Retour en arrière : Pink Floyd « The Wall »

Pink Floyd
The Wall
(Columbia)
30 novembre 1979

Comme le méga-spectacle de Roger Waters sur les Plaines d’Abraham approche très rapidement, pourquoi ne pas effectuer un petit retour en arrière et écouter l’album sur lequel ce spectacle est fondé? Avec le recul, est-ce que cet album est aussi bon qu’on l’a prétendu à l’époque? Mon opinion…

Pas facile d’écouter un album qu’on connaît par coeur comme s’il s’agissait d’une nouveauté. Surtout lorsqu’il s’agit d’un album qui a aussi fortement marqué notre adolescence. The Wall existait déjà depuis sept ou huit ans la première fois que j’ai entendu l’album. C’était déjà un classique d’un groupe mythique en plein mélodrame devant les tribunaux et la période The Wall était passablement responsable de tout ce fouillis.

The Wall est le onzième album studio de Pink Floyd. On connaît tous ce qui a mené à sa création, surtout au Québec. Pendant le dernier concert de la tournée In the Flesh, qui avait lieu au Stade olympique de Montréal, Roger Waters, le bassiste (et principal auteur-compositeur du groupe) a craché au visage d’un fan trop turbulent. L’expérience a été assez traumatisante pour Waters lui-même, qui a voulu ensuite jouer caché derrière un mur.

Le mur en question n’est pas que physique pendant les spectacles, il est aussi symbole d’abandon et d’isolement, ce qui a inspiré The Wall à Waters, qui a créé Pink, un personnage semi-autobiographique (comme Waters, Pink a perdu son père à la guerre) également inspiré de Syd Barrett (premier guitariste de Pink Floyd, a quitté le groupe en raison de graves troubles mentaux). Une mère étouffante, des enseignants tyranniques, une épouse infidèle, la drogue, chaque élément devient une brique de plus dans le mur (all in all it was just a brick in the wall…). Je ne vous raconte pas le reste de l’histoire, des fois que…

Pour bien comprendre comment l’album a été conçu, il faut comprendre les contraintes de l’époque (contraintes qui, avec la dématérialisation de la musique, n’existent plus aujourd’hui). En 1979, le disque compact n’existait même pas. Un album double comme The Wall était donc enregistré pour être pressé sur deux disques vinyles (quatre côtés). Les mouvements de The Wall (oui, on peut parler de mouvements) correspondent à chacun de ces côtés, et ils contiennent chacun une introduction et une conclusion (par exemple, le côté 2 commence par Goodbye Blue Sky et se termine par Goodbye Cruel World).

Personnellement, je n’ai jamais trouvé The Wall aussi bon que certains spécialistes le prétendent. C’est un bon disque, mais c’est loin d’être le meilleur de Pink Floyd. Faut dire que Dark Side of the Moon et Wish You Were Here, c’est dur à battre. J’ai toujours préféré le côté plus atmosphérique de Pink Floyd. Je dois l’avouer, je suis un fan de David Gilmour et des ses tendances plus folk-blues. À la fin des années 1970, Roger Waters était de plus en plus un punk dans l’âme. Et moi, punk je n’ai jamais été. J’ai donc eu beaucoup de mal à m’accrocher à The Wall en raison de son côté mélodramatique qui ne laissait plus beaucoup de place à l’imagination. Tout au long de l’album, on a l’impression d’être pris par la main et de se faire dire quoi penser, quelle émotion avoir.

Évidemment, The Wall est un album de Pink Floyd pendant les années 1970, ce qui veut dire que sans être le meilleur album du groupe, ça demeure un méchant bon disque. La batterie de Nick Mason est toujours réglée comme un métronome, les claviers de Richard Wright (qui s’était fait mettre à la porte du groupe pendant l’enregistrement du disque, mais qui a ensuite été embauché comme claviériste de studio) ajoutent beaucoup à l’ambiance des pièces et surtout, David Gilmour y joue de la guitare comme jamais, que ce soit en mode disco avec Another Brick in the Wall ou en mode épique avec Comfortably Numb.

Ah, Comfortably Numb. Probablement la plus belle pièce écrite par le groupe. Une composition de Gilmour qui s’insère parfaitement dans l’univers de Waters. Un petit moment d’extase pour finir le troisième mouvement. Un des plus beaux solos de guitare, qu’il faut absolument entendre live au moins une fois dans sa vie.

Si vous aimez les albums rock qui s’écoutent d’une traite, qui racontent une histoire, The Wall est un excellent choix d’album. Pour les autres, ben… il est un peu comme le mouton du Petit prince… faut être patient pour l’apprivoiser.

Par contre, tout le monde pourra apprécier le spectacle qui nous attend samedi.

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Par Jacques Boivin

Propriétaire, rédacteur en chef, rédacteur, correcteur et photographe.

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