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Critique : Cœur de Pirate – « Trauma – Chansons de la série télé »

trauma coeur de pirateL’enregistrement d’une bande originale destinée à un film ou à une série télé, ce n’est pas toujours facile. Il faut se plier aux diktats des producteurs, des réalisateurs et des auteurs. Si, en plus, il s’agit d’enregistrer des reprises, il faut s’assurer de libérer les droits associés aux chansons tout en respectant les conditions associées. Ajoutez cela le fait que d’autres artistes vous ont précédé avec panache, et vous voilà avec toute la pression du monde.

Béatrice Martin, que vous connaissez également sous le nom de Cœur de pirate, se préparait justement à entrer en studio lorsque Fabienne Larouche lui a demandé de s’occuper de la BO de la cinquième saison de Trauma. Évidemment, l’artiste a dit oui et nous voilà, quelques mois plus tard, avec le résultat.

Tout d’abord, disons-le tout de suite, c’est joli. J’ai toujours trouvé que la voix de Béatrice Martin était plus riche et complexe dans la langue de Zooey Deschanel que dans celle de Vanessa Paradis. Bien sûr, tout n’est pas parfait, on pourrait reprocher à la chanteuse le fait qu’elle mâche ses mots en anglais, ce qui peut être suffisant pour en faire décrocher quelques-uns.

Côté musique, nous sommes gâtés : les chansons qui ont été reprises ont reçu un traitement sobre et souvent minimaliste. Certaines sont plus réussies que d’autres : Summer Wine (originalement de Nancy Sinatra et Lee Hazelwood) s’apprécie fort bien et Coeur de Pirate interprète merveilleusement Amy Winehouse. Et Lucille, de Kenny Rogers? Déshabillée au point de ne constituer qu’un piano-voix, c’est une toute autre chanson, où Martin est juste parfaite.

D’un autre côté, Last Kiss, avec le reverb dans le piton, on s’en serait peut-être passé.

La plus grande difficulté avec ce genre d’album, c’est de trouver un rythme, un ordre des pièces qui nous donnera envie d’écouter les pièces plutôt que de mettre l’album en musique de fond pendant qu’on épluche des patates. Dans le cas d’une série, où toutes les chansons ont souvent le même rôle (marquer le moment le plus dramatique de l’épisode) et une intensité semblable, la chose est encore plus difficile. Sur ce plan, mission accomplie, avec le matériel en mains, on ne s’ennuie pas.

Et ça finit plutôt bien, avec une combinaison The Great Escape (Patrick Watson) et Flume (Bon Iver) que Béatrice Martin n’a pas hésité à mettre à sa main. Attachant.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=DnqbNnnzbUA&w=480]

Ma note :
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Cœur de Pirate, « Trauma – Chansons de la série télé » (Grosse boîte)

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Critique : Bruce Springsteen – « High Hopes »

High_Hopes_album_Bruce_SpringsteenÇa fait des années que je rêve de voir le Boss en spectacle et il se pourrait que 2014 soit la bonne, car le géant du New Jersey a une nouvelle galette à promouvoir. Et qui dit galette dit tournée mondiale. Tant mieux, paraît que le Boss en spectacle, c’est une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie.

Cela dit, après avoir écouté High Hopes, le 18e album studio de Springsteen, on se dit que malheureusement, la fierté du New Jersey aurait peut-être dû attendre d’avoir autre chose à nos proposer que des chansons composées depuis longtemps, mais qui n’ont jamais été enregistrées, ou d’autres vieilles chansons remises au goût du jour.

Pour Springsteen, « au goût du jour », ça veut dire beurrer épais. Les chansons sont très rarement arrangées simplement. Ça prend du bruit. Ça prend 2-3 ensembles de percussions, de l’orgue, du violon, de la guitare, tout ça à un volume pas trop élevé pour éviter de masquer la voix (toujours en feu) du Boss. Malheureusement, quand tout semble branché sur le 220, on a l’impression de se retrouver devant un mélange un peu trop homogène, qui manque d’imagination.

C’est dommage, parce que le propos de Springsteen, qui, lui, ne manque pas de pertinence, se trouve noyé dans ce sirop surproduit qui convient mieux à un gros party devant des dizaines de milliers de personnes que dans un casque d’écoute. Même si elle a été écrite au tournant du siècle, la pièce American Skin (41 Shots) est encore d’actualité, suffit de penser à l’affaire Trayvon Martin.

Quant à Tom Morello (Rage Against the Machine), venu remplacer Steven Van Zandt, il faut avouer qu’il fait un travail honnête, même si sa guitare aux sonorités très nineties peut parfois être déroutante. Reste que sur la reprise de Ghost of Tom Joad, Morello y met toute la gomme, au plus grand plaisir des fans du Boss.

En résumé, High Hopes n’est pas l’éclair de génie qu’on n’attend plus de Springsteen depuis des années. C’est un autre album surproduit, surjoué, qui tape un peu trop sur les nerfs pour être excellent, mais qui renferme assez de bons moments pour mériter au moins un ou deux écoutes.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=rOPDhoZH91g&w=480]

Ma note : offset_6