[SPECTACLE] Elephant Stone, Pure Carrière et Tracer Flare à l’Anti

Je me suis pointé à l’Anti mardi soir pour un concert qui s’annonçait fort intéressant: trois bands qui semblaient faire de la musique de qualité, si je me fie à leur bandcamp ou encore aux performances que j’avais déjà vues dans les second et troisième cas. La place, quelques minutes avant que le concert ne commence, était toutefois pratiquement déserte, alors que les mélomanes profitaient encore des derniers rayons de soleil sur l’agréable terrasse de la place. À un moment donné, je crois que c’est le bassiste de Tracer Flare, le groupe qui ouvrait la soirée, qui est venu sur la terrasse nous inviter à le suivre à l’intérieur, le groupe qui s’était déplacé de Montréal pour l’occasion trouvait à juste titre un peu déconcertant de jouer devant une salle vide, et a donc pris les devants pour rameuter l’assistance qui était bien peinarde et profitait du grand air jusqu’alors.

PURE CARRIÈRE (Crédit: Boubou Paquette)
TRACER FLARE (Crédit: Boubou Paquette)

À peine quelques minutes après que l’invitation fut lancée, les gens ont emboîté le pas au musicien et la performance a officiellement débuté. Leur musique semblait aux premiers abords relativement solide quoique pas tout à fait originale, mais la performance était comme mal assumée, oscillant entre des musiciens au beau fixe et un chanteur qui semblait se réveiller de temps à autre et tâcher de montrer qu’il avait du plaisir sur scène. Relativement timides dans leur présence scénique, les musiciens du groupe se montraient davantage efficaces et créatifs dans les portions instrumentales, alors que le vocal rendait la chose plus conventionnelle et diminuait le niveau de qualité générale, sans que des failles techniques précises soient à l’origine de la déconvenue du vocal. En fait, les styles empruntés étaient souvent juste pas très stimulants, on aurait envie de dénoter ses influences quelque part entre Creed, Muse et U2 (props à Boubou qui signe aussi les photos pour la comparaison un peu forte mais éclairante avec ces mal-aimés du rock), et mes impressions sur la performance oscillaient entre « c’est pas trop mal » à « je pense qu’ils tiennent quelque chose! » avant de retomber à « ça fait un peu pitié sur les bords ». Quant à la musique, le tout est très conventionnel et prévisible mais l’exécution en général assez soignée pour garder l’attention des gens sur place un minimum. Si on veut continuer avec la comparaison précédente, je dirais que parfois je trouvais que le guitariste avait un petit edge dans sa création, une twist intéressante, et parfois, je trouvais qu’il me faisait penser À The Edge. Certaines pièces procurent des moments musicaux plus intéressants, les lignes de basse sont généralement groovys et les synthés parfois vaporeux ajoutent une petite touche au son du groupe, qui prenait alors un déploiement plus progressif intéressant, mais qui reste autrement assez banal dans l’ensemble. Le chanteur, sans être spécialement mauvais, prend peut-être juste des grosses bouchées qu’il a ensuite de la difficulté à mastiquer: il n’a peut-être pas les moyens de ses ambitions et on s’en rend compte lors de quelques unes des envolées vocales dont était ponctué le set de Tracer Flare.

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JIM de PURE CARRIÈRE (Crédit: Boubou Paquette)

Le groupe suivant détonnait vraiment beaucoup avec le premier en plus d’être le seul de Québec dans le line-up de la soirée, et j’ai nommé Pure Carrière, le power trio pas mal ludique qui est récemment sorti des murs du Pantoum, entre autres lieux. Mené par un des hommes forts de la scène locale, Jean-Michel Letendre-Veilleux (Beat Sexü/La Fête), et complété par Samuel Gougoux (La Fête) à la batterie et Laurence Gauthier-Brown (Victime), le trio a offert la performance la plus dégourdie de la soirée. D’abord, ces jeunes étaient les seuls qui semblaient manifestement avoir du plaisir sur scène et s’amuser un peu à foutre le bordel, vêtus de leurs habits traditionnels chinois. Jim s’est rapidement retrouvé derrière le bar à jouer de la musique, en plus de s’adresser à la foule presque exclusivement en anglais pendant le set, ajoutant un côté comique qui était le bienvenue dans cette soirée autrement un peu fade. Heureusement, l’offre musicale déconstruite aux changements souvent abruptes et aux mélodies inusitée m’a permis d’être diverti et stimulé davantage que pendant ma première heure sur place. Les changements abrupts font souvent une place pour les vocaux fragiles et d’aspect négligés de Jim, expressifs et un tantinet désordonnés, le tout étant toutefois très bien assumé. À un certain point de la performance, le théâtre s’est invité sur scène, la pièce « Pop la pill » étant entre coupée de dialogues faits de banal et de surréel en parts et égales, peut-être partiellement improvisés. La musique du groupe est difficile à classer, assez variée tout en ayant une cohérence esthétique, et nous fait passer de moments plus conventionnels et enjoués à des moments vraiment plus champ gauche, le tout avec un bon dosage. On pouvait penser à Crabe par moments, mais ça devenait souvent plus imprévisible encore, ce qui n’est vraiment pas peu dire. C’est aussi beaucoup moins abrasif que Crabe, ce qui fait que ma comparaison est pas tout à fait bien avisée, mais j’en ai pas beaucoup d’autres en tête. Chose certaine, c’était de loin la proposition artistique la plus risquée et la plus originale de la soirée, ce qui, jumelé à l’absence de prétention du groupe, faisait quelque chose de beau à voir.

ELEPHANT STONE (Crédit: Boubou Paquette)
ELEPHANT STONE (Crédit: Boubou Paquette)

Après une autre brève intermission, le groupe en tête d’affiche d’origine montréalaise Elephant Stone a pris la scène pour donner un aperçu de leur répertoire rock-pop-psychédélique. Le début est un peu mal assumé, un espèce de malaise s’installe, le son connaît quelques ratés. Le choix des pièces par le groupe aussi était un peu décevant, eux qui se sont en général concentrés sur le matériel plus conventionnel et pop au lieu des pièces plus exploratoires et psychédéliques, mais même ces pièces plus banales proposent des transitions où l’inventivité du groupe est davantage mise à l’épreuve et à l’honneur. Le côté pop-rock-indie a toutefois dominé en général tout au long de la performance, homis pendant une pièce interprétée au sitare par Rishi Dhir, le frontman, chanteur et autrement bassiste du groupe. Le troisième titre, encore un peu pop, a quand même installé de belles ambiances festives qui ont délié quelques bassins qui s’agitaient timidement sur le rock groovy du groupe. On passe du jam au rock très clean et scripté, en couvrant au moins un peu les deux premiers albums du groupe et l’éventuel nouveau long-jeu qui s’enligne pour être plus pop et léché que les précédents qui l’étaient déjà parfois un peu trop. De brèves interruptions écorchent un peu le rythme de la soirée mais des excuses sont poliment demandées chaque fois par le chanteur qui semblait reconnaître qu’ils n’étaient pas en train d’offrir la performance de leur vie. S’ensuit une chanson à la rythmique presque hip hop au début, généralement très léchée et banale encore, mais qui évolue vers un jam plus rétro qui a fait appel aux talents de sitariste de Rishi Dhir, pour la seule fois du set malheureusement. En l’absence du sitare, la guitare douze cordes procurait juste assez d’exotisme pour que les pièces gardent un côté stimulant et pour que les ambiances sonores générées par le groupe deviennent intéressantes. Le vocal, pas mal toujours efficace et bien stylé, était beaucoup mieux intégré que dans les compositions du premier groupe, procurant à Rishi la palme du meilleur chanteur de la soirée, qui tirait bientôt à sa fin. Une brève interruption-réflexion sur la mort à l’ère 2.0 (et les situations auxquelles donnent à penser un like accordé à un status relatant un décès) a précédé une finale efficace et bien montée, qui a toutefois pris l’assistance par surprise lorsqu’elle s’est avérée être la dernière du show. Malgré que le peu de gens présents aient réclamé un rappel et que j’ai fait un bon canadien billingue de moi-même en criant « more sitar », le groupe n’a pas jugé bon de revenir sur scène en offrir un peu plus pour leur argent aux gens réunis sur place, qui ne se sont tus que lorsque les speakers du bar ont recommencé à cracher la musique d’ambiance, marquant définitivement la fin de cette performance.

La soirée, sans être un parfait désastre, s’est avérée assez décevante, mais heureusement que Pure Carrière était là pour brasser et pimenter un peu la sauce qui était autrement légèrement trop fade.

[SPECTACLE] Une soirée rock avec Rouge Pompier, Kamakazi, Les conards à l’orange et Athena à l’Anti !

Pour l’instant d’une soirée rock, je me suis transportée dans ma Capitale-Nationale natale. J’y ai découvert L’Anti, cette superbe salle dont j’entends parler par l’équipe de Québec depuis des mois. Je ne vous cacherai pas que ce qui m’intéressait surtout dans cette soirée, c’est le duo rock Rouge Pompier. Toutefois, j’aimais l’idée que cette soirée débuterait avec trois groupes que je n’ai encore jamais vu en spectacle.

Athena

Athena - Photo : Jacques Boivin
Athena – Photo : Jacques Boivin

La partie de plaisir commence avec Athena, groupe rock francophone de St-Jean-sur-Richelieu. Les premières chansons se font entendre et je me dis que ce n’est pas nécessairement aussi barbare que je m’attendais… mais c’est beau! Je vis un beau moment et j’ai le sourire aux lèvres. Les têtes dans le public se font aller les cheveux à toute allure en avant de la scène. Après nous avoir diverti avec les pièces de leu album Mononucléose, il font place au groupe suivant en nous disant:  « On vous aime, on vous embrasse. Sur ces belles paroles, on se quitte ».  Je ne les connaissais pas du tout et je vous avoue que ça a été ma découverte coup de coeur de la soirée.

Les conards à l’orange

Les Conards à l'orange - Photo : Jacques Boivin
Les Conards à l’orange – Photo : Jacques Boivin

Le groupe Sherbrookois de ska-punk-rock-reggae Les conards à l’orange, qui a sorti l’album Bave de robot en septembre 2015, sont embarqués sur scène avec la première pièce de l’album : Comme du bétail. Déjà, l’entrain et la rythmique du refrain nous donnent envie de chanter et il s’installe une rare connexion avec le public après seulement deux chansons.

Pour avoir fait la critique de leur plus récent album, j’ai trouvé que le côté reggae ressort encore plus en spectacle, ce qui donne un air léger à leurs paroles engagées. En plus, on a été gâtés parce qu’ils ont fait leurs chansons qui bougent le plus. Ils ont aussi joué des pièces de leurs autres albums comme Ah! si nous étions tous des vedettes pour finir avec le Numéro de ta soeur de L’album Le pied.

Kamakazi

Kamakazi - Photo : Jacques Boivin
Kamakazi – Photo : Jacques Boivin

Les gars de Kamakazi ont tout un concept, lorsqu’ils montent sur scène, rattaché avec le titre de leur dernier album Regarde maman i’m on the TV. On a donc devant nous deux écrans montés de chaque côté de la scène qui diffusent des vidéos d’images quelconques. Les gars ont l’air plus qu’heureux d’être ici, à Québec, de retour après une trop longue absence selon eux. Je dois avouer que c’est la portion de la soirée qui était le moins en concordance avec les autres groupes rock, mais leur prestation a été tout de même énergique et agréable.

Rouge Pompier

Rouge pompier
Rouge pompier – Crédit photo: Jacques Boivin

Pourquoi faire du rock comme tout le monde alors que tu peux être un duo rock qui réinvente les idées préconçues comme Rouge Pompier ? Alexandre Portelance et Jessy Fuchs ont installé leurs instruments sur leur tapis en plein milieu de la salle, oui oui, dans la foule ! Alex s’assoit à la batterie, l’air nonchalant en mâchant sa gomme, pendant que Jessy accorde sa guitare électrique. Ça part en force avec Même si tu frottes, l’une de mes pièces préférées de l’album Chevy Chase sorti en mars dernier. Les yeux de Jessy Fuchs lorsqu’il regarde ses fans, ça vaut de l’or. Ce n’est pas juste du plaisir, on voit dans ses yeux toute la reconnaissance qu’il a envers son public et c’est magnifique. Jamais je n’ai vécu une soirée rock aussi respectueuse, douce et sympathique. Ça ne veut pas dire que ça n’a pas dégénéré, mais tout s’est fait dans la gentillesse. Le « wall of death » a permis à ceux qui voulaient se donner à fond de le faire, mais a aussi donné la possibilité aux autres de regarder le spectacle que ça donnait sur la chanson Paquet d’choses. Juste après, Jessy joue des notes qui ressemblent étrangement à We will, we will rock you.. et ça n’en prenait pas moins pour que tout le monde dans la place commence à la chanter !

Après avoir chanter fort des OUUUuuuuuuUUdepelaille, après avoir récité les règles de Rouge Pompier, après avoir chanté à tour de rôle dans le micro qu’Alex faisait passer dans la foule, après tout ça, on a fait et filmé en direct un « circle pit » sur Autobus. 

Je suis ressorti de cette soirée-là avec de l’énergie à revendre et un méga sourire dans la face.

Merci à l’Anti ! Merci pour l’audace de faire un spectacle avec une scène improvisée, originale et complètement hors du commun. J’ai bien hâte de voir ça quelque part à Trois-Rivières un jour !!

Voici les photos de Jacques Boivin (attention, Jacques s’est gâté, il y a PLEIN de photos de chaque band):

[SPECTACLE] Sarah Neufeld et Eartheater envoûtent l’Anti

Quand je suis arrivé à l’Anti en ce lundi soir maussade, ça semblait s’enligner pour une soirée vraiment relax, la place était presque déserte et il restait à peine vingt minutes avant le début annoncé du concert. J’éprouve une profonde satisfaction à voir ce lieu, auparavant connu sous le nom de l’AgitéE, accueillir encore à l’occasion des concerts de musique champ gauche de haute qualité mais adressée à des clientèles-niches. Le concert dont il est question ici fait selon moi partie de cette catégorie et j’espérais qu’il y aurait du monde pour en profiter. Les gens sont finalement arrivés tranquillement jusqu’à ce que surgisse sur scène Eartheater, une artiste new-yorkaise qui en était à sa première visite dans notre vieille ville de Québec.

Eartheater
EARTHEATER (Photo: Marion Desjardins)

 Pendant la première pièce, l’artiste utilisait des effets multiples pour créer une ambiance mystérieuse et captivante, tout en réconciliant des éléments plus liturgiques et d’autres plus païens dans sa performance vocale. La seconde présentait au public un jeu de guitare plus précis et au son clean et rapide qui contrastait avc le premier titre plus chargé et artificiel dans ses sonorités. Le vocal, baigné dans la réverbération, est tantôt constitué de sons aux allures de miaulements angéliques qui pourraient rappeler une certaine Claire Boucher, aussi connue sous le nom de Grimes, et tantôt ponctué de spasmes plus imprévisibles et torturés, mais toujours aussi sentis. Lorsque la troisième pièce commence, on a encore affaire à quelque chose d’original, qui s’inscrit d’une certaine manière en continuité avec les pièces précédentes tout en se distinguant radicalement par les rythmes et les sonorités employées, procurant une belle variété à l’enchaînement d’oeuvres sélectionnées. Si le vocal peut rappeler Grimes, la musique elle, est tout sauf linéaire, peu accessible à la base, souvent apaisante mais parfois syncopée ou encore groovy à d’autres moments. Certains segments résolument plus expérimentaux et hypnotisants donnent davantage une dimension tripative et hallucinante. L’artiste utilisait tout au long de la performance des boucles qui semblaient parfois pré arrangées en partie et qui étaient aussi parfois créées de toutes pièces. À un certain point du concert, une boucle  assez développée lui a permis de délaisser son instrument tout en profitant de sa mélodie pour danser davantage en chantant, avant de s’adonner carrément à des figures de yoga et à de la danse contemporaine qui avait des allures d’art-performance. Cette danse l’a éventuellement amenée à retirer des couches de vêtement jusqu’à ce qu’elle n’arbore qu’un t-shirt portant l’inscription « Stop Cop Terror », le tout pendant une pièce évoquant une révolution. À la fin de la performance, on comprenait encore mieux l’art d’Eartheater, qui revendique une individualité sans compromis et dont le t-shirt portait, outre le message mentionné précédemment, la formule revendicatrice « Destroy all systems of control ». C’est vraiment une artiste incontrôlable qu’on a vu jouer, mettre sa musique en boucle, chanter, danser, faire le pont en yoga et finalement se rouler par terre avant de se dévêtir partiellement, avec tout le talent nécessaire pour assumer ses extravagances. Allez jeter un oeil à la superbe galerie photo concoctée par Llamaryon pour vous en convaincre, du moins pour l’aspect visuel. Eartheater a finalement été une belle découverte et un bris de glace très pertinent pour cette soirée mettant à l’honneur la virtuosité de musiciennes fortes, dont celle de la violoniste qui s’apprêtait à gravir la scène après une brève entracte.

Sarah Neufeld
SARAH NEUFELD & COLIN STETSON (Photo : Marion Desjardins)

 Sarah Neufeld est membre d’Arcade Fire et conjointe d’un autre virtuose, le saxophoniste olympien Colin Stetson qui, disait-on, allait l’accompagner pour quelques uns des morceaux interprétés ce soir. Elle est apparue avec une grosse casquette et une veste camouflage surdimensionnée, sans tambour ni trompette pour amorcer le concert en solo. Offrir une performance très technique et sentie au violon ne l’empêche pas de pousser l’audace jusqu’à y ajouter une performance vocale impeccable. Après s’être adressée à la foule dans un français très correct et charmant, la violoniste invite son acolyte Stef Schneider qui l’accompagnera ensuite à la batterie surtout, mais aussi aux séquences, clavier et effets à certains moments. La pièce titre du premier album Hero Brother a permis d’introduire le batteur en force. À la fin de la pièce, de chaleureux applaudissements incitent Neufeld à inviter l’assistance à s’approcher pour mieux sentir son énergie, mais c’est davantage la foule qui avait quelque chose à gagner par ce rapprochement, parce que ce calibre de performance rarement offert d’aussi près avait de quoi plaire dans l’intimité de l’Anti, parmi la quarantaine de personnes qui avaient finalement affronté les intempéries pour aller apprécier un concert aussi enjoué que puissant, de la part de cette force de la nature. L’usage très créatif qu’elle peut faire de son instrument, avec des techniques et styles variés, n’a d’égal que celui que peut faire du sien Colin Stetson, son mari avec qui elle a d’ailleurs collaboré pour un album en duo qui vient compléter leurs discographies respectives. Il l’a d’ailleurs rejoint pour la suite du concert, après un long beat très soutenu fait sur le high hat qui agrémentait une note constante au violon et des vocaux aux allures de mantra. La plupart des pièces sélectionnées étaient interprétées fidèlement mais quelques écarts, extensions ou variations venaient agrémenter le tout à l’occasion. Neufeld, maintenant accompagnée de Colin Stetson, interprète d’abord le premier extrait de The Ridge, son nouvel album, un morceau intitulé « We’ve got a lot ». J’ai de la difficulté à identifier deux des instruments utilisés par le saxophoniste pendant son set, le premier s’apparentant à un saxophone soprano mais branché sur l’électricité et le second ayant la forme d’un trombone vertical mais sans pour autant coulisser, et qui au final semblait plutôt être une autre variante de saxophone. Les deux musiciens, qui ont une complicité impressionnante ensemble, en plus d’être tous deux virtuoses et créatifs, s’adonnaient à des échanges très captivants avec la batterie généralement bien présente à l’arrière plan, avant que cette dernière ne s’estompe pour les deux derniers titres. Le premier de ces derniers morceaux, officiellement le dernier en excluant le rappel, c’était «When The light comes in », qui est également la dernière pièce du plus récent album de Neufeld. Le second morceau, offert au public après un rappel vif et insistant, c’était « The Sun Roars Into View », la pièce monumentale qui ouvre l’album collaboratif avec son mari.

Lorsque les dernières notes se sont tues, on avait l’impression d’avoir partagé un moment précieux avec deux êtres d’exception jouant de leur instrument en symbiose totale, le tout dans une ambiance très sympathique et sans prétention, malgré le gros calibre que les hautes voltiges des interprètes apportaient à la soirée.

Photos: Marion Desjardins / Llamaryon

[SPECTACLE] Ponctuation (+Saam et La Fête), 3/12/2015, L’Anti Bar et spectacles

Afin de fêter leur retour en terre natale après un séjour chez les cousins français, PONCTUATION débarquait à l’Anti pour une des dernières dates chez eux avant longtemps, et ils étaient accompagnés pour l’occasion de Saam et de La Fête.  Aux côtés des frères Chiasson qui formaient le duo d’origine, on trouvait naturellement Laurence Gauthier-Brown qui s’occupe depuis plusieurs mois des basses fréquences,  on trouve aussi deux autres musiciens, ce qui fait qu’on se retrouvait devant un quintet. Nicholas Jenkins, que l’on peut entre autres voir aux côtés de Paul Michelo, s’occupait d’ajouter aux guitares des tonalités enrichies que les compositions accueillaient plutôt bien. Alex Beaulieu, claviériste dans le groupe stoner rock de Québec, Les Indiens, s’est plutôt occupé du clavier, des bongos et enfin des maracas, dont il jouait parfois en plus du clavier. Mais je saute des étapes. Les deux groupes qui étaient en charge d’amorcer les festivités ont bien rempli leur mandat et ont procuré dans bien des cas de belles découvertes aux mélomanes réunis sur place.

La fête

C’est La Fête qui avait la tâche ingrate de briser la glace, et ils ont bien relevé le défi. Il faut dire que la place d’abord quasiment déserte, mais déjà assez bien peuplée pour les premières notes, laissait augurer une soirée plus tranquille qu’à l’habitude. Le début du concert a été retardé d’une demie heure, repoussé à une heure déjà un peu plus appropriée pour le rock garage, et le band s’est finalement approprié la scène vraiment rapidement. En quelques secondes, on avait l’impression que la soirée était déjà solidement amorcée, tant le groupe avait commencé avec aplomb.  Le quatuor originaire de Québec, au sein duquel on retrouve notamment Jim à la basse, un des fondateurs du Pantoum et membre de Beat Sexü, entre autres. Ils nous font découvrir leur math rock, post rock, un peu jazzé sur les bords, avec des montées vraiment épique, d’abord pendant des pièces avec le chanteur, puis, pour la quatrième pièce, ils y vont avec un morceau instrumental judicieusement baptisé la 4. En tout, cinq ou six pièces leur ont permis d’ouvrir la soirée efficacement.

SaamC’était ensuite le tour de Saam de Montréal, de prolonger le concert, après un assez long change-over, avec leur rock propulsé par un quintet, qui s’apparentait parfois à Mac Demarco, mais en plus groovy. Le vocal avait un style assez exubérant, comme c’était le cas dans le premier show, qui se mariait bien au son assez psychédélique du band. Certains moments étaient plus catchys alors que d’autres étaient plus déroutants, les pièces downtempo étant généralement les moins bien accueillies par l’assistance. Certains passages avaient l’air plus jammés que d’autres et on a pu découvrir au groupe une belle originalité. La performance était assez réussie même si le chanteur-guitariste semblait être le seul à avoir du plaisir sur scène, les autres adoptant plutôt l’attitude concentrée. Ils ont avoué en être qu’à leur second concert, ce qui explique peut être la chose. Quoiqu’il en soit, ce fût une belle découverte.

Ponctuation

Ponctuation a pris place après une entracte plus courte que la première, et ils se sont d’abord installés à trois. Alors que se terminait la première pièce, Poésie Automatique, qui ouvre également leur plus récent album, le groupe a accueilli les deux invités qui allaient agrémenter la soirée, Jenkins et Beaulieu. Ils ajoutent rapidement solidité au son du groupe, qui enchaîne les hits d’abord avec Mon corps est une planète, ce qui conquiert la foule. On a droit à un slam-parterre de danse dès Ciao Bye Ciao, qui arrive bien assez vite, et au premier moment de body surfing juste après, pendant La Réalité me suffit. Le band décide  de se taper un shooter avant d’amorcer une pièce inédite, qu’ils n’étaient pas censés faire ce soir là à l’origine, l’instrumentale Peyotle Dominical, qui s’insère bien dans la soirée. La deuxième guitare ajoute pas mal de tone et permet des explorations sonores habituellement  impossibles sur scène pour le groupe, et elle se retrouve particulièrement efficace dans les délires psychédéliques, lents ou rapides, auxquels elle ajoute de la texture. Une mer de distorsion sert de tapis rouge à une finale assez explosive digne d’un bon jam-band rock, sur laquelle on a eu droit à une nouvelle séance de bodysurfing, qui confirmait le staut de franc-succès de la soirée. Le spectacle n’était peut-être pas aussi explosif que certaines performances récentes de PONCTUATION, mais il était indéniablement solide. L’essentiel, pour une formation réputée pour ses concerts impeccables, était de ne pas diminuer le niveau de qualité avec l’ajout de membres ponctuels n’ayant pas la même quantité d’heures de pratique derrière la cravate, et à ce titre là également, il n’y avait pas de faux pas à dénoncer.

Photos : Marion Desjardins/ Llamaryon

[ALBUM] The Milk Carton Kids – «Monterey»

Je suis toujours en retard. Sur tout. Films, séries télé, livres et musique. Sur la mode aussi mais ça, c’est un autre dossier. Y’a tellement de choses à découvrir que si je veux en profiter pleinement, il faut que je m’arrête un peu. Pas le choix. Je suis incapable de butiner. Je n’ai pas ce talent qu’ont mes collègues  d’assimiler tout rapidement et d’écrire ensuite quelque chose de pertinent.  J’aime prendre mon temps, rêvasser, écouter les disques mille fois, dans des lieux différents, jusqu’à connaître les paroles et les solos par cœur. Et puisque ce merveilleux blogue de passionnés me laisse la liberté de vous parler de ce que je veux quand je le veux (c’est-y pas beau la vie?), j’ai décidé d’assumer ma lenteur et de vous présenter cet album paru en mai 2015.

J’ai découvert le duo The Milk Carton Kids en regardant Another Day, Another Time (le documentaire-concert hommage à la musique du film Inside LLewyn Davis des Frères Coen) il y a deux semaines. Dès les premières notes, j’ai été séduite par la beauté de leurs voix en harmonie, la richesse de leurs mélodies et par la douce mélancolie qui émane de leur musique. Leur son est si apaisant qu’il arrive même à me faire supporter la foule de la ligne orange à l’heure de pointe. Rien que pour ce refuge, je leur serai éternellement reconnaissante.

The Milk Carton Kids, c’est Kenneth Pattengale (le type au picking de feu) et Joey Ryan, deux guitaristes-chanteurs de Los Angeles qui avaient leur propre projet solo avant d’avoir, en 2011, l’excellente idée d’unir leurs talents.  Un premier album intitulé Prologue voit le jour la même année et permet aux deux comparses de faire de la tournée en ouvrant pour différents groupes de la scène folk. En 2013, sur l’étiquette Anti (Tom WaitsCalexicoNick Cave) le duo sort Ash & Clay, titre qui leur vaudra une participation à la prestigieuse émission Austin City Limits (PBS), une nomination aux Grammy Awards et le prix du meilleur groupe de l’année aux Americana Music Awards.

Ce n’est pas pour m’excuser de l’avoir découvert si tard, mais  Monterey n’aurait à mon avis pas dû paraître au printemps. C’est plutôt l’album idéal pour passer à travers la grisaille de l’automne, accompagné d’une p’tite laine et d’un vin chaud aux épices. Ashville skies, la superbe première pièce, dépeint d’ailleurs parfaitement l’arrivée de la saison et le besoin soudain de se mettre le cœur au chaud :

Good god, is it November?
The leaves burn auburn red
The Ashville skies and timber
Are holding onto it

But I cannot remember
That feeling hopeful song
That rose of our September
My word, what have we done?

 I’d love nothing more than to cover my face
Forget who I am and get out of this place
Pretend to be somebody other than me
And go on living that way

Sur ce troisième album, Pattengale et Ryan explorent donc avec la même nostalgie et un brin de cynisme politique (qui pourrait le leur reprocher?), les thèmes de l’appartenance, de la fuite, de la liberté et du voyage. Pas étonnant qu’ils aient choisi d’enregistrer les onze chansons sur la route, avant leurs concerts, laissant ainsi leur son profiter de l’espace scénique et confiant à un seul micro la délicate tâche de capter tout ça. Le résultat est tout simplement magnifique et témoigne d’un grand abandon et d’une exceptionnelle justesse de la part des musiciens.

Deux guitares, deux voix, réunies en toute simplicité. Il faut parfois si peu pour atteindre la beauté…

Pour écouter la chanson « Monterey »:

Pour écouter l’album complet:

Pour écouter ce qu’ils ont réussi à faire avec une pièce de Pink Floyd (rassurez-vous, ce n’est pas sur l’album):