Catégories
Albums

[ALBUM] The Milk Carton Kids – «Monterey»

Je suis toujours en retard. Sur tout. Films, séries télé, livres et musique. Sur la mode aussi mais ça, c’est un autre dossier. Y’a tellement de choses à découvrir que si je veux en profiter pleinement, il faut que je m’arrête un peu. Pas le choix. Je suis incapable de butiner. Je n’ai pas ce talent qu’ont mes collègues  d’assimiler tout rapidement et d’écrire ensuite quelque chose de pertinent.  J’aime prendre mon temps, rêvasser, écouter les disques mille fois, dans des lieux différents, jusqu’à connaître les paroles et les solos par cœur. Et puisque ce merveilleux blogue de passionnés me laisse la liberté de vous parler de ce que je veux quand je le veux (c’est-y pas beau la vie?), j’ai décidé d’assumer ma lenteur et de vous présenter cet album paru en mai 2015.

J’ai découvert le duo The Milk Carton Kids en regardant Another Day, Another Time (le documentaire-concert hommage à la musique du film Inside LLewyn Davis des Frères Coen) il y a deux semaines. Dès les premières notes, j’ai été séduite par la beauté de leurs voix en harmonie, la richesse de leurs mélodies et par la douce mélancolie qui émane de leur musique. Leur son est si apaisant qu’il arrive même à me faire supporter la foule de la ligne orange à l’heure de pointe. Rien que pour ce refuge, je leur serai éternellement reconnaissante.

The Milk Carton Kids, c’est Kenneth Pattengale (le type au picking de feu) et Joey Ryan, deux guitaristes-chanteurs de Los Angeles qui avaient leur propre projet solo avant d’avoir, en 2011, l’excellente idée d’unir leurs talents.  Un premier album intitulé Prologue voit le jour la même année et permet aux deux comparses de faire de la tournée en ouvrant pour différents groupes de la scène folk. En 2013, sur l’étiquette Anti (Tom WaitsCalexicoNick Cave) le duo sort Ash & Clay, titre qui leur vaudra une participation à la prestigieuse émission Austin City Limits (PBS), une nomination aux Grammy Awards et le prix du meilleur groupe de l’année aux Americana Music Awards.

Ce n’est pas pour m’excuser de l’avoir découvert si tard, mais  Monterey n’aurait à mon avis pas dû paraître au printemps. C’est plutôt l’album idéal pour passer à travers la grisaille de l’automne, accompagné d’une p’tite laine et d’un vin chaud aux épices. Ashville skies, la superbe première pièce, dépeint d’ailleurs parfaitement l’arrivée de la saison et le besoin soudain de se mettre le cœur au chaud :

Good god, is it November?
The leaves burn auburn red
The Ashville skies and timber
Are holding onto it

But I cannot remember
That feeling hopeful song
That rose of our September
My word, what have we done?

 I’d love nothing more than to cover my face
Forget who I am and get out of this place
Pretend to be somebody other than me
And go on living that way

Sur ce troisième album, Pattengale et Ryan explorent donc avec la même nostalgie et un brin de cynisme politique (qui pourrait le leur reprocher?), les thèmes de l’appartenance, de la fuite, de la liberté et du voyage. Pas étonnant qu’ils aient choisi d’enregistrer les onze chansons sur la route, avant leurs concerts, laissant ainsi leur son profiter de l’espace scénique et confiant à un seul micro la délicate tâche de capter tout ça. Le résultat est tout simplement magnifique et témoigne d’un grand abandon et d’une exceptionnelle justesse de la part des musiciens.

Deux guitares, deux voix, réunies en toute simplicité. Il faut parfois si peu pour atteindre la beauté…

Pour écouter la chanson « Monterey »:

Pour écouter l’album complet:

Pour écouter ce qu’ils ont réussi à faire avec une pièce de Pink Floyd (rassurez-vous, ce n’est pas sur l’album):

Catégories
Spectacles

[SPECTACLE] Tobias Jesso Jr., Théâtre Corona, 10 octobre 2015

Photo: Julie Fradette

La musique de Tobias Jesso Jr. est arrivée dans ma vie de façon plutôt soudaine. Paf! Comme ça! Il y a à peine deux semaines, un ami bienveillant m’a envoyé la chanson How could you babe, que j’ai adorée. Je me suis aussitôt procuré le disque, j’ai aimé la page Facebook, constaté qu’il s’en venait jouer à Montréal, acheté un billet et me voilà de retour du formidable concert qu’il vient d’offrir dans un Corona pas assez rempli (le balcon n’était pas ouvert) mais tout de même réceptif et chaleureux.

Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre comme soirée mais j’étais confiante. Le disque Goon, paru en mars dernier, est tout simplement magnifique : des pièces pop aux mélodies accrocheuses, un peu 70’s, une voix douce, sensible et des mots assez poignants pour ramollir les genoux et tordre les boyaux. Pour chanter ces chansons touchantes et raconter ses peines d’amour, j’imaginais un Jesso timide et en retenue. J’avais donc un peu peur que le public jase (ce manque d’écoute, de respect et de pudeur étant malheureusement devenu chose courante aujourd’hui) et pour éviter les cellulaires et les conversations, j’ai osé faire ce que je ne fais jamais : je suis allée m’installer sur le bord de la scène. Je me féliciterai toute ma vie d’avoir pris cette décision.

C’est la fanfare Duk qui a entamé le spectacle au milieu de la foule ravie, avec quelques airs gypsy agrémentés de solos enlevants. Déjà, j’étais aux anges. Y’a rien comme une fanfare pour me mettre de bonne humeur. Les musiciens (deux saxophonistes, un trompettiste, un batteur, un bassiste et un guitariste, tous excellents) sont ensuite montés sur scène pour une intro instrumentale festive. Ils ont rapidement été rejoints au piano par notre hôte, un géant de 6’7’’ avec les cheveux en bataille et une face d’adolescent de quatorze ans (dont la dégaine n’est pas sans rappeler celle de notre Grand Flanc Mou, Plume Latraverse) et le groupe a enchaîné avec Crocodile tears, la pièce « tragico-comique » de l’album. Après ce préambule sympathique, Jesso s’est mis à parler et c’est à partir de ce moment que TOUT a vraiment commencé.

Tobias Jesso Jr. parle. Beaucoup. De toute évidence, il est sur scène tel qu’il est chez lui. À l’aise, accueillant, spontané et très drôle, il se raconte, taquine ses musiciens (qui le lui rendent bien), converse avec le public. Et on ne sent pas que c’est pour faire passer le temps. Rien n’est placé. Pas de mise en scène, pas de « setlist ». Le type est complètement libre et ses musiciens le suivent bien dans ses délires, que ce soit pour improviser le thème de la série Cops pour sa tante flic, présente ce soir-là, ou pour placer des finales « halloweenesques » en mineur à la fin de certaines chansons, en prévision d’un concert prévu fin octobre. Tout le monde s’amuse ferme, chez Tobias, nous y compris. Et ce qui est merveilleux, c’est que toutes ces pitreries ne l’empêcheront jamais de plonger à fond dans ses chansons et de les livrer avec justesse et émotion.

À l’heure du rappel, les musiciens quittent et Tobias nous explique qu’il ne va pas jouer à faire une fausse sortie et se laisser applaudir pour revenir sur scène. Il va nous faire une pièce en solo (la superbe True love, qui n’est pas sur l’album et c’est fort regrettable), ses complices reviendront pour une dernière chanson et ce sera la fin. Simple comme ça. Il en profite pour demander à ceux qui préfèrent jaser de se sentir bien à l’aise de quitter. « Quand tu crois que ta conversation est plus importante que ce qui se passe en avant, pourquoi endurer ça, hein? De toute façon, c’est presque fini ». Dommage que tous n’aient pas saisi le message. Il nous raconte aussi, en toute vulnérabilité et avec le plus grand sérieux du monde, que c’est encore très difficile pour lui de chanter. Que la voix, ce n’est carrément pas son instrument (le piano non plus d’ailleurs, mais c’est cette fragilité qui, à mon humble avis, rend le tout si touchant et vrai) et que ce qu’il souhaitait plutôt faire, c’est écrire pour les autres. C’est fou comme le hasard fait parfois bien les choses…

Et tel que promis, les musiciens sont revenus conclure cette soirée avec une inoubliable version de How could you babe, cette même chanson qui me l’a fait découvrir. Voilà. La boucle étant bouclée, je suis rentrée à la maison, heureuse et conquise, avec cette envie de vous raconter tout ça, en sachant très bien que c’est un peu frustrant de lire un article sur un spectacle qu’on a manqué. Mais je me suis dit que tous ces beaux moments vous donneraient peut-être aussi envie de l’écouter. Alors voici:

How could you babe  (avec Duk) :

 

Without you (en solo) :

Pour plus d’info:

http://www.tobiasjessojr.com

http://tobiasjessojr.tumblr.com

Catégories
Albums

[ALBUM] Dave Rawlings Machine – «Nashville Obsolete»

J’ai longuement hésité avant de vous parler des deux formidables musiciens que sont Dave Rawlings et Gillian Welch. Parce que pour le faire, il faut inévitablement parler de musique country et que ce genre musical a un immense lot de détracteurs. Parmi ceux-ci, les blasés qui n’en peuvent plus d’en entendre parler (il est vrai que le country est un peu le « glutamate monosodique musical » du moment), les snobs qui sont persuadés qu’il faut venir de la campagne et/ou porter des franges pour apprécier et les épidermiques, qui semblent n’entendre que les trois mêmes accords, le ton geignard et les voix nasillardes. Rien de péjoratif ici: je suis moi-même blasée qu’on utilise le mot country comme rehausseur de goût pour tous les artistes qui utilisent une guitare acoustique, snob de musique pop et épidermique de jazz fusion, de prog et de pousseuses de notes qui font trop de fions. Je crois cependant que pour chaque genre musical (bon, peut-être pas pour le jazz fusion), il existe des artistes capables de transcender les clichés et de rejoindre à peu près n’importe qui. C’est le cas de Dave Rawlings et Gillian Welch.

Rawlings et Welch se sont rencontrés dans une prestigieuse école de musique de Boston au début des années 90. Elle était déjà reconnue pour sa voix riche et mélancolique et lui, pour son exceptionnel jeu de guitare, son Epiphone Olympic de 1935 et ses harmonies. Inspirée par les chansons traditionnelles country, folk, blues et bluegrass, leur écriture avait la particularité de donner aux thèmes chers à cette culture (l’errance, les grands espaces, les amours déçus) un son plus contemporain, son qui allait plus tard contribuer à définir le courant Americana que l’ont connaît aujourd’hui.

C’est alors qu’ils étaient en concert à Nashville qu’ils ont été remarqués par T-Bone Burnett, musicien et réalisateur de renom, qui leur a déniché un premier contrat de disque et qui a réalisé le magnifique album Revival en 1996 et Hell Among the Yearlings en 1998. Dans les années qui ont suivi la parution de ces deux albums, Welch contribue à la fabuleuse trame sonore du film qui me l’a fait découvrir: O’Brother Where Art Thou, des Frères Coen. Rawlings remplace ensuite Burnett et réalise les troisième et quatrième albums du duo: le mémorable Time (The revelator) en 2001 et Soul Journey en 2003. En 2004, il débute une collaboration avec Old Crow Medecine Show, d’abord à titre de réalisateur puis comme musicien – en studio et sur scène – et comme auteur-compositeur. En 2006, Rawlings, Welch et des amis musiciens commencent à se produire sous le nom Dave Rawlings Machine, avec cette fois Rawlings qui chante et Welch qui fait les harmonies. Après un premier album paru en 2009, « la Machine » revient en force cette année avec le très attendu Nashville Obsolete.

C’est peut-être à cause de cette pochette qui annonce un contenu plutôt sombre (on croirait la photo tirée d’un western à la Dead Man de Jim Jarmush), mais on est un d’abord un peu surpris par la lumière qui émane de la première pièce, The Weekend. Le timbre un peu rauque de Rawlings, les guitares, la douceur des harmonies de Welch et les cordes (qui viennent graduellement et délicatement appuyer l’ensemble juste avant le premier refrain) font en sorte qu’on se sent immédiatement à la maison, dans un son très chaleureux et familier qui nous rappelle un peu Dylan, mais surtout Neil Young et son Harvest Moon, pedal steel et harmonica en moins. Exit les trois accords monotones, le ton geignard et les timbres de voix qui grafignent les épidermiques : quand Dave Rawlings et Gillian Welch font de la musique, tout n’est que beauté. Ce nouvel album le confirmera tout au long des sept pièces sur lesquelles on se laissera planer avec bonheur, particulièrement The Trip, magnifique chanson-fleuve de onze minutes et Pilgrim (You Can’t Go Home), qui se fout également du format radio avec ses huit minutes de frissons.

Entourés de Paul Kowert des Punch Brothers à la contrebasse, de Willie Watson des Old Crow Medecine Show à la guitare, de Brittany Haas au violon et de Jordan Tice à la mandoline, nos deux comparses (qui recevaient la semaine dernière le Lifetime Achievement Award for Songwriting de l’Americana Music Association pour leurs vingt ans de collaboration) nous ont préparé un autre sans-faute, reprenant là où ils nous avaient laissés avec A friend of a friend en 2009.  Reste à espérer qu’on les entendra sur scène dans les prochains mois. Tous ceux et celles qui, comme moi, ont eu la chance d’être au National en 2011, lors de leur seul passage en sol québécois, ne se sont pas encore remis de leurs émotions et attendent désespérément leur retour.

*Au moment de publier cet article, Acony Records n’avait pas fourni d’extrait de l’album Nashville Obsolete (qui est sorti le 18 septembre).  Pour vous donner une petite idée du son, je vous en ai choisi un de l’album précédent.

**Et juste pour le plaisir, cette étonnante reprise de Led Zeppelin, avec John Paul Jones à la mandoline!

Catégories
Albums

[ALBUM] Joëlle Saint-Pierre – «Et toi, tu fais quoi?»

Et toi, tu fais quoi? (Coyote Records)
Et toi, tu fais quoi? (Coyote Records)

Les chansons de Joëlle Saint-Pierre se sont faufilées jusqu’à mes oreilles par une journée de grands vents. Vous savez, le genre de journée-tempête bruyante qui secoue les médias et les réseaux sociaux, où tout le monde s’indigne et s’empresse, sans réfléchir, de hurler son opinion? Où l’heure de pointe nous bouscule à coups de klaxons, de vélos qui circulent en fous sur les trottoirs et de zombies qui traversent la rue en regardant leur cellulaire, malgré cette petite main qu’ils devraient serrer plus fort?

Je ne sais pas pour vous mais moi, quand le poids du monde se fait trop lourd sur mes petites épaules, je n’ai qu’une envie: me rouler en boule dans mon lit, avec des bouchons dans les oreilles, et m’endormir au son de mon coeur qui bat. Arrêter le bruit. Sauf que ce soir-là, plutôt que m’endormir, j’ai trouvé refuge dans une merveilleuse bulle de paix.

Objet sonore unique dans le paysage musical québécois, Et toi, tu fais quoi?, le premier album de l’auteure-compositrice-interprète saguenéenne envoûte et surprend dès les premières notes de Choc Électrique. La voix est jolie, assurée, le timbre est clair, aérien, les mots sont pesés, sentis et déposés délicatement sur de ravissantes mélodies. Le son du vibraphone (trop peu utilisé en chanson) et la douceur de la musique apaisent alors que l’intelligence du propos invite et impose le silence. Résultat : malgré l’inconfortable chaise de bureau qui me torturait le bas du dos, je suis restée hypnotisée, dans un total état de flottaison, jusqu’à la fin de ma deuxième écoute (parce que 30 minutes, c’est parfois trop peu de paix).

Si, à l’image de la pochette, le contenu s’annonce minimaliste, on devine assez vite la somme de travail derrière l’écriture de ces petits bijoux de chansons (Stéphane Robitaille et Catherine Lalonde ont collaboré à certains textes alors que Louis Dugal a coécrit deux musiques) et le souci apporté aux détails. Je pense entre autres aux superbes arrangements de cors de Pietro Amato et au travail de Vincent Carré (batterie), Marc-André Landry (contrebasse), Stef Scheider (percussions), Alex Blais (contrebasse) et Cédric Dind-Lavoie (contrebasse) qui accompagnent Joëlle sur la pointe des pieds, en lui laissant toute la place. Soulignons d’ailleurs que la vibraphoniste, qu’on peut aussi entendre au piano et à la guitare, est particulièrement douée dans le maniement des baguettes (« oui, quatre, et oui, c’est lourd », précise-t-elle dans sa sympathique autobiographie).

Beaucoup de soin a également été mis dans la prise de son (Daniel Gélinas), faite dans une chapelle d’Ulverton, en Estrie et au studio The Pines, à Montréal. Je salue le choix d’avoir opté pour une captation spontanée (une seule prise) et d’avoir laissé traîner, dans les racoins de pistes, quelques souvenirs des lieux (bruits de chars et planchers qui craquent). Le  son de l’ensemble n’en est que plus vivant. J’ai aussi apprécié l’ordre des chansons, qui nous fait passer de la lumière (Choc électrique) à la noirceur (Rose, On a pleuré sur la lune), des amours impatientes (Cent pas) à la mort (Murs), permettant ainsi de révéler le talent d’interprète de l’artiste, sensiblement à l’aise dans tous les registres. J’ai très hâte de la voir sur scène (et mes collègues de Québec aussi car tout le monde semblait bien déçu qu’elle ne passe pas par la vieille capitale pour faire son lancement).

Mes coups de cœur : Souris, petite valse au texte délicieusement ironique, Jour doré (une chanson ne pourrait davantage séduire la fan de Gainsbourg que je suis) et la déchirante Jamais seule, dont la mélodie me hante depuis la première fois que je l’ai entendue. Mais ne vous fiez pas sur moi, je crois que je vais changer d’idée à tous les jours…

Lancement d’album à Montréal
MARDI 15 SEPTEMBRE – 17h
VERRE BOUTEILLE

Lancement d’album à Saguenay
JEUDI 24 SEPTEMBRE – 20h
CAFÉ-THÉÂTRE CÔTÉ-COUR

Pour plus d’infos :

http://joellesaintpierre.com/

http://www.coyoterecords.ca/artistes/

Catégories
Albums

[ALBUM] Philémon Cimon – «Les femmes comme des montagnes»

 

Philémon Cimon - Les femmes comme des montagnes (Audiogram)
Philémon Cimon – Les femmes comme des montagnes (Audiogram)

Il avait à peine 20 ans, Philémon, quand je l’ai entendu la première fois. C’était en 2004, à Québec, dans un projet-école chapeauté par le Théâtre Petit-Champlain. Si je me souviens bien, ses mots se précipitaient dans un phrasé rappelant celui de Jean Leloup. Sur scène, il avait l’air timide et à l’aise à la fois. Pudique et loquace. C’était charmant. Je devinais bien alors que sa plume censée, sensible et un peu absurde allait le mener quelque part. Mais j’étais loin de me douter que je recevrais son premier album d’aussi loin, d’une autre époque même, comme une vieille carte postale perdue.

! Viva Cuba Libre !

C’est donc en 2009, alors qu’il était en voyage à La Havane, qu’il décida de rassembler quelques musiciens locaux et d’enregistrer Les sessions cubaines, album qui en a séduit plusieurs grâce à ses bouleversantes chansons d’amour (Et pourquoi pas mourir ensemble, Vaincre l’automne) et son extraordinaire authenticité. Puis à l’hiver 2014 paraît  L’été, album enregistré à Montréal, sur lequel l’auteur-compositeur-interprète nous offre un mélange de ballades tendres et/ou déchirantes (Je veux de la lumière, Chose étrange) et de délicieuses pièces pop-rock (Soleil blanc, Au cinéma), parfois même un tantinet 60’s (Julie July, Moi j’ai confiance).

Pour clore ce cycle de création entamé à Cuba, il nous présente maintenant l’excellent Les femmes comme des montagnes. Enregistré à La Havane, cette fois avec ses complices québécois (Philippe Brault à la basse, Nicolas Basque à la guitare, David Payant à la batterie et aux percussions), son cousin Papacho au piano et les potes du Conjunto Chappottín (qui se sont pointés à la dernière minute), ce troisième album se veut l’amalgame des dernières années de voyage, d’écriture et de collaborations musicales. Si on sent parfois bien les couleurs cubaines, notamment grâce aux trompettes et aux longues phrases du piano (toutes sublimes sur Je t’ai jeté un sort), ce sont nettement les sonorités pop-franco orchestrales des années 70 qui dominent (Des montagnes, La musique, Maudit). Même qu’on a l’impression que l’auteur s’en confesse sur la très accrocheuse Vieille blonde

J’ai revu la rue Des Chênes ma vieille blonde

J’ai fait un Joe Dassin de moi ma vieille blonde

J’avais les yeux fripés de larmes ma vieille blonde

J’ai fait un Joe Dassin de moi ma vieille blonde

Et au-dessus de tout, ce qui lie ces trois albums, c’est la douce voix de Philémon, atypique certes, mais troublante de sincérité et toujours juste dans l’émotion, qu’elle caresse ou qu’elle écorche. Ce sont aussi ses textes, merveilleusement poétiques, libres, charnels et inspirés. D’ailleurs, avant d’écouter, je vous recommande de feuilleter le livret qui, tel un recueil de poésie, est agréable à lire, de la citation de Cervantès aux crédits et remerciements.

Mes coups de cœur : Des Montagnes (fabuleuse chanson qui est, à mon avis, le climax des trois albums, tant pour le texte que la musique), le petit groove funky et le solo de guitare de La musique, les amours perdues de Sur la ville et la pièce Des morts et des autos, dont le texte sombre contraste avec la musique langoureuse de slow de fin de soirée qui le porte. Mention spéciale aux arrangements de cordes et de trompettes du talentueux Guido del Fabbro qui sont tout simplement parfaits!

Lancement d’album à Rouyn-Noranda
VENDREDI 4 SEPTEMBRE – 19h
CABARET DE LA DERNIÈRE CHANCE

Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue
Entrée gratuite

Lancement d’album à Montréal
MARDI 8 SEPTEMBRE – LE NATIONAL – 19h

Entrée gratuite avec preuve d’achat de l’album
Albums en vente sur place

Pour plus d’infos : http://philemonchante.com/nouvelles.php

Catégories
Albums

[ALBUM] Katie Moore – «Fooled By The Fun»

Katie Moore - Fooled By The Fun (Club Roll)
Katie Moore – Fooled By The Fun (Club Roll)

Ce n’est pas si simple de choisir les mots justes pour décrire ce qu’on entend, ce qu’on ressent quand on écoute de la musique, tout en donnant au lecteur le goût de tendre l’oreille. D’habitude, pour se réconforter, on se cherche des points d’ancrage. Ça ressemble à qui? À quoi? Ça fait partie de quel courant musical? Pour comprendre, on a besoin de comparer, d’avoir des repères. Or, ce que j’espérais pour cette première « critique de disque », c’est faire le contraire. Oublier ces vieux réflexes. Et  j’ai trouvé, dans l’univers de l’auteure-compositrice-interprète montréalaise Katie Moore, exactement ce qu’il me fallait pour ça.

C’est par un beau et tranquille dimanche d’août que j’ai écouté Fooled By The Fun, son troisième album. Dès les premières notes de la pièce Leaving, on se retrouve chez elle, avec ses proches. Ce qu’on entend est si intime et libre qu’on oublie de chercher ailleurs quelque parenté musicale qui soit. Sa voix magnifique nous touche comme un vent chaud d’été caresse la peau. Paix, douceur, fragilité et simplicité.  Et on se sent tellement bien qu’on n’a qu’à fermer les yeux pour s’imaginer à Hudson, dans la maison de ses parents, là où elle a enregistré une partie des chansons de ce nouveau disque. «Tellement bien qu’on s’sent mal un p’tit brin», comme dirait Richard Desjardins.

Musicalement, la présence de complices de longue date n’est sûrement pas étrangère à ce sentiment de confort et de quiétude. Composée de talentueux musiciens montréalais – Warren C. Spicer (Plants and Animals, qui assure la réalisation de l’album), Andrew Horton (Notre Dame de Grass), Dave Payant (A Silver Mt Zion),  Mike O’Brien (Sin and Swoon), Josh Dolgin (Socalled), Simon Nakonechny, Patrice Agbouku (Islands), Jessica Moss (A Silver Mt Zion, qui a aussi conçu l’illustration de la pochette), Josh Zubot, Andrea Lauren, Angela Desveaux et Nic Basque (Plants and Animals) – la famille musicale de Katie Moore offre tout ce qu’il faut pour servir son timbre unique, ses mots pudiques et ses mélodies chatoyantes. Guitares acoustiques et électriques, violons, piano, Fender Rhodes, basse, batterie et riches harmonies vocales : tout arrive à point, au bon moment et avec une aisance telle qu’une ou deux prises ont suffi pour capturer ces beaux moments (à part les arrangements de cordes qui ont été ajoutés en studio).

C’est donc avec la même grâce que s’enchaînent les autres chansons de Moore (gros coup de cœur pour la pièce-titre et Talked All Night) et les judicieuses reprises de Tracy Chapman (émouvante Baby can I hold you) et de Françoise Hardy (Tu ressembles à tous ceux qui ont eu du chagrin, en duo avec Ariane Moffatt, toute en délicatesse). Cet album est certainement un des joyaux de la rentrée!

  • Katie a remporté le prix GAMIQ du « meilleur album country-folk » pour Montebello, paru en 2011, et le Prix de la chanson de la SOCAN pour le titre Wake Up Like This.
  • L’album Fooled By The Fun (Club Roll) sera disponible dès le 28 août.
  • Spectacle-lancement à Montréal, le 27 août, au Rialto.
  • Elle sera également en spectacle à Québec, le 8 octobre prochain, à l’Anti.