Mes albums préférés de 2012

10) Beth Orton – Sugaring Season

Le temps des sucres selon la Britannique maintenant installée dans le Nord-Ouest des États-Unis. Après une très, très longue absence, la grande blonde originaire de Norwich nous offre un album qui pourrait être qualifié, selon les clichés, d’album de la maturité. Qu’il semble loin, le temps où Orton mélangeait folk et électronique pour créer un genre qu’on a appelé folktronica! La quarantaine, le mariage, le petit gars (deuxième enfant d’Orton), tout ça, ça vous change une femme.

Beth Orton n’a pas beaucoup changé. Ses mélodies demeurent reconnaissables dans un genre qui a été envahi depuis le début des années 2000. Sa voix, avec juste ce qu’il faut d’usure, est toujours aussi résolument folk. Les rythmes n’ont pas changé, sauf qu’au lieu du synthétiseur, on retrouve un véritable batteur et un vrai (contre-)bassiste. Les claviers ont été remplacés par un piano, mais la fidèle guitare acoustique est toujours là.

La grande différence se trouve dans la nouvelle sérénité qu’Orton semble avoir trouvée. Elle ne porte plus le poids du monde sur ses épaules, et ça s’entend.

Something More Beautiful et Mystery sont deux des moments forts d’un album qui offre pourtant une belle constance sur le plan musical. Les points faibles sont rares. Même Call Me the Breeze, qui sort un peu du lot, fait taper du pied.

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9) Marina and the Diamonds – Electra-Heart

Pour ceux qui ne la connaissent pas, Marina Diamandis est une Galloise de 27 ans qui fait son petit bonhomme de chemin depuis 2005. Découverte par les médias britanniques à la fin de la dernière décennie, en même temps qu’Ellie Goulding, elle a lancé un premier album, The Family Jewels, qui lui a permis de montrer au monde sa voix particulière et son talent d’auteure-compositrice. Ses mélodies particulières, qui peuvent parfois sonner étranges, sont sa marque de commerce.

Les attentes étaient donc élevées pour le deuxième album de Diamandis, Electra-Heart, un album extrêmement ambitieux pour une jeune femme qui n’a pas encore tout à fait réussi à percer à l’extérieur des îles britanniques. Juxtaposant le rêve américain et la tragédie grecque (j’ai oublié de vous dire que Diamandis avait des origines grecques?), Electra Heart est l’histoire d’un personnage qui se veut l’antithèse totale de l’auteure, comme si l’ambition avait réussi à vider tout ce qu’il y avait de bon en elle alors que tout ce qu’elle voulait, c’était devenir la meilleure, la plus riche et la plus célèbre.

Le résultat? Un album inégal, mais extrêmement intrigant et souvent spectaculaire. Fascinant. C’est de la pop à la gomme-balloune, certes, mais ça se promène entre le pop-rock des années 1980 (Bubblegum Bitch), la grosse pompe de discothèque (jouissive Primadonna) et les ballades sirupeuses aux rythmes R n’ B (Starring Role).

On écoute autant pour les mélodies et les rythmes que pour la réflexion, qui semble simpliste, mais qui s’avère plutôt unique pour un album pop.

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8) Bernard Adamus – Numéro 2

Son premier album, Brun, apportait comme un vent de fraîcheur à un paysage folk québécois propret. Pas que Bernard Adamus soit un méchant bougre, bien au contraire. Mais sa musique a toujours senti le fond de bouteille dans lequel on aurait jeté quelques mégots. Un folk-blues sale et mal léché de gars qui ne travaillait que pendant le temps des fêtes pour vendre des sapins de Noël aux New Yorkais. Pas besoin de vous dire la suite : le gars a vendu pas mal de galettes, on le reconnaît maintenant partout et quand il a annoncé que son deuxième album, Numéro 2, s’en venait, les attentes étaient élevées, même si en même temps, on se disait qu’il y arriverait pas.

Comment peux-tu chanter du meilleur blues quand t’es rendu célèbre?

Ben Adamus a réussi l’exploit. Numéro 2 reprend là où Brun nous avait laissés. Oh, bien sûr, les moyens se sont améliorés. Ça n’a plus l’air d’avoir été enregistré dans un garde-robe. Les chansons sont parfois moins tristes. Mais ça reste du christie de bon folk-blues chanté avec les mots de tous les jours. Et s’il a moins d’histoires tristes à raconter à son propre sujet, il lui en reste en masse à raconter à la troisième personne, comme en témoigne la superbe Le scotch goûte le vent.

Un de mes trois albums francophones préférés cette année.

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7) Beach House – Bloom

Oui, Bloom ressemble beaucoup à Teen Dream, l’album précédent du groupe de Baltimore. Teen Dream ressemblait lui-même beaucoup aux albums précédents. C’est simple, Beach House ne fait pas dans l’expérimentation. On a trouvé un son unique, on le garde, on le peaufine, on le perfectionne.

Alors, oui, Bloom est le meilleur album de Beach House. On appréciera particulièrement la simplicité des arrangements et le côté minimaliste de cette pop atmosphérique qui nous fait voyager avec peu de moyens.

Troublemaker et Myth ont tourné sans arrêt dans mon baladeur.

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6) Marie-Pierre Arthur – Aux alentours

Après avoir enregistré un premier album qui l’a fait remarquer, Marie-Pierre Arthur (qui a joué de la basse avec Mara Tremblay et Ariane Moffatt, entre autres) nous a offert cette année un deuxième opus intitulé Aux alentours.

Aux alentours, c’est un album qui respire le printemps, qui ramène à la vie les natures mortes. La bassiste-auteure-compositrice-interprète a choisi la lumière même dans les moments les plus difficiles. On a l’impression d’écouter une version féminine (et jeune) de George Harrison, qui n’aurait vraiment pas détesté, surtout Pour une fois, qui prend des airs de My Sweet Lord. Ajoutons quelques accents gospel (All Right, Emmène-moi) et on comprendra que cet album est probablement un cadeau approprié pour toute personne qui déprime (si c’est le cas, achevez-la avec Chanson pour toi).

Avertissement : l’écoute de cet album constitue une source importante de vitamine D.

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5) Metric – Synthetica

Des albums que j’ai écoutés de bout en bout cette année, il n’y en a pas beaucoup. Des groupes que j’ai vus en spectacle trois fois cette année, il n’y en a que deux, dont celui-ci (en fait, j’ai vu tous les artistes de mon top 5 en spectacle). Je suis un gros fan de Metric et peut-être que ma garde baisse un peu quand il s’agit de ce groupe originaire de Toronto, peut-être que je perds la tête quand je regarde Emily Haines mange son micro pour le plaisir de tous, mais cet album, pour moi, c’est du bonbon.

Tout en constituant la suite logique de Fantasies, l’album qui les a propulsés sur des sommets que peu de groupes pop canadiens ont la chance d’atteindre, Synthetica est en quelque sorte un retour aux sources, aux paroles un peu plus engagées sur des musiques rythmées. Là où les mélodies de Fantasies étaient plus que conventionnelles, quoique très jolies, elles reprennent leurs airs propres à Metric. Les refrains sont engageants et forment parfois un appel immanquable à taper du pied, à hocher de la tête et à s’époumoner.

La voix d’Emily Haines n’a toujours rien de particulier, mais elle est encore tout à fait juste et accompagne parfaitement bien ses synthés omniprésents, et la guitare de James Shaw, qui montre encore une fois qu’il fait partie des bons guitaristes au pays. Breathing Underwater est une superbe chanson de power pop. Lost Kitten est aussi sexy qu’Haines sur scène. La pièce-titre a un petit côté new wave loin d’être déplaisant.

Même s’il n’ajoute absolument rien à la pièce, Lou Reed, qui venait tout juste de démolir la réputation de Metallica, ne fait aucun tort à The Wanderlust. Au pire, on se demande pourquoi Haines, Shaw et cie sont allés le chercher.

Même si ce n’est pas encore ZE album du groupe, on sent qu’Haines, Shaw et cie s’y approchent. Ils veulent tellement être des supervedettes, j’ai confiance qu’ils vont finir par sortir l’album qui leur permettra de remplir tous les arénas qu’ils veulent.

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4) The xx – Coexist

Si leur premier album a surpris et charmé toute la scène indé, le deuxième confirme le talent de ces jeunes Britanniques qui réussissent énormément avec presque trois fois rien.

Les deux voix graves de Romy Madley Croft et d’Oliver Sim se complètent toujours aussi bien. Derrière eux, Jamie Smith (Jamie xx) s’occupe du rythme et parfois des synthés (qui sont épurés à l’extrême).

Si tout fonctionne si bien avec The xx, c’est que le groupe réussit, sans aucun artifice, à transmettre toute une gamme d’émotions. Comme d’autres artistes figurant dans cette liste, The xx sont des inventeurs d’univers et ceux-ci sont uniques par leur dépouillement.

L’album était attendu. Il n’a vraiment pas déçu.

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3) Patrick Watson – Adventures in your Own Backyard

Tiens, parlant de créateurs d’univers, voici les maîtres dans cet art. Écouter Patrick Watson, c’est toujours avoir la chair de poule, la larme à l’oeil, la gorge serrée, le sourire béat en écoutant simplement de la musique. Avec quelques instruments, une mélodie, une voix unique qui vient du coeur et de l’âme, Patrick Watson, le leader du groupe du même nom, nous emmène en voyage. Nous y sommes habitués, Wooden Arms constituait déjà une grande réussite en la matière et Closer to Paradise a même remporté le Polaris du meilleur album canadien en 2007.

Cette fois-ci, il marie les cordes et les cuivres, joue les mariachis, nous envoûte avec un seul piano et sa voix, invite l’épouse de son guitariste (Erika Angell, de Thus:Owls) à marier sa voix à la sienne (match parfait, en passant) et à chanter sur une des belles chansons que vous entendrez de votre vie. Into Giants que cette chanson s’appelle.

Adventures in your Own Backyard est un album d’une grande beauté qu’on écoute encore et encore pour la gamme d’émotions qu’il suscite, ou si vous avez moins de coeur, tout simplement pour la maudite bonne musique qu’il contient.

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2) Kathleen Edwards – Voyageur

On savait Kathleen Edwards capable de faire de bons albums. On savait que Justin Vernon (M. Bon Iver et M. Kathleen Edwards) était capable, comme réalisateur, de tirer le meilleur de ses ouailles. Qu’arrive-t-il quand Vernon coréalise le petit dernier de la rouquine ottavienne? Ça donne un méchant bon disque de folk-pop indé presque parfait, qui s’écoute en boucle en roadtrip.

Que ce soit avec le petit rock d’Empty Threat, de Change the Sheets (deux pièces qui sentent le changement), de Sidecar et de Mint, ou avec le folk atmosphérique de Chameleon/Comedian (superbe chanson, une des rares où on sent la présence de Vernon), Edwards fait mouche. Dans les morceaux plus doux, Pink Champagne a tout juste ce qu’il faut d’émotion pour donner la chair de poule.

Je relis ma critique du début de l’année. J’avais beaucoup aimé. Mais l’album n’a cessé de tourner dans mon baladeur, contrairement à beaucoup d’autres qui n’ont fait que passer. Chacune des écoutes m’a fait apprécier un peu plus cet album qui ne réinvente rien, mais qui fait extrêmement bien son travail.

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1) Avec pas d’casque – Astronomie

Le country-folk de Stéphane Lafleur et ses compères ne m’avait jamais vraiment attiré. Jusqu’à ce qu’il décide, lui aussi, de devenir un de ces constructeurs d’univers dont je parle. Astronomie dépasse le country-folk de ses prédécesseurs. Oui, il reste encore les histoires colorées de Lafleur, un excellent conteur. Mais avec Astronomie, Avec pas d’casque va beaucoup plus loin. Quand j’écoute une pièce comme Talent, je me ferme les yeux et je me laisse transporter par la musique.

On peut aussi se laisser entraîner par la montée imparable de La journée qui s’en vient est flambant neuve. La perfection dure 4 minutes 47 secondes et on en prendrait sans cesse.

Même les chansons plus conventionnelles et country-folk (Veiller le feu ou Les oiseaux faussent aussi, par exemple) se laissent déguster une mesure à la fois.

Un album québécois en français s’est rarement comparé aussi avantageusement à ce que les anglo-saxons nous ont offert au cours de l’année. Astronomie y arrive avec ses chansons simples et complexes à la fois, ses mélodies douces, ses paroles colorées et sa douce mélancolie, sans oublier une petite dose d’expérimentation qui fait d’Avec pas d’casque un groupe parmi les plus intéressants au Québec.

Il sera intéressant d’écouter le EP dont la sortie est prévue cet hiver, question de voir par où Lafleur et ses comparses s’en vont. En attendant, Astronomie reste dans ma liste de lecture.

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Publié le
Catégorisé comme 2012

Par Jacques Boivin

Propriétaire, rédacteur en chef, rédacteur, correcteur et photographe.

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