Fred Fortin (+ Gabriel Bouchard) – Impérial Bell, 27 janvier 2017

Après plus d’un an de tournée ensemble, Fred et sa bande ont livré une ultime performance qui marqua très certainement tous ceux et celles qui ont eu le privilège d’assister à cette soirée inoubliable.

Gabriel Bouchard – Photo : Charline Clavier

Gabriel Bouchard

Le samedi 27 janvier, j’ai eu le plaisir de découvrir Gabriel Bouchard. Le jeune homme originaire de Saint-Prime au Lac Saint-Jean (municipalité où Fred Fortin a aussi grandi) a assuré la première partie du spectacle en solo avec sa guitare. Ses textes racontent des histoires de grosses soirées et d’amours manqués avec un débit qui rappelle un peu le folk trash. Les thèmes abordés dans ses textes, sa prestance et son style musical nous rappellent les échos d’un autre Fortin… Dédé! Devant un auditoire semi-attentif, Gabriel Bouchard a enchaîné ses chansons en réussissant à capter l’attention de quelques curieux. J’ai même aperçu quelques fans qui chantaient en choeur plusieurs de ses refrains.

On a pu avoir des versions solos des pièces de son EP Cerveau-Lent, sorti cet automne. J’ai beaucoup apprécié la balade « Yé passé où l’soleil? », où Gabriel Bouchard nous a démontré l’étendue de ses capacités d’auteur-compositeur-interprète. Le texte est à la fois nostalgique et d’une candeur déchirante.

Cette mise en bouche nous a donné envie d’en entendre plus, et la prochaine fois, avec son groupe. Peut-être aurait-il pu mieux capter l’attention de la salle avec une formule full-band. N’empêche que Gabriel Bouchard a livré une très belle performance. Nous avons hâte de le revoir.

Fred Fortin – Photo : Charline Clavier

Fred Fortin

Le dernier show d’une tournée qui dure depuis 2016, ça se fête en grand ! Plusieurs se souviennent du spectacle de Fred Fortin à l’Impérial cet été à l’occasion du Festival d’été de Québec (FEQ). Le 27 janvier, nous avons eu le spectacle complet : une soirée où Fortin était maître de cérémonie et le public, rassemblé en fidèles, a écouté ses chansons défiler pendant plus de 2 heures.

Ce public m’a d’ailleurs surpris ; il était composé autant de fans dans la vingtaine que de vétérans autour de la quarantaine. C’est à la suite de ce constat que je me suis souvenu que son premier album, Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron, date de 1996, ce qui explique l’étendue d’âge de son public. Amassée devant la scène, la foule a tout de suite réagi aux premières notes d’une belle introduction planante avant « Oiseau », cette chanson incroyable qui m’a tout de suite conquis lors de ma première écoute de son plus récent album, Ultramarr, à sa sortie.

Composé surtout de pièces dudit album, sa set list faisait cohabiter autant les chansons plus rock que folk doux du répertoire de Fortin. Quoique durant cette soirée-là, on a eu droit à des versions électriques pesantes de plusieurs chansons. C’est le cas de « Gratte », où Fred a livré un long solo de guitare bien appuyé par ses musiciens. Et ses musiciens, justement, parlons-en ! Pour ce spectacle full band, l’artiste s’est entouré d’une bande de musiciens les plus talentueux les uns que les autres. La chimie entre Olivier Langevin et lui-même, le duo vedette de Galaxie, était palpable. On a eu droit à des vrais jams aux influences notables de Gros Mené (entre autres dans « Ti-chien aveugle ») par le son lourd et puissant de cet autre projet du duo.

Alors que la formation quittait la scène après une version allongée de « Scotch », nous étions certains que le concert était fini. Évidemment, nous en redemandions plus. Fred est revenu sur scène pour deux chansons solos qui lui ont valu un sincère et émouvant « Merci Man ! » d’un spectateur visiblement très ému du moment qu’il vivait. C’est alors que le groupe est encore revenu sur scène pour un dernier 30 minutes de pure folie où le jam et la complicité étaient les seuls maîtres.

Le groupe semblait lui aussi ému lors des derniers adieux. Après plus d’un an de tournée ensemble, Fred et sa bande ont livré une ultime performance qui marqua très certainement tous ceux et celles qui ont eu le privilège d’assister à cette soirée inoubliable.

Ne vous inquiétez pas, vous aurez encore la chance de revoir Fred Fortin dans les prochains mois : il entame une série de spectacle solo auxquels nous avons déjà hâte d’assister.

Merci Fred pour cette soirée intense. Merci pour ta musique ! Nous attendons la suite.

 

 

[PHOTOS] Fred Fortin, « Un été signé Shawinigan », 14 juillet 2017

Fred Fortin était de passage à Shawinigan dans le cadre de la série de spectacles « Un été signé Shawinigan ». Lui et son acolyte de Galaxie, Olivier Langevin, sont débarqués avec leur rock pesant de garage progressif, prêts à en mettre plein les oreilles aux gens qui s’étaient déplacés à la Place du Marché. Pour la programmation complète c’est ICI

 

Voici le résultat en images.

[FEQ] Compte rendu, 10 juillet 2017

Si les Plaines étaient un peu moins garnies que les premiers jours, on peut vous dire qu’à L’Anti et à l’Impérial, il faisait chaud sur un moyen temps! Faut dire qu’avec les groupes qu’on nous présentait…

Compte rendu de la soirée :

Sugaray Rayford – Scène Hydro-Québec

Sugaray Rayford – Photo : Stéphane Bourgeois / FEQ

Celui qui est surnommé The Heavyweight Champion of Blues a asséné tout un uppercut aux festivaliers réunis à Place D’Youville. Bien qu’il ait le physique d’un poids lourd, c’est avec sa puissante voix qu’il s’impose avec beaucoup d’aisance et d’autorité. Supporté par un ensemble blues complet, brass, guitare, batterie, basse et orgue B3 (!!!), le Texan livre un son pur, fidèle aux traditions, rappelant BB King dans sa voix et Stevie Ray Vaughan dans son approche sonore. Imposant mais très agile sur scène, il dirige fort bien son band, tout comme il chauffe le publique avec son attitude jovial et son accent texan ronflant. Bref, ce que l’Amérique peut offrir de meilleur. (Christian St-Pierre)

Gabrielle Shonk – Scène Bell

Gabrielle Shonk – Photo : Jacques Boivin

C’est une Gabrielle Shonk radieuse qui s’est présentée sur l’immense scène Bell sur les coups de 19 heures. Même si la foule était encore éparse sur les Plaines, il y avait BEAUCOUP de monde pour une jeune femme habituée aux petites salles (n’oublions pas que l’an dernier, elle jouait au District St-Joseph). « J’en reconnais plusieurs parmi vous! Oh! Ma première pancarte! »

Évidemment, on était curieux de voir comment la jeune femme allait se débrouiller sur une scène qui, à elle seule, est plus grande que la plupart des bars dans lesquels elle est habituée de jouer. Eh bien, sur ce plan, c’était parfaitement réussi : elle a réussi à transformer les immenses Plaines en un genre de gros Pape Georges, habitant la scène comme une grande. On dirait même qu’on la sentait encore plus près de nous qu’à l’habitude. Elle s’est permis un petit moment en famille, avec papa Peter à l’harmonica, pour une chanson ma foi fort explosive.

Gabrielle a présenté à un public réceptif ses jolies chansons folk pop axées sur les guitares (solides Jessy Caron et Simon Pedneault). Il y en a même eu quelques-unes en français (dont la magnifique Trop tard), ainsi que sa reprise mordante de Fast Car (de Tracy Chapman). Ça annonce bien pour l’album prévu en septembre (enfin une date!).

Le défi est relevé avec brio et il ne reste plus qu’à regarder la fusée s’envoler. Bravo, Gabrielle! (Jacques Boivin)

BROS – Scène Hydro-Québec

BROS – Photo : Stéphane Bourgeois / FEQ

Quand on va voir sur scène le matériel de deux musiciens qui œuvrent aussi dans un autre projet plus connu, on s’attend à ce que le son ressemble légèrement à ce que nous connaissons déjà. Mais, à entendre Bros, réunissant les frères Currie des Sheepdogs, ce n’est pas des influences convergentes auxquelles on a eu droit, mais carrément à une version allégée des Sheepdogs. Oui, certaines pièces volent plus vers la pop, ou même le funk, mais c’était trop semblable, le tout sans le côté plus « poussiéreux » du son « vintage rock », qui laissait la place à quelque chose de plus « léché ». Qui plus est, le groupe n’a pas fait la durée habituelle pour les performances de 19h30, ce qui peut en avoir laissé quelques-uns sur leur appétit, bien que la foule semblait très réceptive. (Christian St-Pierre)

Ben Caplan & The Casual Smokers – Impérial Bell

Ben Caplan & The Casual Smokers – Photo : Sébastien Dion / FEQ

Ben Caplan est originaire d’Halifax et il ouvrait cette soirée « Canadian Rock (dixit le programme du FEQ) » avec un folk aux racines très imbriquées dans le passé. Il a deux albums à son actif et a entre autres collaboré sur son dernier album avec Socalled et Joe Grass, deux musiciens bien connus ici. Le chanteur à la voix rauque et puissante en a assurément convaincu quelques-uns hier soir grâce à sa hargne et à la qualité de la musique. Petit bémol: faudra un jour m’expliquer la pertinence d’une flûte traversière ailleurs que dans un orchestre symphonique. Quel moment de grâce lorsque la musicienne Taryn Kawaja a sorti le mélodica et rangé sa damnée flûte. Qu’à cela ne tienne, les compositions de Caplan sont solides allant jusqu’à évoquer Tom Waits. De plus, entretenir le lien avec un public est déjà un art, ce l’est encore plus avec un public qui n’est pas familier avec sa musique. Ce fut dont une mission accomplie pour le jeune homme à la vieille âme. (Julien Baby-Cormier)

NEFE – Scène Fibe

Nefe – Photo : Jacques Boivin

La jeune auteure-compositrice-interprète NEFE manque peut-être encore un peu d’expérience, mais côté talent, c’est déjà pas mal bien parti. Si on pouvait parfois trouver ses interventions un peu longuettes entre les chansons, force est d’admettre que lorsque la musique était lancée, ça y allait bien. Un mélange de folk et de soul qui colle à la peau de la jeune femme, bien appuyée par ses deux musiciens. Ça ne peut qu’être mieux la prochaine fois! (Jacques Boivin)

Fred Fortin – Impérial Bell

Fred Fortin – Photo : Marion Desjardins

Impossible de savoir ce qu’on sert aux artistes qui jouent à l’Impérial, mais après Death From Above la veille, Fred Fortin et ses acolytes nous ont balancé le set le plus rock de tous les shows de Fortin auxquels j’ai assisté. Un spectacle de Fred Fortin s’éloigne invariablement de l’esprit souvent plus feutré des albums, mais hier soir le band au complet avait le pied au plancher. Plusieurs chansons ont d’ailleurs été longuement allongées par des jams qui devenaient même à l’occasion un peu hermétiques. Cependant, rien à redire au niveau de l’exécution. Que ce soit le superbe solo de piano de François Lafontaine avant Tapis Noir, ou le travail de guitare de Langevin pendant la finale de Scotch ou bien la lapsteel de Joss Tellier pendant la maintenant incontournable Tête Perdue, les musiciens ne manquent pas d’occasions de briller grâce aux arrangements complexes et aux compositions riches de Fred Fortin.

Le programme principal semblait déjà avoir satisfait la salle comble et survoltée de l’Impérial; Fred avait concocté un solide rappel pour rendre ce concert mémorable. Il a d’abord puisé dans les archives avec la superbe Portrait d’un ovni, pièce rarement jouée en concert. Puis, il a enchainé avec la toujours incroyable Châteaubriand, qui sans être fédératrice, permet au groupe de s’éclater. La paire de brûlots issue du dernier Gros Mené est venue asséner le coup de grâce à cette foule en extase. On nous a servi en guise de digestif les pièces Le cinéma des vieux garçons et finalement Ultramarr, un morceau parfait à proposer comme épilogue d’un concert hautement satisfaisant. (Julien Baby-Cormier)

Fred Fortin a annoncé un nouveau spectacle qui aura lieu le 27 janvier au Cercle. Les billets sont déjà en vente :

Los Lonely Boys – Scène Hydro-Québec

Los Lonely Boys – Photo : Jacques Boivin

Le blues rock texan à ses saveurs bien particulières. L’ambassadeur le plus célèbre demeure Stevie Ray Vaughan, mais les frères Garza de Los Lonely Boys y sont fidèles et le show en vaut la peine. Certes, leur rock tejano (qui se dit descendent dès communautés hispaniques du Texas et du nord du Mexique) possède ses propres nuances. Ici, le trio n’a pas de meneur, la basse et la batterie prenant autant de place dans l’équilibre du son. Bien sûr, la guitare est bien affirmée, mais on assiste beaucoup plus à une prestation d’ensemble qu’à une section rythmique en simple support. Le son est lourd mais clean et les trois frangins enchaînent sans perdre la cadence, y allant de brefs mais efficaces solos.

Aut’ Chose – L’Anti Bar et spectacles

Aut’Chose – Photo : Jacques Boivin

Voir Lucien Francoeur et ses acolytes, c’est toujours un plaisir renouvelé, et ce, depuis très longtemps. La mouture actuelle d’Aut’ Chose existe depuis le milieu des années 2000 et elle déménage! Difficile de faire autrement quand t’as Jacques Racine, Michel Langevin, Vincent Peake, Joe Evil et Alex Crow pour te backer! Malgré son âge vénérable, Francoeur tient encore debout et « chante » ses chansons sur une trame psychédélique des plus efficaces. Tout y passe… Le Freak de Montréal, Ch’t’aime pis ch’t’en veux, Nancy Beaudoin, Chanson d’épouvante, BBQ Lady, Hey You Woman, même le Rap à Billy a son petit moment de gloire devant une foule beaucoup plus âgée (et compacte) que d’ordinaire à L’Anti (qui était plein au bouchon… cette idée de traîner mon sac à dos, aussi). En sortant de la petite salle de spectacles de la rue Dorchester, je ne pouvais pas m’empêcher de faire des liens entre Aut’ Chose et Les Hôtesses d’Hilaire que j’avais vu la veille. C’t’aussi bon, tabarnak! (Jacques Boivin)

Les Dales Hawerchuk – Impérial Bell

Les Dales Hawerchuk – Photo : Jacques Boivin

On a fini la soirée de la meilleure manière qui soit : un gros show des Dales Hawerchuk! Les frères Séguin n’ont pas perdu de temps et ont rocké un programme énergique du début à la fin. Avec quatre albums à leur actif, ils n’ont pas eu trop de mal à trouver un rythme d’enfer, sans temps mort. Les gars avaient visiblement du plaisir, en arrière-scène, la gang de Fred Fortin en avait aussi (fallait les voir venir taquiner Pierre Fortin à quelques reprises). Un show de feu qui a fait la part belle à leur excellent Désavantage numérique, leur plus récent album, sans oublier les chansons qui les ont lancés, comme la toujours savoureuse Dale Hawerchuk et la décapante Mais où est donc Carnior?. Le rock est plus vivant que jamais. (Jacques Boivin)

[FEQ] Compte rendu, 9 juillet 2017

Les soirées se suivent, mais elles ne se ressemblent pas au Festival d’été de Québec! Si, hier, nous avions opté pour la pop feutrée et le country-folk apaisant, aujourd’hui, nous étions surtout dans le rock énergique et la pop très dansante. Désolé, Michel Fuguain et les Backstreet Boys!

Fred Fortin – PopUP FEQ, Le SPOT

Fred Fortin – Photo : Jacques Boivin

On voyait le gros nuage noir s’approcher dangereusement de la ville et on craignait le pire pour cette prestation surprise qui avait tout pour faire rêver. Fred Fortin à droite, son fidèle complice Olivier Langevin à gauche. Le ciel de plus en plus gris en haut. « C’est ça que ça fait, de pas être fin avec le petit Jésus! »

Les moins chanceux ont eu deux chansons et trois quart avant l’arrivée de la pluie. La toujours jolie Oiseau, puis deux vieilles tounes de Gros Mené, soit L’amour à l’échelle et Venus. On soupçonne d’ailleurs la Vénus de Milo d’avoir pleuré toutes les larmes de son corps pour que cesse ce doux moment avec Fred.

De nombreuses personnes, dont votre pas très humble serviteur, sont allées se réfugier dans les voûtes voisines. D’autres, qui auraient pu se croire moins chanceuses, se sont cachées sous un petit chapiteau où Fortin et Langevin sont venus les rejoindre, guitare à la main, pour une Ultramarr acoustique qui n’a pas suffi pour faire réapparaître le soleil.

Fuck you, Venus! (Jacques Boivin)

Heat – Scène Fibe

Heat – Photo : Jacques Boivin

L’orage s’était calmé, direction la haute ville dans un autobus en folie où le chauffeur faisait jouer les grands succès des Backstreet Boys, au plus grand plaisir des jolies trentenaires nostalgiques de leur adolescence. Pour ma part, je me disais que j’allais me reprendre avec la formation montréalaise Heat, qui se produisait sur la scène la plus propice pour les découvertes locales, soit la jolie scène Fibe.

La pluie est revenue nous narguer après seulement deux chansons du groupe, qui ont dû quitter la scène quelques instants avant de revenir rocker les gens qui sont restés. Ouf! Susil Sharma et ses complices avaient tant à offrir, ça aurait été dommage de ne pas en profiter encore quelques minutes!

Pas trop d’artifices sont nécessaires quand on a du bon stock à proposer! Et c’est exactement ce que Heat avait à offrir, entre autres, avec les chansons de l’excellent Overnight. De l’indie rock qui goûte un peu le new wave et qui, dans leur exécution sur scène, peuvent parfois faire penser à du War on Drugs, ce qui est loin d’être un défaut. (Jacques Boivin)

Samito – Scène Hydro-Québec

Samito – Photo : Jacques Boivin

C’est un Samito généreux et chaleureux, ravivé par le soleil suite à un orage vigoureux, qui s’est pointé sur la Scène Hydro à D’Youville. Par sa fougue et sa vibe positive, l’artiste a su démontrer pourquoi Radio-Canada en a fait sa Révélation 2015-2016 en musique du Monde. C’est pas simple d’ouvrir au grand soleil, devant une place presque vide, mais le chanteur a tout donné pour ravir ses fans qui ont fini par emporter tout le monde avec. Avec son électro dansant aux saveurs cosmopolites, le Montréalais est un ambassadeur multiculturel émérite, lui qui livre une performance en plusieurs langues. (Christian St-Pierre)

Geoffroy – Scène Fibe

Geoffroy – Photo : Jacques Boivin

Au tour de Geoffroy de prendre d’assaut la Fibe. Contrairement à ses prédécesseurs, le beau temps est au rendez-vous et le public a répondu à l’appel (le site était rempli!). Parmi les nombreux curieux (qui avaient probablement entendu son nom lorsqu’il participait à l’émission La Voix – OK, mon quota de « La Voix » est épuisé pour le FEQ), on retrouvait également une foule de fans qui connaissaient les paroles des chansons par coeur et qui groovaient sous la pop électro de l’artiste. La prestation avait pour fondation l’excellent album Coastline. Un album qu’on aurait pu croire difficile à rendre sur scène tellement il est riche en textures. Mais non, Geoffroy et ses trois musiciens y arrivent facilement! On a les bleus, mais les hanches bougent toutes seules. On aurait peut-être aimé un peu moins de timidité de la part de l’artiste, qui donne l’impression de se servir de ses claviers comme une barrière entre lui et son public. Un bémol très mineur quand on considère toute la belle musique qu’on a entendue pendant une bonne heure! (Jacques Boivin)

Mydy Rabycad – Scène Hydro-Québec

Mydy Rabycad – Photo : Jacques Boivin

Définitivement, le glam et le glitter sont en vogue en ce 50e Festival d’été. Dans sa bio, le groupe tchèque Mydy Rabycad était annoncé comme faisant un électro-swing rappelant celui de Caravan Palace. Certes, on a eu droit à quelques pièces du genre, mais la prestation allait dans un registre beaucoup plus large, passant du funk au disco, rappelant même parfois les envolées planantes de Donna Summer. D’autant plus que l’argenté, le rose et les paillettes étaient bien présents et que la chanteuse y va joyeusement en ce sens. C’est donc un band ultra motivé et intense qui s’est présenté sur la scène Hydro-Québec, et les spectateurs sur place n’ont pas hésité à lui emprunter le pas avec des applaudissements nourris.

(Christian St-Pierre)

IDALG – Impérial Bell

IDALG – Photo : Philippe Ruel / FEQ

C’est à IDALG, un sextuor de Montréal que revenait la tâche de réchauffer la foule pour cette soirée sous le thème du rock. Leur musique emprunte au rock garage et au post-punk avec un penchant pour des mélodies inquiétantes. La présence d’un tambouriniste évoque bien sûr les légendaires Breastfeeders, sans toutefois emprunter leur touche rock n’roll/yéyé. IDALG a présenté plusieurs pièces du récent Post Dynastie dont l’excellente Demi-Serpents en début de concert. Ils se sont bien acquittés de la tâche, alternant des chansons instrumentales par d’autres chantées généralement par Yuki Berthiaume-Tremblay. La foule était à l’écoute, même si le groupe n’est jamais véritablement parvenu et créer un contact fort. Il faut dire que la présence scénique timide des membres du groupe entretient une certaine distance. (Julien Baby-Cormier)

Le Couleur – Scène Fibe

Le Couleur – Photo : Jacques Boivin

On ne pouvait espérer mieux pour terminer la soirée sur la plus belle scène du Festival d’été de Québec. Un coucher de soleil magnifique accompagnait la formation Le Couleur, quelques fans prêts à danser leurs vies sur le bord de la rampe, et de la pop entraînante pendant près d’une heure. La formation menée par Laurence Giroux-Do a montré, une fois de plus, pourquoi son plus récent album P.O.P. se trouvait sur la liste longue du Polaris, mais cela ne rend aucunement justice à l’énergie déployée par la formation sur scène. Il faut voir Laurence s’élancer sur la scène, sautiller partout, inviter le public à danser avec elle, pour vraiment vivre l’expérience Le Couleur. Une bête de scène qui se cache sous des traits de jeune femme sage!

Le Couleur – Photo : Jacques Boivin

Évidemment, une prestation de Le Couleur ne serait pas complète sans les succès du groupe et c’est avec un grand bonheur qu’on a pu entendre les Club italienConcerto rock et autres Voyage amoureux (dans une finale enlevante). Sans surprise, un nombre grandissant de curieux s’est massé sur le parterre, préférant rester quelques minutes de plus, quitte à manquer La Chicane ou Nick Jonas. À notre avis, c’était un excellent choix.

La vie est belle quand elle est aussi colorée. (Jacques Boivin)

Death From Above – Impérial Bell

Death From Above – Photo : Philippe Ruel / FEQ

La dernière présence de DFA1979 remontait à la tournée conjointe avec les rednecks d’Eagles of Death Metal. Ce soir-là, le chanteur/batteur Sebastien Grainger présentait certains signes de fatigue inhérents aux fins de tournée. Hier soir, dès les premières notes de Right On, Frankenstein!, nous avons compris que ce spectacle serait pas mal plus énergique et épique. Ils ont enchainé les pièces de leurs deux albums, Grainger étant en mesure de chanter avec l’énergie nécessaire à ce genre d’exercice et avec l’attitude rock très assumée de Jesse Keeler à la basse nous avons la chance de prendre plein la gueule. La foule s’est particulièrement réveillée lors de la 3e pièce, Turn It Out, qui ouvre l’album culte du duo You’re A Woman, I’m A Machine. Ils ont puisé également dans leurs deux albums jouant même Dead Womb une petite bombe de leur premier EP. Ils ont également performé deux nouvelles pièces, dont le simple Freeze Me, qui suit la mode actuelle de flirter davantage avec la pop. Heureusement, sur l’autre pièce, Caught Up, Death From Above semble ne pas avoir totalement vendu son âme au mercantilisme ambiant dans le monde de la musique.

Ils ont poursuivi leur set le pied au plancher, nous servant deux des pièces les plus efficaces de l’album Physical World en rappel: la pièce titre et l’excellent Government Trash. Reste à espérer qu’ils reviennent nous voir avec en main un album qui ne dénature pas ce qu’on aime du groupe, c’est-à-dire leur énergie brute quasi juvénile avec leur fameux son de basse fuzzé à souhait. (Julien Baby-Cormier)

Pink Martini – Scène Hydro-Québec

Pink Martini – Photo : Jacques Boivin

Quand on pense au jazz et au big bands, il nous vient tout suite le mot raffinement en tête. Et c’est le mot exact pour qualifier la prestation qu’à donnée Pink Martini hier soir sur la Scène Hydro-Quebec. C’est devant ce qui est est peut-être la plus grande foule jusqu’ici à Place D’Youville que le petit orchestre américain a déroulé son matériel dans des saveurs jazz, évidemment, mais aussi latin et lounge. Non seulement le groupe assure par sa virtuosité, mais c’est par ses chansons polyglottes. Je ne le suis pas moi-même, mais il me semble avoir entendu de l’anglais, du français, de l’espagnol et peut-être même de l’italien… je n’est suis pas 100% sûre. Mais toujours est-il que c’est à une prestation très classe et distinguée que nous avons assisté sous la lune plus tout à fait pleine. Une soirée où il fait bon entendre la vie en rose. (Christian St-Pierre)

Cinq de nos chansons québécoises préférées!

Cette semaine, j’ai invité nos camarades à partager une de leurs chansons québécoises préférées. Y’a du vieux stock, quelques valeurs sûres, mais certaines personnes réussiront encore à vous surprendre!

Bonne fête nationale à tous les Québécois, et bonne Saint-Jean-Baptiste à tous les francophones du Canada!

Les Cowboys Fringants – « Les étoiles filantes »

Le nombre de fois que je l’ai écoutée et réécoutée! Les paroles me réchauffent le cœur. En spectacle, les Cowboys se sont appropriés la chanson et on fait que la chanson reste un incontournable dans la chanson québécoise. (Marie-Eve Duchesne)

Richard Desjardins – « Akinisi » ou « Nataq »

Pour ma part, je suis incapable de choisir entre Akinisi et Nataq de Richard Desjardins! C’est deux chansons où la partition de piano est magnifique, où les paroles sont merveilleuses, où le chant est de toute beauté, où la voix de Desjardins est parfaite! Ça fait des années que je les connais et que je les écoute à profusion pis je m’en tanne pas! (Marc-Antoine Auger)

Harmonium – « Corridor »

Je dirais Corridor, par Harmonium. La douceur et la force de cette chanson me donnent des frissons à chaque fois. Le texte est poétique et touchant tandis que la musique est recherchée et sentie à la fois. Voilà, mais c’est un dur choix! Belzébuth des colocs est presque à égalité, Échapper au sort de Karkwa n’est pas loin derrière! Et si on leur laisse le temps de faire leur chemin, je crois que plusieurs pièces plus récentes ont aussi beaucoup de potentiel. (Marie-Eve Fortier)

Galaxie – « Loop »

Loop de Galaxie… Mélodiquement, c’est une de mes chansons préférées de tout le temps. C’est l’exemple typique d’une chanson d’ouverture d’album exemplaire. Ça représente bien l’état d’esprit du jeune adulte à cheval entre le party et le côté plus sérieux de la vie adulte à venir. De plus, le travail combiné de Langevin et Lafontaine sur cette pièce rend le tout absolument inoubliable. À mon humble avis, bien que plutôt court, c’est le meilleur solo de guitare dans une chanson québécoise. (Julien Baby-Cormier)

Fred Fortin – « Oiseau »

Elle vient me musicalement et encore plus en spectacle. Il est accompagné de musiciens fabuleux sur l’album Ultramarr. Je trouve que cet album est un des plus beau chef d’oeuvre de musique québécoise actuelle. De plus, les paroles sont racontées plutôt que d’être amenées de manière conventionnelle avec un refrain. (Marianne Chartier-Boulanger)

Jean Leloup – « Le monde est à pleurer »

Je voulais aller au-delà des évidences, nommer Corriveau ou Pinette, mais après mûre réflexion, il n’y avait que cette chanson de Jean Leloup. Une chanson universelle, qui sort du je pour nous raconter une histoire comme seul Leloup peut le faire. Une chanson toujours aussi d’actualité, même 20 ans plus tard. Même constat : les humains sont méchants et la Terre est cruelle, alors aussi bien s’éclater, comme Dieu le père, Manitou, Krishna et Bouddha! Et on s’éclate sur cette chanson entraînante avec ses riffs hyper accrocheurs et son refrain aussi bref qu’extatique.

Juste dommage qu’on ait censuré le vidéoclip… Allez hop, un peu de sincérité. (Jacques Boivin)

 

Festival de la poutine de Drummonville célèbre la 10e édition avec les Trois Accords

Le Festival de la Poutine de Drummonville a dévoilé, hier après-midi, sa programmation de spectacles pour l’édition 2017. Ce festival, inauguré en 2007 par le groupe originaire de Drummonville Les Trois Accords célèbre cette année leur 10e édition. C’est pourquoi il est important pour eux de faire partie de la programmation cette année. Simon Proulx, à la tête du groupe et du festival, croit important de « célébrer avec ceux qui ont rendu ce festival possible ! ».

Le festival est également fier d’avoir Half Moon Run comme tête d’affiche. Ce groupe est en grande demande dans les divers événements estivaux du Québec en plus de prendre une place grandissante sur la scène internationale.

Les amateurs de ce repas « traditionnel » à la culture québécoise pourront profiter d’une excellente programmation musicale. Ce sont des spectacles à l’image de la relève en incluant les gagnants du concours Secondaire et Cégep en Spectacle mais aussi des artistes qui représentent la jeunesse et la musique d’aujourd’hui. C’est la fin de semaine du 24 au 26 août que le tout se déroulera au Centre Marcel-Dionne à Drummonville.

Jeudi soir, le festival s’ouvre avec Secondaire en spectacle à 18 h suivi de The Brooks (19 h), Les Sœurs Boulay (20 h) et Alex Nevsky (21 h). Vendredi le 25 août c’est au tour de Cégeps en spectacle de monter sur scène avant de laisser la place à Émile Bilodeau (19 h), Kevin Parent (20 h) et Les Trois Accords (21 h). Enfin, samedi le 26 août, la fameuse Lydia Képinski (18 h), qui sera également un peu partout au Québec cet été ayant remporté les Francouvertes en mai dernier, fermera le bal avec Alaclair Ensemble (19 h), Fred Fortin (20 h 15) et Half Moon Run (21 h 30).

Il est inévitable que la programmation attire beaucoup de jeunes en plus de leur tarif spécial de 28$ le week-end pour les premiers 2 500 passeports vendus. Sinon il est possible de se les procurer au tarif régulier à 38 $ pour le week-end ou 23 $ la journée.  C’est un rendez-vous gastronomique et musical ! www.festivaldelapoutine.com

[SPECTACLE] Fred Fortin au Centre culturel Pauline Julien

Vendredi dernier, c’était la première fois que je me rendais à la salle du Centre culturel Pauline Julien à Trois-Rivières. Je dois dire que j’ai été très surprise de l’accueil que j’ai reçu qui fut bien sympathique. Je me suis même permise de prendre une petite Trou du Diable, je me disais que Fred Fortin, ça s’écouterait encore mieux avec une bière à la main.

Le spectacle affichait complet, mais clairement, la salle n’était pas remplie. J’ai bien aimé l’intimité que la salle crée en positionnant les spectateurs à la même hauteur que l’artiste sur scène. Ça donne un effet rassembleur. Surement pas assez pour Fred, puisque, dès qu’il est monté sur scène, il a demandé au public de se rapprocher.

20h00, Fred est sur scène. Sincèrement, je n’ai jamais entendu une aussi bonne crowd de musiciens. Au début, je me demandais comment ils allaient transmettre le son particulier des Barr Brothers, un groupe montréalais qui a collaboré sur le dernier album de Fred Fortin, Ultramarr. Ce groupe, qui se distingue par les percussions d’Andrew Barr, et les accords de son frère guitariste Brad Barr, qui ensemble, forment un son juste assez planant. Cette collaboration entre Fred Fortin et les frères Barr restera toujours dans mon top musical de vie, encore plus depuis ce que j’ai vécu en spectacle vendredi dernier.

Le premier extrait de l’album, Oiseau, dont le texte transpose une belle métaphore sur la vie, a aussi été le premier extrait du spectacle. On remarque tout de suite le plaisir de jouer aux travers les expressions des musiciens parce qu’ils savent clairement que ça sonne bien. C’est aussi ce que les auditeurs se disaient lorsqu’ils tapaient du pied pendant que Fred sonnait le refrain.

Il a enchaîné avec la pièce 10$, où les harmonies électriques du célèbre Olivier Langevin ont été appréciées par la foule.

Douille s’en ai suivi et c’est là que le batteur Samuel Joly a pris sa place dans le spectacle. Étant proche de lui, j’ai vraiment été captivé par sa présence sur scène. N’étant pas en font de scène comme nous avons l’habitude de retrouver un batteur, nous pouvions être plus à son écoute. Fred laissait beaucoup de place à Sam probablement parce qu’Ultramarr est un album qui fait sonner beaucoup de percussion.

Entre temps, il a fait référence à son album Plastrer la lune avec les airs blues de Madame Rose où l’on a senti une belle complicité entre Samuel Joly et Jocelyn Tellier tout deux assis au pied de leur instrument.  Sans doute le musicien le plus polyvalent du band, Jocelyn Tellier performait de la bass à la guitare pour retourner se fondre derrière les sons singuliers du pedal steel pour transporté un effet psychédélique aux chansons de Fortin.

Lors de la Gratte, les notes plutôt jazz du claviériste se mélangeait bien avec les expressions plus blues de Fred et rock d’Olivier.

Fred aime beaucoup l’énergie du public et ne s’est pas empêché de leur exprimer l’effet qu’elle lui procure : « On sent votre drive, vous êtes hot » a-t-il déclaré. Il enchaîne ainsi avec des allures country qui sont incontournables sur chacun de ses albums avec Tapis et Molly dans le cas d’Ultramarr. Durant la prestation de Molly, Fred s’est agenouillé pour laisser la place à ses musiciens. À cet instant, nous avons pu ressentir un réel moment de « bromance » entre lui et ses acolytes qui jouaient à proximité, mais également par les rires qu’ils échangeaient. « J’ai volontairement fucker les accords pour les fucker » a-t-il déclaré en fin de chanson.

J’aime quand nous pouvons remarquer le lien d’amitié entre les membres du groupe sans même qu’ils échangent un mot, juste pas la passion musicale qui les relie. Cet accord ajoute un effet solide et cohérent à la musique projetée. Ce fut le cas durant la pièce Tête perdue qui est selon moi est la plus substantielle pour les oreilles avec un refrain unique et accrocheur en son genre.

Après Grippe et Ti-Chien Aveugle, Fred remercie le public et l’accueil qu’il a reçu au Centre Culturel Pauline Julien qu’il a baptisé le «dôme étoilé» pour terminer avec la performance de Scotch. Une chanson méritant la fin du spectacle par une conclusion instrumentale digne d’une finale en feu d’artifice où les musiciens se sont laissés emporter dans leur style.

Peu de gens connaissent le talent de Fred Fortin dans mon entourage. J’ai compris pourquoi en assistant à son spectacle qui clairement attire un auditoire digne de la génération X. J’ai même pu apercevoir une famille, dont les enfants étaient assis au pied du micro de Fred. Cette même famille se sentait très rejoint par la musique et a demandé la pièce Bobbie au rappel, «une chanson avec beaucoup trop d’accord pour un vieux disque mou » comme a mentionné Fred. Nous avons été exclusif, car apparemment elle n’avait pas été joué depuis 4 ans.

Autrement, durant le rappel, un piano à queue a été installé au milieu de la foule pour interprété Amour et Ultramarr qui conclura cette soirée rock en moment convivial.

Après avoir été comblé par la qualité musical du spectacle, il est certain que j’irais revoir Fred et ses complices lors de leur prochain passage en Mauricie le 11 février prochain à la microbrasserie Trou du Diable de Shawinigan.

Puisque nos photographes étaient occupés ce soir-là, on vous propose de regarder les magnifiques photos de l’équipe de Québec ICI.

[Spectacle] Fred Fortin : Triomphe à l’Impérial

« Une âme crisse, faites pas les difficiles. En avez-vous rencontré beaucoup des âmes ces derniers jours ? ».

C’est à Pierre Foglia que l’on devrait ces propos, lui qui se demandait sans doute comment ça pouvait bien se faire qu’un auteur-compositeur-interprète aussi monumental que Fred Fortin soit à ce point boudé du grand public.

Si la question se posait à l’époque où Foglia écrivait ces mots – Fortin n’était-il pas, pourtant, l’Ô combien digne héritier des Leclerc, Vigneault et autres héros de la poésie chantée qui faisait jadis la fierté d’un Québec en proie à une certaine soif identitaire ? – il faut croire, au vu du triomphe auquel il a eu droit à l’Impérial samedi soir, que cette époque est révolue.

Il m’a semblé que l’on reconnaissait enfin le génie de Fortin et qu’on était bien décidé à lui faire sentir.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Bien que l’ancien théâtre ait mis du temps à se remplir, Fred et ses acolytes se sont bien produits devant une salle comble d’un public qui en aurait redemandé jusqu’au lendemain.

Sans grande surprise, la troupe fortinesque a débuté avec la magnifique « Oiseau », première pièce du dernier album de Fortin, sous un éclairage incertain qui laissait place à des images projetées en arrière-plan de la scène. Une entrée en matière bien choisie qui allait servir d’avertissement au public : pas question de faire de la folk ici ! Ceux qui auront perçu cet album comme le moins lourd de la carrière de Fortin se seront bien fourvoyés. Cette première chanson, livrée au son tonitruant des guitares électriques et du jeu de batterie fort efficace de Sam Joly annonçait que la soirée allait être au rock.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

S’en est suivi la très excellente « 10$ » qui, aurait-on pût croire, allait sans doute être un peu moins nourrie que sur l’album, compte tenu de l’absence des frères Barr. Mais il faut se rappeler que Fortin est accompagné sur scène de deux véritables guerriers de la guitare à savoir son fidèle acolyte Olivier Langevin et le très excellent Jocelyn Tellier (les deux maniant la basse à tour de rôle lorsque Fortin assure la guitare), de quoi nous faire oublier l’absence de ces deux frangins qui, mentionnons-le, ont fait un travail tout à fait remarquable avec les chansons de Fortin.

Le groupe a enchaîné avec « Douille » puis, une « Madame Rose » qui m’aura fait remarquer que le public, chantant de bon cœur le refrain, n’était pas si ignorant de la musique de Fred d’avant Ultramarr. J’ai toutefois été quelque peu agacé par l’inattention de celui-ci (du public) alors que les premiers accords de « Plastrer la lune » se sont fait entendre. Je me suis même permis de rappeler à certaines qu’il y avait un excellent spectacle à écouter devant et que le récit de leur week-end pouvait sans doute attendre. Qu’à cela ne tienne, j’ai tout de même pu fermer les yeux et m’immerger dans le récit psychédélique que livre cette fabuleuse chanson. « Gratte » nous a ensuite annoncé l’hiver avant le temps avant que la dansante « Tapis noir » nous fasse nous réchauffer un petit peu.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Puis, se sont fait entendre les premiers accords de ce que je considère comme le meilleur morceau d’Ultramarr, l’une des plus grandes chansons de Fortin jusqu’à maintenant et l’une des plus belles chansons d’amour à avoir été écrite au Québec ces dernières années, à savoir « Molly ». Difficile de ne pas apprécier la façon dont Fortin est parvenu à manier un champ lexical résolument country tout en écrivant une chanson qui n’a absolument rien de kitsch. Ou plutôt, si kitsch il y a, celui-ci est dosé d’une si belle façon qu’on ne peut faire autrement que vouloir s’y prélasser, s’y enrouler, comme on s’enroule dans une couverture de loup en « minou ». Bref, cette chanson est réconfortante, romantique et empreinte de cette nostalgie qu’on voue à une flamme de jeunesse qu’on peine à oublier (« il y a si longtemps que t’es toujours aussi belle … »). Fred sait-il qu’il nous fait pleurer ?

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Question de nous faire revenir sur terre, « Tête perdue » et « Grippe » ont précédé la classique « Ti-chien aveugle » tout droit tirée de Planter le décor qui, je dois dire, se fondait à merveille dans la saveur plutôt psychédélique du spectacle. C’est la très excellente « Scotch » (cette chanson détermine toujours mes choix de breuvages !) qui serait venue clore cette soirée, si, bien entendu, le public n’en avait pas demandé davantage.

À la grande surprise de tous, Fred est revenu seul sur scène pour nous chanter « Chaouin », une chanson tirée des boules à mites (ou plutôt, du Plancher des vaches), mais qui est sans doute passée à la légende depuis que Fred l’eut chanté à nul autre que Dédé Fortin.

crédit photo : jay kearney
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J’ai dit tout à l’heure que Fred avait à son compte l’une des plus belles chansons d’amour, mais je corrige : il en a au moins deux ! Olivier Langevin l’a rejoint pour jouer « Mélane », chanson triste s’il en est, mais pour laquelle le public s’est (enfin) fait silencieux et attentif.

Puis, pour nous rappeler qu’« y’a toujours de la tiraille à recracher dans l’assiette » la très pesante « Chateaubriand » s’est fait entendre, annonçant par le fait même deux titres tirés d’Agnus Dei, le dernier album de Gros Mené, à savoir « Vénus » et « L’amour est dans l’ROCK ». C’est le cas de le dire : y’avait de l’amour et y’avait du rock. Fortin nous a même rappelé que lui aussi était capable de nous envoyer des solos de guitare par la figure.

crédit photo : jay kearney
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Voyant que le public en redemandait encore et cherchant visiblement quelque chose de pas trop compliqué à jouer – je pense que Fred et sa troupe avait pas mal atteint le bout de son répertoire du moment ! – Fred, amusé, a entamé « Le cinéma des vieux garçons », ce qui nous a valu une performance vocale (tout à fait oubliable) de Jocelyn Tellier.

La soirée s’est terminée par un tête à tête entre Fortin et le-loin-d’être-le-dernier-ou-le-moindre François Lafontaine qui nous ont chanté « Ultramarr » en chœur avec un public ravi.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

Une très belle soirée et un excellent show qui nous auront rappelé que le Québec compte encore quelques perles musicales.

Jérôme St-Kant aura ouvert la soirée d’une belle façon en nous présentant ses chansons humoristiques. Si le personnage peut sembler, au premier abord, un peu difficile à cerner, il n’aura fallu que quelques chansons pour nous accrocher à ses textes intéressants, quoique par moment un peu crus, et à son humour marqué.

crédit photo : jay kearney
crédit photo : jay kearney

ENTREVUE : Fred Fortin

Fred Fortin traverse un printemps fertile en événements, notamment grâce à la sortie d’Ultramarr. Détourné des riffs de distorsion et du son rock qui ont permis à l’auteur-compositeur-interprète d’établir sa notoriété dans le paysage musical du Québec, l’album prend un virage introspectif, plus homogène sans toutefois être dépouillé d’intensité. En tournée de promotion à Québec, Fortin s’est arrêté à la Brûlerie Saint-Roch où je l’attendais, visiblement fébrile. Or, dans une franche simplicité, il a vite fait d’installer une ambiance bon enfant qui a jeté les bases pour parler de musique, son sujet de prédilection.

(Photos : Marion Desjardins)

Ultramarr

Fred Fortin« La réponse est plus grosse que j’aurais espéré. Ben j’espère jamais rien, dans l’fond, quand je fais ça » a-t-il répondu, quand je lui ai demandé de me décrire ses impressions sur l’accueil favorable de son dernier opus. « C’est plus l’fun que l’monde aime ça que de se faire ramasser. Faque, je suis vraiment content».

À la première écoute d’Ultramarr, on réalise rapidement que Fortin a voulu explorer de nouvelles façons de composer la musique. Sans travestir le son qui lui est propre, on sent qu’il se calme, qu’il recherche une atmosphère plus uniforme: « En ayant fais le Gros mené en 2013, ça comme rempli une case pour moi qui est l’fun. J’pensais pas en refaire du Gros Mené, nécessairement. Pour moi, le poisson était mort! La manière que j’étais parti pour ce projet-là; je voulais faire de la musique organique avec des rythmes. Mais à la minute où j’ai fait les textes, je me suis dit “osti c’est du Gros Mené ça!”» avoue-t-il. De plus, même si Fortin n’écrit pas les chansons de Galaxie, il est très impliqué dans le projet et baigne forcément dans le rock. C’est pourquoi, en sachant qu’il allait travailler avec les Barr Brothers et qu’il désirait faire des « formes de musique répétitives qui ne sont pas compliquées dans la tête», il s’est enligné vers ce qui allait devenir son 5e album en carrière. « Je voulais que les tounes, autant que possible, se mettent en valeur entre elles et non pas se faire de l’ombrage. Dans des albums, il y a des fois une toune qui est complètement rock au milieu de quelque chose de doux. Je l’ai fait souvent ça aussi. J’avais vraiment une intention de faire autre chose».

Cette volonté de faire les choses autrement se transpose d’ailleurs dans la façon de livrer les pièces du dernier album en spectacle : « C’est pas mal un défi, mais c’est volontaire. Installer une vibe de rock dans une salle où tout le monde boit de la boisson, c’est pas très difficile en général», dit-il en riant. « C’est plus difficile de faire passer des tounes qui ont un mood plus introspectif. Tu dois être disposé à ce genre de toune-là parce que t’es pas tout le temps dans cet état d’esprit avant un spectacle. C’est sur que c’est plus exigeant, ça demande que la salle soit disposée à ça aussi». Néanmoins, Fortin assure qu’il y a quelque chose de viscérale et de complètement trippant à communiquer la musique par des moyens différents. Lors des spectacles à venir, il puisera sans doute dans Gros mené et dans ses albums précédents pour s’assurer de «donner un show d’une heure et quart». Rien n’est cependant encore défini, même s’il sait qu’il cherchera à concevoir un concert équilibré :    « On va voir ce que ça nous dit quand on fait le show, de quoi on aurait le goût de faire», dit-it, « Olivier me connait pas mal par coeur, on est pas mal d’accord en général».

Question de casting

Fred FortinSur Ultramarr, Fortin a eu recours aux talents des frères Barr, de François Lafontaine, de Sam Joly, d’Olivier Langevin et de Joe Grass, tous de grosses pointures de l’industrie musicale québécoise actuelle. Comment choisit-il les musiciens avec qui il travaille?  « C’est vraiment du casting. Il y a d’excellents musiciens avec qui j’aimerais jouer, mais qui fitteraient pas sur ce genre de toune-là» affirme-t-il. « Bon, les Barr ça été une rencontre à Saint-Prime dans le garage à mon père. Je connaissais leur musique, je venais de voir leur show pis on a jammé un peu. On s’est dit que ce serait l’fun de faire quelque chose ensemble et ça m’est resté dans la tête.» En entrant en studio, Fortin voulait créer des structures musicales qui reflétaient les personnalités des frères Barr. Elles étaient le point de départ et une influence notable dans l’écriture de l’album. « C’est du monde qui m’inspire en partant», dit-il. « Sam Joly est un drummer avec qui j’ai joué un petit peu. Il a une personnalité tellement l’fun. Il est venu au Lac, à mon chalet et on a écouté de la musique. C’est un trip de muse qu’on se fait dans l’fond». Fortin reconnait que tous et chacun ont contribué beaucoup à l’album: « François Lafontaine, c’est une banque d’idées inépuisable. C’est un gars qui joue avec plein de monde, mais il est capable de se renouveler et d’être unique dans le rôle qu’il a à faire sur le disque. Pis Joe Grass, ben ça juste pas de bon sens».

Ch’tun mélomane

Fred FortinGros Mené, Galaxie, la musique de la série les Beaux malaises et ses albums solos sont des projets qui se distinguent les uns aux autres sans nécessairement s’opposer. Selon l’artiste, c’est le reflet de sa culture musicale très étendue. «J’écoute plein d’affaires. On est aussi dicté par nos moyens, par nos forces et par notre potentiel musical. Je m’enlignerais pas de faire un album Jazz parce que ce n’est pas ma force, même si la musique m’inspire beaucoup. C’est le fait d’aimer la musique qui fait qu’on fait de la musique comme on la fait. C’est le fun de pouvoir avoir plusieurs influences». D’ailleurs, pendant l’enregistrement de l’album, Fortin révèle qu’il écoutait Randy Newman, JJ Cale, Tom Waits, John Coltrane, Ray Charles, Nina Simone; bref des «affaires qui reviennent souvent» dans ses vinyles. « Il y a tellement de la bonne musique, c’est fou! Ch’t’un mélomane», proclame-t-il.  Durant la même période, il a également découvert l’album Pet Sounds de The Beach Boys: « Quand j’ai découvert Pet Sounds, je savais que c’était un album classique. Je connaissais déjà des tounes dessus que j’avais déjà entendues, mais je me le gardais comme une bouteille de vin. Il y a des albums de même que tu te dis  »je suis donc ben chanceux de ne pas l’avoir encore écouté » parce que tout le monde le connait». Il s’est gâté, s’est imprégné de l’oeuvre et a visionné plusieurs documentaires retraçant la vie de Brian Wilson: «Pour moi, le gars représente un Beatles à lui tout seul, incluant George Martin. C’est toute sa sensibilité au delà de toute qui m’a touché». Le côté borderline mental des personnages campés dans Ultramarr sont d’ailleurs inspirés, en partie, par les personnalités comme Wilson, Syd Barrett ou Daniel Johnston, des êtres extrêmement sensibles qui ont sombré dans la folie.

L’industrie de la musique selon Fred Fortin

Fred FortinFaisant de la musique depuis longtemps, Fred Fortin a été témoin de la mutation de l’industrie musicale au Québec. Difficile de résumer en quelques mots tous les changements qui ont eu cours ces dernières années, mais l’Internet a selon lui eu une incidence considérable sur la façon de produire des disques. « J’ai connu l’agonie des gros major comme  BMG qui étaient les rois de l’industrie. Il se vendait plus de disques, mais les artistes se faisaient plus fourrer aussi», dit-il. Aujourd’hui, les compagnies se sont plus adapté aux artistes et entretiennent des rapports plus proches avec eux. On parle davantage d’échange et de partage. Fortin avoue toutefois qu’il aimerait voir les ventes de disques augmenter plutôt que de gagner en téléchargement, mais capitule devant cette réalité qui, d’après lui, n’est pas sur le point de changer. « Moi, de toute façon, je fais des albums encore dans ma tête comme si c’était 1960. Moi j’aime ça avoir une pochette et un album.»

Histoire de basse

Fred FortinFred Fortin possède des instruments qu’on peut qualifier de mythique pour lesquels il aime se remémorer des anecdotes amusantes. C’est le cas pour sa Fender Jazz Bass 1962 qu’il a acquis à l’âge de 18 ans. « L’instrument traînait dans un magasin à Saint-Félicien et je l’avais acheté pour 400$ pour un gars qui allait au cégep d’Alma. Mais là, j’ai eu la basse toute la fin de semaine chez nous et je me suis dit que je ne pouvais pas la laisser partir. Je savais que le gars n’était pas trop musicien, faque je lui ai offert ma Yamaha, pis il m’a donné 600$. Je me suis ramassé avec une Jazz Bass (qui vaut plusieurs milliers de dollars aujourd’hui) et une belle motte de hash». Pourtant, l’histoire ne s’arrête pas là: « Je me suis fait voler ma basse en déchargeant le stock chez Langevin. Ils l’ont oubliée sur la clôture pis il y a un gars qui est parti avec. Il a essayé de la vendre, faque il l’a montrée à des amis musiciens. Moi je la cherchais,  faque je l’avais trouvée, mais le gars ne voulait pas me la redonner; il voulait me la vendre pour 400$, ironiquement. C’était de l’extorsion. J’ai mis la police là-dedans. Je lui ai dit  »toi mon clown, c’est assez!’’»

Fortin enchaîne avec l’historique de sa Gibson EB2D: « C’est une basse que je voulais parce que quand j’étais petit, un chum de mon père est arrivé avec ça à la maison et je trippais ben gros dessus. Faque un moment donné, j’ai dit à mon père d’appeler son chum et de lui demander s’il veut la vendre». Malheureusement, ce n’était pas possible puisqu’elle appartenait à une tierce personne. Fortin a donc abandonné le projet. Mais le destin a fait ce qu’il fait de mieux:« Un moment donné, j’entends parler d’un gars qui veut échanger sa basse contre une Rickenbacker. Faque je voyage, je m’en vais à Alma et je rencontre le gars. Il me dit qu’il avait trouvé sa basse à Saint-Prime… Faque j’ai retrouvé la basse que je jouais dessus quand j’avais 10 ans». Incroyable.

Questionnaire musical en vrac

Fred FortinVinyle ou Cd?

FF: « Ah! Vinyle. Moi j’ai tout le temps eu des vinyles depuis que je suis petit. J’avais pas de toutou, j’avais des 45 tours! J’ai eu mon premier tourne-disques super jeune, pis j’ai jamais arrêté d’avoir des vinyles. J’ai tout le temps eu une table tournante. J’aime ça le contact physique et le son des vinyles. Des fois j’écoute juste un bord, je me permets ça!».

Quels sont tes classiques?

FF: « Ah il y en a tellement! Il y a Pet Sounds, parce que c’est ça que j’ai dans la tête. J’ai grandi avec les Beatles, évidemment. Pagliaro, c’est mon premier idole, faque le premier Pag, j’ai encore ça en vinyle. Après ça, il y a les albums de Ray Charles, de Nina Simone, de John Coltrane, de Tom Waits. J’en ai tellement!»   

Qu’est-ce que tu écoutes quand t’es in the mood for love?

FF: « Oh! Je sais pas… Je te dirais… Je sais vraiment pas! Ce qui joue dans le moment, ça dépend. De toute façon, je suis tout le temps in the mood for love!

Les meilleurs albums pour faire du char?

Fred FortinFF: « Wow! L’année passée j’ai ben trippé à écouter du Kurt Vile dans l’char. Je trouve que ça coule sur le long du Saint-Maurice. Souvent, dans mon téléphone, j’ai pas tant d’affaires que ça. Des fois je suis sur random, faque ça se promène entre plein d’affaires. Mais je te dirais Kurt Vile, Walking on a Pretty Daze, j’ai beaucoup aimé cet album. L’autre d’avant aussi, pis l’autre d’après aussi».

Ton plaisir coupable?

FF: «J’en ai pas mal plusieurs. J’ai des vers d’oreille. J’ai une maladie; j’ai une curiosité que quand je me souviens d’une toune, j’essaie de m’en souvenir, mais je ne m’en rends même pas compte. C’est comme une curiosité morbide. Je peux écouter la radio, pis pogner une toune, pis essayer de comprendre qu’est-ce que la personne avait dans la tête quand elle l’a faite. Faque ça me rend coupable de ben des affaires. C’est pas un plaisir, c’est plutôt une curiosité morbide et un masochisme assumés.»

V: « Comme les tounes de la Chicane… Ça t’arrives-tu d’en avoir dans la tête? »

FF: « Faut pas que tu le dises… Parce que là je vais me mettre à spiner de la Chicane dans’tête… Ben oui ça m’arrive! J’adore mon Boom! »

Quelle chanson aimerais-tu qu’on joue à tes funérailles?

FF:« Oh! Tabarouette! Je sais pas, je l’entendrai pas! »

[ALBUM] Fred Fortin – Ultramarr

Déjà six ans se sont écoulés depuis que Fred Fortin a « plastré» de nouvelles compositions en solo. Il y a bien eu le corrosif Agnus Dei signé Gros Mené, véhicule créatif permettant à Fortin de nous balancer des pièces plus sales et juvéniles, mais inutile de dire que le successeur de l’excellent Plastrer la Lune était attendu. Il semble d’ailleurs que l’aventure Gros Mené lui a servi d’exutoire parce que Ultramarr, son nouveau disque, fait la belle part aux chansons folk alors que l’auteur du Lac semble avoir abandonné les guitares grinçantes et les riffs bétonnés. Loin d’être un reproche, on se retrouve avec un album plus homogène et mieux ficelé. Homogène oui, mais pas dans la structure des chansons; une des grandes qualités de cet album étant justement sa richesse mélodique.

Fred Fortin a eu l’aide de Joe Grass pour le pedal steel guitar, de Brad et d’Andrew Barr (qui apparaissent sur 5 chansons) pour l’élaboration de ce riche paysage sonore. Quant à lui, Olivier Langevin, collaborateur depuis toujours, empoigne cette fois-ci la basse sur quelques chansons, tâche qui revient habituellement à Fortin. François Lafontaine aux claviers et Sam Joly aux percussions complètent le tableau avec l’aide de Pierre Girard pour la prise de son.

L’album s’ouvre sur la douce Oiseau, fable aviaire fidèle à l’univers spleenétique de Fortin soutenue par l’habile batterie d’Andrew Barr. Dans Douille, le protagoniste qui cherche d’abord ses cigarettes vit dans un univers qui s’effrite entre les murs d’une psychose. La mélodie chantée par Fortin (appuyé par les synthétiseurs) accentue l’inquiétude qui émane d’une telle débarque. 10$, la pièce qui a inspiré la magnifique pochette réalisée par Martin Bureau semble dépeindre un curieux parallèle entre les courses de char et la vie effrénée d’artiste. Il y a ensuite des pièces comme Gratte (superbe solo de guitare de Brad Barr) ou la fabuleuse Tête perdue qui sont de curieuses bêtes mélodiques. Il y a d’ailleurs sur cette dernière un petit côté progressif qui rappelle par moment son album Planter le décor (on pense entre autre à la puissante Châteaubriand). La touche country-folk est toujours présente grâce à l’envoutante Molly et à Tapis Noir, une sympathique ode à la procrastination. Gros coup de cœur aussi pour Grippe, une magnifique pièce au rythme particulier où Fred chante un certain mal de vivre dans un rendu qui rappelle un peu Leloup. Chanson ironique pour notre ancien premier ministre, L’amour Ô Canada est jouissive malgré sa courte durée. C’est un pièce qui porte définitivement la signature de Fortin par sa richesse mélodique. Ultramarr, pièce titre de l’album, apporte un peu de soleil avec son rythme honky-tonk qui illustre la vie d’un couple de garagistes qui attendent impatiemment l’arrivée de la fin de semaine pour s’éclater un peu. Tite dernière, brève chanson écrite pour la série Les beaux malaises évoque des adieux pour conclure cet album magistral.

Quelques écoutes suffisent pour comprendre que Fred Fortin a outrepassé les attentes. Sans renier son style habituel, il réussit à surprendre l’auditeur. Il y a toujours ce voile de fumée qui vient brouiller la frontière entre l’autobiographique et la fiction. Il y a toujours ces progressions d’accords inventives qui soutiennent des textes riches même si l’esprit juvénile d’autrefois fait place à une poésie plus rugueuse et recherchée. Il y a toujours ces tournures de phrases efficaces et d’une triste beauté comme dans Tapis noir: « J’ai un p’tit coeur patché au gaffeur tape loin du tien en hiver » ou Grippe: »Tu seras le fantôme de quelqu’un que t’étais et que t’as mis aux oubliettes ». Et il y a celui qui livre systématiquement des albums de qualité, mais qui atteint avec Ultramarr des sommets inégalés. C’est un disque somptueux et concis qui se dévoile tranquillement et qui a donc un très haut pouvoir de ré-écoute.

Ce sera d’ailleurs intéressant de voir la grille de chansons du spectacle puisqu’on risque d’avoir droit à un concert plus tranquille. Les bonnes candidates ne manquent pas sur les albums précédents… à moins que le principal intéressé en décide autrement?

Des concerts devraient être annoncés pour une tournée cet automne.