[ENTREVUE] Ludovic Alarie

Il y a trois ans, Ludovic Alarie présentait un bouquet de chansons fragiles et magnifiques sur son premier album éponyme. Ses compositions baignent dans un folk riche mélodiquement et teinté par de brillantes collaborations avec entre autres Adèle Trottier-Rivard et Warren Spicer qui officie habituellement au sein de Plants & Animals. Alarie récidive avec L’appartement, son deuxième album solo enregistré par le même trio, mais de façon différente. Nous en avons donc profité pour discuter avec le principal intéressé du processus créatif entourant cette nouvelle parution.

Une approche nouvelle

Ludovic mentionne d’emblée qu’il s’est présenté à la session d’enregistrement avec des progressions d’accords qui lui permettraient d’improviser en studio avec les musiciens. « Souvent on a gardé la première « take »; quand je crée quelque chose, je trouve que la première fois que tu le joues reste la plus unique et souvent la meilleure. » C’est avec Adèle et Warren que Ludovic peaufine les arrangements; les deux sont donc très présents sur l’album. « Il y a toujours deux guitares sur les pièces, l’une c’est moi, l’autre c’est Warren. On a pas mal les mêmes goûts et les mêmes références. On n’a pas besoin de trop en parler, quand on joue ça vient naturellement. » Une place beaucoup plus importante a été laissée aux claviers et c’est lors des sessions initiales que ces textures construites autour d’échantillons vocaux ont été trouvées. Puisque les pièces ont été bâties sur des improvisations instrumentales, on retrouve beaucoup de passages sans paroles sur la version finale du disque, dont 3 courtes pièces entièrement instrumentales.

Un peu de lumière

Lorsque je lui fais remarquer que le début de l’album est plus lumineux que ce à quoi il nous avait habitués, il poursuit: « Les trois premières pièces n’étaient pas supposées être sur l’album. On les a montées entièrement en studio. C’est un peu un hasard [ce côté plus lumineux]. Ce sont de belles surprises qui peuvent arriver en studio. »

À l’image de la pièce Mon Tendre sur le premier album, Sang-Froid se retrouve dans deux incarnations différentes sur l’album. « Je trouvais que la version avec le band était trop rapide, j’ai donc refait une autre version que je trouvais finalement trop lente. Comme les deux versions sont différentes, j’ai décidé de mettre les deux. Ça faisait aussi un petit clin d’oeil au premier disque. »

L’album a donc été enregistré sur 3-4 jours avec la participation de musiciens supplémentaires, dont le bassiste Mishka Stein (Patrick Watson) et le batteur Matthew Woodley (Plants & Animals). Après ces sessions d’enregistrement, Ludovic a passé environ 3 mois à ajouter des paroles et à enrichir les pièces en ajoutant des « overdubs ». On pourrait croire qu’il est quelque peu angoissant de n’avoir que quelques jours pour créer un album, mais Ludovic se montre plutôt zen: « Le fait que je sois avec des musiciens que j’adore et que j’admire facilite beaucoup cet aspect ».

 Questionnaire musical en vrac:

Quelle est ta façon favorite d’écouter de la musique?

Quand je m’endors.

Quelle serait la chanson parfaite pour un roadtrip?

 Attends, il y en a plein… Jim Cain de Bill Callahan.

Quel est ton disque favori de 2016?

 Le meilleur disque de 2016 c’est David Bowie, mais l’artiste que j’ai le plus écouté en 2016 c’est Sun Kil Moon. J’aime beaucoup les artistes où tu peux choisir quelle période tu veux écouter et ensuite écouter un album plus ancien et retrouver ce que tu aimes de l’artiste malgré l’évolution.

Si tu pouvais choisir un artiste qui sortirait un album en 2017 quel serait-il?

 Je sais que Sun Kil Moon sort un album double bientôt, j’ai très hâte. Sinon il y a Bill Callahan qui serait dû pour un album.

As-tu des goûts musicaux que tu assumes moins?

 Non, j’écoute beaucoup de R&B et de Hip-Hop dans les dernières années, mais ce n’est pas quelque chose que j’assume moins… C’est juste différent de ma musique.

Te rappelles-tu du premier concert marquant que tu as vu dans ta vie?

 Oui, c’était Malajube au Club Soda. J’avais vu The Police la veille au Centre Bell. Le lendemain c’était le show de Malajube et j’en revenais pas comment j’étais proche de la scène. Ça m’avait marqué l’énergie dans une petite salle.

Si tu pouvais revenir en arrière et vivre n’importe quel show dans l’histoire, qu’est-ce que tu choisirais?

C’est quoi le show que j’aimerais voir? Attends, il faut que j’y pense 2 secondes… [longue hésitation] Je sais vraiment pas… sûrement un show de Neil Young dans les années 70. Il y a le live at Massey Hall qui est vraiment bon, il est seul avec sa guit acoustique.

Ludovic Alarie, L’appartement sort aujourd’hui, le 27 janvier, sur Coyote records.

[ENTREVUE] Plants & Animals

Nicolas Basque est un guitariste montréalais officiant dans la formation rock Plants & Animals avec le chanteur Warren Spicer et le batteur Matthew Woodley. Si la formation a enchainé les parutions à un rythme soutenu lors de ses premières années, il y a maintenant 4 ans qu’ils ont gracié les mélomanes d’un nouveau disque. Celui-ci, Waltzed in from the rumbling, paraîtra sur Secret City Record dès le 29 avril prochain. Entre temps, j’ai eu la chance de m’entretenir avec Basque au sujet de l’album, de la tournée à venir, mais aussi des différentes collaborations qui ont ponctué les récentes années. 

(Photos par Julien Baby-Cormier)

Plants & Animals
Nicolas Basque
Dès les premières secondes de l’entrevue, on ressent l’excitation autour de la sortie de ce nouveau disque. D’emblée, Nicolas confie que les premières réactions sont positives: «On a joué les pièces quelques fois en spectacle, les gens viennent nous voir pour nous dire qu’ils ont hâte d’entendre le disque, qu’ils ont aimé les tounes. Ça garde les gens captifs, c’est déjà un signe encourageant.» J’assitais d’ailleurs à l’un de ces spectacles de rodage au Morrin Centre en juin dernier et la performance des chansons, même parfois inachevées, m’avait laissé une impression fort positive.

Si le son de l’effort précédent, The end of that, était assez uniforme, le groupe a cette fois amalgamé plusieurs idées et plusieurs sonorités. Les deux albums précédents étaient issus de séances assez serrées où le groupe avait une idée claire de ce qu’il voulait. Cette fois, les séances furent espacées et beaucoup moins expéditives. La Fender Mustang de Basque et la douze cordes du chanteur Warren Spicer qui teignent l’univers assez acoustique de plusieurs chansons sont souvent accompagnées de piano, de synthétiseurs et aussi de violons. C’est Garbriel Ledoux, un jeune arrangeur que Spicer a rencontré en enregistrant l’album de Ludovic Alarie, qui a réalisé les arrangements de cordes pour l’album. Au sujet de l’album précédent qui avait reçu un accueil plus tiède, il ajoute: «Ce n’était pas une grande surprise, c’est un disque sur lequel il y a des trucs plutôt cool, mais aussi des chansons moins abouties qui collaient moins au son du groupe. Des fois lorsqu’on est assis entre deux chaises ça donne un résultat mitigé. C’est certain que ça nous a affecté; on souhaite toujours que ça fonctionne bien, mais en même temps on était un peu en réaction face aux disques précédents.»

Cette fois, les chansons ont eu le temps de mûrir. Les séances d’enregistrement étaient plus espacées et le groupe a pu tester ce qui fonctionnait en spectacle. «Ça ressemble plus à la façon dont on a fait le premier disque. On avait du temps devant nous. Notre but c’était de se créer un environnement parfait où on pouvait se renouveler, être créatif et trouver le meilleur de nous. On a choisi le luxe du temps pour pouvoir aller au fond des choses. On ne voulait pas avoir le sentiment qu’on aurait pu changer des trucs sur telle ou telle toune.» Ce processus a donc permis au groupe de livrer beaucoup de matériel lui permettant de faire des choix éclairés pour bien entourer les pièces maîtresses de l’album. Le matériel restant, dont une chanson très orchestrale arrangée par Ledoux, pourrait voir la lumière du jour éventuellement. Ce processus s’établit naturellement au sein du trio: «On est vraiment privilégié, on est plus comme une famille qu’un groupe, on se voit presque tous les jours», raconte Basque.

Le titre de cette nouvelle oeuvre, Waltzed in from rumbling évoque l’état d’être de quelqu’un qui continue à valser même si tout tremble autour de lui. À ce sujet Basque explique: «Il y a une image que Warren avait donnée qui représente bien l’album. Lorsque tu vois à l’aéroport 2 personnes qui se serrent dans leurs bras, il y a un mélange de tristesse et de joie; on ne sait pas trop si les personnes se retrouvent ou se séparent. (Le titre) c’est cet état d’entre-deux où malgré l’adversité, tu continues à danser.»

Questionné au sujet de son attachement à un nouveau morceau en particulier, il répond: «C’est souvent en jouant live qu’on découvre celles qu’on préfère, mais honnêtement, je pense que c’est la première fois que je termine un disque et que je suis fier de toutes les chansons. J’ai l’impression qu’on est allé au bout de ce qu’on voulait faire avec chacune d’elle. C’est sûr qu’une pièce comme « Stay » représente vraiment bien l’album.»

Ce luxe qu’est le temps a aussi permis à Basque de collaborer avec d’autres musiciens et le destin de ces multiples rencontres aura influencé l’approche de création. «J’ai fait beaucoup de musique de théâtre, puis il y a eu Philémon Cimon qui m’a approché avec Philippe Brault. Ça nourrit le processus de jouer avec d’autres gens et c’est bien de faire partie d’une communauté de musiciens. François Lafontaine, avec qui j’ai joué sur scène pour Marie-Pierre Arthur, est venu jouer sur deux pièces du disque; je lui faisais entendre des chansons, il trippait et c’était encourageant. Même si on prend les décisions à trois, on a eu beaucoup d’input de la part d’autres musiciens et c’était important. J’adore jouer avec d’autres gens, ça permet de découvrir un autre vocabulaire, d’autres façons de travailler. Avec Marie-Pierre, c’est vraiment une super gang de musiciens et Philémon c’est un genre de Jean Leloup qui est totalement lousse. Sur scène il faut rester sur le qui-vive, c’est vraiment le fun. Puis il y a Adèle Trottier-Rivard qui chante sur plusieurs pièces de l’album et qui nous accompagnera en tournée et c’est génial parce que c’est une super percussionniste et une super chanteuse. Ça amène une énergie nouvelle de l’intégrer aux concerts.» Le groupe part en tournée dans quelques semaines, mais il faudra attendre l’automne pour profiter des nouvelles pièces en concert. Un moyen d’arriver devant famille et amis avec un spectacle bien rodé. Bonne nouvelle pour nous, la formation est toujours une valeur sûre.

Questionnaire musical en vrac:

Quel disque représenterait le mieux ton adolescence?

J’écoutais beaucoup des trucs progressifs. Probablement Primus, l’album Sailing the seas of cheese.

Y a-t-il un disque qui a fait l’unanimité dans la van lors de la dernière tournée?

C’est difficile, ça fait longtemps, on était en France. On devait écouter du Serge Gainsbourg. L’homme à la tête de chou ou Histoire de Melody Nelson.

Est-ce qu’il y a un groupe avec qui tu aimerais partager la scène?

Il y en a plein, mais un avec qui nous avons joué il y a vraiment longtemps et avec qui j’aimerais performer à nouveau, c’est Wolf Parade. Ça a vraiment influencé comment on approche nos shows. À l’époque j’étais sceptique à leur sujet, mais ils m’ont marqué, c’est un des meilleurs groupes que j’ai vu live.

Quel serait un de tes albums québécois préférés?

Tout le band a beaucoup écouté Jaune de Jean-Pierre Ferland lorsqu’on a commencé à tourner. C’est un classique.

Est-ce qu’il y a un artiste pour qui tu es particulièrement fébrile de découvrir la nouvelle musique?

Je suis vraiment curieux d’entendre le nouveau PJ Harvey. Dans les dernières années, j’ai été très impressionné par le hip-hop aussi, Kendrick Lamar entre autres. C’est très créatif avec l’utilisation du jazz. Il est très inspirant.

Quel serait le meilleur spectacle que tu as vu dans ta vie?

En musique ou n’importe quoi? Parce qu’il y a un spectacle qui a changé ma vie, c’est Cabaret neige noire de Dominic Champagne dans lequel il y avait de la musique live. C’était au Rialto. J’étais allé seul autour de 16 ans et c’est après ce spectacle-là que j’ai décidé de faire de la musique pour gagner ma vie.

Finalement, quel serait ton dernier coup de coeur musical?

C’est plus expérimental, mais j’ai beaucoup aimé le dernier disque de Tim Hecker (Love Streams). Sinon Warren m’a parlé de Mauves. Leur prochain disque est réalisé par Emmanuel Éthier et chaque fois, il allait entendre le mix des chansons et il trippait. Il entendait ça dans le studio et il disait que c’était super excitant.

Waltzed in from the rumbling paraît le 29 avril, Plants and Animals sera en concert au Satyre de Trois-Rivières le 4 novembre, puis au Cercle le 11 novembre 2016.

Plants & Animals

 

[ALBUM] Katie Moore – «Fooled By The Fun»

Katie Moore - Fooled By The Fun (Club Roll)
Katie Moore – Fooled By The Fun (Club Roll)

Ce n’est pas si simple de choisir les mots justes pour décrire ce qu’on entend, ce qu’on ressent quand on écoute de la musique, tout en donnant au lecteur le goût de tendre l’oreille. D’habitude, pour se réconforter, on se cherche des points d’ancrage. Ça ressemble à qui? À quoi? Ça fait partie de quel courant musical? Pour comprendre, on a besoin de comparer, d’avoir des repères. Or, ce que j’espérais pour cette première « critique de disque », c’est faire le contraire. Oublier ces vieux réflexes. Et  j’ai trouvé, dans l’univers de l’auteure-compositrice-interprète montréalaise Katie Moore, exactement ce qu’il me fallait pour ça.

C’est par un beau et tranquille dimanche d’août que j’ai écouté Fooled By The Fun, son troisième album. Dès les premières notes de la pièce Leaving, on se retrouve chez elle, avec ses proches. Ce qu’on entend est si intime et libre qu’on oublie de chercher ailleurs quelque parenté musicale qui soit. Sa voix magnifique nous touche comme un vent chaud d’été caresse la peau. Paix, douceur, fragilité et simplicité.  Et on se sent tellement bien qu’on n’a qu’à fermer les yeux pour s’imaginer à Hudson, dans la maison de ses parents, là où elle a enregistré une partie des chansons de ce nouveau disque. «Tellement bien qu’on s’sent mal un p’tit brin», comme dirait Richard Desjardins.

Musicalement, la présence de complices de longue date n’est sûrement pas étrangère à ce sentiment de confort et de quiétude. Composée de talentueux musiciens montréalais – Warren C. Spicer (Plants and Animals, qui assure la réalisation de l’album), Andrew Horton (Notre Dame de Grass), Dave Payant (A Silver Mt Zion),  Mike O’Brien (Sin and Swoon), Josh Dolgin (Socalled), Simon Nakonechny, Patrice Agbouku (Islands), Jessica Moss (A Silver Mt Zion, qui a aussi conçu l’illustration de la pochette), Josh Zubot, Andrea Lauren, Angela Desveaux et Nic Basque (Plants and Animals) – la famille musicale de Katie Moore offre tout ce qu’il faut pour servir son timbre unique, ses mots pudiques et ses mélodies chatoyantes. Guitares acoustiques et électriques, violons, piano, Fender Rhodes, basse, batterie et riches harmonies vocales : tout arrive à point, au bon moment et avec une aisance telle qu’une ou deux prises ont suffi pour capturer ces beaux moments (à part les arrangements de cordes qui ont été ajoutés en studio).

C’est donc avec la même grâce que s’enchaînent les autres chansons de Moore (gros coup de cœur pour la pièce-titre et Talked All Night) et les judicieuses reprises de Tracy Chapman (émouvante Baby can I hold you) et de Françoise Hardy (Tu ressembles à tous ceux qui ont eu du chagrin, en duo avec Ariane Moffatt, toute en délicatesse). Cet album est certainement un des joyaux de la rentrée!

  • Katie a remporté le prix GAMIQ du « meilleur album country-folk » pour Montebello, paru en 2011, et le Prix de la chanson de la SOCAN pour le titre Wake Up Like This.
  • L’album Fooled By The Fun (Club Roll) sera disponible dès le 28 août.
  • Spectacle-lancement à Montréal, le 27 août, au Rialto.
  • Elle sera également en spectacle à Québec, le 8 octobre prochain, à l’Anti.