Truckfighters / Telekinetic Yeti / Floating Widget – L’Anti Bar et Spectacles, 7 octobre 2017.

Truckfighters est probablement le meilleur groupe au monde, et pourtant une tournée américaine n’arrive pas assez souvent, encore moins un passage à Québec puisque leur dernier show dans la ville date d’il y a 3 ans sur les Plaines d’Abraham en première partie de Soundgarden. Samedi soir, ils étaient venus avec 2 autres représentants du stoner rock pour venir transpirer de la bière, et moi de voir les lumières fumantes de l’Anti Bar fusionner avec eux.

 

Floating Widget – Photo : Nicolas Padovani

Floating Widget, Montréal, Canada. 

1er groupe sur la scène à 20h30 pétantes, ce groupe de Montréal à l’influence Sabbathique et Voivoidienne (note : ils ont fait un morceau avec le chanteur). L’énergie est là, les riffs sont lourds, la voix est rauque, les échanges avec le public tout fonctionne.

 

Telekinetic Yeti – Photo : Nicolas Padovani

Telekinetic Yeti, Dubuque, Iowa, USA.

Quand soudain, 2 barbus aux cheveux longs s’installent sur scène. Grosse batterie, grosse guitare à 7 cordes et des pédales à n’en plus finir. Un effort de mise en scène se fait sentir avec 2 spotlights, dont un contrôlé manuellement par le pied du chanteur/guitariste. Musicalement, c’est assez fort, ca part nettement dans le psychédélique avec toutes sortes de wah-wah et de distortion, ca reste lourd et efficace.

 

Truckfighters – Photo : Nicolas Padovani

Truckfighters, Örebro, Suède. 

Ozo, Dango et Pezo prennent le relai. Une setlist de 7 morceaux sur une assiette en carton, ca parait court comme concert, mais le secret des chasseurs de camions réside surtout dans l’improvisation. Des morceaux d’en moyenne 7-8 minutes se voient rallonger de 5-6 minutes avec des sections plus légères et atmosphériques. L’interaction avec le public est toujours aussi démente avec Dango pouvant se permettre un bain de foule sans souci de câblage, même si quelques fois c’était le public qui éteignait accidentellement ses pédales pour cause de bousculade excessive. Le groupe s’est aussi permis de donner le micro à des fans pour chanter ou hurler les paroles. Et puis question énergie, comment te dire ? C’est assez difficile de prendre en photo un guitariste qui saute toutes les 10 secondes, surtout si tu es complètement devant la scène.
J’ai encore mal à ma nuque quand je me penche en avant.

 

[Spectacle] Deerhoof (+La Fête, Les Martyrs de Marde), l’ANTI, 18 juin 2017

Photos : Marion Desjardins

Québec devait recevoir les Red Hot Chili Peppers, soutenus par une curieuse première partie: Deerhoof. Lorsque les Peppers ont constaté qu’ils auraient sans doute un empoisonnement alimentaire la veille du concert à Québec, ils ont annulé, laissant alors une superbe opportunité à l’Anti d’organiser une soirée qu’on pourrait qualifier de champs gauche!

L’improbable quatuor de San Francisco, à l’aube de sortir leur 14e album studio, venait présenter le fruit de toutes ces années d’expérimentation. Ils ont puisé un peu partout dans leur large répertoire, donnant un peu plus d’amour à l’excellent disque Breakup Song, paru en 2012. Si le travail des deux guitaristes (Ed Rodriguez et John Dieterich) est absolument fascinant, ils se font bien malgré eux voler la vedette par les deux autres membres de la troupe. D’une part, il y a Satomi Matsuzaki, qui dans la rue, aurait de la difficulté à convaincre un néophyte qu’elle est la chanteuse d’un groupe rock expérimental ouvrant souvent pour des groupes reconnus (on pense aux Red Hot, mais aussi à Radiohead ou autres Wilco). Elle a un magnétisme hors du commun; un genre de naïveté merveilleuse, doublée d’une incroyable assurance. D’autre part, il y a Greg Saunier, possiblement le batteur le plus redoutable et agréable qu’il m’ait été donné d’observer. Il maîtrise l’art de rentrer plus de temps que la mesure ne devrait en contenir, tout en rattrapant brillamment ces égarements. Puis il y a l’étonnement de voir sa batterie être capable de résister à ses assauts répétés. J’adorerai toujours voir un batteur se donner à fond et dans le domaine, Greg Saunier joue constamment avec l’énergie du désespoir. Parmi les coups de coeur de la soirée, il faut noter Fresh Born, Exit Only et les deux excellentes nouvelles pièces présentées vaillamment par Greg dans un français saccadé, mais curieusement précis! Satomi, qui a multiplié les chorégraphies, a même pris plaisir à faire participer la foule lors du rappel pendant la pièce Basket Ball Get Your Groove Back, du tout aussi fabuleux Offend Maggie. Cette improbable visite s’est donc conclue après un peu plus d’une heure de spectacle. Fidèles à leurs habitudes, ils ont tout donné, au grand plaisir de la foule composée d’initiés pour la plupart.

En première partie, nous avons eu droit aux deux extrêmes du spectre de musique champs gauche. D’abord, Les Martyrs de Marde ont présenté l’un des spectacles les plus déstabilisants que j’ai vu, ce qui en soi, est une belle réussite. Leur performance justifie à elle seule la mention 18+ sur l’affiche (même si leur présence n’y est pour rien), tant ils jouent dans les recoins sombres de l’humanité. Autant musicalement qu’au niveau de leur présence sur scène, on assiste impuissant à une prestation d’individus se faisant violence. Ils misent sur le malaise, instiguant des contacts avec la foule et semblant tout le temps en équilibre sur la douce frontière de la psychose. Si musicalement la proposition se veut quelque peu étriquée, au final, l’important n’est pas d’avoir aimé ou non. Le travail de réflexion inexorable qui suit une telle performance justifie à lui seul d’assister à un de leur concert. Après, vous pourrez vous demander si vous voulez encore subir une aussi puissante décharge de déchéance.

La Fête, chouchous locaux, sont ensuite venus présenter leur pop joliment déconstruite dans une ambiance beaucoup plus paisible et lumineuse. Pour une seconde fois en quelques semaines (au concert de Victime), j’ai pu apprécier le jeu incroyable de Samuel Gougoux à la batterie. Il possède une virtuosité complètement différente de celle d’un Greg Saunier mais est tout autant efficace. Au niveau de la voix, j’ai trouvé qu’Antoine Provencher, bien que charismatique, manquait parfois d’un brin d’assurance. Ça demeure une première partie fort divertissante et particulièrement lumineuse; surtout sur une échelle qui compterait sur la présence des Martyrs!

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[Entrevue] Le saut dans le vide avec Sam Patch

Avant d’assister à son concert ce soir à l’Anti, j’ai discuté par téléphone à Ottawa avec Sam Patch, alias Tim Kingsbury, pour parler de son projet qu’il a lancé en 2014. 

Marie-Ève: Explique-nous comment t’est venu le nom du groupe Sam Patch? C’est vrai que c’était une idée de Matthew Brown (son claviériste)? 

Tim (Kingsbury): Exactement, oui. Il m’a en quelque sorte envoyé un lien vers un article à propos du gars. J’étais fasciné par lui; il était un personnage intéressant. Avez-vous lu un peu sur son histoire? Il était un véritable casse-cou.

Marie-Ève: Oui, il sautait du haut de cascades, si je me souviens bien.

Tim : C’est ça, il allait sauter. Et aussi, le son que le nom a. Sur un synthétiseur, c’est aussi un paramètre appelé le « patch ». Ça s’est aligné dans ma tête et j’ai trouvé ça approprié.

Marie-Ève : Est-ce que ce serait quelque chose que vous seriez enclin à faire, disons comme sauter d’un groupe et devenir un artiste solo? 

Tim: (rires) Je suppose que oui, Je crois que c’est important dans la vie de prendre des risques comme ceux-là.

Marie-Ève: Qu’est-ce qui vous avez fait décidé d’enregistrer ce projet? J’ai su que ça a débuté en 2014. Qu’est-ce qui a été un déclencheur? 

Tim: Bien, il y a très longtemps. J’écris des chansons depuis l’adolescence. J’ai continué tout au long et quand j’ai joint Arcade Fire, j’étais davantage occupé. Cependant, j’ai continué à écrire à côté. Il y a quelques années, j’ai senti une forte impulsion de, finalement, faire un album et de le voir se réaliser. Je crois que c’est une question de timing aussi. J’avais du temps libre et j’étais particulièrement motivé. Je suppose que je me suis senti prêt pour le faire.

Marie-Ève: Et jusqu’à présent, êtes-vous content de la réception qu’il a?
Tim: Oui, c’est très plaisant. On a joué notre premier show hier soir (jeudi) depuis la sortie de l’album à Montréal. C’était très amusant. Jusqu’à présent, c’est génial. C’est différent d’Arcade Fire. Je suis devant la foule et je joue dans des bars. Je conduis ma voiture et c’est une expérience différente et plaisante.

Marie-Ève: Comment décririez-vous votre album, si on devait le mettre en mots? 

Tim: Je dirais que les chansons et l’album sont groovy. Je l’ai fait avec beaucoup de drum machine et de boucles. J’ai en quelque sorte, construit ses grooves et écrit les chansons autour de ce que j’avais. C’est dansant et il y a aussi un élément un peu plus folk avec la guitare acoustique. C’est un album éclectique, il y a beaucoup de choses qui se passe.

Marie-Ève: Vous avez dit que c’est un peu comme du weird rock. 

Tim: Oui, je crois que c’est toujours vrai. Un ami me l’a décrit comme un album qui aurait été fait dans les années 1980, mais qui n’a jamais été entendu.

Marie-Ève: On en a parlé un peu plus tôt dans l’entrevue, mais est-ce que faire ce projet est un peu comme sortir de sa zone de confort? Si oui, comment? 

Tim: Ça l’est, mais d’une bonne façon. J’exerce des parties de mon cerveau et de moi-même que je n’avais pas utilisées récemment. C’est stimulant dans cette façon et c’est un bon exercice.

Marie-Ève: Et aller sur la scène seul doit faire une différence. 

Tim: Oui, j’ai vraiment du plaisir à parler à la foule et c’est amusant. C’est une expérience de scène différente de jouer dans un autre groupe (Arcade Fire).

Marie-Ève: Quelle serait la différence entre jouer dans un groupe et jouer solo, selon vous? 

Tim: Je suppose que jouer avec Arcade Fire, je me concentre sur l’instrument que je joue à cet instant et bien le jouer. Je porte moins attention à sentir l’énergie du groupe ou de la pièce. Avec ce projet, j’interagis plus avec les gens et c’est une connexion.

Marie-Ève: Quelles ont été vos inspirations pour cet album? J’ai entendu un peu de Wilco.

Tim: Oui, intéressant. Il y a définitivement un peu de country. Pour être honnête, je pourrais écrire deux pages à propos de mes influences. J’ai été avec plusieurs morceaux et c’est du rock, du pop et du country. Peut-être un peu d’hip-hop dans certains endroits. Lorsque j’écrivais l’album, si j’entendais une chanson dans ma tête et je me permettais un peu cette idée. Je ne me limitais pas à un ou deux groupes en particulier, j’explorais un peu de tout. Je crois que la limite, pour moi, était de choisir un nombre précis d’instruments. J’ai utilisé beaucoup de guitare acoustique et d’orgue. Il y a aussi un synthétiseur précis que j’ai pris. Je m’en suis servi comme une palette.

Marie-Ève: Comment étais la collaboration avec Basia Bulat et Jeremy Gara ? Vous avez collaboré avec Basia sur Tall Tall Shadow. Quelle était la différence cette fois-ci? 

Tim: Exactement, Basia était prête à collaborer avec moi. Quand j’ai commencé à écrire mon album et elle m’a dit: « Je voudrais chanter dessus »; elle était super excitée à l’idée de le faire et elle est tellement une chanteuse et une musicienne géniale. C’était facile de l’inviter à participer. En gros, elle était prête à tout. J’avais quelques idées et je lui demandais si elle pouvait les essayer et elle participait. Les harmonies vocales sur Waiting to Wait, elle les a fait en environ dix minutes et les a enregistrées vraiment rapidement. C’est une de mes parties préférées sur l’album.

Pour Jeremy (Gara), on a collaboré ensemble avant Arcade Fire. On se connaît depuis au moins vingt ans. On est comme deux frères. Ça me semblerait bizarre de ne pas jouer avec lui (rires).

Marie-Ève: C’est comme un groupe composé d’amis? 

Tim: Oui, quelqu’un l’avait écrit. De bons amis.

Marie-Ève: Ce n’est pas difficile d’aller sur la route avec des amis justement? 

Tim: Non, ça a été facile, même si on a pas fait beaucoup de route encore. C’est très relax comme tournée.

Marie-Ève: Vous avez aussi collaboré avec votre femme (Natalie Shatula) sur l’écriture de plusieurs chansons sur l’album, qu’a-t-elle apporté à l’album? 

Tim: Natalie m’a aidé à écrire les paroles de Listening. Je fais confiance à son jugement sur plusieurs choses. Elle a une bonne oreille, je lui joue toujours mes idées et elle me dit quelque chose. Je fais confiance à son sens du beau et c’est ma principale conseillère. (rires)

Marie-Ève: Donc si un idée ne passe pas pour elle, elle ne serait pas sur l’album par exemple? 

Tim: En quelque sorte, ou du moins je vais la retravailler et la repenser. Elle va me donner quelque chose pour réfléchir. Elle ne va pas habituellement me dire seulement que la chanson est ennuyante. On va parler et elle va m’aider. C’est une bonne collaboration.

Marie-Ève:  Qu’est-ce qu’il y a dans les projets futurs pour Arcade Fire. On sait qu’il y a un album en 2017. Avez-vous un peu plus de détails?

Tim: On a beaucoup de tournée de prévu pour l’été. On va être en Europe en juin et juillet. L’album va sortir avant l’automne. Je suis excité. On a fini l’album et on est en train de mettre les touches finales. Ça sonne génial.

Marie-Ève: Avez-vous déjà joué à Québec ? 

Tim: Ouais, Sam Patch, on a joué à Québec  avec Basia Bulat (au Théâtre Petit Champlain). J’ai vraiment aimé cette salle. Les gens étaient très sympathiques. C’était mon spectacle préféré. J’ai l’impression qu’Arcade Fire a moins joué à Québec. On a joué au Festival d’été, mais on n’y a pas joué souvent. Je suis heureux de venir avec mon projet.

Un grand merci à Tim Kingsbury et son équipe pour cet entretien. Si vous avez envie d’entendre les chansons mentionnées dans l’entrevue, vous trouverez un lien en bas de l’article. De même que des billets pour le spectacle de ce soir à l’Anti. Une critique suivra sous peu.

[PHOTOS] Sandveiss, Prieur&Landry, Bronco à l’Anti

Je suis donc allée au party de noël de Sexy sloth seulement en tant que photographe. (Je n’ai malheureusement pas d’entrevue vidéo cette fois pour toi).

Bronco, qui vient de sortir un album Modern Mythology, ouvre la soirée. Groupe local, Bronco se déchaine comme à l’habitude au son de sa distortion lourde.
Ensuite, au tour de Prieur&Landry. Les deux gars sont toujours à la hauteur de mes attentes. J’entends plusieurs personnes dans la foule être complètement stoked par leur son et leur prestance.
Suivi par Sandveiss et leur set up assez intense. Ce que tu veux quand tu vas voir un spectacle de rock heavy comme le leur. Quand même fou dans une petite salle comme l’Anti! Ils ont sorti un EP en avril 2016 que vous pouvez écouter sur leur bandcamp

 

[SPECTACLE] Un dimanche à l’Anti avec New Swears & The OBGMs

Je ne sais pas où tu étais dimanche dernier Québec, mais L’Anti nous offrait une soirée où la pluie disparaissait lorsqu’on y entrait. L’Ontario a sorti son artillerie lourde avec la première visite des New Swears dans la ville, accompagnés des OBGMs: des quasi habitués de la place, qui étaient de retour pour la 3e fois en 9 mois.

New Swears – Photos: Marion Desjardins/ Llamaryon

L’Anti n’était évidemment pas très rempli, il était 20h et la merch des New Swears était déjà bien en place (N.B. ils ont les plus beaux chandails de la terre). Les gars étaient en caucus au fond de la salle avant de s’avancer pour prendre d’assaut la scène. J’avais pris le temps d’écouter quelque pièces avant cette soirée et je m’attendais à ne pas pouvoir me retenir de bouger. Ils enchainent les premières notes sans fioriture, en prenant soin d’allumer leur magnifique bannière et une énergie contagieuse est automatiquement ressentie. Mention spéciale à leurs instruments wireless qui ont permis à un de leur guitariste de courir derrière le bar, aller rejoindre le technicien à l’arrière, pour ensuite s’adonner à des formations pyramidales avec les autres membres du groupe ou encore, de jouer à saute-mouton pendant l’exécution de leurs pièces. Ils viennent tout juste de sortir un EP sur Dine Alone Records alors que leurs autres albums sont disponibles sur leur bandcamp. Allez y tendre l’oreille et soyez présent lors de leur prochaine visite, amour assuré.

 

Photos: Marion Desjardins/ Llamaryon

Comme toute bonne chose a une fin, ils laissent ensuite la place au groupe de Toronto, The OBGMs (The oOohh Baby Gimme Mores). Fidèles à leurs habitudes, ils entraînent la « foule » dans leur délire tout le long de leur performance. Courir de long en large de l’Anti, avec les mains dans les airs est monnaie courante avec eux. Encore une fois, il est impossible de rester figée sur place et malgré le peu de gens présents, il fait chaud à l’Anti ! Ils terminent le tout dans un mushpit avec les gars des New Swears et les quelques spectateurs conquis; on ne pouvait demander mieux. Leur EP The Interchorus (2009) est disponible gratuitement sur leur bandcamp, profitez en pour y acheter leur plus récent album (qui date tout de même de 2014) en espérant que du nouveau s’en vienne !

 

Quant à toi Québec, je voulais t’informer que les salles de spectacles sont ouvertes les dimanche et L’Anti, par exemple, est conscient que la majorité des gens travaille le lundi. Ils font donc en sorte que ça ne finisse pas trop tard; j’ai pris ma dernière photo à 22h15. À 23h tu peux être dans ton lit à penser à la maudite belle soirée que tu viens de vivre et qui te donne plein d’énergie pour starter ta semaine en beauté. Je compte sur toi pour remplir le parterre de ces deux bands là la prochaine fois qu’ils viennent en ville, tu ne le regretteras pas.

Je te laisse avec quelques images puisque ça va te donner une bien meilleure idée de ce que tu as manqué, que quelques mots que j’ai essayé de mettre à la suite de l’autre pour faire beau.

Photos: Marion Desjardins/ Llamaryon

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[SPECTACLE] Modern Primitive ressuscité pour une soirée à l’Anti avec Hopital

Le soir de l’halloween, les mélomanes s’étaient donné rendez-vous à l’Anti pour une soirée pas mal spéciale. Organisée autour de la fête de Joey Proteau, la célébration réunissait deux bands de Québec. Modern Primitive, band où on retrouvait Joey avant qu’il consacre son temps et sa créativité à son projet plus intimiste Ego Death,  était disparu de la carte depuis belle lurette. Lorsqu’ils ont envoyé l’invitation à Hopital, ces derniers n’ont pas trop eu le choix d’accepter de participer à cette soirée unique pour les mélomanes nostalgiques.

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HOPITAL (Crédit: Nathalie Picard)

C’est sans tambour ni trompette que le duo Hopital, formé d’Adam Bergeron à la guitare et Mathieu Labrecque à la batterie (ex-Pechblende), a balancé les premières notes du concert, après avoir tout simplement souhaité joyeux halloween à l’assistance, commençant sur les chapeaux de roue. Adam s’était déguisé pour l’occasion en Joey, avec de belles chaussures, des jeans aux bas roulés, un t-shirt blanc, des cheveux longs et un bonnet noir. Les compos qu’on pourrait qualifier de math-grunge-progressive (?) sont entièrement instrumentales, énergiques et bourrées de changements frénétiques et de rythmiques syncopés. Malgré les revirements abrupts du rythme, la guitare et la batterie restent scotchés l’un à l’autre et arpentent frénétiquement les dédales du rock. L’environnement sonore est plutôt dépouillé, quelques effets superposés qui varient à quelques occasions mais restent souvent tous enfoncés pour laisser au jeu de guitare le soin de changer les sonorités, alors que le rythme de la batterie, lui, change presque constamment, tout en procurant un effet de répétition agréablement hypnotisant. Le tout est à la fois sportif et enjoué, unique et fascinant, mais le set s’est interrompu un peu trop abruptement. Bon on leur pardonne, c’est lundi, il se fait déjà tard et il reste le clou du spectacle, le comeback de Modern Primitive, qui s’installait déjà sur scène rapidement après les dernières notes pour garder la dynamique de la soirée le plus intact possible pendant l’entracte. Hopital ça a rocké pas mal en tous cas, qu’on prenne ce gif pour preuve.

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MODERN PRIMITIVE (Crédit: Nathalie Picard)
MODERN PRIMITIVE (Crédit: Nathalie Picard)

 Le retour sur scène de la formation que je qualifierais assez librement de dream grunge – le groupe préfère slacker rock – était quelque chose que je ne voulais pas manquer, car je me souvenais que le groupe avait de belles qualités qui lui avaient procuré un certain succès à l’époque avant qu’ils ne se disjoignent. Le guitariste-chanteur Joey Proteau a probablement eu envie de revivre des vieux souvenirs et convié ses partenaires d’antan à la rejoindre sur scène l’instant d’une soirée, ou plus, qui sait. Parmi ces partenaires, on retrouve JD Lajoie à la guitare (LOS), Charles Allard-Poulin à la batterie et Simon Blanchet à la basse, et ils semblaient bien contents de retrouver ce répertoire délaissé depuis quelques années l’instant d’un concert malgré tout sans prétention, après seulement deux pratiques pour rafraîchir la mémoire des musiciens. La chimie opère encore, des beats pas mal intéressants se succèdent et des guitares fuzzées viennent s’y empiler. La soirée m’a rappelé le band avait quand même quelques sacrés hits pendant sa courte existance, quand un de ceux-là se fait entendre, «Frequencies», qu’on retrouvait sur le split 7″ avec Drogue, une autre formation bien aimée de Québec disparue depuis et qui partageait son batteur avec Modern Primitive. Soudainement j’ai hâte d’entendre «Divorce» et «Halloween Curse», la pièce qui a peut-être donné en partie l’idée d’un concert à l’halloween, en plus bien sûr de l’anniversaire qui tombait à point encore cette année.

img_9842Lorsque je quittais, ils entamaient apparemment un hommage à Weezer et n’avaient pas encore joué «Divorce», ma préférée. Je ne sais pas s’ils l’ont fait pendant le concert ou après mon départ, mais bon, malgré quelques petits bémols, la soirée a été fort agréable. Le retour sur scène de Modern Primitive, groupe surtout actif en 2012  mais qui a eu un beau succès momentané allant jusqu’à jouer à SXSW, aurait facilement pu attirer plus qu’une cinquantaine de personnes si il ne s’était pas déroulé un lundi soir, en même temps que l’halloween. Espérons que le groupe tente le coup à nouveau un jour.

[SPECTACLE] Yonatan Gat et Le Charme à l’Anti

Mercredi soir, j’ai eu la chance d’assister à un concert semi privé avec des jams aventureux truffés de mélodies hypnotisantes et de prouesses rythmiques. Un band de New York et un band de Québec, les deux situés dans le champ gauche du rock, ont occupé la scène de l’Anti.

Le charmeLe premier des deux, c’est le Charme, anciennement connu sous le sobriquet bunuelien «Le Charme Discret de la Bourgeoisie», un quatuor de Québec qui a connu maintes transformations au fil des ans mais pour qui on sent une sorte d’apogée en ce moment, avec la parution d’un excellent nouvel album prévue pour le 14 octobre prochain au Pantoum. Le set a débuté avec l’excellente «Refus Global», une pièce de Fitzcarraldo, et a pour l’essentiel été constitué du répertoire de ce nouvel opus. L’ensemble a manifestement une belle complicité et une belle créativité et le tout est interprété avec justesse, témoignant d’un réel progrès à bien des égards. C’était la mise en bouche toute désignée pour ouvrir la voie au délire-déluge qui allait suivre.

Yonatan GatPour ceux qui n’ont jamais vu Yonatan Gat, c’est assez difficile à rendre justice à l’expérience en mots, comme pourront en témoigner ceux qui l’ont vu au Festival OFF 2015 ou aux Nuits Psychédéliques 2016. D’abord, tout se passe sur le plancher des vaches, le band refusant de monter sur le stage depuis aussi longtemps que je les connais, préférant s’installer au beau milieu de la foule (relativement clairsemée pour l’occasion, je dois l’admettre). Les lumières environnantes s’éteignent avant la performance et les lampes du groupe, une rouge d’abord pendant l’intro menée par le guitariste qui donne son nom à la troupe, puis une verte qui donne le signe d’envoi au bassiste et au batteur qui offriront une trame musicale quasi ininterrompue pour la prochaine heure. Le principe est généralement le même: des jams frénétiques inondent les oreilles des spectateurs pour lier entre elles les pièces des deux plus récentes parutions, Iberian Passage et Director, toutes deux chez Joyful Noise. Au beau milieu d’une de ces transitions improvisées, Joe Dassin s’invite pour une dizaine de secondes ce qui m’a fait bien rire, alors que Yonatan interprète au passage une partie de la mélodie de «L’Été Indien», avec la face du gars qui se demande si son public va catcher la joke. La performance a été somme toute fort généreuse, comme d’habitude, et ce malgré la petite assistance réunie sur place, insuffisante pour énergiser vraiment les musiciens qui n’en ont finalement pas eu besoin pour donner une performance survoltée. Le batteur donnait parfois l’impression qu’il allait prendre feu, alors que les deux autres ne donnaient pas non plus leur place.

L’Anti a offert un beau contexte intime, d’autant plus intime qu’elle était à moitié vide, me donnant l’occasion d’assister somme toute à mon meilleur concert de Yonatan Gat, musicalement parlant, avec aucune note qui n’échappait à mon attention et une sonorisation plus qu’adéquate. Mais bon, il aurait pu y avoir deux fois plus de gens que je ne m’en serais pas porté plus mal. Dommage que les gens n’aient pas répondu à l’appel en masse, mais le concert était donc doublement plus précieux. Vous pouvez heureusement vous consoler avec les photos, une gracieuseté de Llamaryon.

[ANNONCE] LOS lance son album et le clip de «Wonders»

Le quintet rock de Québec LOS dévoilait aujourd’hui au public la suite de sa stratégie d’accouchement pour Big Surf, après deux ans de gestation et deux mois après qu’on aie vu le bout du nez du bébé, avec le fort prometteur EP Small Surf . Les trois titres du EP seront à nouveau sur l’album qui comportera dix pièces au total. De superbes nouvelles illustrations de Thomas B. Martin ont été dévoilées un peu partout sur les réseaux sociaux pour accompagner la parution du disque. Ils en profitaient par la même occasion pour sortir un très beau premier vidéoclip qui rend hommage à la passion de diverses manières et qui trouve la beauté dans des recoins insoupçonnés de l’expérience humaine. C’est la pièce «Wonders» que Jean-François Leblanc a porté en images, une production de Colonelle films. Des dates de spectacles ont aussi été annoncées, deux chaque mois pour les trois prochains mois, à Québec, Montréal et Toronto.

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 Vous pouvez trouver plus d’infos sur leur page facebook, vous procurer l’album sur bandcamp ou encore venir au lancement du 8 octobre à l’Anti.

Dates de spectacles :

9/10 – Quebec, QC @ Le Knock-Out – Festival Envol et Macadam
9/13 – Toronto, ON @Silver Dollar – avec Mystic Braves
10/8 – Quebec, QC @ L’Anti – Lancement d’album – avec Abrdeen
10/22 – Montreal, QC @ Quai des Brumes – Lancement d’album
11/25 – Toronto @ Lee’s Palace w/ The Jezabels
11/26 – Montreal @ L’Astral w/ The Jezabels

[SPECTACLE] Des VioleTT Pi De La Reine à l’Anti

En cette veille de fête du Canada, le français était à l’honneur à l’Anti le 30 juin dernier, avec deux formations, la première de Québec et la seconde de Granby, qui chantent dans la langue de Molière et qui lui font honneur en l’ayant bien déliée. Sans cérémonie, La Reine prend la parole armée de son séquenceur, appuyée par un fond minimal fourni par les musiciens qui tranquillement montent un build-up dont le point culminant donnera le coup d’envoi officiel à leur première chanson. La finesse, la subtilité, la retenue et la sensualité font partie de leur arsenal sonore, ce qui ne les empêche pas de jouer avec l’intensité pour dynamiser les choses. Les beats de Jean-Etienne Collin-Marcoux font appel au drum électronique et sont continuellement imaginatifs et groovys, alors que les riffs de Vincent Lamontagne tirent de sa guitare des hooks mémorables. Quant à Odile Marmet-Rochefort, elle occupe le centre de la scène et s’occupe très bien des vocaux, qui étaient toutefois moins mixés à l’avant-plan que sur disque, laissant plus de place à la musique constituée en grande partie par le synthétiseur dont elle jouait tout en chantant.

Les pièces choisies par De la Reine pour ce show en ouverture de Violett Pi mettaient davantage à contribution un vif déploiement d’énergie, qui bien que tout à fait de mise dans les circonstances, n’était pas ce à quoi j’aurais pu m’attendre. C’était mon baptême en show donc je ne connaissais que les deux titres de la cassette-EP parue plus tôt ce printemps, qui sont moins mouvementés que les pièces avec lesquelles ils ont lancé les festivités. L’intensité du jeu des musiciens étant montée d’un cran, ils mettaient ainsi très bien la table côté ambiance pour accueillir les sautes d’humeur de VioleTT Pi. La seconde pièce ne diminue pas le niveau d’énergie déployée, la musique est groovy et l’interprétation est très sentie de toutes parts et un nouveau build-up bien monté nous mène jusqu’à un canon vocal partagé entre la chanteuse-claviériste et le batteur-blagueur et « roux de secours », dixit Odile. La musique est très progressive et laisse une grande place aux vocaux, sans qu’elle fasse pour autant office de faire-valoir, l’équilibre étant bien maintenu entre musique et paroles. Le synthé, souvent à l’arrière-plan, devient tonitruant par moments, alors que des gros hooks de guitare et des beats variés, ludiques et lourds par moments continuent de former les chansons interprétées pendant le set. J’en suis encore à me dire que c’est pas mal plus intense que ce à quoi je m’attendais avec les pièces que je connaissais déjà quand l’occasion de comparer arrive officiellement, alors que le groupe amorce une interprétation intégrale de leur EP-cassette homonyme.

De la reineC’est donc d’abord « Danse » qui enchaîne, groovy comme toujours et plus captivante avec les musiciens qui la jouent devant nous. Le guitariste a troqué la six cordes pour la basse et on percevait des petites modifications ou variations d’intensité qui ajoutaient de l’impact à certaines transitions bien amenées. La face B poursuit sans transition avec « S’élever », où on apprécie encore une fois la version live, les différentes phases de la chanson étant bien mises à l’honneur, comme le moment où Odile joue avec des effets de machines pour rendre saccadés ses vocaux, durant le bridge un peu après le milieu de la pièce. Le set se poursuit avec une pièce simplement présentée par la chanteuse comme une chanson qu’elle aime beaucoup, et qu’on devine assez rapidement être la reprise de Destiny’s Child qui, selon ce qu’on m’avait dit, agrémentait généralement leurs sets, parce que « la reine fait ce qu’elle veut » après tout. C’est donc « Say my name » qui a été la seule pièce interprétée en anglais ce soir là, et elle semble avoir plu autant aux musiciens, qui avait l’air de bien s’amuser sur scène, et aux gens réunis à l’Anti, peut-être en bonne partie pour VioleTT Pi, mais malgré tout le plus souvent assez attentifs et respectueux pendant le set De La Reine. Après une généreuse dose d’applaudissements leur étant destinée, ces derniers ont amorcé leur ultime titre, présentée comme la petite nouvelle, qui nous prouvait encore une fois que leur truc est bien ficelé, avec une amorce toute en douceur et en retenue pour faire place à une belle montée en intensité jusqu’à un moment de déploiement encore une fois tout en retenue, surtout comparé à celui des pièces en début de set, plus mouvementées, ce qui a permis de terminer en beauté cette première moitié de soirée.

VioleTT PiEncore beaucoup moins cérémonieux que De la Reine en guise d’amorce de concert, VioleTT Pi ont tout de suite balancé la sauce dès les premières secondes, avec une intro à moitié spokenword et à moitié rap-core, prenant l’auditeur par surprise alors que les lumières étaient toujours éteintes. L’intro, montée sur l’instrumentale de la pièce « Guillotine » des aventuriers de l’extrême que sont les californiens Death Grips, donnait bien le ton de la suite de la soirée, qui promettait de nous en faire voir de toutes les couleurs. Si les bands de ce soir étaient des couleurs, De la Reine auraient des teintes métallisées comme l’or et l’argent alors que Violett Pi aurait pour effigie un arc-en-ciel incluant une bonne dose de noir. Le bassiste-claviériste Sylvain Deschamps apparaît au coin de la scène, vêtu d’une robe rose fluo, alors que le chanteur-guitariste-compositeur Karl Gagnon arrive en short sport, l’autre guitariste Daniel Baillargeon en bobettes de vidange et grand châle noir et le batteur avec ce qui semble être un kit de boxeur. Le tout se déroule dans une ambiance très festive, les gens sont manifestement vendus d’avance et ils entonnent les paroles en coeur avec le chanteur de ce que je crois reconnaître pour « Héroïne », le morceau qui ouvre véritablement leur nouvel album Manifeste contre la peur, et qui donne une bonne idée du mélange des styles assez inusité qui constitue presque toutes leurs compositions, alliant le rock-électro-pop, la chanson et le noise au vocal presque porno-grind par moments. Le titre qui suit sur l’album enchaîne aussi ici, soit « La mémoire de l’eau », interprété avec intensité, le pop et le noise flirtant à qui-mieux-mieux encore une fois. Ils ont ensuite fait un retour en arrière avec le titre qui ouvre Ev, leur album de 2013, soit « Petit Singe Robot », tantôt rapcore, dancepunk ou encore gros rock avec une twist glam, avant un break deathcore presque crabcore. S’ensuit la pièce très appréciée du public « Princesse Carnivore », comme c’est le cas sur Ev, avant un retour au nouveau matériel avec « Bondage » et « Calude Gravol » encore très appréciées du public en délire. Plusieurs morceaux qui s’enchaînent bien et qui déploient la plupart du temps une énergie presque déconcertante, que le public canalise allègrement pour partir des slams festifs, qui carburaient au côté bien dans-ta-face de la musique de VioleTT Pi.

VioleTT PiLes musiciens ont une forte présence scénique, et en viennent à un certain moment à quitter la scène pour animer la foule et le slam, laissant le chanteur seul sur scène pour un moment avant de le rejoindre pour relancer le bal après avoir aspergé l’assistance d’eau puis d’entonner éventuellement le titre « Opinel », qui peut rappeler Loco Locass pour son usage du phrasé saccadé et de l’allitération. Bien que sur disque aussi, on ait droit à des pointes explosives, la déflagration se fait beaucoup plus ressentir lorsqu’on en est témoin en personne. Toutefois, la charge sonore et le niveau d’intensité restent relativement constants, ce qui crée parfois à la longue un effet de monotonie, tout comme le fait que le mélange de styles, d’abord très inusité, finisse par dévoiler sa recette qui demeure dans des proportions similaires tout au long du concert, doublant l’effet de monotonie. À la longue, je constate que l’assistance apprécie manifestement plus que moi et semble encore capable d’en prendre alors que pour ma part, le long set réunissant presque tous les titres de leurs deux albums aura eu raison de moi avant la fin du concert. Reste que quelque chose d’aussi énergique et précis tout de même, l’amour et la violence distribués en parts égales, le tout avec des paroles originales et créatives, relève de l’exploit. Le succès du groupe est mérité et il y a manifestement beaucoup de travail derrière les compositions du groupe. Reste qu’au final, je crois que j’ai davantage apprécié la performance De La Reine, plus mature, avec son set un peu mieux dosé en ce qui a trait à l’intensité déployée, alors que Violett Pi fonctionnait toujours à plein régime.

Quoiqu’il en soit, vous avez vraiment manqué quelque chose si vous n’avez vu aucun de ces deux bands le 30 juin dernier. Vous avez toutefois la chance d’avoir un beau prix de consolation, avec les magnifiques et spectaculaires photos de Llamaryon.

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[SPECTACLE] Thus Owls à l’Anti Bar et Spectacles, 26 mai 2016

Je ne comprends pas comment les choses deviennent populaires. Certains groupes qui remplissaient à peine un Métropolis à Montréal reviennent six mois plus tard, à tord ou à raison, jouer au Centre Bell. Pendant ce temps, des groupes aux qualités indéniables, possédant souvent  une sensibilité pop les éloignant de la musique de niche, semblent vouer à jouer devant des foules conquises, mais modestes. Thus Owls incarne ce mystère. Chaque fois que j’ai eu la chance de voir le duo composé de Simon et Erika Angell j’ai été frappé par la facilité avec laquelle ils conquièrent leur auditoire. Le spectateur sera rapidement captif autant du jeu aigu et créatif de Simon que par la voix hallucinante d’Erika. Même devant les néophytes (je pense ici à leur performance en première partie de St Vincent il y a 2 ans au FEQ) ils réussissent en quelques mesures à faire taire les foules les plus indisciplinées (comme celles des festivals) et à les envoûter. Et pourtant, nous étions (seulement) une quarantaine d’irréductibles à venir apprécier la matière de leur tout récent EP Black Matter.

Le duo était accompagné par l’incroyable Sam Joly qui a fait un travail fabuleux étant particulièrement flamboyant sur la percussive pièce titre du dernier EP. La chimie semblait si bonne qu’on en vient à espérer qu’ils collaborent éventuellement en studio. Pour le concert, ils ont alterné entre les nouvelles pièces issues du EP et celles de leur dernier album complet Turning Rocks.

Si la performance était encore une fois irréprochable, la grille de chansons semblait curieusement séquencée. On pense à As Long As We Try A Little, qui perd un peu de son efficacité en milieu de programme alors qu’elle serait excellente en ouverture de concert ou de rappel. Quant à elle, leur reprise de Wicked Game de Chris Isaak aurait sans doute mieux fonctionné ailleurs qu’au rappel. Une ou deux chansons «upbeat» supplémentaires (on pense à Museum ou Turning Rocks ) auraient sans doute ajouté un peu d’intensité au programme somme toute assez calme. Est-ce seulement le désir de voir Sam Joly et Simon Angell s’éclater davantage avec leurs instruments respectifs?

Si on fait fi de ces minuscules détails, force est d’admettre que les spectateurs présents étaient tous conscients de la chance qu’ils avaient d’écouter le trio dans une configuration aussi intime. Reste maintenant à leur souhaiter que la reconnaissance critique soit suivie de la reconnaissance populaire qu’ils méritent.