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Région : Québec Spectacles

[SPECTACLE] Guillaume Beauregard, 2/12/2015, Le Cercle

Soir de novembre grisaillant, pluviasseux, morose qui te ruine pas pire un moral.

Par paresse typique du 418, j’arrive au show alors qu’il est déjà commencé, mais j’ai tout de même le temps d’attraper une couple de chansons de J.-P. Lagacé (Soulbreaker). Sérieusement, le gars « en a d’dans ». Ça prend quand même un sacré guts en 2015 pour susciter l’intérêt d’une foule avec rien d’autre que son plectre, son gosier puis son harmonica. On est quand même sur la scène du Cercle en milieu de semaine juste avant Guillaume Beauregard, pas à la P’tite Grenouille un vendredi soir devant un public titubant. La foule 25-35 ans, ni dense ni clairsemée, se montre plutôt réceptive au folk-punk du compositeur-interprète-philosophe issu de Ayer’s Cliff, qui est d’ailleurs le nom d’une de ses ballades. Il ne réinvente pas la roue en termes de genre, mais sa présence et son interprétation dans la langue de Shakespeare est généreuse et bien sentie.
Il se produira en février dans le cadre d’un spectacle dont les profits seront versés aux réfugiés syriens (détails à suivre).

https://www.facebook.com/soulbreakerqc/

 

Comme il l’a fait dimanche dernier au GAMIQ (il était nommé dans la catégorie « album pop de l’année de l’année » mais n’est monté sur scène que pour collecter les deux Lucien dédiés à ses amis de Tire le Coyote, alors absents), Guillaume Beauregard a encore dévoilé son petit côté pince-sans-rire – en montrant toutefois ses dents à quelques reprises. Bien assis sur son tabouret et devant une foule étonnamment silencieuse, il raconte, entre chaque ballade, sa transition entre les Vulgaires Machins et sa carrière solo, et ce, dans un langage plutôt coloré.

« Tu te pars pas un projet solo comme tu pars sur la brosse. »

Difficile de départager le vrai du faux, mais ça ne fait rien; la foule embarque dans son histoire et devient rapidement complice. Son récit est le fil conducteur entre ses ballades intelligentes, toutes issues de son premier album, D’étoiles, de pluie et de cendres.

La soirée est fluide, sans temps mort, sans malaise, sans anicroche. Le groupe ne se prévaut d’aucun effet lumineux ou visuel pour accompagner sa pop mélodieuse; il n’y a même pas de drum – le guitariste tape du pied sur son étui de guitare amplifié. Un trio de musiciens doués, des harmonies vocales réussies, une foule attentive, une ambiance relax, de bons fous rires; voici la recette gagnante pour une soirée délicieuse qui finit par nous faire oublier la tristesse de novembre.

GB_Cercle
Guillaume Beauregard a cappella au Cercle

 

http://guillaumebeauregard.tumblr.com/
https://www.facebook.com/Guillaume-Beauregard-562659037196084/?fref=ts

MISE À JOUR

On a quelques photos du show du lendemain à la Salle Pauline-Julien de Trois-Rivières, gracieuseté de notre photographe Izabelle Dallaire :

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[ALBUM] Joëlle Saint-Pierre – «Et toi, tu fais quoi?»

Et toi, tu fais quoi? (Coyote Records)
Et toi, tu fais quoi? (Coyote Records)

Les chansons de Joëlle Saint-Pierre se sont faufilées jusqu’à mes oreilles par une journée de grands vents. Vous savez, le genre de journée-tempête bruyante qui secoue les médias et les réseaux sociaux, où tout le monde s’indigne et s’empresse, sans réfléchir, de hurler son opinion? Où l’heure de pointe nous bouscule à coups de klaxons, de vélos qui circulent en fous sur les trottoirs et de zombies qui traversent la rue en regardant leur cellulaire, malgré cette petite main qu’ils devraient serrer plus fort?

Je ne sais pas pour vous mais moi, quand le poids du monde se fait trop lourd sur mes petites épaules, je n’ai qu’une envie: me rouler en boule dans mon lit, avec des bouchons dans les oreilles, et m’endormir au son de mon coeur qui bat. Arrêter le bruit. Sauf que ce soir-là, plutôt que m’endormir, j’ai trouvé refuge dans une merveilleuse bulle de paix.

Objet sonore unique dans le paysage musical québécois, Et toi, tu fais quoi?, le premier album de l’auteure-compositrice-interprète saguenéenne envoûte et surprend dès les premières notes de Choc Électrique. La voix est jolie, assurée, le timbre est clair, aérien, les mots sont pesés, sentis et déposés délicatement sur de ravissantes mélodies. Le son du vibraphone (trop peu utilisé en chanson) et la douceur de la musique apaisent alors que l’intelligence du propos invite et impose le silence. Résultat : malgré l’inconfortable chaise de bureau qui me torturait le bas du dos, je suis restée hypnotisée, dans un total état de flottaison, jusqu’à la fin de ma deuxième écoute (parce que 30 minutes, c’est parfois trop peu de paix).

Si, à l’image de la pochette, le contenu s’annonce minimaliste, on devine assez vite la somme de travail derrière l’écriture de ces petits bijoux de chansons (Stéphane Robitaille et Catherine Lalonde ont collaboré à certains textes alors que Louis Dugal a coécrit deux musiques) et le souci apporté aux détails. Je pense entre autres aux superbes arrangements de cors de Pietro Amato et au travail de Vincent Carré (batterie), Marc-André Landry (contrebasse), Stef Scheider (percussions), Alex Blais (contrebasse) et Cédric Dind-Lavoie (contrebasse) qui accompagnent Joëlle sur la pointe des pieds, en lui laissant toute la place. Soulignons d’ailleurs que la vibraphoniste, qu’on peut aussi entendre au piano et à la guitare, est particulièrement douée dans le maniement des baguettes (« oui, quatre, et oui, c’est lourd », précise-t-elle dans sa sympathique autobiographie).

Beaucoup de soin a également été mis dans la prise de son (Daniel Gélinas), faite dans une chapelle d’Ulverton, en Estrie et au studio The Pines, à Montréal. Je salue le choix d’avoir opté pour une captation spontanée (une seule prise) et d’avoir laissé traîner, dans les racoins de pistes, quelques souvenirs des lieux (bruits de chars et planchers qui craquent). Le  son de l’ensemble n’en est que plus vivant. J’ai aussi apprécié l’ordre des chansons, qui nous fait passer de la lumière (Choc électrique) à la noirceur (Rose, On a pleuré sur la lune), des amours impatientes (Cent pas) à la mort (Murs), permettant ainsi de révéler le talent d’interprète de l’artiste, sensiblement à l’aise dans tous les registres. J’ai très hâte de la voir sur scène (et mes collègues de Québec aussi car tout le monde semblait bien déçu qu’elle ne passe pas par la vieille capitale pour faire son lancement).

Mes coups de cœur : Souris, petite valse au texte délicieusement ironique, Jour doré (une chanson ne pourrait davantage séduire la fan de Gainsbourg que je suis) et la déchirante Jamais seule, dont la mélodie me hante depuis la première fois que je l’ai entendue. Mais ne vous fiez pas sur moi, je crois que je vais changer d’idée à tous les jours…

Lancement d’album à Montréal
MARDI 15 SEPTEMBRE – 17h
VERRE BOUTEILLE

Lancement d’album à Saguenay
JEUDI 24 SEPTEMBRE – 20h
CAFÉ-THÉÂTRE CÔTÉ-COUR

Pour plus d’infos :

http://joellesaintpierre.com/

http://www.coyoterecords.ca/artistes/