[SPECTACLE] Corridor / Mauves / Absolutely Free, 22 Mai 2015

Rumeur est-il que nul n’a su faire une arrivée au Pantoum sans l’accompagnement crucial d’une exubérante fatigue, tournoyant d’une oreille a l’autre. Haut lieu de l’underground de Québec, l’infâme troisième étage sait accueillir, de ses plafonds hauts, mon inexorable mollesse. Je me fonds, plaxmol informe, devant les amplificateurs arrangés grossièrement sur scène, vulgaires soldats d’une guerre qui ne sera pas la leur. Et la guerre fut menée d’abord dans les tranchées par Corridor, qui glorieusement ont pris la scène en premier, tandis que je terminais quelques bières et quelques cafés.

Corridor
Corridor

Je ne cacherai pas mon amour fervent pour ce groupe de Montréal. J’en étais à ma quatrième expérience, et ce fut nettement la meilleure.  Arrivés pour présenter leur nouvel album, Le Voyage Éternel, les rockeurs slacko-psychédélique se sont armés de leurs plus belles guitares pour en mettre plein la vue à un Pantoum bien rempli. Enchaînant les pièces de leur petit bébé, ils étaient en contrôle presque parfait. Arpèges survoltés, rythmes motoriks, influences mathématiques et voix perdues dans la réverbération étaient au rendez-vous. Rappelant Women, Dories ou encore Viet Cong, sans l’élément punk ou encore Sonic Youth, mais avec des guitares plus « twinkly » (pour manque d’un meilleur terme), les montréalais bien habillés en ont mis plein la vue. Parlant de Sonic Youth, on a d’ailleurs eu droit à un immense jam no-wave et noisy qui a su réveiller mes neurones pour le reste de la soirée. Ça et le retour du vieux tube Oiseau, on cogne à la porte furent pour moi des moments de pure et joviale excitation.

Mauves
Mauves

Pour le deuxième groupe, Mauves, ma fatigue saoule avait enfin fait place à un sentiment survolté, propice aux expérimentations blues-psychédéliques du groupe local. Je dois encore être franc avec vous, le blues-rock me laisse très souvent de marbre, et j’avais certaines craintes avant le spectacle. N’ayant jamais vu Mauves live, et ayant eut vent de rumeurs comme quoi leur spectacle serait plus bluesy et plus rock que leurs délicats et merveilleux albums, je m’attendais à une certaine déception. Or, gloire au groupe local, je fus impressionné! Les rumeurs disaient vrai, le groupe a joué un spectacle tout en énergie, alliant solo de guitares parfaitement maîtrisés par le maître Alexandre Martel, voix délicates et à point, et que dire des sons, qui étaient toujours parfaits, expressifs et entièrement satisfaisants. Tout au long du spectacle, je n’ai eu aucun air de nostalgie pour leurs plus douces psychédélies, tant le spectacle était bien réussi. Qui sait, peut-être écouterais-je plus de blues, sans doute pas, mais je voudrai sans doute revoir Mauves et je voudrai assurément remercier notre monsieur squelette local et ses acolytes pour leur beau travail!

Absolutely Free
Absolutely Free

La soirée s’est terminée avec Absolutely Free, une découverte pour moi et sans doute pour plusieurs autres spectateurs. Et quelle découverte ce fut! Je m’en veut presque d’avoir utilisé toutes mes formulations emphatiques pour les autres groupes. Le trio donnait dans la musique psychédélique, rappelant les pièces plus rythmiques et les voix d’Animal Collective, mais dans un contexte plus sombre, plus introspectif, moins bruyant et brillant, mais tout aussi génial. Avec une forte référence aux groupes de l’ère Krautrock de l’allemagne, comme Neu, Can, Kraftwerk, Popol Vuh et compagnie. Le jeu polyrythmique entre la basse, parfois synthétique et parfois électrique, et les percussions menait tout droit à la transe. Groupe à formation flexible, ils alternaient souvent les rôles pour certaines pièces, avec le chanteur principal qui pouvait tout autant battre les rythmes que d’arranger des synthétiseurs planants, ou encore les deux à la fois. Un esprit musical impressionnant s’est vite établi, réussissant à faire apparaître improvisées et directes des pièces techniques et robotiquement mémorisées. Je me souviens avoir crié à l’impossible plusieurs fois pendant leur performance et d’être ressorti la mâchoire à quelques millimètres du plancher!

 

magnifiques photos: Marion Desjardins

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