[Saint-Roch Expérience] Compte rendu, jour 2

Une autre grosse soirée attendait les mélomanes de Québec vendredi alors que Saint-Roch Expérience battait son plein au centre-ville. Au menu : du folk, du hip-hop et du bon vieux rock. Ah, il y avait aussi un finaliste pour le prix Polaris! On vous raconte ça une salle à la fois.

Impérial Bell – François-Samuel Fortin

Hier soir était ma première participation au nouveau festival automnal proposé par 3E au centre-ville de Québec, Saint-Roch Expérience, dont le volet musical était fort prometteur avec sa panoplie de gros noms d’ici et d’ailleurs qui étaient appelés à fouler les planches de divers établissements de la basse-ville ainsi que celles d’une scène extérieure éventuellement. C’est sur l’Impérial que j’ai jeté mon dévolu, intrigué par la visite de Kaytranada, le producteur montréalais d’origine haïtienne qui a passé d’un beatmaker hip hop relativement prometteur, à un collaborateur d’Alaclair Ensemble puis à un gars qui chill avec des culturistes et enfin, à un petit gars de Montréal signé sur une des grosses étiquettes dans le genre indie, XL Recordings du Royaume-Uni, qui a accueilli au fil des ans deux projets de Thom Yorke (Atoms For Peace mais aussi le plus récent de Radiohead), Ratatat, Jungle, Adèle, The XX et Vampire Weekend, pour ne nommer que ceux là.

Lou Phelps
Lou Phelps

L’ascension fulgurante du jeune producteur est aussi liée à ses nombreuses collaborations avec des gens connus et moins connus, et celui qui était invité en première partie, Lou Phelps, a d’ailleurs déjà eu l’honneur de coucher sa voix sur des beats fournis par Kaytra.

Celui-ci a commencé avec une demie-heure de retard par rapport à l’heure anticipée et a finalement offert essentiellement un DJ set avec du rap sur deux morceaux, ce qui n’était pas tout à fait ce à quoi je m’attendais. La musique était souvent bien choisie, heureusement, mais parfois pas mal convenue aussi, jonglant avec le hip hop et le pop, de Kendrick Lamar et «All Right» en début de set à Michael Jackson avec toutes les déclinaisons intermédiaires. Des hits de pops un peu prévisibles étaient parfois mixés de manière un peu hasardeuses avec d’autres pièces et les transitions étaient à l’occasion plutôt rugueuses et sèches. L’artiste, sympathique et s’exprimant dans un français impeccable, a pris la parole remercié les gens puis interrogé la foule.

«Si vous le saviez pas, j’suis aussi un rapper. Est-ce que c’est chill si je fais un verse right now?». Oui c’est chill vas-y! C’était d’ailleurs un des premiers highlights du set, le second ayant aussi été offert par une prestation vocale de Phelps, cette fois sur une pièce qui devrait se retrouver sur le nouvel album de KNLO d’Alaclair Ensemble, prévu dans environ un mois sur Disques 7ième ciel. On passe ensuite de «Hotline Bling» de Drake à du gros gangsta rap grimy. Au final, c’est pas trop mal mais j’ai plutôt rapidement eu envie de voir la vraie chose et de justifier mon déplacement et l’investissement de mon temps et de mon énergie, et ce même si le set d’environ une heure était plutôt divertissant et truffé de bons « bangers ».

Kaytranada - Photo : Sébastien Dion/Saint-Roch Expérience
Kaytranada – Photo : Sébastien Dion/Saint-Roch Expérience

Après un bref entracte, ce fut au tour de celui qu’on vendait comme programme principal de prendre la scène et de faire danser les convives, au moins cinq fois plus nombreux à ce moment de la soirée qu’au début du set de Phelps, amorcé devant une soixantaine de personnes peut-être. Contrairement à Phelps, Kaytra est connu pour son propre répertoire et l’option DJ set devait ne pas en être une véritable. On est rapidement rassurés en entendant principalement des pièces de son excellent début sur XL , le très festif 99.9%. Quelques bugs techniques ont achoppé le déroulement de la soirée, le son lâchant carrément à quelques reprises ou alors des séquences s’interrompaient subitement pour forcer des transitions. Malgré ces détails et la nervosité qui s’en suivit, l’énergie et la bonne humeur sont revenues sur scène comme dans la foule et le bal a continué de plus belle. De superbes projections ornaient le fond de la scène, grâce à un écran de leds qui présentait diverses scènes de divers vidéos de l’artiste ou encore des animations basées sur l’imagerie de la couverture de son 99.9%. Kaytranada déjouait parfois la foule avec des tempos plus ralentis, rendant hommage à ses racines hip hop, comme c’est parfois le cas sur disque, avant de revenir à une formule beaucoup plus dansante. Beaucoup des titres entendus ne m’étaient pas tout à fait famliiers, certains devant être issus de collaborations un peu partout et d’autres semblaient carrément empruntées pour être insérées dans le set qui prenait parfois des allures de DJ set, mais avec un talent accru pour le mix. Les basses très très profondes envoûtent et les mouvements de bassin lascifs de l’assistance témoignent de l’appréciation générale, le volume un peu trop faible au début ayant atteint des niveaux tout à fait convenables éventuellement en cours de performance.

Parfois, les beats étaient sexys et groovys, et parfois plus tapageurs, la foule sautillait allègrement à plusieurs occasions, parfois au point qu’un sourd aurait facilement pu croire que les gens dansaient sur «Jump Around» même si musicalement on était à des lieues de la maison du pain.

Le single très dance «Lite Spots»  et celui plus hip hop de club «Glowed Up» ont égayé la foule une fois plus vers la fin de la performance, qui est finalement tombée autour de 23h15, après une bonne dose de grosses basses grasses et une leçon de mix par Kaytranada.

District Saint-Joseph – Julien Baby-Cormier

Helena Deland

Helena Deland
Helena Deland

C’est à Helena Deland que revenait l’honneur d’ouvrir cette deuxième soirée de St-Roch Expérience dans un Dictrict Saint-Joseph fort attentif. Sa présence en première partie de Mac Cormack était un choix tout à fait logique, ce dernier ayant participé à l’enregistrement et à la réalisation du EP Drawing Room paru début août. Deland nous a donc servi son doux folk mélancolique, livré avec assurance et sans prétention. Les musiciens l’accompagnant (Mathieu Bérubé à la guitare, Alexandre Larin à la basse et Francis Ledoux aux percussions) font un excellent travail pour soutenir et enrichir les ballades intemporelles de Deland. Les pièces Aix et Black Metal issues de son premier EP sont particulièrement solides. Cependant, sa proposition est encore un peu homogène et elle trouvera sans doute une façon de diversifier davantage l’aspect mélodique de ses chansons.

Jesse Mac Cormack

Jesse MacCormack
Jesse MacCormack

C’est en mode solo que Mac Cormack est apparu sur scène pour livrer deux pièces de son répertoire, d’abord avec une guitare basse à la main. Ce segment aurait pu être parfait si ce n’était d’une table turbulente qui n’était clairement pas là pour déguster le folk incisif de l’artiste. Ses trois musiciens sont ensuite venus charger la musique de Mac Cormack d’une bonne dose de décibels. After the glow, l’excellent nouveau Ep fraichement arrivé dans nos oreilles était à l’honneur. Gros coup de coeur pour la pièce Repeat, une énergique pièce rock qui bénéficie d’un changement de rythme intéressant à mi-parcours. Le quatuor a continué à délivrer son folk-rock, Jesse Mac Cormack repiquant souvent sa mélodie vocale à la guitare, une façon efficace d’ancrer sa musique dans nos cortex. C’était un bon environnement pour découvrir sa musique contrairement au parc de la francophonie cet été alors qu’il faisait la première partie d’Half Moon Run. Idée audacieuse par contre de répéter la même mesure pendant 5 bonnes minutes en fin de parcours. C’était un moyen d’attirer l’attention, mais aussi de s’aliéner certains spectateurs qui avaient hâte que la chanson ne se termine. Ça n’a pas empêché la foule de réclamer un rappel; le groupe venant clore cette belle soirée avec une dernière chanson. Reste à espérer qu’après 3 EP, un premier album complet saura attirer l’attention médiatique que Mac Cormack mérite.

L’Anti Bar et spectacles – Jacques Boivin

J’ai eu un peu peur quand je suis arrivé à L’Anti un peu avant 22 heures : il n’y avait presque personne! Heureusement, les gens sont arrivés petit à petit et on a pu savourer une fin de soirée rock à fond. Une tellement belle soirée que les deux bands ont réussi à me faire acheter deux beaux records!

UUBBUURRUU
UUBBUURRUU

Tout d’abord, UUBBUURRUU remplaçait Lubik presque à pied levé, ce dernier ayant dû annuler sa visite pour une petite urgence santé (tout le monde va bien, pas d’inquiétude). Le groupe de Montréal est peut-être un peu moins brutal que ses collègues abitibiens, mais le mélange garage/psychédélique proposé était sa-vou-reux. Ça fuzzait en masse tout en étant mélodique à fond. Sur le parterre, les hanches se laissaient aller, les pieds tapaient et les têtes hochaient joyeusement au rythme de la musique. Les quatre musiciens ont livré le tout (le tout étant les pièces de leur maxi Swamp Rituel) avec une énergie contagieuse.

Comme quoi on peut être pas propre et savoir ce qu’on fait.

The Damn Truth
The Damn Truth

Le temps de me commander une pinte et de prendre quelques gorgées, v’là Lee-La Baum et ses complices de The Damn Truth! Le trio (devenu quatuor avec l’ajout d’un nouveau bassiste) est venu nous présenter les chansons blues-rock de Devilish Folk, son dernier album lancé en juillet dernier qui ne réinvente pas le bouton à quatre trous, mais qui est absolument impeccable dans son exécution.

De toute façon, c’est sur scène que le groupe brille vraiment. Et pour briller, franchement, il brille. Le groupe n’a pas besoin d’effets spéciaux, on n’a qu’à regarder ses membres : une présence scénique bien assumée où la voix forte et sûre et la personnalité plus grande que nature de Lee-La se démarquent sans surprise. À la guitare, Tom Shemer y met toute la gomme, possédé par les dieux du rock. Dave Traina tapoche rageusement sa batterie. Et ce nouveau bassiste (dont je ne me souviens plus du nom, reporter indigne) n’est pas piqué des vers non plus!

Musicalement, la suite de coups de poing guitare-basse-drum-voix de feu nous travaille le corps. Ça bouge avec fougue sur le parterre. J’ai du mal à prendre mes photos. Si on pouvait inventer un dispositif de stabilisation d’image pour les photographes trop dedans, je serais preneur.

Je vais être honnête avec vous : j’espère que c’est la dernière fois que je vois The Damn Truth à L’Anti. J’espère qu’au cours de la prochaine année, un nombre grandissant de gens vont s’intéresser au groupe et envahir les salles de spectacle, et qu’à leur prochaine visite à Québec, on soit plusieurs centaines à danser tout en suant à grosses gouttes sur leur musique endiablée.

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