Pierre Kwenders, Le Cercle, 22 septembre 2017

Je dois vous confesser ceci… (Presque) jeune Mauricien, je n’ai jamais eu l’occasion d’aller encore au Cercle de Québec. Je le sais, quand on collabore à ecoutedonc.ca, c’est un crime de lèse-majesté. Il a donc fallu donc un événement spécial pour enfin régler ce problème: un spectacle de Pierre Kwenders.  

La salle de spectacle est construite d’une manière que je trouve plutôt brillante; davantage en largeur pour cadrer aux dimensions de la scène. Ainsi, lorsqu’on se retrouve au centre, on a vraiment l’impression que notre vue est complètement immergée dans la prestation. Concernant le spectacle dont le présent article fait l’objet, cet aspect géométrique change complètement la manière de vivre notre soirée. Ce n’est pas pour rien que l’endroit s’appelle Le Cercle – Lab vivant.   

Après ce moment d’émerveillement, un empereur arrive sur scène… Pas nécessairement celui des Bantous, mais celui qui décide du commencement et de la finalité du temps et de l’espace. En trois ans, le personnage scénique de Kwenders a évolué, et pour le mieux. Autant il y a trois ans il était une bête de scène initiant un gros party, autant, en 2017, quelque chose de magique se produit: Le temps était en effet suspendu et l’espace avait été avalé par un univers musical non seulement original et intéressant, mais par un raz-de-marée de plaisir, de professionnalisme, d’émotions et de jambes incapables de ne pas bouger, même pour les moins déliés d’entre nous.

L’auteur-compositeur-interprète a commencé sa prestation avec la pièce WTFU. En entendant les notes, on est supris par la pureté du son de la guitare de Vincent Duhaime Perreault (qui, paraît-il, accompagne Kwenders que depuis deux semaines, à mon grand étonnement) et de la basse d’Olivier Pépin. J’avais quasiment l’impression d’entendre des notes comme s’ils ne sortaient pas d’une console de son, mais plutôt tout droit sorties des cordes, comme si on était juste en face.  

De son côté, la batterie et les percussions électroniques de Philippe Bilodeau apportent des rythmes enlevants et encore plus entraînants qu’en studio. Notons également les consoles électroniques de Pépin qui rendent possibles des effets renforçant l’ambiance ensorcelante. Par exemple, l’assistance a pu entendre des effets de voix qu’on retrouvent sur le dernier album de Kwenders, Makanda – At the End of Space, the Beggining of Time, comme des échos ou de la superposition.  

L’éclairage, très travaillé, contribue également à rendre la soirée magique. Qu’il soit plutôt tamisé pour créer un effet d’intimité pour Rendez-vous ou cinématographique (l’usage de la fumée et des jeux de lumières sont vraiment loin de donner un résultat «quétaine» ou forcé), cet aspect du spectacle, combiné à la vue en largeur, démontre un souci du détail dont certains vétérans devraient prendre note.  

Les chansons, quant à elles, se retrouvent habillées d’une attention particulière dans leur version en spectacle. L’exemple le plus frappant est la dernière présentée: Woods of Solutide. Si en studio on plane, sur scène, on se promène dans le Sahara avec une version blues désertique évoquant Tinariwen.  

Cette soirée va sans doute s’inscrire dans le top 5 des meilleurs spectacles que j’ai vu ces cinq dernières années…

Pierre Kwenders – « MAKANDA at the End of Space, the Beginning of Time »

Pierre Kwenders
MAKANDA at the End of Space, the Beginning of Time
(Bonsound)

L’auteur-compositeur-interprète arrive avec une deuxième oeuvre discographique complète plutôt déroutante et surprenante. Les gens dont le seul but dans la vie est d’entendre le volume 2 du Dernier empereur bantou (son précédent album) ratent complètement la cible.

Le son électro et dansant du premier long jeu cède le pas à un ensemble très, très dur à expliquer en quelques mots. La seule chose que je peux affirmer, c’est que l’effet Kwenders est encore là. Je vous explique: lorsque vous êtes poursuivi par un psychopathe à la Jason Voorhees (j’espère que ça ne vous arrive pas trop souvent) et que vous criez de toutes vos forces «Au secours!», je vous dit: «il ne faut pas me déranger, j’écoute du Pierre Kwenders.» Voilà pour les explications…

Pour revenir à MAKANDA…, il ne faut surtout pas donner d’étiquette à cette oeuvre, «gugusse» dont le talentueux musicien déteste être affublé. Par exemple, ne lui dites pas qu’il fait de la musique du monde. Ainsi, pour être le plus respectueux possible de l’oeuvre de cet artiste à la notoriété inversement proportionnelle au talent (si au prochain gala de l’ADISQ, il ne reçoit aucune nomination, je hurle ma douleur de vivre au jury), disons que cette oeuvre musicale déchire toute notion d’espace-temps logique, tout en restant cohérente. C’est aussi la rencontre, non seulement entre différentes époques, mais également avec la sensualité, la nostalgie, l’évasion, l’amour, la fête: le tout livré en quatre langues et dialectes, soit le français, l’anglais, le shona et le lingala.

Tout cet univers est rendu possible grâce au travail de Kwenders et du producteur Tendai «Baba» Maraire, du groupe Shabazz Palaces. Un mariage qui aurait pu être très, très étrange. Mais l’effet Kwenders a non seulement le résultat de rendre très égocentrique ses auditeurs et auditrices, mais aussi de permettre n’importe quoi, car ça colle à tout coup. Il faut dire que la production de Maraire laisse des rythmes hip hop très atmosphériques s’imbriquer harmonieusement avec l’électro et la rumba congolaise (style de musique mettant de l’avant des percussions et de la guitare électrique jouée à la fingerstyle) du chanteur.

De cette liaison, naît par exemple Woods of Solitude, qui fait penser aux productions de la compagnie Real World Records durant les années 1990; Rendez-vous, où l’amour à Paris se vit à la sauce Papa Wemba; Tuba Tuba, un coupé-décalé trempé dans de l’électro-rock très entêtant.

Le mariage Kwenders-Maraire en est un à quelques occasions d’ouverture, avec de belles collaborations. Notons celle avec la chanteuse de Seattle Tanyaradzwa. Sur la pièce Zonga, sa voix chaude remplie d’assurance est posée sur des arrangements de violons classiques et de percussions laissant à l’auditeur le désir de voyager dans des contrées champêtres. De son côté, Ishamel Butler, l’autre moitié de Shabazz Palaces, prend l’identité de Palaceer Lazaro pour un trio avec Kwenders et la chanteuse SassyBlack sur Makanda. Ce travail d’équipe offre un résultat aérien et urbain.

L’effet Kwenders réussit en fin de compte à défier la malédiction du deuxième album qui «floppe» dans les abysses de la facilité et de la complaisance auditive. MAKANDA… est une offrande exigeante mais rafraîchissante, qui donne généreusement une claque aux artistes qui se déclarent «authentiques» à défaut d’être créatifs.

[ALBUM] MC Paquin – « Deliver Love (side B) »

Le vendredi 21 avril, l’artiste MC Paquin a sorti Deliver Love (side B), qui fait suite à un autre mini-album au même titre (sous-titré Side A), sorti il y a trois ans.

Quand j’ai su que ma critique d’album était à propos d’une auteure-compositrice montréalaise qui se consacre à du folk et à de l’indie pop, mon cerveau s’est dit : « Ah non, pas encore une wannabe qui veut se prendre pour un mélange des Sœurs Boulay et de Patrick Watson… » Que j’ai été heureux de constater qu’avec MC Paquin, c’était plutôt la capacité de tisser sa propre toile de chansons ! La couverture de catalogne qui en découle ne semble pas du tout être achetée dans un marché au puce qui se met en mode liquidation.

La livraison d’amour qu’offre la chanteuse-musicienne sur ce maxi est loin d’une déclaration de fusion romantique qui s’étend de la Chine à Dublin. Dès la pièce-titre qui ouvre l’album, le sujet de la rupture subie par l’artiste introduit une galette de chansons où la solitude, le désir d’oublier, le besoin d’être consolée et les désillusions se succèdent. Ces sentiments sont toujours chantés avec une voix suave, jamais dans l’agressivité.

Cinq chansons, c’est court. Mais assez pour démontrer que MC Paquin est capable de cohésion tout en livrant une diversité musicale titre après titre. Your Rules, enrichie d’une touche pop baroque, fait penser un peu à la chanteuse américaine Aimee Mann et sa pop-rock rétro. Party’s Over se sert à la sauce country. Dans Unbelievable, on croirait que l’âme de The Papas and The Mamas s’est rendue dans le studio de MC Paquin.

Les amoureux du français et du réchauffement climatique pourront sans doute être heureux avec La fonte des glaces, pièce-clôture du mini-album. Cette pièce « karkwawienne » se glisse tout naturellement avec les quatre autres chansons. Les paroles « J’attends que fonde la glace, du soleil dans l’espace […] que quelqu’un me prenne dans ses bras. » ferment l’album avec un peu d’optimisme, mais avec l’impression que l’amour, ça se livre parfois avec des cicatrices et des défauts de fabrication. Des vices procéduraux donnant naissance à un excellent deuxième tome de Deliver Love.

[ENTREVUE] Klô Pelgag

Le vendredi 31 mars dernier, j’ai eu le privilège d’avoir en entrevue l’auteure-compositrice-interprète Klô Pelgag. Lors de cet entretien téléphonique, prélude à son spectacle qui aura lieu le 12 avril prochain à Trois-Rivières, il a été surtout question de son album L’Étoile thoracique et de sa plus récente tournée. Discussion avec une artiste, porte-parole de Secondaire en spectacle 2016-2017, qui n’obéit qu’à sa soif artistique.

David Ferron: La première question, c’est assez basic. C’est quoi L’Étoile thoracique ?

Klô Pelgag: C’est le titre de mon deuxième album qui est sorti en novembre passé. Et voilà !

DF: En fait, on dirait que j’essaie encore de faire le lien entre le titre et le reste de l’album. Peut-être que j’y réfléchis trop.

KP: Pour moi, L’Étoile thoracique c’est quelque chose que je trouvais [extrêmement] beau. Ça représente le cœur en fait. Le cœur c’est la base de toutes les « tounes ». Dans ce sens-là, il y a un lien très direct avec les chansons pour moi. Voilà !

DF: Dans Les ferrofluides-fleurs, il y un passage qui dit : « J’ai bu tout le sucre de l’érablière. À présent, mes pensées sont plus claires. » J’ai l’impression que la nature réglerait quelque chose, si on se fie au reste de l’album, que les relations humaines malsaines ou compliquées ne peuvent régler. 

KP: Ben oui, je pense que c’est clair. En fait, la nature c’est la chose la plus simple et complexe à la fois. Puis, nous en tant qu’humains, on est influencés par tout ce qui est relié à notre environnement mais qui n’est pas nécessairement relié à la nature. Surtout quand on habite en ville. On est constamment submergés de plein d’informations. On arrive à oublier en fait c’est quoi le silence, c’est quoi réfléchir par soi-même. Puis quand on se retrouve dans la nature ensuite. La nature, c’est quelque chose de très violent, tout en étant stable dans le mouvement et au niveau visuel par exemple […] C’est pour moi une source d’inspiration qui est quand même inépuisable, puis qui devrait l’être je pense, qui l’est probablement pour tout le monde […] Il y a plein de références à la nature dans l’album. Parce que c’est quelque chose de très fort, d’insaisissable.

DF: Parlant de la folie urbaine, il y a, dans la chanson Au musée Grévin, une impression de quelque chose de défouloir, avec les poupées de cire qui fondent par le feu. Est-ce qu’il y a, dans l’album justement, des chansons qui vous ont permis de vous défouler ?

KP: Parfois j’ai envie de faire des « tounes » qui musicalement sont dégueulasses. J’ai envie de faire du noise [branche du heavy metal] des fois. De virer complètement dégeulasse pour me défouler physiquement, intellectuellement; peu importe ce que je fais. [Au musée Grévin], c’est une « toune » qui exprime un sentiment de désillusion et un regard sur tout ce qu’est devenu la société, à quel point on vit en surface. C’est rare en fait que tu vas avoir une discussion qui n’est pas influencée par l’extérieur avec quelqu’un qui a un vrai avis.

DF: Dans le deuxième album, j’ai trouvé que l’orchestration était plus importante que sur le premier. Est-ce qu’avec votre frère, qui s’occupe de cet aspect dans vos albums, vous étiez en accord avec l’évolution de cette orchestration ?

KP: En fait, moi je travaille avec lui et les gens avec qui je veux travailler. Parce qu’ils vont être capables de traduire ce que moi je veux faire. En fait, je trouve que le premier album [L’Alchimie des montres] était plus chargé. Le deuxième album, c’est l’orchestre à cordes. Il y a beaucoup de choses aussi, mais c’est plus de masques qui ont des voix. C’est plus patient que dans l’autre, dans le sens que la musique est plus évoluée : je laisse plus le temps de poser des trucs. Dans [L’Alchimie des montres], j’avais 20 ans, j’étais ben énervée. Je capotais. J’avais juste envie de tout faire en même temps. De crier. La moitié des arrangements c’est moi aussi qui les ai fait. Mon frère est super important dans les deux albums parce que, oui effectivement, il a ce langage plus classique. C’est aussi une personne hyper brillante qui a une sensibilité et une écoute. D’être en accord avec la « toune ». Ça, c’est quand même précieux.

DF: Vous avez plusieurs influences, de Klaus Nomi [chanteur d’opéra allemand qui, sur scène, affichait un maquillage ostentatoire] à Richard Desjardins. De plus, sans doute qu’au fil des années votre doit s’enrichir. Comment fait-on pour qu’au niveau de la créativité, ça ne devienne pas le « bordel » ? Est-ce que le tout s’intègre facilement ?

KP: À partir du moment où tu es intègre et sincère, je pense que tu peux faire des choses merveilleuses, quand tu n’es pas trop influencé par l’extérieur. Je ne suis pas les règlements qu’on s’impose. C’est difficile pour tout le monde de démêler le vrai du faux. Le mot authentique a tellement été dénaturé avec le temps et utilisé à mauvais escient. Finalement, on ne sait même plus ce que ça veut dire. On l’attribue à des trucs qui n’ont pas rapport. Faut juste penser par [soi-même] et tout va bien aller.

DF: Quand on est en tournée, est-ce possible d’être créative, de pouvoir penser à de nouvelles chansons, à de nouveaux arrangements ?

KP: Ça dépend de quel genre de tournée tu fais. Avec le premier album, on a beaucoup tourné en Europe aussi. Je n’avais jamais de moment calme. En même temps, comme inconsciemment, tu emmagasines plein de trucs quand tu voyages. Je pense que quand ton âme éponge, il y a moyen d’être créatif partout et juste d’accumuler plein d’idées.

DF: En février, vous avez fait une tournée en France avec plusieurs dates en quelques jours. Dans l’annonce de la tournée, il y a une annonce de 35 musiciens qui vous accompagne…

KP: En fait [rires] il y a un petit astérisque à côté du 10 juin au FrancoFolies. En bas, le petit astérisque explique l’« Orchestre du Temple thoracique » qu’on fait le 10 juin au Théâtre Maisonneuve. C’est juste à Montréal.

La réalité de la musique au Québec et à plein d’endroits dans le monde, c’est que c’est pas mal impossible de tourner avec 35 musiciens. Nous, on tourne avec six musiciens puis on est souvent huit sur la route avec les techniciens et c’est déjà énorme ! [Le 10 juin prochain] ça va être un show spécial qui a été commandé par les Francos. On va faire l’album intégral [L’Étoile thoracique] avec les arrangements de l’orchestre. Je pense que ça va être le fun !

DF: Je vous ai vue live il y a quelques années. En fait, il semble avoir un univers pas mal différent sur disque. Sur scène, il y a des blagues, de la bonne humeur. Avec la deuxième tournée, est-ce que c’est encore possible de garder le côté le fun sur scène même s’il y a davantage de chansons qui évoquent un univers plus sombre ?

KP: C’est important d’avoir du fun […] Il y a beaucoup d’impro aussi. Une partie que le public apprécie c’est qu’un truc n’est pas pareil, pas identique, qu’il y ait toujours un nouveau spectacle à chaque soir. Il n’y pas de blague qui se répète. Je ne peux pas me changer vraiment non plus. Je ne peux pas changer de personnalité entre chaque album.

DF: Autant vous avez une démarche réfléchie sur l’album, et sur scène, hop, on s’amuse ! Donc, vous avez une personnalité multi-facettes

KP: Tout le monde est complexe…

DF: … Mais c’est le fun !

KP: Ben oui, c’est le fun ! C’est sûr que sur un album, tu travailles là-dessus pendant un an. [Sur disque], il y a quelque chose qui doit marquer que c’est la fin, que la « toune » va être sur l’album. Mais live, on peut emmener plein de variations, on peut s’éclater d’une autre façon et emmener l’impro là-dedans.

DF: Entre les deux tournées, quelles sont les différences ? Par exemple, êtes-vous plus à l’aise, moins nerveuse ? Le fait que vous soyez six sur scène et huit en tournée, par exemple, doit faire en sorte qu’on aborde la scène de manière différente.

KP: Depuis le début on est sept sur la route. Là on est sept aussi. Parfois, il y un éclairagiste.

DF: L’expérience de la route et de la scène aussi doit entrer en ligne de compte.

KP: La première tournée, on a tellement fait de route qu’à un moment donné, j’ai décidé de faire moins de shows… Les gens ne se rendent pas compte mais c’est vraiment intense. Parce que t’es tout le temps sur la route. C’est épuisant et intense. C’est le fun aussi. Mais ce qui a changé, c’est qu’on fait quand même un peu moins de shows. On fait parfois de plus grandes salles. On fait des choix. Puis, on a toujours envie de jouer le soir venu. Il ne faut jamais que ça devienne un travail. Jamais, jamais que ça devienne un travail ! De sentir que je vais comme à la job. Je veux avoir du fun dans la vie. C’est précieux pis faut juste garder cette envie de faire ce qu’on fait.

DF: Je vous remercie beaucoup de nous avoir accordé une entrevue

KP: Un grand merci à toi. Au plaisir !

DF: Bonne tournée et continuez de nous proposer votre univers !

Klô Pelgag sera à Trois-Rivières le mercredi 12 avril prochain, à la Salle Anaïs-Allard-Rousseau.

[SPECTACLE] Duchess Says + Violence + Technical Kidman, La Shop du Trou du diable – Salon Wabasso, 24 février 2017

Vendredi le 24 février dernier avait lieu, à la Shop du Trou du diable – Salon Wabasso – à Shawinigan, un programme triple. Une soirée dans laquelle sons industriels, EDM (electronic dance music), new wave, punk et alternatif ont embrassé la salle d’une atmosphère théâtrale, vaporeuse et étouffante. Donc, on oublie les termes « feutré » ou « chatoyant »…

Technical Kidman  

Technical Kidman – Photo : Adrien Le Toux.

La tâche d’inaugurer ce triple programme revenait à ce trio montréalais. Je dois vous avouer quelque chose, son disque Something Stranger Coming on the Horizon a été une vraie claque dans ma face (merci Poulet Neige pour ce moment délicieux de masochisme!). Inutile de dire que j’étais fortement curieux de découvrir la formation sur scène…

Le groupe, formé de Mathieu Arsenault (voix et arrangements), Pierre-Luc Simon (batterie) et Thomas B. Champagne (claviers et arrangements) ont livré des chansons inédites. Même si Technical Kidman n’a pas la même notoriété que Duchess Says, les spectateurs se montraient attentifs et évitaient de parler comme s’ils étaient dans un café-bistro.

Le groupe s’est montré fidèle à son univers avec les nouvelles compositions. Un univers marqué par des échantillonnages, des voix ralenties et robotiques, des percussions puissantes et des notes électroniques lancinantes. Même le merci d’Arsenault, lancé après la pièce Mercedes, était travaillé pour produire de l’écho. Élément toutefois surprenant, mais qui a été bien intégré : une guitare électrique pour Construction. Une pièce aux effluves trip-hop malgré l’instrument à cordes.

Une belle surprise! Déroutant certes, mais il ne faut pas s’attendre à ce que le trio offre une « doudoune » musicale.

Violence

Violence – Photo : Adrien Le Toux.

Ce groupe, qui succède Technical Kidman, est formé d’Éric Trottier et de Julie Morand-Ferron. Les deux artistes, originaires de la ville hôte, mais ayant déménagé à Montréal, puis à Oxford en Angleterre pour s’installer finalement à Ottawa, ont fait succéder avec leurs synthétiseurs et programmateurs des pièces s’enfilant comme la liste musicale d’un disc-jockey.

Le duo a propulsé des sons évoquant Nine Inch Nails pour ensuite nous emmener vers un territoire sonore à la Human League. Une proposition mélodique provoquant une dissonance cognitive avec le décor boisé de la Wabasso. Une fois habitué par ce clash audio-visuel, il suffisait d’accepter l’impression de participer à une fête musicale se déroulant dans un grand chalet en pleine forêt.

Je ne sais pas si c’est volontaire de la part du duo, mais il était très difficile d’entendre les paroles. On avait l’impression de capter une voix sortant d’une paire d’écouteurs à moitié branchée. Pourtant, l’écriture concise et très imagée de ce dernier aurait mérité d’être clairement entendue. Sinon, cette portion du spectacle a été une belle révélation.

Duchess Says

Faire place à ce groupe, c’est s’attendre à… Non, on ne s’attend à rien en fait!

Une foule prête à tout, surtout la partie qui s’est massée devant la scène, prête à accueillir le pivot de la soirée. Que ce soit le trucker barbu ou encore l’admiratrice en mode gothique, A-Claude (voix, clavier Korg), Ismaël (clavier, guitare), Phil Clem (guitare, basse) et Simon Says (batterie) étaient déterminés à leur brasser non seulement la cage, mais tout ce qui allait autour aussi.

Autant la première pièce Poubelle était chargée dans les arrangements, autant Inertia, P.I était davantage mélodieux, comme sur l’album Sciences Nouvelles, leur plus récente galette. Musicalement, il n’y a pas de réarrangements ou réorchestration spéciale. Si on aime les versions studios, on risque de se remémorer des versions scéniques. Bien sûr, ça suppose la fameuse énergie du direct, mais aussi parce que les musiciens ne badinent pas avec la scène. Ils la bouffent carrément. Même qu’au lieu d’être rassasiée, A-Claude décide de dévorer le quatrième mur à partir de la pièce Negative Thoughts. Et ce n’est ici qu’une des nombreuses manifestations du règne de celle qui est devenue l’Impératrice de la Wabasso le temps d’une soirée.

En chantant New York, la musicienne se permet même d’enrouler le public avec du gros ruban adhésif gris (duct tape) ou encore de le faire asseoir par terre. Elle se pare même d’une espèce de toge blanche, confirmant symboliquement son statut de papesse du rock québécois.

Par ses mimiques, ses yeux grands ouverts, le recours de la voix rauque jusqu’au timbre haut perché, il faut dire que l’esprit de la chanteuse allemande Nina Hagen s’est emparé d’A-Claude. Toutefois, la dernière fait passer la première pour une maniaque de tranquillisants! C’est dire…

De leur côté, ses collègues musiciens démontrent beaucoup de plaisir sur scène. Même si le groupe existe depuis 2003, la chimie semble toujours opérer entre ses membres.

Dire que la soirée a été mémorable, c’est vraiment cliché. C’est juste complètement autre chose. Le genre de chose dont nous ne sommes pas sûr du niveau d’appréciation au début, mais qui se relève fantastique lorsque nous laissons nos appréhensions et attentes dans le vestiaire.

P.S. : UN GRAND MERCI À PHIL CLEM POUR LA LISTE MUSICALE. Il faut dire qu’il a même accepté de verser de la bière dessus pour me laisser un souvenir de la soirée! Cette liste est disponible dans la galerie photo ci-bas.

Voici les photos de Adrien Le Toux.

 

[Festival de Blues de Donnacona] Compte-rendu des 12 et 13 août 2016

Le Festival de Blues de Donnacona s’étant tenu du 11 au 14 août 2016 derniers était une occasion unique de rencontrer des artistes/groupes œuvrant dans ce créneau musical. Malheureusement, je n’ai pu couvrir que les journées du 12 et du 13 août ! Toutefois, j’ai vraiment bien aimé l’ambiance accueillante et conviviale mise sur pied par le comité organisateur, dont fait partie notamment notre consoeur Nathalie Leblond, directrice des communications. Cette dernière se montre très satisfaite de l’édition 2016 (l’une des plus belles selon elle) et ce, malgré la température pas toujours clémente ! En effet, les places réservées pour les spectateursI(rices) se sont bien remplies et les artistes ont été généreux en talent et en présence scénique.

ÉRIC FREREJACQUES ET MIKE DEWAY

L’un des meilleurs harmonicistes de l’Europe, qui est à sa 4e édition du festival, s’est allié du guitariste/chanteur québécois Mike DeWay. Pendant que la foule se faisait de plus en plus nombreuse (la soirée ne faisait que commencer), les deux comparses très complices ont livré des pièces avec beaucoup d’effort. Le visage de Frerejacques était même devenu rouge à force de se donner sur son harmonica !  Bo Diddley et Jimmy Reed font partie des inspirations du duo. La foule a même eu le droit à une reprise de Zacharie Richard chantée par DeWay, soit Hootchie Koochie pour toi. Par ailleurs, la voix de ce dernier fait penser à celle de Robert Charlebois.

GINA SICILIA

Les gens étaient privilégiés d’accueillir l’artiste de Nashville, puisque Donnacona est la seule destination canadienne prévue dans son agenda. Dans la catégorie voix suave, ronde et sensuelle, Sicilia remporte une médaille ! De plus, son vibrato unique est le bienvenu. Dans une ambiance très relaxe et festive à la fois (un des membres de la sécurité en a profité pour entendre et voir le spectacle, café dans la main), l’auteure-compositrice-interprète est entourée de trois musiciens, dont un guitariste généreux dans ses solos. De son blues teinté de country se révèlent quelques pépites, dont les pièces Before the Night is Through (country-reggae hawaïen) et sa reprise culottée d’un classique de Memphis Minnie, Kissing in the Dark.

ROYAL SOUTHERN BORTHERHOOD

Cette formation cinq étoiles, comprenant notamment Cyril Neville, membre du groupe « Neville Brothers », ainsi que de Tyrone Vaughan, neveu de Stevie Ray Vaughan (mentionné comme l’un des dix meilleurs guitaristes de tous les temps selon le Rolling Stone). La prestation offerte par le supergroupe (soit un groupe formé de musiciens issus d’autres formations musicales) a électrisé les festivaliers(ères) qui ont rempli l’espace leur étant réservé. Issu de La Nouvelle-Orléans, le groupe concilie les traditions du blues louisianais avec d’autres styles. Ainsi, les musiciens passent d’une chanson aux accents funk psychédélique à de la « power ballad ». Un groupe très professionnel, dont la complicité est manifeste et communicative. Si vous êtes ouvert d’esprit, mais que vous êtes à vos premiers pas en tant qu’auditeur(trice) de blues, je vous suggère fortement d’aller écouter RSB !

« CHICAGO BLUES ALL STAR »

Comme le titre le dit, ce spectacle qui s’est déroulé à l’intérieur de l’aréna de Donnacona réunit Sean Chambers, Bob Corritore, Bob Margolin (les trois se sont produits sur la scène extérieure durant le Festival), Mike DeWay et Éric Frerejacques. La fête et le romantisme règne dans l’endroit : les gens tapant des mains et des couples n’hésitant pas à danser. La prestation du quintet s’est faite en toute collégialité et sans guerre d’égos. Blues, country et rock n’ roll à la sauce années 50 ont égayé les oreilles des festivalier(ères).

ANDRIA SIMONE

N’ayant pas pu arriver à temps pour le début du concert, j’ai toutefois pu bénéficier de l’énorme talent vocal de la Torontoise. Un autre artiste a un effet bœuf dans les tympans des festivaliers(ères) : le saxophoniste Little Frankie Thiffault. Le courage de la foule, qui brave la pluie, est récompensé par un spectacle où Janis Joplin et Motown font la paire. Que ce soit pour chanter ses propres compositions (comme « Nothin’ Come Easy ») ou des reprises (« Superstition » de Stevie Wonder), la voix de Simone est sensuelle et forte à la fois. Le spectacle, qui aurait pu sembler scolaire ou statique en raison que les musiciens et la chanteuse jouent ensemble pour la première fois, est reçu chaleureusement par les spectateurs(ices).

ALBERT CUMMINGS

L’artiste, venu directement de Boston pour le Festival, se montre généreux en voix, en « riffs » endiablés de guitare et en temps en dépassant d’environ 30 minutes le temps alloué, au grand plaisir des festivaliers(ères). Concernant le jeu de guitare de Cummings, c’est carrément le clou du spectacle. C’est rapide, dur, intense. Assez pour demander à mon voisin d’à côté si une deuxième guitare se cache dans les mains de l’artiste ! Les autres musiciens ne sont pas en reste, chacun ayant droit à son solo. Le batteur du groupe, le sourire aux lèvres tout au long de la prestation comme s’il flottait sur un beau nuage blanc ouaté, aurais pu faire un concours de celui qui est le plus rapide entre lui et Cummings. Un bon 1h30 écrasant la température maussade et venteuse.

« THE QUEEN AND HER KINGS »

Comme pour le « Chicago Blues All Star », ce spectacle est carrément un « All-Stars Band » car s’y est retrouvé une distribution impressionnante d’artistes : Mike DeWay, Frèrejacques et le Ben Racine Band (qui a joué avec Andria Simone plus tôt dans la soirée). Et alors, qui est la Reine du titre ? Celle du blues montréalais, soit Dawn Tyler Watson, toute en complicité avec les rois-musiciens. Il y a même Albert Cummings qui est invité à monter sur scène. Invitation qu’il a acceptée malgré qu’il ait tout donné lors de sa prestation d’il y a à peine une heure auparavant ! Des chansons qui ont déjà été interprétées précédemment dans le festival sont reprises sans que ça sente le réchauffé. Les gens s’étant déplacés dans l’aréna semblent au contraire être heureux d’entendre le blues sous toutes ses coutures.

Parmi les photos prises par Adrien Le Toux, nous retrouvons des artistes/groupes qui se sont présenté(e)s durant le Festival mais que je n’ai pu malheureusement couvrir : Angel Forrest ; The Homeboys ; Lewis Dave ; Kevin Mark ; Drew Nelson ; Paul Hinton ; Jay Sewall.

Crédits photos : Adrien Le Toux 

[SPECTACLE] The Cat Empire à La Taverne – 10 août 2016 : Un spectacle « CHATleureux »

Mise en garde : Si vous adorez l’hiver et que vous pestez dès que la température grimpe plus qu’à 25 degrés Celsius, partez ! J’AI DIS : PARTEZ ! C’est pour votre bien-être psychologique…

Des gens sans chandail, tous devant un édifice qui évoque un vielle salle de spectacle/cinéma. À l’intérieur du bâtiment, soit du monde qui s’arrosent avec des verres d’eau offerts gracieusement par des employés, ou encore cherchant désespérément un ventilateur. Tout ça parce que, amplifié par la chaleur de l’endroit, un empire félin s’incarnant en un groupe de musique australien est venu réaliser un projet diabolique : réchauffer le public pour une soirée folle !

L’entrée en scène du sextuor, accompagné par deux trombonistes, s’est faite sans perte de temps. En effet, la chanson Brighter than Gold, tirée de l’album Steal The Light (2013) est livrée avec aplomb.  D’ailleurs, dix des treize chansons présentées lors du spectacle proviennent soit de cet opus, ou de leur plus récent, Rising With the Sun (2016). Treize pièces semblent peu lorsqu’on parle d’un groupe à l’affiche (habituellement, une vingtaine de chansons sont offertes). Il faut dire que les musiciens de The Cat Empire s’amusent à prolonger les chansons avec notamment des solos de la part des musiciens. Chacun d’entre eux a donc droit à son moment de gloire ! La pièce Daggers Drawn bénéficie par exemple d’une touche de jazz fusion sur l’acide grâce au claviériste Ollie McGill et son clavier Moog. Cette pièce évoque également, et ça semble particulier pour un groupe spécialisé dans les sons de musique latine entre autres, une pièce de Genesis fin années 70-début années 80. Non seulement en raison du clavier, mais également à cause de la voix du trompettiste/chanteur Harry James Angus, qui fait penser à celle de Phil Collins.

Les pièces présentées, bien produites en studio, mais qui semblent naturellement être nées pour la scène, ne manquent pas de piquant. Cumbia, jazz, rock alternatif et progressif, ska et reggae font partie de l’univers musical du groupe. Les musiciens se montrent également polyvalents. Le chanteur principal, Felix Riebl, est aussi percussionniste, le bassiste Ryan Moreno joue aussi à la contrebasse et Jamshid Khadiwhala délaisse à l’occasion ses tables tournantes pour le tambourin ou le tam-tam. Ce dernier pourrait se mériter le titre du roi du « scratching » ! Lors de la pièce In My Pocket, le deejay offre un pont musical avec des notes de « scratch » se succédant à un rythme rapide. Parlant de rapidité, Riebl rappe presque sur les pièces How To Explain et Two Shoes. L’artiste, très en forme, réussit à survivre à la chaleur malgré qu’il saute comme un kangourou et bouge comme le diable de Tasmanie. Par ailleurs, il se montre très reconnaissant avec le public, en n’oubliant pas de le remercier de suer avec lui !

La foule, malgré justement le manque d’air frais, s’est montrée enthousiaste et patiente à la fois. Pas de bousculade, ni de violence sanglante pour un coin d’air frais. Les 500 amateur(e)s présent(e)s, venu(e)s de Québec, Montréal, du Nouveau-Brunswick ou de la Caroline du Nord, ont chanté, dansé, sauté et levé les bras. Et il y a eu au moins à quatre reprises du « bodysurfing ».  Une amatrice du groupe a même conçu des petits drapeaux rouges à faire flotter lors de la pièce Bulls.  Que du bonheur et du pep à La Taverne en cette soirée de la presque mi-août (comme dans miaou, miaou comme dans Cat Empire, la comprenez-vous ?) Bon, il est temps que je délaisse mon clavier avant que vous me griffiez à cause de mes jeux de mots !

[Spectacle] Festival international Nuits d’Afrique : Senaya et ses invités au Club Balattou (Drê-D et Élété)

Le spectacle de Senaya que j’ai couvert, le mercredi 20 juillet dernier, était la première d’une série de trois intitulés Les Étoiles Nuits d’Afrique avec Senaya. Le concept : inviter deux autres artistes que la chanteuse apprécie selon une thématique précise. Dans ce cas-ci, les artistes invités étaient Drê-D et Élété pour la soirée « Groove urbain ». Un spectacle bien sympathique et semblant avoir convaincu les oiseaux de nuit présents au Club Balattou (le spectacle ayant débuté à 23h30).

L’auteure-compositrice-interprète et ses amis étaient entourés de trois musiciens aux énergies différentes et complémentaires, soit la bassiste plutôt relax Guy Langué, l’énergique guitariste Assane Seck et le trèèèèèès énergique batteur Donald Dogbo. Ce dernier était tellement énergique qu’on a dû reculer au moins trois fois le tapis sous son instrument ! Il a sans doute compris littéralement l’expression « mettre la musique sur le tapis… » Cela lui a valu les taquineries complices et amicales de Senaya, qui trouvait qu’il y avait beaucoup de testostérone sur scène ! Malgré tout, les musiciens savaient très bien quand prendre leur place au bon moment. Personne n’a volé la vedette aux dépens d’un autre. Tout s’est fait plutôt dans la collégialité et le plaisir du travail en groupe.

Senaya est une artiste et musicienne à part entière qui sait écrire efficacement des chansons qui parlent de spiritualité, d’espoir et de fraternité sans tomber dans le fanatisme ou la guimauve puant le sucre industriel. En raison de son enthousiasme et de sa générosité, elle parvient à insuffler son univers, toutefois ponctué de quelques reprises (I Feel Good de James Brown ou encore un medley de Bob Marley). Ainsi, il a été possible d’entendre ses succès issus de son album Garder la tête haut : soit la pièce-titre, Soul Créole (chantée avec Élété) ou encore On s’en fout. Qu’elle soit entourée ou seule avec sa guitare, Senaya offre ses chansons avec conviction.

Quant aux artistes invités, ils semblent avoir réussi à obtenir l’adhésion du public. Toutefois, cela n’a pas semblé au début évident pour Élété, dont les appels à bouger et à chanter avec le public n’ont pas semblé concluants. Toutefois, les spectateurs ont apprécié l’artiste, puisque lorsque Senaya le réinvite sur scène pour un duo, la foule applaudit chaleureusement. À l’usure, la nonchalance énergique et le sourire ravageur de Élété ont fini par convaincre. Son univers musical sur scène évoquait Alpha Blondy ou Tiken Jah Fakoly. De plus, il a un agréable timbre de voix.

Quant à Drê-D et sa voix riche faisant parfois penser au chanteur Seal, il a su montrer qu’il était une bête de scène. Les deux pièces présentées et s’étant succédé en fondue enchaînée, soit Jah et No Man, ont un rythme beaucoup plus dynamique sur scène. La deuxième chanson étant même chantée comme un rap tellement il y avait une accélération dans le débit ! Les gens chantaient même avec lui les No Man du refrain !

Au fur et à mesure du spectacle, Senaya et ses artistes, musiciens et choristes invités ont fini par séduire de plus en plus la foule qui hésitait de moins en moins à applaudir chaleureusement et qui ne voulait pas que ça se termine, malgré la nuit qui avançait. Les différents univers (gospel, funk, reggae, soul, folk) présentés pour n’en former qu’un seul m’ont permis de faire oublier que j’avais une heure et demie de route à faire à la fin du show, soit à 1h30 de la nuit.

Crédits photos : Peter et Élaine Graham, André Rival

[Spectacle] Festival international Nuits d’Afrique : Daby Touré au Club Balattou

Le mercredi 20 juillet dernier, une foule formée d’admirateurs et d’admiratrices et de leurs ami(e)s sont venus entendre l’artiste né en Mauritanie, ayant grandi au Sénégal et vivant à Paris. Cette foule était représentée par des gens de tous âges. Un spectacle vraiment réussi, malgré quelques problèmes techniques et des instruments pas toujours parfaitement calibrés lors des premières chansons, désagréments occupant beaucoup l’attention d’un technicien plutôt alerte et dévoué malgré tout !

Le spectacle est divisé en deux parties plutôt non conventionnelles, la première se voulant plus courte que la deuxième, Touré était avec un groupe de musiciens plutôt inusité. Par exemple, la contrebassiste Juliette Malgrange s’est rajoutée au groupe spécialement pour le spectacle. À mon avis, il s’agit d’une bonne idée de l’inclure, puisque ses notes ajoutent un petit quelque chose de touchant dans les mélodies. La batterie de Lio Kigaba, surtout avec ses petits bongos, apportait une touche exotique et rythmique aux chansons.

Cette première partie évoquait musicalement les incontournables du folk des années 1960-70, que ce soit Bob Dylan ou Paul Simon. Seul pour les deux premières chansons (Khoné et Banta), l’auteur-compositeur-interprète ne lésine pas à utiliser sa voix aux riches nuances et à se servir de sa guitare comme percussion. Le son qui y émanait était tellement clair et pur que je me demande quel est le produit utilisé pour fabriquer l’instrument. Durant la première partie, Malgrange s’ajoute sur scène, suivi du guitariste Chris Velan. Un trio fort inspiré !  Le spectacle, pourtant bien parti, a dû être malheureusement interrompu quelques instants pour régler des détails techniques. Heureusement, Touré s’est montré à l’aise avec ses collègues et avec la foule en plus d’avoir de l’humour, ce qui a permis de ne pas trop gâcher le déroulement.

Après une pause précédée de quelques chansons, une « mise en bouche » selon Touré, la deuxième partie s’est avérée plus généreuse tant en chansons qu’en instruments, puisque tout le monde était là pour une bonne partie des pièces : incluant le batteur, mais aussi le bassiste Grégoire Carrier-Bonneau, qui apporte tantôt une touche country, tantôt une touche funky aux pièces. Au fil de cette seconde portion de spectacle, les musiciens viennent, partent et reviennent.  Les chansons jouées évoquent autant Tracy Chapman, le folk progressif des années 1970, Johnny Cash rencontrant Nil Rogers ou le folk métissé. La dernière pièce avant le rappel (Oma) est assez marquante, notamment parce qu’on peut voir Touré complètement habité (pour ne pas dire possédé), les pupilles presque disparues de leurs orbites ! Une deuxième partie à mon avis tout à fait réussie, voire enlevante, qui a complètement éclipsé une première partie agréable, mais inégale techniquement.

La scène du Club Balattou, lieu mythique de la scène « World » à Montréal et berceau des Nuits d’Afrique, était donc le lieu idéal pour présenter le spectacle, dont des titres tirés de son dernier album Amonafi (qui veut dire « Il était une fois » en wolof, dialecte parlé notamment au Sénégal). L’album, que je suggère de vous procurer, raconte l’histoire des premiers Hommes jusqu’à nous, pour finalement nous faire comprendre que nous venons tous des mêmes parents.

Un spectacle globalement bien exécuté, qui a valu mon déplacement Trois-Rivières/Montréal (Dieu sait que je déteste conduire à Montréal !) et qui a semblé avoir conquis autant le couple venu de France et découvrant par hasard le passage de Touré que la mère de trois enfants ayant réussi à faire garder ses enfants pour suivre son amie admiratrice.

Crédits photos : Peter et Elaine Graham

 

[SPECTACLE] Spectacle de Mordicus au Satyre, 10 juin 2016

Des musiciens motivés, une charmante salle de spectacle, et bang ! C’est parti pour une succession de chansons rock qui sentent bon les années 1960 et 1970.

Le spectacle commence en force, avec de la boucane, une chanson rock énergique (« Grandville ») et un chanteur qui l’est autant. Max Desrosiers a en effet une belle énergie. Pas celle de Rebecca-Sophie dans « Like Moi », mais plus celle d’un artiste à l’aise sur scène et avec le public. Pendant tout le spectacle, les amateurs de rock pur jus sont servis: pas de claviers ou d’ordinateurs pour reproduire les sons des instruments absents sur scène. Les deux guitaristes (Laurent Racine et Pierre-Luc Laberge), le bassiste (Martin Moe) et le batteur (Luc Gagné) suffisent amplement pour dynamiser le spectacle.

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La vitalité des musiciens reste constante jusqu’à la fin. Que ce soit les guitaristes et le bassiste qui se mettent à genoux ou se déplaçant avec aise sur scène, le mot statique ne fait pas partie du vocabulaire des membres. Desrosiers, en tant que chanteur, démontre vraiment que les Rolling Stones sont une influence pour le groupe. Sans que ce soit une imitation, on parle ici d’inspiration authentique (oui, ce joli mot à la mode utilisé à toutes les sauces, mais qui s’applique carrément bien ici.) Que ce soit dans la gestuelle, dans la manière de se déplacer ou de tenir le micro, par la coupe de cheveux ou encore en raison du physique (grand et élancé), l’esprit de Mick Jagger n’est jamais trop loin et tant mieux ! Desrosiers n’hésite pas non plus à se montrer gentiment insolent, autant par le ton baveux en présentant la pièce « Top-Modèle » comme la seule pièce engagée du spectacle que par l’utilisation de son index pour tapotter le visage de Moe.

Les pièces présentées par Mordicus, sauf à quelques exceptions, sont issues des albums « Cri primal » et « Edgar Allan Pop ». Malgré le titre du dernier opus, l’aspect rock balaie complètement celle plus pop. La guitare acoustique entendue sur « Cause à effet » est davantage mise en avant sur scène que sur le disque, dont la version est enrobée par des notes de piano. Même chose avec « Mémoire d’éléphant », dont les riffs de guitares sont plus puissants hors studio. Le côté blues de certaines chansons ressort également davantage, notamment dans le pont musical de « Ces nuits blanches ». Le moment fort du spectacle selon moi, c’est avec la pièce « Prêt à décoller ». C’est justifié par la progression musicale enlevante et par la parfaite symbiose des instruments, dont on pouvait entendre équitablement les sons sans que ça sonne incohérent.

Un autre point d’orgue (oui, j’ai décidé que c’était possible d’en avoir deux, bon !) c’est la reprise de « Toué tu l’as » de Pépé et sa guitare. Un sympathique morceau blues à la guitare acoustique devient alors une décapante ode blues-rock ! Il paraitrait par ailleurs qu’une collaboration faite entre Mordicus et Pépé doit voir le jour sur le Web dans le cadre du projet « Tout l’monde veux jouer avec Pépé ». On a hâte !

Un bon spectacle beau, bon, pas cher que les fans de Mordicus, issus de tous les groupes d’âges, ont sans doute apprécié. Malgré une foule malheureusement timide et un certain va et vient constant des curieux/curieuses, les membres du groupe ont continué à jouer avec enthousiasme et le Satyre, avec ses trois paliers en étages, n’était pas trop grand pour le fougueux Max ! Un groupe qui mérite plus d’attention, avec davantage de rotations de leurs chansons sur les ondes FM.

Crédits photos : Claudine Bérubé