Nicolet – « Hochelaga »

Nicolet
Hochelaga
(Chivi Chivi)

En ce début de saison des sorties d’albums, Nicolet arrive comme une bombe avec une proposition remarquable. Il s’inscrit très bien dans la synthwave moderne avec une esthétique brillante très 80’s pourtant très actuelle. On y trouve une bonne recherche dans la forme ainsi que dans les sons utilisés tout au long de l’album. Plusieurs titres nous incitent à la danse sous la boule disco alors que d’autres nous permettent de prendre le temps d’apprécier la voix et de savourer les compositions d’Étienne Hamel, initiateur du projet. Hochelaga, lancé le 25 août 2017, promet beaucoup. On vous en parle en détail.

La pièce d’ouverture de l’album, éponyme au titre de l’opus est un gros morceau. Un beau sept minutes qui donne bien le ton à l’album. Les synthétiseurs, le son de guitare brillant, la voix noyée dans la réverbération… Le style est bien énoncé et on sait déjà à quoi s’attendre, bien que le reste de l’oeuvre nous réserve de belles surprises. Le thème joué sur un synthé donne tout de suite envie de danser et d’apprendre les paroles pour les chanter à tue-tête. Chanson très brillante, elle apporte tout de suite du bonheur à l’auditeur.

Dans la frénétique Ratio, nous pouvons mieux entendre et apprécier la voix de Halmel sortie du lac des réverbérations. Une série d’arpèges très rapides sont joués aux synthétiseurs tout au long de la pièce ainsi que la batterie agitée nous laisse sur le bout de notre chaise (si on n’est pas debout en train de danser) tout au long de la chanson. On a droit à une finale qui nous rappelle vaguement Arcade Fire.

La Fontaine se veut davantage une chanson réconfortante avec un soupçon de style latin aux arrangements de cuivres efficaces et rythmés. Après cette balade aux accents tropicaux, Doppelgänger est certainement le titre le plus fort de l’album en nous laissant un vers d’oreille immanquable. Dès les premières notes de guitare fouettée et le groove bien rock de la batterie et de la basse, on a envie de se déhancher. Le multi-instrumentiste qu’est Hamel a exploité un thème unique pour en faire une chanson remarquable, franchement bien construite. Ce titre devrait le faire remarquer sur les radios québécoises cette année. Si ce n’est pas le cas, l’industrie de la musique est sérieusement malade…

Le sixième titre de l’album me laisse perplexe. Maintenant je pense à mon argent est à la fois un vers d’oreille, mais à la fois une des compositions les plus faibles de l’album. Les formes trop longues nous perdent et le texte est un peu banal, basé sur des actions de la vie quotidienne sans rebondissement ou angle d’approche spécifique. Cette chanson est toutefois bien «défoulante». Je suis certain que plusieurs spectateurs ou auditeurs pourront y trouver leur compte dans l’énergie enivrante de cette pièce.

Après La Mystification qui se veut comme un trip de synthés un peu rétrofuturiste, s’enchaînent les magnifiques Tempérance et Un genre de Dieu qui présentent toutes les deux de la guitare acoustique pour des compositions de type balade au son plus actuel, tout en gardant les synthétiseurs en arrière-plan. Les arrangements sont magnifiques, bien que j’aurais pris un peu moins d’électronique pour mieux entendre les très beaux textes de ces chansons. Dans certaines parties de l’album, quelques décisions de mixage noient la voix dans l’écho et les synthés alors que dans certains cas, on aurait dû la pousser à l’avant-plan.

L’album se termine en beauté avec Il est tombé toute la nuit une neige étincelante sur Hochelaga-Maisoneuve, une chanson instrumentale rêveuse qui nous plonge dans une longue soirée de décembre où nous nous promenons dans la rue Nicolet du quartier-thème de l’album en observant la neige lentement se déposer sur notre visage raidit par le léger souffle de l’hiver. Les lampadaires aux ampoules orange illuminent la scène alors que nos pas s’impriment dans la neige fraîche sur la rue déserte. Nous espérons sincèrement que l’album pourra durer dans le temps et ne se fera pas oublier par l’automne qui s’annonce chargé en sortie d’albums.

Cet opus est un très bon coup et démontre bien le sérieux de l’artiste depuis qu’il est signé avec Chivi Chivi. La production de l’album est nettement supérieure à son premier EP sorti en 2014, même si quelques choix de mixage auraient mieux fait  d’avantager le texte ainsi que la voix d’Étienne Hamel. Après ce très beau long jeu, j’ai bien hâte de voir son spectacle cette année pour danser et même chanter les textes qui, déjà, commencent à s’imprimer dans mon oreille.

[PHOTOS] Rosie Valland, Maison de la culture Francis-Brisson, 19 mai 2017

Le 19 mai dernier, je me suis rendu à la Maison de la culture Francis-Brisson pour prendre des photos de la magnifique Rosie Valland.

[SPECTACLE] The Franklin Electric (+ Aliocha), La Maison de la culture de Trois-Rivières (salle Anais-Allard-Rousseau), 1er mars 2017

Aliocha

En ce qui concerne la première partie, Aliocha, les gars de The Franklin Electric avaient laissé la scène au charismatique auteur-compositeur-interprète. Si son nom ne vous dit rien du côté musical, peut-être que vous l’avez vue au petit écran, entre-autre dans Les Parent ou encore dans Le journal d’Aurélie Laflamme.  On peut dire que c’est un véritable touche-à-tout. Inspiré par des artistes comme les Beatles, Bob Dylan et Elliot Smith, son premier EP Sorry eyes est sortie en 2016 et depuis il accumule les chansons poétiques alternative pop. Sa performance était tout en simplicité, mais il n’en fallait pas plus pour être séduit.

The Franklin Electric

Les textes aux saveurs nostalgiques et introspectives qui se trouvaient sur le premier album de The franklin Electric ont laissé place à un vent de fraîcheur sur leur second album sortie le 24 février dernier. En effet, c’est l’audace des textes qui effleurent à quelques reprises des écrits d’amour et qui flottent sur des notes de folk-indie-pop que l’on peut entendre sur Blue ceilings.

De retour d’une tournée passant par l’Europe et l’Australie, c’est le 1er mars que les membres du groupe ont inauguré leur nouvelle tournée à la salle Anais-Allard-Rousseau de Trois-Rivières.

Jon Matte, le chanteur à la tête du groupe, a abordé son public dans un français cassé, « J’essaie de me rappeler comment parler français, mais je pense que j’ai oublié, mais c’est pas grave, c’est all love right ? »

La fébrilité du groupe face à leur nouvelle tournée était belle à voir. Ils étaient contents d’être là et ils nous le faisaient savoir : « This is the first time of the tour and it’s so nice to spend it whit you guys ».  La scène avait l’air d’un vrai terrain de jeu pour le band et pour Jon qui s’est laissé emporter à quelques occasions que cela soit sur son piano à queue ou avec un solo de trompette. Pour ce qui est du visuel, c’était des teintes de bleu et de vert que l’on pouvait voir dans les jeux de lumières. Ils ont beaucoup misé sur des effets d’ombre tout au long de la prestation.

Pour le plaisir de tous, ils n’ont pas manqué de jouer leur succès de This is how I let you down. Old piano était par le fait même très attendue par le public qui se montra très enthousiaste lors de celle-ci. Dans sa langue maternel Jon expliqua l’historique de ladite chanson. Il l’avait écrit alors qu’il ne pensait même pas être un chanteur, pour reprendre ses dires. Ce sont ses amis qui l’ont poussé à aller la jouer dans un bar accueillant un faible nombre de personne et c’est là que tout a commencé.

Pour ceux qui ont déjà vu Franklin Electric en spectacle, ils n’ont pas manqué à leur tradition d’interpréter Show me the quiet air en version acoustique. Réunis en rond sur la scène, un peu comme s’ils étaient autour d’un feu de camps, cela rend toujours le moment un peu plus magique.

Ils ont terminé la soirée avec un généreux rappel de quatre chansons au travers duquel ils se sont amusé à reprendre le classique If you could read my mind (Gordon Lightfoot, 1974).

The Franklin Electric seront de passage pour quelques spectacles au Québec ( Sherbrooke 24 mars/Québec 25 mars/Montréal 1er avril) avant de repartir pour une tournée européenne.

 

 

[PHOTOS] Banners et Tor Miller au Cercle

Mercredi soir dernier le cercle accueillait Banners (UK) et Tor miller (New-York) pour une soirée pop-indie.
Tor miller, seul au piano, ouvre la soirée et donne le mood pour la suite. (Allez voir son dernier vidéo clip). Banners s’adresse de nombreuses fois au public (moi j’aime ça!) et joue devant une salle bien occupée par une foule jeune et attentive.

Vous pouvez écouter le dernier single de Banners juste ici: smarturl.it/sHolyGround

 

[SPECTACLE] Le sucre coulait à flots avec Le Couleur et Floes au Cercle

Sur papier, la soirée d’hier promettait d’être survoltée, avec deux excellents groupes qui donnent dans l’indie électro pop très bien réalisé. La plupart des ingrédients étaient d’ailleurs au rendez-vous : deux bands d’artistes talentueux, dans un bon mood, qui jouent impeccablement, avec une sonorisation plus qu’adéquate et même des invités surprises pour pimenter le tout. Par contre, la cinquante-soixantaine de personne réunies sur place n’a qu’en quelques rares occasions délaissé sa fâcheuse habitude de discuter de manière assez sonore pendant les concerts, ce qui commence à être un classique au Cercle comme peut l’être une longue et lente file d’attente au Crac sur St-Jean. Quoiqu’il en soit, Floes et Le Couleur n’ont pas grand chose à se reprocher pour la performance d’hier.

(FLOES - Crédit: Nathalie Picard)
(FLOES – Crédit: Nathalie Picard)

C’est Floes qui devait casser la glace et tenter d’animer cette foule un peu tiède avec sa pop électro évolutive bien confectionnée et ultra léchée. La formation composée de Simon Tam (PopLéon), Pier-Philippe Thériault (PopLéon également) et Samuel Wagner (Harfang) semble être un autre des fruits sortis des entrailles du Pantoum. Optant pour une début intimiste, leur effet a perdu un peu d’éclat avec la force des conversations ambiantes, dont le volume s’est à peine amoindri au début de la performance du groupe de Québec qui présentait ce printemps un magnifique EP dont ils ont probablement interprété toutes les pièces. Il me semble en tous cas qu’ils ont commencé avec les deux premières, Shadows, plus tranquille, et Showdown, avec un rythme plus hip hop et un groove plus évident. Je crois qu’une nouvelle pièce a pu se glisser au milieu du set, mais je peux me tromper, et le tout était terminé assez rapidement, la jeune formation n’ayant pas encore un répertoire suffisant pour jouer trois-quarts d’heure-une heure, en tous cas, pas avec ce qui est connu du public à date.

(FLOES - Crédit: Nathalie Picard)
(FLOES – Crédit: Nathalie Picard)

C’était quand même une excellente entrée en matière pour le reste de la soirée, quoique moins festive par exemple qu’un certain Anatole, qui avait ouvert pour Le Couleur lors d’une soirée au chic Bistro Plus l’automne dernier.

 

 

Après une entracte qui a semblé pratiquement aussi longue que le set précédent, Le Couleur balance les premières notes, plongés dans une obscurité quasi totale, avant que les lumières ne s’allument pour révéler le trio montréalais dans toute sa splendeur, sur fond de Nunca Será, pièce qui ouvre leur récent P.o.P. paru sur Lisbon Lux le 28 octobre dernier. La chanteuse, Laurence Giroux-Do, invite les gens à bouger et à se dégêner, à se rapprocher aussi, pour participer à la grande fête à laquelle ils nous convient. L’invitation à danser était donc lancée verbalement, mais musicalement aussi, avec leur irrésistible électro pop néo-disco dont Starlite, le deuxième single de l’album, est un bon exemple. Après cette pièce énergisante qui n’a pas eu l’effet escompté, une seconde vague de remarques sur la froideur du public est faite par les autres musiciens, qui invitaient l’assistance à arrêter de déconner et à s’y mettre pour vrai, avant d’interpréter la chanson titre à l’aide de leurs choristes invités, Odile Marmet-Rochefort (Men I Trust, De la Reine, Beat Sexü) et Jean-Étienne Collins-Marcoux (Anatole, De la Reine, Beat Sexü) qui entonnaient « naturel stéréo, son naturel stéréo » à répétition. Félix Dyotte fût également invité à joindre le groupe à deux reprises. Le groupe a interprété la vaste majorité des titres de l’excellent nouvel album et a pour l’essentiel délaissé leur matériel précédent.

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(LE COULEUR avec Odile et J-E – Crédit: Nathalie Picard)

Même la pièce culte Les vacances de 87 n’a eu droit qu’à un court passage remixé qui, j’ose présumer, n’a pas produit l’effet escompté sur le public, incitant le groupe à ne pas jouer cette pièce qu’ils traînent depuis longtemps et leur donnant envie de poursuivre avec le nouveau matériel, pour lequel la réaction était somme toute correcte de la part du public, qui restait malgré tout trop souvent de marbre.

(LE COULEUR – Crédit: Nathalie Picard)

L’énergie débordante du groupe semble avoir de la difficulté à se transmettre à l’assistance, sauf en de rares moments où le feu semblait vouloir prendre sur la piste, en dehors desquels l’énergie du public était plutôt investie en applaudissements généreux. Félix Dyotte revient pour leur prêter main forte pour l’excellente Discolombo, qui a généré d’autres applaudissements mais peu de pas de danse, tout comme le Copilote puis Underage, qui ont pavé la voie à Son Naturel et au premier extrait très bonbon, L’Amour le Jour, qui est parvenu à faire bouger les gens pas mal plus.  À ce stade, le groupe opte pour un classique de Dolce Désir, le EP précédent, la pièce de circonstance Concerto Rock qui, avec son superbe build-up, a gardé les gens dans la fête jusqu’au dance-off proposé par la chanteuse, qui est descendue sur le plancher de danse montrer comment on fait, avant de mettre au défi d’autres membres de l’assistance, avec des résultats mitigés. C’est la pièce Voyage Amoureux qui a enchaîné en guise de clôture de set, avec un moment où la foule était invitée à entonner le refrain en coeur avec le groupe. Le rappel exigé un peu timidement n’est pas offert, et le mot de la fin, de la part du batteur, invite la sono à sauver ses fesses grâce à la musique du DJ. J’aurais voulu entendre les Vacances de 87 pour vrai aussi, ainsi que Club Italien ou Télé-Jeans par exemple, mais ce n’est que partie remise.

Musicalement, la soirée peut être considérée comme une réussite totale, mais pour ce qui est du party, curieusement, c’est moins clair. Alors que j’aurais imaginé un Cercle bondé et suintant qui se déhanche dynamiquement, on a plutôt eu droit à de brefs moments de fête et à des séances de contemplation béate sur fond de disco ou à des discussions sonores sur fond de musique intimiste. Le talent des deux groupes méritait mieux en termes de réponse populaire, mais bon, ce n’était pas dramatique non plus.

[SPECTACLE] Lesbo Vrouven au Pantoum pour le lancement de GRIFFF PIFFF!

Chroniques d’une jeunesse en quête de sens

La scène se passe dans un lieu sombre et surpeuplé.

La bass est trop forte et le plancher pue la bière cheap.

Simon Provencher est couché sur un fauteuil de cuir entre une gérante d’artistes blasée et un étudiant en sociologie qui parle trop fort.

Eh boy, je viens de me faire réveiller de ma petite sieste sur un des divans du Pantoum. J’étais bien entre les taches de bières et les vieilles effluves salées de grilled cheese. Comme quoi même si on a un beau système de DELs tout neuf on est pas foutu de laver ses meubles ici. Mais bon les diodes glitchent un peu, Lesbo Vrouven font du bruit, j’ai mal à la tête et il y a une tension sexuelle palpable entre moi et l’oreiller qui veut désespérément mon retour. Je décide de me rendormir un peu mais il y a trop de bruit et l’oreiller commence à être vraiment humide à cause de mes frenchs passionnés. D’ailleurs parlons en, embrasser avec la langue c’est un peu désagréable. Qu’est-ce que je suis supposé faire avec, brasser un peu dans ta bouche ou juste la déposer là? Arielle, je peux avoir ton opinion là dessus s’il-te-plaît?

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« T’sais, Simon, c’est pas si important de frencher quand tu sais faire des bonnes crêpes le matin. »

Je me demande ce que Jacques en pense aussi. Parlant de sensualité, je me dois de remercier Claudia et Gab de m’avoir donné un séduisant pullover de tigre. Je me suis senti comme un nouveau riche extravagant pour toute la soirée c’était génial. Peut-être qu’avec ça je réussirai un jour à cruiser avec succès au Pantoum.. parce qu’à date c’est vraiment plus ridicule qu’autre chose. Aidez-moi s’il vous plaît je me sens vraiment seul.

Amicalement, Simon Provencher.

PS: Si quelqu’un(e) est intéressé(e) par un jeune musicien/chroniqueur culturel avec une hygiène moyenne et une forte tendance à l’autodestruction, contactez Tel-Jeunes au 1-800-263-2266.

Fade-out dramatique.

Fade-in devant la scène illuminée, on retrouve la seconde protagoniste, Arielle Galarneau qui shake de la tête avec le reste du publique déchaîné.

Monologue intérieur.

Ouais, le nouvel éclairage du Pantoum est bien, mais ça me rappelle dangereusement ma dernière crise d’épilepsie. Une chance qu’y’a une couple de gars cutes que je peux regarder discrètement pour me changer les idées.

Elle boit une gorgée de son Bordeaux à dix-sept dollar qu’elle a acheté au Bonichoix pour avoir l’air moins pauvre.

Ouais, le vin commence à fesser un peu, j’espère que je vais pas dégueuler sur le plancher comme la dernière fois.

Elle boit une autre gorgée avant de poser sa coupe sur le stage qui shake frénétiquement sous les sauts de puce de Sam Murdock.

Ouais, finalement le monde du Pantoum savent pas trop comment trasher comme du monde. J’vais leur montrer.

Le lendemain.

Ouais, j’ai un torticoli, j’ai mal à tête, j’ai perdu ma carte de bus pis le chat a pissé sur le tapis. C’était une belle soirée.

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Merci à Émilie Tremblay pour la photo de cellulaire!

[SPECTACLE] KROY (+ Ego Death), L’Anti Bar et spectacles, 29 septembre 2016

Photos : Loredana Beauchamp

Si on se fie à la foule massée près de la petite scène de L’Anti Bar et spectacles jeudi dernier, la visite de KROY, alias Camille Poliquin, était fort attendue. La jeune femme vient tout juste de lancer un joli premier album intitulé Scavenger, une proposition promise à un bel avenir autant ici qu’à l’étranger.

Accompagnée de deux musiciens, Poliquin s’installe derrière sa quincaillerie, qu’elle ne quittera qu’à la fin du concert. La bande est entourée de petits poteaux qui forment ensemble un système d’éclairage sophistiqué tout en conservant un caractère intimiste. Pas besoin de plus, nous sommes là pour écouter. De toute façon, c’est pas comme si Camille allait se mettre à faire des chorégraphies à la Beyoncé.

Dès les premières notes de Hull, qui commence également l’album, les spectateurs se taisent et ouvrent grands leurs yeux et leurs oreilles. Sur Bones, on commence à taper joyeusement du pied. Sur scène, le trio prend son pied, Poliquin chante ses airs tristes avec un sourire fendu jusqu’aux oreilles.

KROY - Photo : Loredana Beauchamp
KROY – Photo : Loredana Beauchamp

Toutes les fois que j’ai croisé Poliquin (avec KROY, Milk and Bone et autres), j’ai eu la même réflexion : Quelle voix! Douce, cristalline, juste, une voix de petite fille qui raconte des histoires un brin macabres. Et sur Stay, Poliquin réussit sur scène à faire ce qu’elle fait si bien sur disque : nous faire planer et nous préparer à la très trip-hop Days et son groove langoureux.

Poliquin glisse quelques mots çà et là entre les chansons avec une chaleur qui détonne avec la froideur de la musique. Elle nous présente ses musiciens (Guillaume Guilbault, fidèle au poste aux claviers, et Charles Blondeau, véritable métronome à la batterie), avec qui elle a déjà beaucoup de plaisir (nous n’en sommes qu’au deuxième concert de ce cycle, après tout).

Fallait s’y attendre, KROY n’a pas une grosse discographie et après près d’une heure, tout était déjà terminé. On en aurait tellement pris davantage! On se reprendra à son retour. Et en attendant, on pourra se rabattre sur la venue de Milk and Bone au Cercle en décembre prochain.

Scavenger est disponible dès maintenant sur vos plateformes et chez vos disquaires préférés.

Ego Death

Quelle belle idée que de programmer Joey Proteau (et frangin Jesse, dont on va vous parler très bientôt) et son projet Ego Death avant KROY! À première vue, on aurait pu croire que le folk très intimiste d’Ego Death s’éloignerait trop de la pop électro de KROY, mais non, au contraire, ce sont deux univers qui se sont complétés à merveille.

Les voix douces des deux frères Proteau créent ensemble de magnifiques harmonies accompagnées de guitares totalement au service des mots. On n’a qu’une envie : écouter ce que Proteau a à dire et souhaiter une suite à Grief, un EP aussi court qu’excellent (vous comprendrez que je le trouve trop court). Ce fut sûrement une belle découverte pour plusieurs.

[EP] LOS prend les vagues d’assaut juste à temps pour l’été

La formation de Québec LOS présentait récemment au public le fruit de son travail des dernières années, un court EP intitulé Small Surf qui préfigure un album complet prévu pour l’automne et qui sera intitulé… Big Surf. Le EP, paru de justesse avant la saison chaude, présente une pop-rock estivale qui constituera la parfaite trame sonore de vos séances de relaxation au soleil sur le balcon. Si la musique de LOS délaisse le côté mordant et garage des premiers EP, les mélodies accrocheuses sont encore au rendez-vous pour orner la petite galette et son éventuelle grande sœur.

Les trois pièces ici présentes sont à la fois distinctes et complémentaires, la plus mémorable et accrocheuse à mon goût est celle qui ouvre la parution, « Wooden Matter ». Les deux autres titres, « Baby And I » et « Teenager », sont toutefois des très bonnes cartes de visite pour illustrer les nouvelles sonorités, dont l’ajout le plus distinctif est à mon sens l’ajout de synthétiseurs et de vocaux féminins à l’arrière-plan (Maxine Maillet). La musique de LOS a évolué en une pop rock très léchée, confectionnée avec des multiples effets de guitare (Kenny Turgeon et Jean-Daniel Lajoie) qui viennent se poser sur une basse délicatement groovy (Symon Marcoux) et des rythmes épurés et accrocheurs (Kevin Robitaille).

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LOS (Photo: Pascal Audet)

L’illustration de la pochette, une gracieuseté du bien-aimé graphiste de Québec expatrié à Montréal, Thomas B. Martin, est le parfait complément pour cette parution à l’esthétique léchée, toute en simplicité et pourtant très élaborée, de la musique du quintet.

Vous pourrez découvrir leur musique en concert à Montréal le 5 juillet prochain, au Divan Orange en compagnie de David and the Woods, ainsi qu’au FEQ, le 9 juillet prochain sur les planches de la toute nouvelle Scène Fibe, qui fait la part belle aux talents locaux et-ou émergents. Ils seront également en concert au Sous-Bois de Chicoutimi à la fin juillet, avec une autre formation locale qui devrait publier quelque chose bientôt, La Fête, présentement en studio à Québec.

Le EP Small Surf est en écoute sur leur page Soundcloud et est également disponible pour l’achat sur iTunes. Je crois que pour se procurer ces trois titres physiquement (lire surtout: vinyles!), il faudra attendre la parution de l’album complet, cet automne.

[ALBUM] Floes et l’éclat de l’ombre

Le trio de Québec FLOES qui dévoilait deux extraits coup sur coup plus tôt ce printemps vient de publier un EP de 5 titres fort bien ficelé. Intitulé Shade & Mirror, le maxi récapitule et nous ramène les deux pièces présentées au public, en l’occurence «Showdown» et «Hooked», dévoilées respectivement à la fin avril et au début mai. Ces deux morceaux, dont le potentiel était vraiment intéressant et laissait augurer un projet mature et abouti, ils se sont avérés plutôt représentatifs de cette parution, qui conserve un niveau de qualité élevé.

FLOES (Crédit photo: Jacques Boivin)
FLOES (Crédit photo: Jacques Boivin)

 Il faut dire que les gars du band n’en sont pas à leur première initiative musicale et que ça se ressent bien. Le trio mené par Samuel Wagner (Harfang) et complété par Simon Tam (Émeraude) et Pierre-Philippe Thériault (PopLéon) sait comment produire une musique originale, captivante et accessible. Le niveau de production est très élevé et n’a pas grand chose à envier aux albums des majors de ce monde. Très léchée, leur pop fait une place à l’électro comme trame de fond et à des pistes vocales délicates qui viennent y occuper l’espace de fort belle manière. Le tout est complété par des rythmiques variées, passant sans problème de celles du hip hop à celles de l’indie rock.

Le titre qui ouvre l’album, «Shadows», est construit sur un lit de guitares bien fignolées et met progressivement la table en termes d’ambiance sonore et d’esthétisme. La seconde composition, la première à avoir été révélée au public, intitulée «Showdown», demeure probablement le moment fort de l’album, avec sa mélodie mémorable et sa production impeccable. La collaboration avec deux des hommes forts de la sphère sonore de Québec, surtout avec Dragos Chiriac (Men I Trust) mais on trouve également mentionné Jean-Étienne Collins-Marcoux (De La Reine), n’est probablement pas étrangère à cette réussite. La réalisation et le mix s’est passée surtout à deux, Dragos Chiriac venant épauler Samuel Wagner à réaliser le projet. «Hooked», la troisième piste du EP, était également connue du public, ayant servi de deuxième extrait, et elle conserve la cohérence esthétique et sonore tout en ajoutant une belle variété à la palette.

Le second moment fort de l’album à mon avis, c’est le quatrième ttire «Burning light», qui installe progressivement des couches sonores venant se compléter et se relancer, jusqu’au moment où le rythme change à l’amorce du dernier tiers, permettant aussi à la mélodie d’évoluer, d’incorporer des synthés qui sonnent comme une tonne de brique et de pousser les cordes vocales du chanteur-claviériste un peu plus loin. Un groove complètement captivant nous accompagne jusqu’à la fin, introduisant avec brio le dernier morceau du EP. Celui-ci, intitulé «A lifetime ago», rappelle au début certaines pièces de Radiohead, avec la voix qui rappelle plus que jamais celle de Thom Yorke, mais en plus serein. Tout de suite après le début, le style vocal change et le rythme aussi, dévoilant au final un titre un peu plus conventionnel mais avec une belle progression dynamique. Après le bridge, le morceau gagne en efficacité pour clore le disque en beauté.

FLOES (Crédit photo: Camille Gagnon)
FLOES (Crédit photo: Camille Gagnon)

C’est vraiment une belle grande parution que nous offre FLOES, malgré sa courte durée. Le disque démontre un savoir-faire indéniable derrière les compositions et l’interprétation est aussi au rendez-vous pour couronner de succès l’entreprise du groupe. Il leur est permis de rêver d’un succès international, le tout se déroulant en anglais, surtout si l’éventuel premier album complet relève le défi de garder un standard de qualité élevé et constant en plus d’élargir avec cohérence leur répertoire. Disons que la barre, ils se la sont fixée assez haute.

Un lancement au Pantoum à Québec est prévu pour le jeudi 2 juin – plus d’infos ici. 

[SPECTACLE] Lancement de « Immoler les ombres » de Gabrielle Proulx au Satyre Cabaret-spectacle

 

Le 10 mai dernier, j’ai eu la chance de me rendre pour la première fois dans la toute nouvelle salle Satyre Cabaret-spectacles qui prend place dans l’ancien et mythique Maquisart. À quelques jours de l’ouverture officielle de la salle, Gabrielle Proulx y faisait le lancement de son EP Immoler les ombres.

La chanteuse trifluvienne a été accueillie sous les applaudissements majestueux d’un public déjà conquis. Sur scène, accompagnée par une armée de talentueux musiciens, dont l’artiste Siméon, Gabrielle Proulx est arrivée avec son micro orné de brillants, l’aire confiante et surtout très heureuse de pouvoir présenter ses chansons devant son public trifluvien. 

Elle nous racontait, bien humblement, son parcours de vie qui l’a mené devant nous aujourd’hui. Il y a quelques années, elle a décidé de tout laisser derrière elle pour aller vivre son rêve à Montréal . Vous comprendrez que l’ambiance était au réjouissement dans la salle quand elle nous racontait avec tellement de fierté comment la pièce Florence, de Marcel Dubé, à été marquante dans son cheminement. Elle a même composé une chanson du même nom. 

Alors que la fébrilité est à son comble, Gabrielle nous lance « moi je veux juste buzzer avec vous autres à soir », toujours sous les cris du public. Le meilleur moment du spectacle a, sans aucun doute, été lorsque le très talentueux guitariste Antoine Dufour s’est avancé pour jouer la pièce Immoler les ombres avec Gabrielle Proulx. Le spectacle s’est terminé avec la pièce Petite mort, qui voudrait faire référence à l’orgasme féminin… ! 

Pour écouter l’album: 

Voici les photos de Claudine Bérubé: