[Rideau] Compte rendu, 12 février 2017

Le Winston Band – Photo : Jacques Boivin

Et voilà, en plein milieu d’une grosse bordée de neige, les activités de la Bourse Rideau, notre SXSW local, sont lancées!

Et nous nous sommes promis une soirée des plus éclectiques! On a quand même commencé ça tranquillement avec une vitrine officielle et une vitrine off.

Compte rendu d’une soirée qui a su gâter le mélomane en moi :

Impérial Bell

Drôle de mélange dans la grande salle de la rue Saint-Joseph : des délégués de Rideau, tout sages et professionnels, se mélangeaient aux fans de Rouge Pompier, prêts à danser en rond autour du duo de choc.

D-Track – Photo : Jacques Boivin

D-Track

Le rappeur de Gatineau n’avait que 20 minutes pour montrer aux diffuseurs présents qu’il était plus qu’une suite de beaux mots. Mission accomplie : L’auteur de Message texte à Nelligan a montré, avec ses complices, qu’il avait une belle présence scénique et que ses pièces étaient complètes. Réussir à faire taper des mains les délégués de Rideau, ce n’est pas toujours une tâche facile…

Nicolas Pellerin et les grands hurleurs – Photo : Jacques Boivin

Nicolas Pellerin et les grands hurleurs

Clairement un favori des des diffuseurs présents. Pellerin et ses musiciens n’ont eu aucune difficulté à faire chanter et danser le public présent dans la salle. Il faut dire que le trad de Pellerin et ses grands hurleurs (Stéphane Tellier et Simon Lepage) est très accrocheur! De quoi donner le goût de ressortir 3/4 fort… En tout cas, les gars ont tout donné… pour célébrer l’anniversaire de Pellerin!

Rouge Pompier – Photo : Jacques Boivin

Rouge Pompier

Jessy et Alex Pompier avaient mobilisé leurs fans et ceux-ci avaient répondu à l’appel. Tant mieux, parce que les gars ont décidé de montrer de quoi avait vraiment l’air un show de Rouge Pompier et ils se sont installés au parterre, comme ils le font d’habitude. Ça a donné de drôles de résultats : aux tables, les délégués étaient pour la plupart amusés pendant qu’autour du band, les fans chantaient les chansons à l’unisson. Fait important : la prestation de Rouge Pompier a donné lieu au premier circle pit de l’histoire de Rideau, au grand bonheur des spectateurs et des diffuseurs! Évidemment, j’ai Autobus dans la tête depuis…

OFF Rideau, L’Anti Bar et Spectacles

Tout de suite après le merci, bonsoir de Rouge Pompier, nous sommes partis en courant dans la neige et nous sommes dirigés vers L’Anti où une belle vitrine OFF nous attendait. On vous le dit tout de suite : on a manqué le dernier groupe, Caravane, parce qu’on sait qu’on va les voir le lendemain.

Olivier Bélisle – Photo : Jacques Boivin

Olivier Bélisle

En trio, l’auteur-compositeur-interprète (et membre de la formation Canailles) nous a présenté quelques douces chansons de son répertoire. Chansons qui furent visiblement appréciées par les spectateurs qui étaient toute ouïe! Faut dire qu’on a bien aimé son album Une fois par jamais nous aussi…

Chassepareil – Photo : Jacques Boivin

Chassepareil

On a poursuivi tout en douceur avec la formation Chassepareil, venue présenter quelques extraits de son joli album folk Les oiseaux d’hiver. Belles sonorités, esthétique auditive très intéressante. La formation manque encore un peu d’expérience (on le constate parfois dans la présence scénique), mais l’avenir est prometteur, surtout que les chansons sont si belles!

Le Winston Band – Photo : Jacques Boivin

Le Winston Band

On a vu Le Winston Band à quelques reprises et on avait bien hâte de les voir animer la salle avec leur son cajun qui pige dans diverses influences! Papi Limoilou, qui était là pour voir son band préféré (Caravane), a dansé (voire skanké) comme un déchaîné, comme une bonne partie du public qui commençait à être pas mal réchauffé! On ne les a vus que pendant 20 minutes, imaginez ce que ça donne un concert complet. La meilleure façon de dépenser toutes les calories prises à coups de pintes d’IPA!

Rideau se poursuit aujourd’hui et nous sommes toujours là pour vous en parler! Vous voulez en savoir plus? Allez voir notre article

[ENTREVUE] Foreign Diplomats

Foreign Diplomats, deux mots à retenir. Cinq gars qui, malgré leur jeune âge, ne sonnent comme personne. Élie Raymond (voix principale, guitare), Antoine Lévesque-Roy (basse), Thomas Bruneau Faubert (trombone, synthétiseurs), Charles Primeau (guitare) et Emmanuel Vallières (batterie) façonnent un son bien à eux, un amalgame harmonieux d’électro et de rock, où les cuivres s’introduisent brillamment. Après un EP autoproduit en 2013, leur premier album complet, Princess Flash, est paru en octobre dernier sous l’étiquette Indica Records. L’unicité de leur son et l’anticonformisme de leur proposition artistique les distinguent, dans une marée musicale montréalaise en pleine expansion. Selon moi, c’est digne de mention.

Je tenais donc à discuter avec ces musiciens pour en apprendre plus sur leur processus de création, leurs inspirations, la signification de leur musique. On s’était donné rendez-vous dans le hall d’un hôtel, quelques heures avant qu’ils ne mettent le feu aux planches du Cercle, dans le cadre de la Bourse Rideau. Je suis arrivée à la course. Ils m’attendaient relax dans les divans en mangeant de la pizza sur un coin de table. Ils m’en offrent gentiment. Des petits gars polis. Je les aimais déjà. Élie et Thomas restent avec moi, alors qu’Emmanuel, Charles et Antoine quittent à pied avec le reste du repas. Belle jasette avec deux membres fort sympathiques d’un «bébé band» (pour reprendre les mots d’Élie) qui pourrait grandir bien vite.

Le baptême
Les gars me racontent les débuts du projet, alors qu’ils étaient au secondaire. Ils avaient des amis en commun, puis se sont regroupés. À un moment, ils étaient neuf dans le groupe. «On était juste une grosse gang, un trop gros orchestre. C’était con, c’était juste du fun. C’est tough de gérer ça», confie Élie, chanteur de la formation. Thomas, Antoine et lui sont là depuis les premiers balbutiements du projet. Originaires des Laurentides, les garçons m’expliquent qu’une «sélection naturelle Darwin style» s’est produite. «Notre sélection s’est vraiment faite quand on a bougé le local de pratique de plus en plus proche de Montréal. Il y a du monde qui trouvait ça loin, on a vraiment fait l’entonnoir avec le monde qui voulait vraiment», explique Thomas.

C’est à l’aéroport, au retour d’un voyage scolaire, que le groupe a été baptisé. «En revenant à Montréal, on a vu le nom Foreign Diplomats qui guide les vrais diplomates étrangers où ils doivent aller. Ça sonnait bien», soutient Élie. Le titre de l’album, lui? «Veux-tu la vraie histoire?», me demande Thomas. «Je pense que la fausse est vraiment meilleure.» Évidemment, je veux entendre les deux. Il commence par la vérité. Poussés par leur maison de disques pour nommer l’opus, ils ont délibéré en route vers Toronto pour un show. «On s’est dit, bon ben on va tous dire des mots, un après l’autre dans la van. Quelqu’un a dit princess, quelqu’un a dit flash

Foreign DiplomatsC’est après coup que les musiciens ont réalisé que ce titre prenait tout son sens. Les mots à connotation royale sont omniprésents dans les textes des chansons. «C’est utilisé très sarcastiquement. Prendre quelqu’un trop important pour ce qu’il est vraiment. C’est vraiment le thème de l’album. Princess Flash est devenue cette personne-là», explique Élie. «C’est une personne qui passe vraiment vite dans ta vie pis, pendant qu’elle est là, tu lui accordes vraiment beaucoup d’importance. Dans le fond, elle passe comme un flash (claquement de doigts)», renchérit Thomas. La pochette de l’album illustre d’ailleurs cette princesse-éclair. «Je voulais qu’on voit quelqu’un, parce que je trouve que tu peux plus relater», précise Élie. Thomas poursuit : «On trouvait ça le fun aussi de rajouter un personnage dans l’univers du groupe, de notre imagination.»

La quête sonore
Le jeune quintette a eu l’opportunité de collaborer avec le réalisateur américain de renom Brian Deck. Ensemble, ils ont travaillé les chansons en pré-production, puis Deck les a accompagnés pendant le processus d’enregistrement. «Brian Deck est comme vraiment devenu notre ami. Au début, c’était un peu froid, c’était intimidant. Finalement, on niaisait avec lui. Il nous a tout le temps dirigés où il pensait que ça devait aller, mais sans nous restreindre», mentionne Thomas.

«Nous, on avait notre identité», ajoute Élie. «Autant qu’on est des petits bébés pis qu’on n’avait pas d’expérience en studio pis on voulait juste faire n’importe quoi, lui il nous a juste ramenés, tout en nous laissant expérimenter un peu, jouer pis avoir du fun. La recherche sonore était déjà pas mal faite avant l’album.»

Je leur demande ensuite si, musicalement parlant, c’était important pour eux de sortir des sentiers battus. Élie me répond sagement : «[Le défi], c’est de ne pas tout le temps sonner pareil. En ce moment, j’écris encore beaucoup pis j’essaie de me pousser à faire des affaires que je n’ai jamais faites. Juste gosser avec les sons comme je n’ai pas fait avant, écrire d’une façon différente. Je pense que le plus important pour moi, c’est de nous démarquer de nous-mêmes.» Thomas enchaîne : «Pour un premier album aussi c’est important de se démarquer plus je crois, parce que c’est vraiment la première étiquette que les gens vont voir. Si c’est pareil à quelqu’un d’autre, c’est quoi vraiment le point de ton groupe, tsé.» «True that boy», acquiesce Élie.

La composition

Côté composition, créer une pièce à cinq, ça se passe comment? «C’est Élie qui lead pas mal la composition pis les arrangements des chansons», réplique spontanément Thomas. «Dans le fond, il y a comme [différents] scénarios possibles. Number one : Élie arrive avec tout déjà fait. Un démo de A à Z. Il va même avoir fait les arrangements de brass. Le deuxième scénario : Élie va arriver avec guitare-voix pis on va tout builder ensemble chacun nos instruments…plus en jammant

Foreign Diplomats

«Il faut que ça soit spontané. Personnellement, j’haïs ça travailler en band sur une nouvelle chanson, ça devient tellement chaotique. On est encore un bébé band, on commence à se connaître très bien musicalement, mais on a tous des idées différentes qui ne vont pas nécessairement ensemble, pis c’est important de l’accepter», complète Élie. Le chanteur ajoute qu’il serait ouvert à ce que d’autres personnes dans le groupe composent. «L’affaire, c’est qu’Élie écrit beaucoup, beaucoup… il est dur à suivre», affirme Thomas. «Moi j’en écrirais une [chanson] en un mois, lui il en a déjà écrit six. (rires) Si on veut créer une identité, c’est sûr qu’Élie va prendre le lead.» «Le fait que j’écris beaucoup et depuis pas mal longtemps, je commence à avoir ma plume», précise Élie en toute humilité. «Je me connais pis je sais où je m’en vais. J’ai déjà eu des démos qui ressemblaient vraiment exactement à un band pis ça les prenait pour m’amener ailleurs.»

Les musiciens qualifient leurs influences de «pas mal éclectiques.» Ils s’entendent pour dire que la musique de LCD Soundsystem a été particulièrement marquante pour eux. «C’est un gros band pour nous. C’est un band qui, pour vrai, a changé ma vie», explique Élie. «Chacun de nous a vraiment trippé fort», ajoute Thomas. Élie poursuit : «Broken Social Scene, Bowie énormément dans comment j’aimerais chanter.» Pour ce qui est du maquillage? «Ça va venir! (rires)»

«Coffee brought me to the conclusion that some people don’t deserve to live.» 

Lies (of November)

La musique de Foreign Diplomats est très festive, mais lorsqu’on porte attention aux textes, on se rend compte que les propos sont assez sombres. «Quand j’ai commencé à aimer les textes que j’écrivais, j’ai réalisé que, souvent, c’est dark ou c’est vraiment méchant. (rires) C’est une grosse contradiction, les paroles pis la musique», analyse le chanteur. «Il y a des affaires là-dedans, pas que je ne crois pas, mais que je ne dirais pas dans la vraie vie. C’est aussi une raison pourquoi j’écris en anglais, parce qu’en français, je ne serais pas capable de dire des affaires aussi poussées que ça. L’anglais permet de m’éloigner de moi-même», précise-t-il.

Sur scène, la musique prend le dessus et vient atténuer la lourdeur des paroles. «Quand on est en show, quand on joue de la musique, on a le goût que les gens dansent, qu’ils aient du plaisir. On a le goût aussi d’avoir du plaisir», mentionne Thomas. «On n’est pas des gens dark non plus. Sur scène, on niaise pis on a du fun. Quand je chante ces textes-là, oui je rentre dans mon genre de personnage… mais quand même ce n’est pas lourd», assure Élie.

La scène, l’exutoire
Quand Foreign Diplomats embarque sur un stage, ça déménage pas rien qu’un peu. Où vont-ils puiser cette énergie débordante? «Je suis quand même quelqu’un de smooth dans la vie. Je pense que le fait d’arriver sur scène pis de pouvoir juste tout lâcher qu’est-ce qui peut me faire chier dans la vie ou whatever, de ne juste pas penser à qu’est-ce que tu as à faire demain. Tu t’es pogné avec ta blonde ou il faut que tu déménages la semaine prochaine, t’as pas payé ton Hydro la semaine passée… Pendant que tu joues, tu ne penses pas à ça pantoute, t’es juste vraiment ailleurs», explique Thomas.

Foreign Diplomats

Êtes-vous stressés de vous produire devant les gens de l’industrie ce soir ? «Oui, quand même. Mais on fait beaucoup de showcases, on sait c’est quoi. Faire un show de 20 minutes, ce n’est pas facile. Nos shows, c’est un build-up. À la fin, on se dit plus t’es mouillé, plus tu t’es fait mal, plus t’as eu du fun. On n’a pas beaucoup de temps pour se faire du mal (rires)», plaisante Élie. «On a joué avec notre setlist jusqu’à ce matin. Il y a un petit stress, un peu plus, parce que les gens viennent nous juger. On s’en vient se faire reluquer un peu.»

Shows, répétitions, entrevues, déplacements : les gars ont un horaire relativement chargé. Sont-ils toujours disciplinés? «Oui. On est à un niveau où est-ce qu’on veut vraiment faire ça tous les cinq, également. Ça nous tente tous autant, donc on veut tous mettre le même effort», assure Élie. «Ça fait longtemps qu’on veut faire ça, pis ça fait longtemps qu’on le sait», enchaîne Thomas.

Les diplomates à l’étranger

En octobre dernier, les garçons ont présenté leur spectacle dans deux villes françaises : Nantes et Paris. «C’était malade!», résume Élie. «A1!», ajoute Thomas. Leur musique a reçu un accueil inespéré. «Avant de partir, j’étais comme hey les gars, ça se peut qu’on joue devant huit personnes à ces shows-là. Mais on s’en fout, on est en France!», se rappelle Élie. Toutefois, lors d’un festival à Nantes, c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. «C’était comme 1500 personnes, c’était complètement fou. Ça a vraiment cliqué, on a fait une grosse prestation. Charles est descendu dans la foule avec la cloche à vache, on s’est pitché à terre!», raconte-t-il en revivant l’excitation du moment. À Paris, le petit club dans lequel ils se produisaient était rempli. «On a été vraiment surpris de ces prestations-là parce qu’on a eu des répercussions par après, des gens qui ont vraiment aimé ça, puis qui nous ont écrit…on ne s’y attendait tellement pas», souligne Thomas.

En terminant, qu’est-ce qu’on leur souhaite pour 2016? «Des shows!», me répondent-ils en chœur. Ils feront d’ailleurs quelques spectacles avec l’australien Hein Cooper, un autre talent brut que je vous suggère de découvrir. Gens de Québec, ça se passe le 30 mars prochain à l’Anti! «On est vraiment des bons amis avec Hein Cooper. Ça va juste être le fun de partager la scène avec lui. Il est vraiment beau en plus», lance Thomas. «On va jouer des tounes avec lui et il va sûrement venir jouer avec nous. Ça va être un show long, on fait le temps qu’on veut. Nous on va avoir du fun, ça va être facilement partageable», indique Élie.

Pour vivre l’expérience Foreign Diplomats, rien de mieux que de se déplacer pour les voir sur scène. Les dates de tournée sont disponibles via leur page Facebook. Et pour danser dans votre salon, Princess Flash est la trame sonore idéale.

Photos : Marion Desjardins/ Llamaryon

[Bourse RIDEAU] 5 à 7 Scène 1425, Palais Montcalm, 17 février

C’est sous un soleil de plomb, beaucoup plus agréable que le verglas de la veille, que je me suis dirigée vers le Palais Montcalm pour assister au légendaire 5 à 7 de la Bourse Rideau, organisé par Scène 1425, la SOCAN et Lepointdevente.com. J’étais très heureuse de retrouver, pour une deuxième année consécutive, une salle D’Youville bondée, où l’ambiance conviviale régnait et la saperlipopette de bonne musique pullulait.

Misc

La soirée a commencé toute en finesse avec les compositions instrumentales de Misc (anciennement Trio Jérôme Beaulieu). Sacrés Révélation Jazz Radio-Canada 2013-2014, Jérôme Beaulieu (piano), William Côté (batterie) et Philippe Leduc (contrebasse), lanceront un album le 18 mars prochain sous l’étiquette Bonsound. Présentées avec fougue, tout en dégageant une certaine sobriété, les pièces La Fin et Les Années Molles, ont donné à l’assistance un avant-goût fort convainquant de l’opus à venir.

 

Charlotte Cardin

Charlotte Cardin

Vint ensuite le temps pour Charlotte Cardin (et ses deux acolytes) de monter sur les planches pour présenter son matériel devant les gens de l’industrie. L’auteure-compositrice-interprète, découverte par le grand public à l’émission télévisée La Voix, a livré quelques compositions au clavier, avec aplomb et sincérité. Dès les premières notes de Big Boy, on prend conscience de la vieille âme que cette artiste possède et du son mature, imprégné de soul, qui émane de son projet. Charlotte a ensuite interprété deux nouvelles chansons émotivement chargées, en anglais, qui pourraient bien se retrouver sur son premier album à paraître à l’automne 2016. Celle qui sera en spectacle au festival Osheaga cet été, a terminé sa prestation avec Faufiles, une délicate pièce dépouillée, en français cette fois, où sa chavirante fragilité de jeune interprète se révèle davantage. «Tu te faufiles, entre mes lignes», nous soufflait-elle doucement. Coup de cœur pour Charlotte, sur toute la ligne.

 

Jesse Mac Cormack

Jesse Mac Cormack

Dans un tout autre registre musical, Jesse Mac Cormack est venu jouer son folk-rock-électro en compagnie de ses trois musiciens. Celui qui a signé la réalisation des albums de Rosie Valland, Emilie & Ogden et, plus récemment, du prochain Betty Bonifassi, a donné une performance introspective, timide mais sentie, où il a interprété quelques pièces de son second EP Crush, notamment Too Far Into. Je crois aussi avoir entendu son nouveau single After The Glow. Bien que certaines conversations de la foule s’immisçaient à travers ses pièces ponctuées de silences, Mac Cormack a quand même réussi à garder plusieurs oreilles captivées grâce à son identité musicale forte et distinctive. Un grand talent synonyme d’intégrité qui, sur scène, laisse sa musique prendre toute la place.

 

Safia NolinSafia Nolin

L’enfant chérie de Québec, l’attachante Safia Nolin, semblait très attendue des spectateurs présents. Avec son foulard sur la tête et le guitariste Joseph Marchand à ses côtés, l’artiste a chanté tour à tour quatre chansons de son bijou d’album, Limoilou. Paradoxalement, Safia a entonné sa magnifique chanson La laideur, puis a poursuivi avec la touchante pièce Technicolor. Faisant preuve d’humour comme à son habitude, la jeune femme a pris le temps de raconter son spectacle à Rideau l’an dernier, tout en accordant sa guitare. «On était au Petit-Champlain, c’était la première fois que Joseph et moi on jouait ensemble pis c’était même pas bon! On était assis, c’était la première fois que je mettais mon chandail de Britney Spears», a-t-elle lancé en riant de bon cœur avec son complice. Après avoir interprété Si seulement, l’auteure-compositrice-interprète annonce qu’elle nous quitte avec la renversante Noël Partout, avant de lâcher candidement : «Nos guitares sont pas tunées. Ok…byebye tout le monde». Simple, vraie et ô combien talentueuse.

 

Matt HolubowskiMatt Holubowski

C’est à Matt Holubowski que revenait la tâche de clore ce 5 à 7 de feu. J’ai dû quitter hâtivement pour me rendre à mon entrevue avec Foreign Diplomats. J’ai donc raté la majeure partie de sa performance, mais, par curiosité, j’ai tout de même écouté quelques minutes. Bien entouré d’un batteur, d’un bassiste et d’un guitariste, en l’occurrence André Papanicolaou, l’ex-finaliste de La Voix est arrivé sur scène, harmonica au cou et guitare à la main, pour livrer une charmante composition en anglais. J’étais bien contente de retrouver cette voix chaleureuse qui me rappelle celle de Passenger par moments. C’est assurément partie remise pour assister à un concert complet!

Photos : Marion Desjardins/ Llamaryon

 

[Bourse RIDEAU] KROY + Mouse On The Keys, Le Cercle, 16 février

Ce jour-là, Dame Nature avait décidé qu’on allait payer pour l’hiver clément qu’on avait eu jusqu’à présent. Mais, pas question de manquer ma première soirée à la Bourse Rideau! J’ai connu cet évènement l’année dernière, alors que j’en assurais la couverture pour un autre média, et le concept m’avait véritablement charmée.

Les artistes présentent des extraits de leur spectacle afin d’inciter les gens de l’industrie à les inclure dans leurs programmations. C’est l’endroit idéal pour faire des découvertes artistiques et rencontrer des gens passionnés de culture. Il y a une frénésie dans l’air quand Rideau débarque à Québec, c’est palpable.

Après avoir vaincu le cocktail météo, Marion et moi sommes finalement arrivées saines et sauves au Cercle pour les vitrines de KROY et Mouse On The Keys. À la seconde où je suis entrée dans la salle de spectacle, les premières notes de clavier séduisaient déjà mes tympans.

 

KROY

KROY

Projet solo de Camille Poliquin (moitié du duo Milk & Bone), KROY livre une proposition musicale électro-pop, ancrée dans la mélancolie. Accompagnée de Guillaume Guilbault aux claviers et de Maxime Gosselin aux percussions, Camille a ouvert la soirée avec l’entraînante pièce River, tirée de son EP Birthday.

Après s’être brièvement adressée à la foule clairsemée, mais attentive du Cercle, l’artiste a enchaîné avec Bones, composition à la fois envoûtante et torturée qui se retrouvera sur son premier album complet. «Je viens de signer avec Dare To Care Records, ce qui veut dire que je sors un album à l’automne prochain, ce que j’ai très hâte de faire», a lancé Camille, visiblement enthousiaste à l’idée de franchir cette étape marquante dans sa carrière.

Nous avons ensuite eu droit à une version revisitée de Birthday, pièce-titre du EP de KROY. Des effets sonores, rappelant le bruit clair de gouttes d’eau qui tombent, et une finale quasi psychédélique, où les couches sonores s’empilent, donnaient un nouveau souffle mélodique à la chanson.

J’avais déjà vu KROY sur scène en octobre dernier, lorsqu’elle assurait la première partie de Cœur de Pirate à l’Impérial. À ce moment, un seul musicien était à ses côtés et les mélodies étaient plutôt minimalistes et rêveuses. Bien que le côté aérien demeure, j’ai entendu un son beaucoup plus percutant et des arrangements davantage étoffés au Cercle. Les compositions ont évolué musicalement pour gagner en richesse et en maturité. C’était déjà beau. C’est maintenant d’une beauté poignante.

Sur le plan vocal, c’était impeccable : tout en nuances et d’une rare puissance pour une voix cristalline. L’auteure-compositrice-interprète atteint des notes vertigineuses avec une aisance impressionnante et ose quelques acrobaties vocales qui font frissonner. Malgré une performance scénique somme toute statique (Camille et ses musiciens demeurent derrière leurs instruments), KROY a réussi à garder l’attention des spectateurs du début à la fin. Monstrosity, une autre chanson qui se retrouve sur le EP, est venu clore en délicatesse cette (trop) courte prestation.

 

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Mouse On The Keys

Ayant seulement écouté la première pièce du concert de 40 minutes, complètement à l’arrière de la salle en raison de mon entrevue avec KROY, je ne peux pas vous livrer un véritable compte-rendu de l’expérience musicale. Mais, je peux quand même vous en glisser quelques mots!

Le trio japonais, formé d’Akira Kawasaki (batterie), Atsushi Kiyota (piano, claviers) et Daisuke Niitome (piano, claviers), s’est installé sur scène dans l’obscurité presque totale avant d’ouvrir avec la composition Spectres de Mouse, tirée de leur premier album complet An Anxious Object. Ils sont demeurés dans le noir comme pour laisser toute la lumière sur la musique (chapeau à Marion qui a réussi à prendre de belles photos quand même). Des projections s’apparentant tantôt à des messages d’erreur indéchiffrables, tantôt à une pluie d’étincelles où la bichromie noire et blanche dominait, tapissaient les écrans du Cercle.

Du sous-sol, où je me trouvais pour la majorité du spectacle, la prestation m’a paru comme une seule et même chanson, certes avec des variations, mais sans véritable coupure. Même si je ne suis pas adepte de musique instrumentale, j’ai quand même perçu un immense talent et une complexité musicale dans l’œuvre de ces artistes.

Il s’agissait d’une deuxième présence au Cercle en quelques jours pour Mouse On The Keys. D’ailleurs, notre collaborateur Simon Provencher était sur place à leur première venue. Vous pouvez consulter son compte-rendu (beaucoup plus complet que le mien) juste ici.

Photos : Marion Desjardins/ Llamaryon

[ENTREVUE] KROY

Camille Poliquin n’a définitivement pas chômé ces dernières années. Plus d’une décennie après avoir été choisie pour interpréter le rôle de Zoé dans la production Quidam du Cirque du Soleil, l’artiste dans la jeune vingtaine multiplie les expériences musicales. En plus d’avoir collaboré aux projets de Jason Bajada, David Giguère et Elliot Maginot à titre de choriste et de mener de front, avec sa complice Laurence Lafond-Beaulne, le duo Milk & Bone, Camille prépare actuellement son premier album solo sous le nom de KROY. Une musique directement extraite de son âme.

Quelques minutes après sa sortie de scène, à l’occasion d’une vitrine à la 29e Bourse Rideau, Camille s’est assise avec moi pour jaser de musique, de son amour infini pour le noir et de ses moments plus sombres. Hyper généreuse, elle a levé le voile sur quelques détails entourant la création du premier opus complet de KROY. Une rencontre sans filtre, ponctuée de fous rires, où on parle de choses qui font pleurer.

KROYBien installées dans le fauteuil rouge du sous-sol du Cercle, on parle d’abord de façon informelle. Je lui laisse quelques instants pour décompresser. Décontractée, souriante et visiblement satisfaite de son expérience à Rideau, elle souligne l’excellente qualité du son dans la salle. Sur scène, elle est entourée des musiciens Guillaume Guilbault et Maxime Gosselin. «Mon premier spectacle que j’ai fait à vie avec ces gars-là, c’était il y a plus d’un an je pense, au cabaret du Lion d’Or. C’était des versions toutes nues de ces chansons-là», se remémore-t-elle. Malgré les conditions routières exécrables, elle doit retourner à Montréal tout de suite après notre entretien, car Laurence et elle s’envolent vers New York pour faire la promotion de la tournée de Milk & Bone aux États-Unis. «J’aimerais tellement ça rester! J’ai croisé plein d’amis, mais j’ai un vol demain à huit heures du matin. I have to go», mentionne-t-elle avec un peu de déception dans la voix.

La genèse

D’emblée, je la questionne sur la naissance de KROY. «C’est l’aboutissement de ce que j’écris depuis un peu toujours. C’est mon projet super personnel», explique-t-elle. Camille affirme toutefois avoir nommé son projet en 2012. «Je m’en rappelle parce que ma page Facebook me le dit (rires).» Pourquoi ce mystérieux pseudonyme? L’auteure-compositrice-interprète raconte qu’il résulte de plusieurs essais, sans véritable signification particulière. «Il vient de nulle part. J’aimais beaucoup les mots à quatre lettres. Je suis restée avec KROY parce que je trouvais que c’était le plus gender neutral. Quand tu vois le nom, tu ne sais pas trop ça va être quoi. Je le trouvais aussi assez agressif dans sa nature avec le ‘’KR’’. J’aimais ça, ça. Il y a plein d’évocations auxquelles j’ai pensé par la suite : que ça ressemble à crow comme une corneille, ça ressemble un peu à cry, mais pas trop.»

KROYCamille me parle ensuite du son de KROY, qu’elle qualifie de «synth-pop un peu dark». Cette identité musicale, elle l’a forgée en travaillant avec son ami montréalais Marc Bell sur son EP Birthday, paru à l’été 2014. Pour l’album en chantier, on peut s’attendre à une évolution sans dénaturation des sonorités. «Il y a encore beaucoup de synths, mais vraiment plus analogues, plus organiques. Il y a un peu de Vampire Weekend, Youth Lagoon, Portishead. […] Un peu de Beach House dans la sonorité des synthétiseurs. Des choses que j’écoute beaucoup et je pense qu’elles ont un peu transparu là-dedans, tout en évoquant l’esprit du premier EP. Je pense que le son a pas mal maturé», confie-t-elle. River et Monstrosity, deux chansons que l’on retrouve sur le EP, seront d’ailleurs revisitées sur cet opus.

Le premier bébé

L’album sortira quelque part à l’automne 2016. Quelques jours après notre entrevue, Camille retournait en studio pour peaufiner le tout et enregistrer les voix finales. «Toutes les chansons ont une structure de faite déjà. Il y a des chansons qu’on a retravaillées le mois dernier, mais, pour la majorité, on a arrêté le chantier il y a peut-être cinq mois. On a eu l’opportunité de les écouter et moi de savoir ce qui me gosse (rires).»

Initialement prévue plus tôt, la sortie de l’opus a été repoussée en raison de la signature de KROY avec la maison de disques Dare To Care Records et les horaires chargés de la musicienne et de ses gars de studio. «Ça a pris plus de temps qu’on pensait. Mais, je suis super contente parce que ça me donne l’opportunité de prendre un step back et de réaliser que je l’aime encore l’album, encore plus maintenant qu’avant. Je suis vraiment contente du fait que ça vieillisse bien pour moi et j’ai l’impression que ça va peut-être le faire aussi pour les gens.»

KROYLes sentiments tristes ont, encore une fois, inspiré l’auteure-compositrice-interprète à créer. Lequel domine sur l’album? «La douleur, la haine (rires)! Non, ce n’est pas vrai. C’est en majorité une étape de ma vie qui a duré pendant des années et cet album-là a résulté un peu de ça. Il y a peut-être quelques chansons qui sont ailleurs. Je ne pourrais pas te donner un sentiment qui domine, c’est plein d’affaires. Je pense que c’est tout ça qui fait qu’on est tellement mélangé qu’on a besoin d’essayer d’en dire quelque chose, qu’il résulte quelque chose de ce genre de pêle-mêle d’émotions (silence). Genre, une relation si je peux dire…»

Ses lignes favorites sur l’album? «On dirait que c’est une question que j’ai rêvé qu’on me pose! Mais, c’est bizarre venant de moi. J’aurais envie que quelqu’un me dise : ma phrase préférée de toi, c’est ça», pense-t-elle tout haut. Après une longue période de réflexion, elle tranche : «Une phrase que j’aime beaucoup, ça dit : Where there were ink on my fingers, now there’s blood on my hands.» On pourra entendre ces paroles, laissant libre cours à l’interprétation, à l’écoute de la chanson Bones.

Le paradoxe

En discutant avec Camille, je me rends vite compte du contraste qui existe entre les textes qu’elle livre sur scène et ce qu’elle dégage en personne. La mélancolie de sa poésie semble cohabiter harmonieusement avec sa personnalité lumineuse et son rire contagieux. J’aborde la question : est-ce que c’est par la musique que tu canalises tes parts d’ombre? «La réponse est oui! Je pense qu’avec les gens, je peux être quelqu’un de très enjoué, de bonne humeur. Je pense que dans la vie, j’ai ça comme énergie. Mais, je n’ai jamais écrit une toune contente (rires). Même si ça sonne un peu plus joyeux dans la mélodie, il reste que, si on lit le message qui est en arrière, il y a soit une déception, soit quelque chose qui est dit un petit peu dans l’ironie. C’était la balance que j’avais besoin dans ma vie je pense, d’avoir ce projet-là sur le côté et de savoir qu’il y a ça qui me permet de vivre ce côté sombre de moi.»

KROYLorsque je demande à Camille qu’est-ce que KROY lui apporte que ses autres projets musicaux ne peuvent combler, je saisis que ses compositions sont à son âme, ce que l’air est à ses poumons. «Ce projet-là, c’est vraiment mon core. Peut importe ce qui se passe dans ma vie, s’il y avait quelque chose qui avait à rester, ça aurait pas le choix d’être ça. Le fait d’écrire et de créer ces chansons-là et de faire un son qui me ressemble tellement et qui me procure autant de satisfaction, c’est quelque chose qui, pour moi, est essentiel. C’est pas un choix, c’est des chansons que j’ai besoin d’écrire», exprime l’artiste avec sincérité. «De me permettre de les faire devant les gens, de les montrer aux gens, ça c’est tellement un plus exceptionnel», ajoute-t-elle les yeux brillants.

L’inspiration

Ce qui me fascine le plus dans la musique, c’est la rapidité avec laquelle les artistes composent une chanson. «Souvent, je l’écris en trois minutes et demie», lance Camille. Alors que je n’en reviens tout simplement pas, elle m’explique son processus d’écriture. «J’arrive au piano, il y a quelque chose qui roule dans ma tête et il faut que je m’installe. Ça prend deux minutes pour que je me place dans la tonalité, puis ça arrive. Sinon, j’ai souvent besoin d’écrire des phrases dans mon cell. Je les relis, puis peu à peu, il y a comme une mélodie qui s’installe en les lisant. Je peux partir de cette phrase-là pour écrire le reste de la chanson, une fois que j’ai un univers de setté

Les influences de la musicienne sont variées. «J’écoute beaucoup, beaucoup de musique classique. J’écoute énormément de Mozart, de Chet Baker. Tout ça vient un peu changer la manière dont je fonctionne. Toutes mes playlists que j’écoute sur Spotify ou Songza, ça vient jouer dans comment je crée et le son. Même si c’est Drake ou Sorry de Justin Bieber, je pense que ça influence ce que j’aime après quand je vais en studio», soutient Camille.

Le visuel

Il n’y a pas que la musique qui distingue KROY. Le visuel très léché, qui gravite autour du projet, complémente l’expérience auditive. «J’essaie de faire transparaître, dans mon esthétique, quelque chose de très architecturé, tout en restant super minimaliste, mais toujours réfléchi. It looks effortless, mais ce l’est vraiment pas. C’est calculé, mais autant que possible, on le sent pas», précise-t-elle. Ses inspirations? «J’adore l’architecture, big time. Toute la journée, je suis sur des blogues, des Instagram ou des sites web d’architecture, de design. J’aime beaucoup les éditoriaux qui ont une ligne directrice très épurée, très claire. Ça me fait vivre des émotions vraiment intenses (rires).»

À l’image du côté sombre de sa musique, la couleur de prédilection de l’artiste est le noir. Depuis plus d’un an, Camille ne porte que des vêtements noirs. Lorsque je lui parle de cet exploit, elle me raconte une anecdote savoureuse. «Après un an, j’ai essayé de porter un top rayé. Je n’ai pas été capable de sortir de la maison. Je l’ai enlevé et j’ai remis un chandail noir. Pour vrai, j’aime tellement ça et je m’ennuie zéro de la couleur.» Compte-t-elle exploiter la couleur à nouveau? «Pour l’instant, je ne suis pas prête! Peut-être dans une dizaine d’années!», répond-elle spontanément.

Personnellement, je suis curieuse de voir les vidéoclips qui mettront en images les compositions de KROY. Un d’entre eux, réalisé par les génies de chez Roméo & Fils, a été tourné au Nevada dans un désert de sel et dans Death Valley. «On était basé à Vegas dans un hôtel des plus crades qui se fait sur la Terre. Une grande expérience, j’ai vécu beaucoup de choses», raconte Camille en rigolant. «J’ai eu la chance de tourner avec une équipe incroyable, c’était vraiment super. J’ai tellement hâte que ce clip-là sorte!» C’est pour bientôt? «Idéalement, il est presque fini.»

En attendant la sortie de l’album de KROY, prévue à l’automne prochain, vous pouvez découvrir et vous procurer le EP Birthday via son Bandcamp. Et si, comme les miennes, vos oreilles tombent en amour avec ses pièces, je vous conseille de la suivre sur sa page Facebook pour connaître les éventuelles dates de tournée.

Camille sera également de retour au Cercle avec Milk & Bone le 22 avril prochain en supplémentaire. Elle avait d’ailleurs ce message pour vous : «On a tellement eu de fun la dernière fois. Revenez, amenez vos amis. On va avoir du fun, encore plus que la dernière fois!»

J’y serai, et vous? Pour patienter, on écoute leur sublime petite dernière Poison.

 

 

[Bourse RIDEAU] Emilie & Ogden + Basia Bulat + Foreign Diplomats, Le Cercle, 17 février

C’était presque la nuit. Il était dépassé 22h30 quand je suis arrivée au Cercle pour m’installer aux premières loges du triple plateau de haut calibre présenté par Scène 1425. J’ai oublié ma fatigue à l’entrée. C’était mon dernier arrêt à Rideau cette année, j’allais dormir plus tard. Après tout, ce n’est pas tous les jours que Safia Nolin et Fred Savard fréquentent le même party.

Emilie & Ogden

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Emilie & Ogden

Une petite volière, à l’intérieur de laquelle une lumineuse ampoule était suspendue, se trouvait devant l’imposante harpe Ogden. Emilie Kahn s’est installée derrière son instrument, puis a fait courir ses doigts entre les cordes avec une impressionnante agilité et la grâce d’un cygne. On a aussitôt reconnu la mélodie ensorcelante de la pièce-titre de son album 10 000.

Le Cercle fut immédiatement plongé dans une ambiance nocturne, magnifiée par les fioritures vocales d’Emilie. Se sont ensuite succédées, comme un rêve éveillé, les compositions Long Gone, Blame, What happened et White Lies. Les dernières notes de la harpiste résonnaient dans le silence pour nous bercer. Après une timide salutation, elle s’est éclipsée et on est revenu à la réalité.

Basia Bulat

Basia Bulat
Basia Bulat

Après avoir rêvé avec Emilie & Ogden, un magnifique contraste est survenu alors que Basia Bulat a fait renaître le jour sur scène avec sa folk-pop ensoleillée. Venue présenter son quatrième opus Good Advice, sorti quelques jours auparavant, elle est apparue toute minuscule avec sa robe, scintillante et colorée, aux formes géométriques éclectiques. Le nouvel album de Basia tournait en boucle chez moi depuis sa parution et j’avais plus que hâte de le voir prendre vie sur scène. Entourée de son armée de quatre musiciens (claviériste, batteur, bassiste et multi-instrumentiste), elle a commencé à gratter sa guitare électrique sur l’accrocheuse Fool. Le parterre était déjà conquis.

Avec un accent des plus mignons, Basia s’est adressée à la foule dans un français quasi impeccable. «Ça fait quatre ou cinq fois qu’on vient ici au Cercle. Je m’excuse pour mon français. J’ai déménagé à Montréal il y a un an et demi, donc il faut que je pratique plus. Merci à l’avance pour votre patience avec votre nouvelle québécoise. Ce soir, on va jouer toutes des chansons nouvelles…euh nouveaux ?», s’est questionnée avec humour l’attachante artiste.

Basia Bulat est ensuite descendue de scène pour chanter Let Me In dans le public (j’ai même eu le privilège de partager quelques mouvements de danse avec elle). C’est à ce moment que j’ai réalisé que cet album était bien différent de ses précédents en spectacle. L’auteure-compositrice-interprète est beaucoup plus dynamique et se permet d’aller plus loin sur le plan scénique.

Lorsqu’elle est remontée sur les planches, elle s’est mise à jouer du clavier, puis s’est emparée de sa tambourine en sautillant vigoureusement dans tous les sens. Sa voix, légèrement éraillée, conservait toutefois une justesse irréprochable. L’artiste nous a invités à se rapprocher de la scène pour se laisser aller sur la dansante La La Lie, puis a ralenti la cadence avec la pièce maîtresse Good Advice. Pour clore sa prestation, Basia a interprété une de mes pièces préférées sur l’album, Infamous. «Merci, à la prochaine!», a-t-elle lancé le sourire aux lèvres. On se croise les doigts très fort pour un retour imminent de Basia à Québec!

Foreign Diplomats

Foreign Diplomats
Foreign Diplomats

À la suite d’une entrevue tripante avec eux en début de soirée, j’avais vraiment hâte de voir pour une énième fois le spectacle du jeune quintette composé d’Élie Raymond (guitare, voix), Antoine Lévesque-Roy (basse), Thomas Bruneau-Faubert (trombone, synthés), Charles Primeau (guitare) et Emmanuel Vallières (batterie). Ils ont ouvert en grand avec la pièce You Decide, tirée de leur EP homonyme. Chaque fois, je suis soufflée par leur énergie et leur dépassement sur scène. Avec eux, c’était garanti que la fin de soirée allait lever, même si tout le monde était cerné!

«Ça a l’air que le party, ça fait longtemps que ça dure ici à Rideau. On est vraiment contents d’être ici, vous n’avez pas fini avec nous! Plus tard en soirée, Antoine, notre bassiste, va se mettre tout nu juste pour vous. La prochaine chanson parle justement de ça», a plaisanté Élie, avant de s’attaquer à Lily’s Nice Shoes!, une composition de leur excellent premier album Princess Flash.

Le Cercle est ensuite devenu le théâtre musical d’une longue pièce aux sonorités lyriques, Drunk Old Paul (And His Wild Things), également issue de leur opus. Mais, ce n’était qu’une apparence d’accalmie avant la tempête. En effet, le groupe a invité Emilie Kahn à se joindre à eux pour la dernière chanson de la soirée, Queen + King, qui a terminé ce circuit de nuit sur une note plus que festive. Les musiciens et la musicienne se donnaient à fond sur scène en hurlant «The king is dead!» à s’en vider les poumons. Un moment mémorable frôlant l’apogée musicale.

*Mention spéciale à Thomas pour ses «stépettes» hors de ce monde et sa capacité à ne pas se fouler une cheville et/ou se déboîter une épaule. Tu as tout mon respect.

 

 

 

[Bourse RIDEAU] Le Phoque OFF au Pantoum – 14 février

La Bourse RIDEAU a commencé en force cette année : deuxième édition du Phoque OFF le soir de l’amour. Pour ceux qui ne connaissent pas l’évènement, c’est un gros party qui se déroule au Pantoum, présenté par Sexy Sloth et Kapuano Records. Il y a bien sûr des prestations musicales, mais aussi d’arts multidisciplinaires. Un petit bonus en prime: des pantoufles à l’effigie de la soirée sont remises aux participants. L’an dernier on avait pu y voir Caravane, Sandveiss et Les Marinellis. Cette année : UUBBUURRUU, Prieur&Landry et Adam Strangler nous attendent.

Puisque je suis arrivée un peu avant l’heure (j’avais hâte il faut croire), j’en ai profité pour aller voir l’œuvre de la chorégraphe Priscilla Guy dans le sous-sol du Pantoum. La mini salle est tout en blanc: coton-tige, lunette de soleil, napperon de dentelle et une petite télévision. C’est dans cette dernière que se passe toute l’action. Catherine Lavoie-Marcus et Priscilla Guy, les interprètes, s’échangent des dialogues en mouvements sur fond blanc.

UUBBUURRUU

Un léger grondement se fait entendre, on est maintenant prêt pour le rock psychédélique d’UUBBUURRUU ! J’avais très hâte à cette soirée pour finalement voir le groupe. À noter que j’avais dans la tête la pièce Cosmic Cannibalism depuis déjà une semaine, véritable excellent ver d’oreille !  Tania B. Lacasse s’occupait des projections, c’était un match parfait comme qui dirait. La soirée aurait pu se terminer là que j’aurais été heureuse: le rock en plein dans la face, parfait tout comme les gars sur scène qui suent pour la cause.

Je profite de l’entracte pour aller voir ce qui se passait au 2e étage. Des cadres, de la tulle et une boite de carton font office de décors. Une marionnette en bois sera le personnage principal de cette courte pièce en son et image inspirée de la mythologie féminine. Non sans mentionner aussi, les jeux d’ombres qui faisaient partie intégrale de ce petit 10 minutes efficace, offert par Sabrina Baran, marionnettiste et sa comparse. C’était sans doute une belle mise en bouche sur cet art.

Prieur&Landry

Je remonte à l’étage, Louis-Karl Picard-Sioui est en pleine performance que j’ai pas mal manqué. Il laisse la place à ce qu’on pourrait appeler nos petits préférés : le duo Prieur&Landry. Dès les premières notes, je ressens un petit velours réconfortant qui me met encore plus dedans. Si en début de soirée j’étais un peu fatiguée de ma fin de semaine, après la première pièce, j’étais prête pour un marathon. Je pourrais gager qu’encore une fois Prieur&Landry a su faire tourner quelques têtes inattentives, qui étaient surprises par toute cette ampleur de décibels, produits par seulement deux gars !

Adam Strangler

Pour terminer cette soirée digne du mot « parfait », Adam Strangler venait y faire son lancement d’album. Ce dernier que j’ai écouté toute la semaine et que j’ai vraiment adoré. J’ai cependant eu un petit doute pendant le spectacle: est-ce vraiment le même band que j’ai entendu dans mon chez moi ? La critique n’est pas négative, c’est seulement que je m’attendais à quelque chose qui bougeait plus et qui aurait certainement bien terminé cette soirée en action. Ça a plutôt eu comme effet de créer un baume relaxant sur l’assistance, ce qui n’est pas mal non plus. Petit clin d’œil à la pièce Astronomy, qui est une de mes favorites et fut aussi magique en version live. Bref, c’était vraiment excellent ! Je serai sans doute présente lors de leur retour dans la ville afin de mieux apprécier leur côté plus ambiant.

Le Phoque OFF conserve donc son gage de qualité et de party à ne pas manquer. J’en profite pour mentionner la présence de Pascal et Alex (Les Indiens), qui étaient là pour assurer l’ambiance musicale entre les groupes et en fin de soirée. Défi relevé par toute l’équipe, j’ai déjà hâte à l’an prochain !

 

Photos : Marion Desjardins/ Llamaryon