Catégories
Festival de la chanson de Tadoussac

[FESTIVAL] 34e Festival de la chanson de Tadoussac, jour 4 (2 juillet 2017)

Plus les jours avançaient, plus notre expérience festivalière se transformait en parcours du combattant. Cumulant plus de belles découvertes que d’heures de sommeil, Ludvig Germain Auclair et moi-même avons pour une dernière fois couru de scène en scène dans le décor bucolique d’une Tadoussac ensoleillée. Compte-rendu d’une journée de clôture forte en émotions.

 

Spectacle surprise – Scène Hydro-Québec

On était heureux de retrouver Le Couleur à 13h ainsi que La Bronze à 15h dans le cadre des prestations surprises, étant donné que leur spectacle matinal aux Dunes avait été annulé. Encore une fois, nombreux sont ceux qui furent au rendez-vous.

Crédit Photo: Ludvig Germain Auclair

Les membres de Le Couleur se sont d’abord frayé un chemin à travers leur panoplie d’instruments (percussions diverses, claviers, synthés…). Cela n’en prend pas moins pour rendre vivante leur disco-pop éclectique et accrocheuse. Pigeant dans les années 60 à 80 sur le plan des sonorités et des styles, les deux percussionnistes, le claviériste/bassiste et la chanteuse créent une musique qui – en plus d’être recherchée et vivante – fait irrésistiblement succomber à la fièvre de la danse. La preuve, c’est que vers la fin de leur set même les spectateurs les plus timides s’étaient levés pour nous montrer leurs meilleurs moves – qu’ils les aient appris tout récemment ou directement dans les années disco. Chapeau au groupe qui a livré une performance énergique : on se serait cru dans un club italien au paroxysme d’une soirée bien avancée.

Crédit Photo : Ludvig Germain Auclair

La Bronze a pris la relève vers 15h. Véritable boule d’énergie, la chanteuse Nadia Essadiqi own la scène avec sa personnalité assumée et son attitude chaleureuse. Sa musique, assurée par les excellents musiciens Clément Leduc (claviers) et Francis Brisebois (a.k.a. Funklion, à la guitare), est aussi percutante qu’accrocheuse. On a pu entendre des titres des deux disques du groupe, au son desquels le public tapait des mains ou se laissait aller à hocher la tête. Visiblement, ça le démangeait de danser une fois de plus, puisque tous se sont levés à la demande du groupe pour Rois de Nous, pièce titre de son dernier album.

Il serait scandaleux de passer sous silence la contribution Simon Lévesque au son. Débarqué directement de Montréal avec Le Couleur, il a permis aux deux groupes de livrer un groove de qualité en maniant habilement les platines.

 

Wallace – Chapiteau Desjardins

Crédit Photo : Ludvig Germain Auclair

Originaire de Sète, petite ville du sud de la France, Wallace a su mettre de la joie dans les cœurs de ceux qui s’étaient présentés à leur spectacle de 19h. Le trio amalgamait la chanson française et le manouche – mais aussi l’électro et le rock. En plus d’être original, ce mélange complétait bien l’univers à la fois éclectique et senti du chanteur : on changeait de style comme on passait des baleines aux souvenirs de vagabonds.

 

Daniel Bélanger – Scène Québécor

Ce n’est pas sans difficulté que je peux parler du spectacle de Daniel Bélanger, puisque ce moment a tenu du rêve du début à la fin. En pigeant généreusement dans le répertoire précédant Paloma, son dernier opus, Bélanger a fait plaisir à un public qui était déjà conquis. Lui aussi, il semblait heureux d’être présent parmi nous : son enthousiasme transparaissant derrière le ton candide de ses interventions.

Crédit Photo : Ludvig Germain Auclair

Plusieurs moments forts se sont détachés du lot. Les pièces Fous n’importe où ou encore Parapluie sont à compter parmi celles qui se sont démarquées, mais le paroxysme de la soirée a malgré tout pris forme pendant Rêver mieux, alors que le public mêlait sa voix à celle, inimitable, de l’auteur-compositeur-interprète.

Crédit Photo : Ludvig Germain Auclair

Pendant que la musique nous transportait ailleurs, les musiciens faisaient des pieds et des mains – littéralement – pour insuffler la vie à cette chimère majestueuse. Il était d’ailleurs impressionnant de voir le percussionniste et multi-instrumentiste Alain Quirino à l’œuvre, et ce tout particulièrement lorsqu’il maniait le Theremin pendant Intouchable et immortel. Acolyte de Daniel Bélanger depuis maintenant près de 15 ans, il a su rendre honneur à sa réputation de virtuose.

 

Gab Paquet – Le Gibard [OFF]

Trop tard, nous avons appris que pendant qu’on perdait la tête avec Daniel Bélanger, Gab Paquet enflammait le Gibard. On n’est même pas arrivés à temps pour la dernière goutte de ce suave élixir ! Qu’à cela ne tienne, nous sommes retournés faire la fête avec Les Hôtesses d’Hilaire qui clôturaient officieusement la soirée à l’auberge de jeunesse de Tadoussac.

 

Les Hôtesses d’Hilaire – Site Belle Gueule

On n’a vraiment pas regretté notre décision, parce que c’est une expérience complètement différente de la veille qui nous attendait auprès du groupe acadien. Les Hôtesses d’Hilaire avaient prévu le coup : nouvelle robe, nouvelles interventions tout aussi naturelles et efficaces avec le public, nouveau set. On a même pu entendre C’est Glen qui l’a dit, que le groupe semble garder pour les occasions spéciales.

Le public, lui aussi, vibrait différemment de la veille au son du rock prog psychédélique du groupe. C’était peut-être le manque de sommeil, mais au lieu de s’agiter dans tous les sens il se tenait plus calme – non sans quelques soubresauts – et écoutait activement. L’ambiance permettait de bien se concentrer sur la qualité de la musique des Hôtesses d’Hilaire, ce qui est parfois plus difficile quand on se pitche partout.

Les musiciens se sont d’ailleurs surpassés en ce dernier spectacle (le troisième en trois jours, faut-il le rappeler ?). MDMA ainsi que Hilaire à boire ont été le terrain de jeu dans lequel ils se sont déchaînés dans des parties instrumentales largement improvisées et parfaitement calibrées pour prolonger la tension jusqu’aux finales extatiques. Sérieusement, et terminons notre ultime compte-rendu tadoussacien là-dessus, si tous les hommes savaient faire l’amour comme les Hôtesses savent jammer, il n’y aurait plus aucune femme insatisfaite au lit.

Catégories
Région : Québec Spectacles

[SPECTACLE] Daniel Bélanger, Grand Théâtre de Québec, 2 mai 2017

Daniel Bélanger – Photo : Jay Kearney

Fébrile, je me suis rendue au Grand Théâtre mardi soir dernier pour la supplémentaire de Daniel Bélanger. J’ai eu la chance de le voir en live pour une première fois. Bien que mes vœux d’amour pour ce pilier de la chanson francophone soient déjà avoués depuis des lunes, cette soirée n’a fait que les renouveler en beauté. C’est dans la salle Louis-Fréchette que l’audience, de tous âges, a pris place, laissant planer une certaine effervescence avant même que le spectacle ne commence.

La soirée s’est entamée avec l’excellente Tout viendra s’effacer qu’on peut entendre sur le dernier album, Paloma, paru en novembre dernier. Bien que cette tournée soit pour ce nouvel opus, l’artiste a fait plusieurs de ses succès, au grand plaisir des spectateurs. Pour la première partie du spectacle, huit des neuf pièces étaient des anciennes, nous permettant de redécouvrir avec bonheur des morceaux comme Sortez-moi de moi, En mon bonheur, Fous n’importe où ou bien Dans un spoutnik. Derrière les musiciens se trouvait un écran géant sur lequel défilaient des vidéos hypnotisantes signées June Barry. À travers les jeux de lignes et de mouvements abstraits se dessinaient parfois des images plus nettes venant appuyer les paroles de l’artiste. Je pense entre autres à la séquence de la vidéo où on pouvait voir des mains bougeant sur les paroles de Sortez-moi de moi, « des mains qui frôlent sans toucher… ».

De surprenantes nuances se sont ajoutées aux airs bien connus, comme le thérémine, cet instrument à vibrations dont on joue sans le toucher. Chapeau à Alain Quirion, qui maîtrise la technique tout en dansant follement! Cet instrument et la guitare électrique assumée de Guillaume Doiron ont sans aucun doute contribué à l’intemporalité des œuvres. Malgré le conseil du chanteur après la performance étonnamment énergique de Chante encore : « Profitez-en, dansez, exprimez-vous! », la grande majorité de la foule est restée contemplative et attentive devant l’exécution juste des cinq musiciens qui se partageaient la scène. Avant l’entracte, mon esprit s’est laissé transporter dans un voyage de huit minutes sur la sublime Intouchable et immortel. Si le vent doux fait halluciner Bélanger, la balade à vélo musicale devient certainement transcendante avec sa douce voix et les arrangements musicaux hors du commun. Avec l’excellente qualité sonore de la salle, ce fut sans contredit mon moment favori de la soirée.

Après une courte pause, Bélanger est revenu en force en enchaînant trois nouvelles pièces, dont le succès radio Il y a tant à faire qui en aura fait chanter plusieurs. L’écran rouge vibrant a su refléter l’essence de Métamorphose, où la voix de Daniel se fondait davantage aux sons électrisants des instruments. Le rythme de basse dansant de Jean-François Lemieux sur Ère de glace aura permis à quelques dégourdis de danser malgré le calme planant. Des pièces clés de la carrière du compositeur interprète, comme Te quitter, Le parapluie et Opium, ont su faire réagir la foule dès les premières notes. Lors de Rêver mieux, le chanteur a prolongé la finale simplement avec sa guitare pour permettre à la foule de se joindre à lui pour fredonner le refrain tant aimé.

Le spectacle s’est terminé en beauté avec deux rappels. C’est lors de son second retour que le parolier de renom a empoigné sa guitare acoustique et nous a livré une intime et humble performance de La folie en 4. La foule comme choriste a su respecter ce doux moment en se faisant discrète. La dernière pièce Ensorcelée aura plutôt eu l’effet d’un ressort. Tous se sont levés pour acclamer la solide performance de 2 h 30 qu’ont livré les talentueux musiciens.

Même si je n’étais qu’une pensée lors de ses débuts, je suis ressortie comblée, prête à réécouter sa discographie qui m’a tant marquée. À travers ses mots et sa musique, Daniel Bélanger aura réussi à me gonfler le cœur d’une chaleur contagieuse et à m’emplir la tête de mots à partager.