Timber Timbre (+Organ Mood et Gaspard Eden) – L’Impérial, 19 novembre 2017

Timber Timbre – Photo : Jacques Boivin

Timber Timbre était déjà de retour à Québec après un passage au Cercle l’automne dernier, mais cette fois pour nous présenter son nouvel album Sincerely, Future Pollution. Le groupe habitué au Cercle ou au théâtre du Petit-Champlain allait-il faire courir une foule deux fois plus imposante? La réponse est oui et le mystère d’une popularité exponentielle soudaine a encore frappé, l’ambiance étant fort agréable pour cette audacieuse Nuit FEQ. C’est la pièce titre qui a ouvert cette performance sans artifice qui laisse une place prépondérante à la musique. Rapidement les nouvelles pièces comme Velvet Glove & Spit ou Moment ont prouvé la tangente beaucoup plus sensuelle qu’a prise la musique de Timber Timbre. Que dire de l’incroyable Hot Dreams sur laquelle Christophe Lamarche-Ledoux, de la formation Organ Mood, est venu ajouter l’indispensable solo de saxophone! Plus tard, l’ancienne Magic Arrow a été présentée dans un habillage beaucoup plus rock que folk, une efficace évolution ajoutant même une couche inquiétante de claviers à cette chanson issue du disque éponyme du groupe sorti dix ans plus tôt. Un autre moment fort de la soirée fut assurément l’enchainement des nouvelles pièces Grifting et Bleu nuit (avec en prime une autre présence de Lamarche au saxophone).

Si initialement le projet semblait être un truc plutôt solitaire, Kirk a bâti au fil des albums un solide groupe autour de lui et du guitariste Simon Trottier. Maintenant, autant le batteur Mark Wheaton que Trottier ou le claviériste Mathieu Charbonneau (ces deux derniers étant aussi musiciens de tournée pour Avec Pas d’Casque) supportent ce projet qui est résolument une affaire de gang. Au rappel, on a eu droit à la première pièce francophone du groupe: Les égouts. Tout ça s’est terminé fabuleusement bien avec les pièces revampées I Get Low et Trouble Comes Knocking, point d’orgue a une performance inspirante et exécutée à merveille. Comparativement à la performance timide, mais agréable du dimanche midi au Festif! sur le quai de Baie-Saint-Paul, Timber Timbre a livré un magistral concert dans une configuration qui sied beaucoup mieux à sa musique sombre.

En ouverture de soirée Gaspard Eden a présenté avec de nombreux musiciens son rock puisant souvent dans des inspirations grunge devant une foule attentive, mais discrète. Si musicalement la performance était impeccable, les rares interactions avec la foule étaient parfois maladroites. Ensuite c’est le duo Organ Mood qui est venu présenter sa performance peu orthodoxe au milieu de la foule. Il y avait ces projections acétates sur un immense écran qui couvrait l’entièreté de la scène, puis cette musique surtout instrumentale et très cinématographique qui a envoûté la foule rassemblée à l’Impérial. J’en aurais pris plus tant leur musique est efficace et envoutante.

[ALBUM] Timber Timbre – «Sincerely, Future Pollution»

Taylor Kirk, le compositeur derrière le projet Timber Timbre, nous a habitués à enrichir ses sonorités au fil des albums. Il faut dire que s’il jouait quasi solo sur ses trois premiers disques, tout ça s’est transformé en projet à géométrie variable formant un solide noyau avec le multi-instrumentiste Simon Trottier (Fontarabie, Avec Pas d’Casque) et le claviériste Mathieu Charbonneau (Avec Pas d’Casque, The Luyas et Torngat). S’ils en sont déjà à leur troisième album ensemble, c’est le premier sur lequel ils font un virage important. Les guitares aux accents désertiques font place à des sonorités plus urbaines; on nous transporte tantôt au coeur d’une ville en déchéance, tantôt dans un petit village glauque. La musique prend une teinte très eighties et tend, avec les mélodies sombres de Kirk, à évoquer l’univers de David Lynch, en particulier la musique d’Angelo Badalamenti pour Twin Peaks.

La pièce d’ouverture, aussi premier extrait de l’album, Velvet Gloves & Spit, est un parfait exemple de cette atmosphère. Ensuite, la très « Bowiesque » Grifting est une réussite, avec sa ligne de clavier à contretemps. Musicalement c’est ce qui s’éloigne le plus du son habituel de Timber Timbre; mais c’est bien incarné et la pièce donne un souffle à l’album. L’instrumentale Skin Tone et la pièce Moment nous replongent dans l’esthétique des années 80, avec en prime une voix robotique qui vient appuyer l’accrocheur refrain. Je saisis mal l’amour que porte de nombreux créateurs actuels pour cette période sombre de la musique (je dis ça malgré l’avénement essentiel de Jesus & Mary Chain, Pixies et Joy Division, entre autres), mais je dois admettre que Timber Timbre le fait plutôt bien et que ça injecte une certaine fraîcheur dans le projet. Les moments les plus forts surviennent en milieu de parcours, d’abord avec la langoureuse Sewer Blues, puis surtout avec Western Questions, qui est possiblement le morceau le plus proche du son habituel du groupe. Si l’effet vocal sur la pièce Moment fonctionne bien, la pièce Bleu Nuit, malgré sa musique irrésistiblement dramatique, peut rendre perplexe par l’utilisation agressive d’un filtre sur la voix du chanteur.

Côté paroles, on sent une désillusion poétique face à l’état du monde actuel et aux chances de s’en sortir. Ce n’est pas particulièrement optimiste, mais ça semblait nécessaire et c’est cohérent tant l’écriture ne semble pas forcée. Dans Western Questions, cette tendance à la poésie politique est particulièrement criante :

Western questions, villages moving, the visitor sailing in

Drifters, grifters, spanning sifters looking for a flash in the pan

International witness protection through mass migration

The imminent surrender of land

Tucked in safety at the counter of a luxury liner with a noose in my hand

Au final, l’amateur fidèle se retrouve avec un album qui présente une nette évolution dans le son du groupe. Le mélomane le plus récalcitrant réussira aussi probablement à apprécier le clavier cheesy grâce au son qui s’inscrit dans un univers plus sombre et inquiétant. D’ailleurs, impossible de passer sous silence la puissance évocatrice du titre : Sincerely, Future Pollution. Wow!