoriété dans le paysage musical du Québec, l’album prend un virage introspectif, plus homogène sans toutefois être dépouillé d’intensité. En tournée de promotion à Québec, Fortin s’est arrêté à la Brûlerie Saint-Roch où je l’attendais, visiblement fébrile. Or, dans une franche simplicité, il a vite fait d’installer une ambiance bon enfant qui a jeté les bases pour parler de musique, son sujet de prédilection.

(Photos : Marion Desjardins)

Ultramarr

Fred Fortin« La réponse est plus grosse que j’aurais espéré. Ben j’espère jamais rien, dans l’fond, quand je fais ça » a-t-il répondu, quand je lui ai demandé de me décrire ses impressions sur l’accueil favorable de son dernier opus. « C’est plus l’fun que l’monde aime ça que de se faire ramasser. Faque, je suis vraiment content».

À la première écoute d’Ultramarr, on réalise rapidement que Fortin a voulu explorer de nouvelles façons de composer la musique. Sans travestir le son qui lui est propre, on sent qu’il se calme, qu’il recherche une atmosphère plus uniforme: « En ayant fais le Gros mené en 2013, ça comme rempli une case pour moi qui est l’fun. J’pensais pas en refaire du Gros Mené, nécessairement. Pour moi, le poisson était mort! La manière que j’étais parti pour ce projet-là; je voulais faire de la musique organique avec des rythmes. Mais à la minute où j’ai fait les textes, je me suis dit “osti c’est du Gros Mené ça!”» avoue-t-il. De plus, même si Fortin n’écrit pas les chansons de Galaxie, il est très impliqué dans le projet et baigne forcément dans le rock. C’est pourquoi, en sachant qu’il allait travailler avec les Barr Brothers et qu’il désirait faire des « formes de musique répétitives qui ne sont pas compliquées dans la tête», il s’est enligné vers ce qui allait devenir son 5e album en carrière. « Je voulais que les tounes, autant que possible, se mettent en valeur entre elles et non pas se faire de l’ombrage. Dans des albums, il y a des fois une toune qui est complètement rock au milieu de quelque chose de doux. Je l’ai fait souvent ça aussi. J’avais vraiment une intention de faire autre chose».

Cette volonté de faire les choses autrement se transpose d’ailleurs dans la façon de livrer les pièces du dernier album en spectacle : « C’est pas mal un défi, mais c’est volontaire. Installer une vibe de rock dans une salle où tout le monde boit de la boisson, c’est pas très difficile en général», dit-il en riant. « C’est plus difficile de faire passer des tounes qui ont un mood plus introspectif. Tu dois être disposé à ce genre de toune-là parce que t’es pas tout le temps dans cet état d’esprit avant un spectacle. C’est sur que c’est plus exigeant, ça demande que la salle soit disposée à ça aussi». Néanmoins, Fortin assure qu’il y a quelque chose de viscérale et de complètement trippant à communiquer la musique par des moyens différents. Lors des spectacles à venir, il puisera sans doute dans Gros mené et dans ses albums précédents pour s’assurer de «donner un show d’une heure et quart». Rien n’est cependant encore défini, même s’il sait qu’il cherchera à concevoir un concert équilibré :    « On va voir ce que ça nous dit quand on fait le show, de quoi on aurait le goût de faire», dit-it, « Olivier me connait pas mal par coeur, on est pas mal d’accord en général».

Question de casting

Fred FortinSur Ultramarr, Fortin a eu recours aux talents des frères Barr, de François Lafontaine, de Sam Joly, d’Olivier Langevin et de Joe Grass, tous de grosses pointures de l’industrie musicale québécoise actuelle. Comment choisit-il les musiciens avec qui il travaille?  « C’est vraiment du casting. Il y a d’excellents musiciens avec qui j’aimerais jouer, mais qui fitteraient pas sur ce genre de toune-là» affirme-t-il. « Bon, les Barr ça été une rencontre à Saint-Prime dans le garage à mon père. Je connaissais leur musique, je venais de voir leur show pis on a jammé un peu. On s’est dit que ce serait l’fun de faire quelque chose ensemble et ça m’est resté dans la tête.» En entrant en studio, Fortin voulait créer des structures musicales qui reflétaient les personnalités des frères Barr. Elles étaient le point de départ et une influence notable dans l’écriture de l’album. « C’est du monde qui m’inspire en partant», dit-il. « Sam Joly est un drummer avec qui j’ai joué un petit peu. Il a une personnalité tellement l’fun. Il est venu au Lac, à mon chalet et on a écouté de la musique. C’est un trip de muse qu’on se fait dans l’fond». Fortin reconnait que tous et chacun ont contribué beaucoup à l’album: « François Lafontaine, c’est une banque d’idées inépuisable. C’est un gars qui joue avec plein de monde, mais il est capable de se renouveler et d’être unique dans le rôle qu’il a à faire sur le disque. Pis Joe Grass, ben ça juste pas de bon sens».

Ch’tun mélomane

Fred FortinGros Mené, Galaxie, la musique de la série les Beaux malaises et ses albums solos sont des projets qui se distinguent les uns aux autres sans nécessairement s’opposer. Selon l’artiste, c’est le reflet de sa culture musicale très étendue. «J’écoute plein d’affaires. On est aussi dicté par nos moyens, par nos forces et par notre potentiel musical. Je m’enlignerais pas de faire un album Jazz parce que ce n’est pas ma force, même si la musique m’inspire beaucoup. C’est le fait d’aimer la musique qui fait qu’on fait de la musique comme on la fait. C’est le fun de pouvoir avoir plusieurs influences». D’ailleurs, pendant l’enregistrement de l’album, Fortin révèle qu’il écoutait Randy Newman, JJ Cale, Tom Waits, John Coltrane, Ray Charles, Nina Simone; bref des «affaires qui reviennent souvent» dans ses vinyles. « Il y a tellement de la bonne musique, c’est fou! Ch’t’un mélomane», proclame-t-il.  Durant la même période, il a également découvert l’album Pet Sounds de The Beach Boys: « Quand j’ai découvert Pet Sounds, je savais que c’était un album classique. Je connaissais déjà des tounes dessus que j’avais déjà entendues, mais je me le gardais comme une bouteille de vin. Il y a des albums de même que tu te dis  »je suis donc ben chanceux de ne pas l’avoir encore écouté » parce que tout le monde le connait». Il s’est gâté, s’est imprégné de l’oeuvre et a visionné plusieurs documentaires retraçant la vie de Brian Wilson: «Pour moi, le gars représente un Beatles à lui tout seul, incluant George Martin. C’est toute sa sensibilité au delà de toute qui m’a touché». Le côté borderline mental des personnages campés dans Ultramarr sont d’ailleurs inspirés, en partie, par les personnalités comme Wilson, Syd Barrett ou Daniel Johnston, des êtres extrêmement sensibles qui ont sombré dans la folie.

L’industrie de la musique selon Fred Fortin

Fred FortinFaisant de la musique depuis longtemps, Fred Fortin a été témoin de la mutation de l’industrie musicale au Québec. Difficile de résumer en quelques mots tous les changements qui ont eu cours ces dernières années, mais l’Internet a selon lui eu une incidence considérable sur la façon de produire des disques. « J’ai connu l’agonie des gros major comme  BMG qui étaient les rois de l’industrie. Il se vendait plus de disques, mais les artistes se faisaient plus fourrer aussi», dit-il. Aujourd’hui, les compagnies se sont plus adapté aux artistes et entretiennent des rapports plus proches avec eux. On parle davantage d’échange et de partage. Fortin avoue toutefois qu’il aimerait voir les ventes de disques augmenter plutôt que de gagner en téléchargement, mais capitule devant cette réalité qui, d’après lui, n’est pas sur le point de changer. « Moi, de toute façon, je fais des albums encore dans ma tête comme si c’était 1960. Moi j’aime ça avoir une pochette et un album.»

Histoire de basse

Fred FortinFred Fortin possède des instruments qu’on peut qualifier de mythique pour lesquels il aime se remémorer des anecdotes amusantes. C’est le cas pour sa Fender Jazz Bass 1962 qu’il a acquis à l’âge de 18 ans. « L’instrument traînait dans un magasin à Saint-Félicien et je l’avais acheté pour 400$ pour un gars qui allait au cégep d’Alma. Mais là, j’ai eu la basse toute la fin de semaine chez nous et je me suis dit que je ne pouvais pas la laisser partir. Je savais que le gars n’était pas trop musicien, faque je lui ai offert ma Yamaha, pis il m’a donné 600$. Je me suis ramassé avec une Jazz Bass (qui vaut plusieurs milliers de dollars aujourd’hui) et une belle motte de hash». Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là: « Je me suis fait voler ma basse en déchargeant le stock chez Langevin. Ils l’ont oubliée sur la clôture pis il y a un gars qui est parti avec. Il a essayé de la vendre, faque il l’a montrée à des amis musiciens. Moi je la cherchais,  faque je l’avais trouvée, mais le gars ne voulait pas me la redonner; il voulait me la vendre pour 400$, ironiquement. C’était de l’extorsion. J’ai mis la police là-dedans. Je lui ai dit  »toi mon clown, c’est assez!’’»

Fortin enchaîne avec l’historique de sa Gibson EB2D: « C’est une basse que je voulais parce que quand j’étais petit, un chum de mon père est arrivé avec ça à la maison et je trippais ben gros dessus. Faque un moment donné, j’ai dit à mon père d’appeler son chum et de lui demander s’il veut la vendre». Malheureusement, ce n’était pas possible puisqu’elle appartenait à une tierce personne. Fortin a donc abandonné le projet. Mais le destin a fait ce qu’il fait de mieux:« Un moment donné, j’entends parler d’un gars qui veut échanger sa basse contre une Rickenbacker. Faque je voyage, je m’en vais à Alma et je rencontre le gars. Il me dit qu’il avait trouvé sa basse à Saint-Prime… Faque j’ai retrouvé la basse que je jouais dessus quand j’avais 10 ans». Incroyable.

Questionnaire musical en vrac

Fred FortinVinyle ou Cd?

FF: « Ah! Vinyle. Moi j’ai tout le temps eu des vinyles depuis que je suis petit. J’avais pas de toutou, j’avais des 45 tours! J’ai eu mon premier tourne-disques super jeune, pis j’ai jamais arrêté d’avoir des vinyles. J’ai tout le temps eu une table tournante. J’aime ça le contact physique et le son des vinyles. Des fois j’écoute juste un bord, je me permets ça!».

Quels sont tes classiques?

FF: « Ah il y en a tellement! Il y a Pet Sounds, parce que c’est ça que j’ai dans la tête. J’ai grandi avec les Beatles, évidemment. Pagliaro, c’est mon premier idole, faque le premier Pag, j’ai encore ça en vinyle. Après ça, il y a les albums de Ray Charles, de Nina Simone, de John Coltrane, de Tom Waits. J’en ai tellement!»   

Qu’est-ce que tu écoutes quand t’es in the mood for love?

FF: « Oh! Je sais pas… Je te dirais… Je sais vraiment pas! Ce qui joue dans le moment, ça dépend. De toute façon, je suis tout le temps in the mood for love!

Les meilleurs albums pour faire du char?

Fred FortinFF: « Wow! L’année passée j’ai ben trippé à écouter du Kurt Vile dans l’char. Je trouve que ça coule sur le long du Saint-Maurice. Souvent, dans mon téléphone, j’ai pas tant d’affaires que ça. Des fois je suis sur random, faque ça se promène entre plein d’affaires. Mais je te dirais Kurt Vile, Walking on a Pretty Daze, j’ai beaucoup aimé cet album. L’autre d’avant aussi, pis l’autre d’après aussi».

Ton plaisir coupable?

FF: «J’en ai pas mal plusieurs. J’ai des vers d’oreille. J’ai une maladie; j’ai une curiosité que quand je me souviens d’une toune, j’essaie de m’en souvenir, mais je ne m’en rends même pas compte. C’est comme une curiosité morbide. Je peux écouter la radio, pis pogner une toune, pis essayer de comprendre qu’est-ce que la personne avait dans la tête quand elle l’a faite. Faque ça me rend coupable de ben des affaires. C’est pas un plaisir, c’est plutôt une curiosité morbide et un masochisme assumés.»

V: « Comme les tounes de la Chicane… Ça t’arrives-tu d’en avoir dans la tête? »

FF: « Faut pas que tu le dises… Parce que là je vais me mettre à spiner de la Chicane dans’tête… Ben oui ça m’arrive! J’adore mon Boom! »

Quelle chanson aimerais-tu qu’on joue à tes funérailles?

FF:« Oh! Tabarouette! Je sais pas, je l’entendrai pas! »

[ALBUM] Fred Fortin – Ultramarr

Déjà six ans se sont écoulés depuis que Fred Fortin a « plastré» de nouvelles compositions en solo. Il y a bien eu le corrosif Agnus Dei signé Gros Mené, véhicule créatif permettant à Fortin de nous balancer des pièces plus sales et juvéniles, mais inutile de dire que le successeur de l’excellent Plastrer la Lune était attendu. Il semble d’ailleurs que l’aventure Gros Mené lui a servi d’exutoire parce que Ultramarr, son nouveau disque, fait la belle part aux chansons folk alors que l’auteur du Lac semble avoir abandonné les guitares grinçantes et les riffs bétonnés. Loin d’être un reproche, on se retrouve avec un album plus homogène et mieux ficelé. Homogène oui, mais pas dans la structure des chansons; une des grandes qualités de cet album étant justement sa richesse mélodique.

Fred Fortin a eu l’aide de Joe Grass pour le pedal steel guitar, de Brad et d’Andrew Barr (qui apparaissent sur 5 chansons) pour l’élaboration de ce riche paysage sonore. Quant à lui, Olivier Langevin, collaborateur depuis toujours, empoigne cette fois-ci la basse sur quelques chansons, tâche qui revient habituellement à Fortin. François Lafontaine aux claviers et Sam Joly aux percussions complètent le tableau avec l’aide de Pierre Girard pour la prise de son.

L’album s’ouvre sur la douce Oiseau, fable aviaire fidèle à l’univers spleenétique de Fortin soutenue par l’habile batterie d’Andrew Barr. Dans Douille, le protagoniste qui cherche d’abord ses cigarettes vit dans un univers qui s’effrite entre les murs d’une psychose. La mélodie chantée par Fortin (appuyé par les synthétiseurs) accentue l’inquiétude qui émane d’une telle débarque. 10$, la pièce qui a inspiré la magnifique pochette réalisée par Martin Bureau semble dépeindre un curieux parallèle entre les courses de char et la vie effrénée d’artiste. Il y a ensuite des pièces comme Gratte (superbe solo de guitare de Brad Barr) ou la fabuleuse Tête perdue qui sont de curieuses bêtes mélodiques. Il y a d’ailleurs sur cette dernière un petit côté progressif qui rappelle par moment son album Planter le décor (on pense entre autre à la puissante Châteaubriand). La touche country-folk est toujours présente grâce à l’envoutante Molly et à Tapis Noir, une sympathique ode à la procrastination. Gros coup de cœur aussi pour Grippe, une magnifique pièce au rythme particulier où Fred chante un certain mal de vivre dans un rendu qui rappelle un peu Leloup. Chanson ironique pour notre ancien premier ministre, L’amour Ô Canada est jouissive malgré sa courte durée. C’est un pièce qui porte définitivement la signature de Fortin par sa richesse mélodique. Ultramarr, pièce titre de l’album, apporte un peu de soleil avec son rythme honky-tonk qui illustre la vie d’un couple de garagistes qui attendent impatiemment l’arrivée de la fin de semaine pour s’éclater un peu. Tite dernière, brève chanson écrite pour la série Les beaux malaises évoque des adieux pour conclure cet album magistral.

Quelques écoutes suffisent pour comprendre que Fred Fortin a outrepassé les attentes. Sans renier son style habituel, il réussit à surprendre l’auditeur. Il y a toujours ce voile de fumée qui vient brouiller la frontière entre l’autobiographique et la fiction. Il y a toujours ces progressions d’accords inventives qui soutiennent des textes riches même si l’esprit juvénile d’autrefois fait place à une poésie plus rugueuse et recherchée. Il y a toujours ces tournures de phrases efficaces et d’une triste beauté comme dans Tapis noir: « J’ai un p’tit coeur patché au gaffeur tape loin du tien en hiver » ou Grippe: »Tu seras le fantôme de quelqu’un que t’étais et que t’as mis aux oubliettes ». Et il y a celui qui livre systématiquement des albums de qualité, mais qui atteint avec Ultramarr des sommets inégalés. C’est un disque somptueux et concis qui se dévoile tranquillement et qui a donc un très haut pouvoir de ré-écoute.

Ce sera d’ailleurs intéressant de voir la grille de chansons du spectacle puisqu’on risque d’avoir droit à un concert plus tranquille. Les bonnes candidates ne manquent pas sur les albums précédents… à moins que le principal intéressé en décide autrement?

Des concerts devraient être annoncés pour une tournée cet automne.

[FESTIVALS] Le déluge a eu raison du festival Hops & Rock

Tournee

Toute une soirée dans la petite municipalité de Dunham. Le 30 mai, cette petite ville de l’Estrie accueillait une soirée rock digne de ce nom avec Heat, Solids, Dany Placard, Le Trouble et Galaxie! Tous ses noms seront faire taire certaines mauvaises langues qui pourraient dire que le rock est mort au Québec. Ne pouvant prévoir la météo, l’organisation a eu quelques surprises une fois le moment venu. Retour sur une soirée que je ne suis pas prêt d’oublier.

Heat au festival Hops & Rock - photo par Matthieu Paquet-Chabot
Heat au festival Hops & Rock – photo par Matthieu Paquet-Chabot

Il est 18h00 et la prestation de Heat n’est toujours pas commencée. Pourquoi? C’est dû à un orage qui a retardé les tests de son dans l’après-midi me dit un technicien de scène. Le parterre du site parle tout seul : il y a plusieurs endroits ensevelis d’eau et de nombreux sentiers boiteux. C’est donc près de trente minutes plus tard que les quatre membres du groupe montréalais ont foulé la scène du festival. Enchaînant les sept pièces de leur EP Rooms, le groupe est plutôt statique et peu enthousiaste, comme le public. Par contre, l’indie-rock du quatuor est très intéressant sur album. Peut-être l’endroit était-il mal choisi pour bien comprendre la musique de ce groupe. Une performance correcte, mais sans plus.

Solids au festival Hops & Rock - photo par Matthieu Paquet-Chabot
Solids au festival Hops & Rock – photo par Matthieu Paquet-Chabot

Une heure plus tard, soit 15 minutes après Heat, le groupe montréalais Solids prend d’assaut la scène du Hops & Rock. Le duo amène avec lui un troisième membre : la pluie. Un déluge hallucinant s’abat sur Dunham, mais cela n’affecte en rien l’excellente performance de Xavier Germain Poitras (guitare et voix) ainsi que celle de Louis Guillemette (batterie et voix). Le duo nous livre une excellente dose de rock, parfois très punk, d’une façon très agréable. Les instruments sont à l’honneur, plus que la voix. Leur dernier album, Blame Confusion, paru en 2014, a reçu des critiques des plus favorables partout dans le monde. Après 45 minutes de rock intense et de pluie battante, le duo se retire en beauté, avec les applaudissements de la foule et quelques mosh-pit dans la bouette. Avant de quitter, le batteur salue sa mère, qui est présente au concert pour vendre des chandails à la table de marchandise. Ce fut un moment cocasse et agréable qui a su en faire rire plus d’un. Les sourires sont plus que visibles sur les visages des artistes et du public. Mission accomplie pour le duo montréalais.

C’est après la performance de Solids que les choses se gâtent. La pluie s’intensifie, les orages débutent et les techniciens en ont plein la tête. Il est 20h10 à ce moment-là. Après quelque temps de réflexion des organisateurs, à 20h30, la nouvelle est tombée : les concerts sont déplacés à l’intérieure du Pub de la brasserie Dunham. L’organisation, avec l’aide de l’équipe de Dany Placard, s’active pour faire profiter les spectateurs des concerts sans occasionner trop de retards. À ce moment précis, le concert de GALAXIE est sur la glace. L’équipe d’Olivier Langevin s’affaire a trouver une solution.

Il est 21h00, le pub est rempli, Dany Placard et ses trois musiciens débutent le concert. L’énergie est magnifique et le chanteur est en forme. D’emblée, il demande une bière et entame Chanson Populaire. Le public est conquis dès le départ et l’ambiance est festive. Le public danse et chante avec Placard. Avant de chanter la pièce titre de son dernier album Santa Maria, Dany Placard lève son verre à l’organisation du festival ainsi qu’au public. Il lance, d’un ton vif et fier : Salut tout le monde! Longue vie au festival Hops & Rock! Le public est conquis… mais ne sais pas ce qui se trame en coulisse.

En effet, parti prendre l’air pendant quelques secondes, je croise l’équipe de Galaxie en discussion avec le festival. Sans en dévoiler trop, il est impossible pour le groupe de jouer à l’intérieur du pub ce soir-là. Il se voit donc contraint de remettre le concert à plus tard.

Je quitte les lieux quelque temps après, sans avoir pu voir Le Trouble, qui est monté sur scène une heure plus tard au Pub. Malgré la météo, j’aimerais souligner l’excellent travail de l’organisation du festival Hops & Rock. Ce ne fut pas une journée facile, mais je garde d’excellents souvenirs de ce magnifique festival. Les fondateurs du festival sont des passionnées, des gens près de leur public. Les décisions ne furent pas faciles, mais elles se devaient d’être prises. Je lève mon chapeau à ce magnifique festival qu’est le Hops & Rock. Merci beaucoup de m’avoir accueilli dans votre coin de pays et au plaisir de se revoir l’an prochain… ou encore cet été pour la reprise du concert de Galaxie!

La tournée des festivals 2015 d’écoutedonc.ca est officiellement commencée! Elle se poursuit la semaine prochaine avec le festival torontois Field Trip qui sera couvert par Jacques!

Vous avez manqué le Hops & Rock et vous désirez revoir un des groupes? Voici une petite liste des occasions qui vous sont offertes :

Heat sera de retour dans la ville de Québec le 17 juillet dans le cadre du Festival d’Été de Québec et la semaine suivant au Festif de Baie St-Paul.

Solids n’a aucun concert de prévu au Québec dans les mois à venir. Le duo sera, par contre, du Sappy Fest en août.

Dany Placard sillonnera les routes du Québec cet été. Aucun arrêt n’est prévu à Québec, mais il sera du Festivoix de Trois-Rivière et du Festif de Baie St-Paul.

Finalement, Galaxie sera sur les plaines en ouverture des Rolling Stones le 15 juillet prochain.

[ENTREVUE] Galaxie

C’est quelques heures avant leur spectacle complet à l’Impérial Bell qu’Olivier Langevin, chef de file du groupe Galaxie, nous a accueillis à bras ouverts entre deux tests de son pour répondre à nos questions. Leur plus récent opus, Zulu, est un succès critique et populaire de 2015 au Québec. Il s’est même mérité une note de 90% sur notre site web!

Galaxie Zulu (La meute)
Galaxie
Zulu (La meute)

En parlant de ce succès critique et populaire de Zulu, Olivier Langevin est comblé. Il est tellement content que le public ait apprécié cette oeuvre dans laquelle il a mis, avec ces collègues, beaucoup d’efforts. Un succès fort est aussi synonyme de plusieurs concerts. C’est un aspect qu’Olivier Langevin ne néglige pas. Premièrement, monétairement, les concerts sont un bon moyen de soutenir les groupes. Ensuite, il y a la proximité des fans et la réaction de ces derniers aux compositions du groupe. Finalement, il affirme être un gars de studio avant tout, mais il faut bien équilibrer le tout. Seulement du studio, c’est négatif pour un artiste. Il faut aussi faire des concerts, et que le tout s’équilibre. Il est donc très heureux d’être sur la route avec ses comparses de Galaxie en 2015.

Nous avons ensuite abordé le sujet de la pause entre les deux albums (Tigre et Diesel, leur précédent opus est paru en 2011). Olivier Langevin affirme que cette pause a été bénéfique pour que tous puissent se concentrer sur des projets parallèles. Il était, par contre, très clair pour tous les membres que Galaxie n’était pas fini. Ils attendaient le bon moment, et, en 2014, après quelques riffs de guitare ici et là, le moment était excellent. La machine est donc repartie, et Zulu est né, à notre plus grand bonheur.

Maintenant, qu’est-ce qui a influencé l’album? Un peu de tout, mais surtout du blues rock de style africain. En effet, Olivier Langevin, guitariste de la formation, écoutait beaucoup la musique du musicien malien Ali Farka lors de la création de l’album. Il dit ne pas être un énorme fan, mais que les rythmes du chanteur lui ont vraiment inspiré quelque chose. C’est de là que la sonorité africaine est tirée. L’Afrique n’a pas été le seul genre musical dans les oreilles du guitariste. En plus de Farka, l’inspiration est venue de groupe tel que Avi Buffalo, St.Vincent et Ty Segall. Ce dernier a particulièrement été influent lors du processus créatif.

Pourquoi le blues? La réponse est simple selon Langevin. Tous les artistes rock sont, inévitablement, un jour au l’autre, inspirés par le blues traditionnel. Certains groupes seront touchés par ce genre sans le savoir, mais les racines du rock viennent du blues. Il ne faut pas renier ses racines, et c’est dans cette optique que Galaxie a travaillé sur Zulu.

Galaxie Tigre et Diesel (la meute)
Galaxie
Tigre et Diesel (la meute)

Après avoir fait le tour du dernier opus, nous avons fait un retour en arrière, en 2011. Il y à quatre ans, le groupe était sur la scène du prestigieux prix Polaris. L’album Tigre et Diesel a été finaliste du prix Polaris, et Olivier Langevin en est très fier. Lorsqu’il a appris la nouvelle, il était choyé et enchanté. Par contre, il nous parle beaucoup plus du concert en soi. Il a de très bons souvenirs de cette soirée de concerts à Toronto. Il a adoré prendre part au concert et considère le prix Polaris comme étant un «un très beau concours». Être sur la même scène qu’Arcade Fire et Timber Tibre, c’est difficile à oublier. Malgré le fait que The Suburbs ait remporté le prestigieux prix, Galaxie est conscient que la visibilité de l’événement a été profitable pour eux. Au Canada anglais, à Montréal et dans les médias, le groupe a acquis une renommée incroyable et une belle visibilité. Par contre, en région, le prix étant moins connu, Galaxie n’a pas ressenti un grand engouement.

Étant à quelques heures du spectacle, et finissant un test de son incroyablement fort (et oui, j’avais oublié mes bouchons), nous avons discuté de Galaxie sur scène. Le guitariste décrit la performance du groupe comme étant «torride et dynamique». Il y a des lasers, des effets scéniques et des musiciens incroyablement motivés et contents de performer devant leurs fans.

Qu’est-ce qui s’en vient pour Galaxie post-Zulu? Des concerts, c’est certain. Le groupe a encore un calendrier de spectacles bien garni, avec beaucoup de surprises encore non dévoilées. Il n’y a pas d’album de Galaxie de prévu pour le moment afin de faire suite à Zulu. Étant très évasif sur le sujet, le principal intéressé a quand même mentionné que divers projets parallèles de certains membres du groupe seraient actifs dans les années a venir. Ne pouvant en dire plus, il faudra attendre et voir ce qu’ils nous réservent.

Finalement, ce fut une entrevue très agréable avec un Olivier Langevin très excité d’être en concert dans la ville de Québec. Vous n’étiez pas à l’Impérial Bell et vous vous demandez comment c’est déroulé le concert de Galaxie ? Lisez le compte-rendu du collègue Jacques Boivin juste ici.