Fred Fortin (+ Gabriel Bouchard) – Impérial Bell, 27 janvier 2017

Après plus d’un an de tournée ensemble, Fred et sa bande ont livré une ultime performance qui marqua très certainement tous ceux et celles qui ont eu le privilège d’assister à cette soirée inoubliable.

Gabriel Bouchard – Photo : Charline Clavier

Gabriel Bouchard

Le samedi 27 janvier, j’ai eu le plaisir de découvrir Gabriel Bouchard. Le jeune homme originaire de Saint-Prime au Lac Saint-Jean (municipalité où Fred Fortin a aussi grandi) a assuré la première partie du spectacle en solo avec sa guitare. Ses textes racontent des histoires de grosses soirées et d’amours manqués avec un débit qui rappelle un peu le folk trash. Les thèmes abordés dans ses textes, sa prestance et son style musical nous rappellent les échos d’un autre Fortin… Dédé! Devant un auditoire semi-attentif, Gabriel Bouchard a enchaîné ses chansons en réussissant à capter l’attention de quelques curieux. J’ai même aperçu quelques fans qui chantaient en choeur plusieurs de ses refrains.

On a pu avoir des versions solos des pièces de son EP Cerveau-Lent, sorti cet automne. J’ai beaucoup apprécié la balade « Yé passé où l’soleil? », où Gabriel Bouchard nous a démontré l’étendue de ses capacités d’auteur-compositeur-interprète. Le texte est à la fois nostalgique et d’une candeur déchirante.

Cette mise en bouche nous a donné envie d’en entendre plus, et la prochaine fois, avec son groupe. Peut-être aurait-il pu mieux capter l’attention de la salle avec une formule full-band. N’empêche que Gabriel Bouchard a livré une très belle performance. Nous avons hâte de le revoir.

Fred Fortin – Photo : Charline Clavier

Fred Fortin

Le dernier show d’une tournée qui dure depuis 2016, ça se fête en grand ! Plusieurs se souviennent du spectacle de Fred Fortin à l’Impérial cet été à l’occasion du Festival d’été de Québec (FEQ). Le 27 janvier, nous avons eu le spectacle complet : une soirée où Fortin était maître de cérémonie et le public, rassemblé en fidèles, a écouté ses chansons défiler pendant plus de 2 heures.

Ce public m’a d’ailleurs surpris ; il était composé autant de fans dans la vingtaine que de vétérans autour de la quarantaine. C’est à la suite de ce constat que je me suis souvenu que son premier album, Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron, date de 1996, ce qui explique l’étendue d’âge de son public. Amassée devant la scène, la foule a tout de suite réagi aux premières notes d’une belle introduction planante avant « Oiseau », cette chanson incroyable qui m’a tout de suite conquis lors de ma première écoute de son plus récent album, Ultramarr, à sa sortie.

Composé surtout de pièces dudit album, sa set list faisait cohabiter autant les chansons plus rock que folk doux du répertoire de Fortin. Quoique durant cette soirée-là, on a eu droit à des versions électriques pesantes de plusieurs chansons. C’est le cas de « Gratte », où Fred a livré un long solo de guitare bien appuyé par ses musiciens. Et ses musiciens, justement, parlons-en ! Pour ce spectacle full band, l’artiste s’est entouré d’une bande de musiciens les plus talentueux les uns que les autres. La chimie entre Olivier Langevin et lui-même, le duo vedette de Galaxie, était palpable. On a eu droit à des vrais jams aux influences notables de Gros Mené (entre autres dans « Ti-chien aveugle ») par le son lourd et puissant de cet autre projet du duo.

Alors que la formation quittait la scène après une version allongée de « Scotch », nous étions certains que le concert était fini. Évidemment, nous en redemandions plus. Fred est revenu sur scène pour deux chansons solos qui lui ont valu un sincère et émouvant « Merci Man ! » d’un spectateur visiblement très ému du moment qu’il vivait. C’est alors que le groupe est encore revenu sur scène pour un dernier 30 minutes de pure folie où le jam et la complicité étaient les seuls maîtres.

Le groupe semblait lui aussi ému lors des derniers adieux. Après plus d’un an de tournée ensemble, Fred et sa bande ont livré une ultime performance qui marqua très certainement tous ceux et celles qui ont eu le privilège d’assister à cette soirée inoubliable.

Ne vous inquiétez pas, vous aurez encore la chance de revoir Fred Fortin dans les prochains mois : il entame une série de spectacle solo auxquels nous avons déjà hâte d’assister.

Merci Fred pour cette soirée intense. Merci pour ta musique ! Nous attendons la suite.

 

 

Jean-François Bélanger – Grand Théâtre de Québec, 28 janvier 2018

Cette musique est un conte fantastique où les nombreux instruments de Jean-François Bélanger racontent l’écho des siècles qui aurait porté cette musique jusqu’à nos oreilles.

Le dimanche matin, ce n’est pas toujours facile de sortir de chez soi. Surtout lorsque la veille on a vu Fred Fortin à l’Impérial…

 Armé de mon courage et de mon enthousiasme pour la découverte, j’ai monté l’escalier de Saint-Roch vers le Grand Théâtre où Jean-François Bélanger se produisait dans le cadre de la série de concerts les « Croissants-Musique ». Cette fabuleuse initiative nous permet d’aller voir gratuitement des groupes dans le foyer de la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre, environ une fois par mois. Je vous suggère fortement d’aller voir la programmation et d’assister à ces belles matinées !

Jean-François Bélanger est un multi-instrumentiste s’intéressant beaucoup aux instruments scandinaves. Sur scène, il joue du nyckelharpa, du tenor harpa, de la contrabasse harpa (des cousins nordiques de la viole de gambe) ainsi que du violon Hardanger (le cousin nordique du violon).

Il présente des compositions originales inspirées fortement des sonorités propres à la musique traditionnelle du Nord de l’Europe. Sa musique n’a rien d’exclusif à une seule culture : le musicien nous propose un voyage sur une terre qui n’existe pas, un endroit idyllique où les peuples et les cultures cohabitent en paix. La musique traditionnelle évoque un sentiment de retour à la terre ainsi qu’une certaine nostalgie. Cette musique est un conte fantastique où les nombreux instruments de Jean-François Bélanger racontent l’écho des siècles qui aurait porté cette musique jusqu’à nos oreilles.

C’est devant un auditoire assez âgé, mais très nombreux, que Jean-François et son groupe débutent le spectacle avec le premier titre figurant sur son plus récent album : Les eaux de l’oubli/Jökulhlaup. Cette pièce nous transporte tout de suite dans ce monde imaginaire en raison des influences moyen-orientales et scandinaves sur les mélodies entendues. Ce métissage pourrait nous paraître curieux, mais la virtuosité des instrumentistes nous convainc tout de suite et nous transporte. Le voyage est entamé.

Jean-François était accompagné par une brochette très impressionnante de musiciens. Élisabeth Giroux au violoncelle brillait par la clarté et la virtuosité de son jeu, surtout dans la « Valse militaire » ainsi que dans « Les ogres de Barbarie ». Le guitariste Yann Falquet nous a beaucoup impressionné par sa créativité à la guitare, mais aussi par les chants harmoniques qu’il exécutait dans plusieurs pièces. Cette technique vocale permettait de soutenir l’atmosphère sonore des pièces par ce son riche en harmonique. Finalement, le percussionniste Bernard Ouellette démontrait une polyvalence incroyable et maniait tous ses instruments à la perfection lors de ses interventions toujours très pertinentes.

Le groupe, qui nous a tantôt bercé avec des chansons comme « Les ornières du vide » et « Les eaux de l’oubli », nous a aussi donné envie de danser avec les plus énergiques « La Tiraille » et « Les ogres de Barbarie ». La chanson « Pitou’s trip to Norway » était très intéressante. Elle est un hommage au violoniste traditionnel québécois Louis « Pitou » Boudreault, reconnu pour son légendaire furieux coup d’archet. Dans cette chanson, ce coup d’archet est utilisé pour jouer une mélodie sur le violon Hardanger.

Après une heure de pur bonheur, le public en redemanda et la formation termina en beauté cette matinée musicale avec la très entraînante pièce « La Tiraille ».

Je vous conseille fortement de vous procurer ses deux plus récents albums, Les vents orfèvres (2014) et Les entrailles de la montagne (2017), qui ont été enregistrés comme un diptyque sur quatre ans. C’est une musique qui vous fera assurément voyager en Europe du Nord et plus loin encore…

Antoine Corriveau – Théâtre Petit-Champlain, 24 novembre 2017

On ne ressort pas indemne d’une soirée avec le récipiendaire du Lucien du meilleur album indie rock au GAMIQ de cette semaine. Une partie de nous même a changé lors de cette soirée en raison de l’ambiance intimiste, la poésie déchirante, les passages musicaux très lourds et puissants.

Antoine Corriveau – Photo : Jacques Boivin

Les premières neiges de l’hiver. Ces moments magiques où le temps semble s’arrêter pour laisser place à un sentiment de nostalgie et de bien être sincère. Cet instant où tu retombes en enfance et tu souhaites marcher sous les gros flocons toute la nuit avant de rentrer à la maison te faire un gros chocolat chaud.

C’est dans cet état que le public se trouvait alors que nous marchions, en pleine contemplation, dans les rues du Petit-Champlain sous cette tombée de neige. L’expérience d’un spectacle au Théâtre du Petit-Champlain se vit avant même de pénétrer les lieux; se promener dans les vieilles rues d’un des plus vieux quartiers en Amérique du Nord prépare les mélomanes à la soirée qu’ils vont vivre. Et quelle soirée nous avons passé!

Le spectacle d’Antoine Corriveau est conçu pour des salles intimes, où les gens sont assis et où personne ne dérange pour permettre à l’auditeur de profiter pleinement de la poésie soutenue de l’artiste. Le Théâtre du Petit-Champlain répond à toutes ces attentes et encore plus. Tous les mots se rendaient à nos oreilles avec une clarté impressionnante et la balance du son ne nous a pas rendus sourd, même si certains passages auraient pu être envahissants.

Antoine Corriveau – Photo : Jacques Boivin

Seul sur scène, Corriveau débute cette soirée muni d’une guitare classique avec «Rendez-vous», premier titre sur son plus récent opus (Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter). Tout de suite, l’introspection débute et le public se plonge dans son univers poétique à la fois magnifique et sombre. La voix grave de Corriveau déclame les textes sans mélodies extravagantes pour faire ressortir les mots sans compromis. Si le public n’était pas déjà convaincu après les premières chansons de la soirée, «Deux animaux» a certainement ému l’assistance. Les musiciens ont su nous déchirer les entrailles et nous faire pleurer, si ce n’est qu’avec «Parfaite», ce slam qu’Antoine livre avec fougue sur des boucles sonores montées par la violoncelliste Marianne Houle et soutenus par le reste du groupe. La dernière pièce de la première partie nous laissa sur notre faim avec le magnifique titre «Et tu penses que je veux», apparaissant sur Les ombres Longues.

Les yeux pleins d’eau, les jambes molles, le public se mérite une petite pause pour se remettre de ses émotions. « J’ai visité des coins sombres de mon cerveau », « Je me suis remis en question ce soir », sont des phrases qui peuvent être entendues lors d’un entracte d’un spectacle d’Antoine Corriveau.

Antoine Corriveau – Photo : Jacques Boivin

Après une petite jasette sur le sens de la vie, avec notre voisin, Corriveau rapplique seul sur scène avec «Deux Visages», une chanson qui figure sur l’album qu’il a écrit pour Julie Blanche. Dès les premières notes du piano, on sait tout de suite que «Les hydravions de trop» va faire mal, mais pourtant on en redemande. Je crois que lorsqu’Antoine se met au piano, il se passe quelque chose de fort, le public hypnotisé se laisse démolir par la musique qui vient toucher juste à la bonne place. L’exécution incroyable de «Noyer le Poisson» et «Les trous à rats» provoque un rappel qui en provoqua un autre. Lors des spectacles intimes comme celui-ci, le deuxième rappel est souvent marquant, car il n’est pas prévu et il relève de la spontanéité et de l’humeur de l’artiste. Nous en voulions plus et Antoine Corriveau semblait bien s’y plaire en ce temple de la chanson. C’est seul à la guitare qu’il interpréta sous recommandation du public «Le temps des coupes à blanc» (NDLR : recommandation crée avec un enthousiasme assez manifeste par notre collaborateur Julien Baby-Cormier, qui était également présent), ce bijou de chanson qu’il avait justement réarrangé pour son spectacle solo de Coup de coeur francophone.

On ne ressort pas indemne d’une soirée avec le récipiendaire du Lucien du meilleur album indie rock au GAMIQ de cette semaine. Une partie de nous même a changé lors de cette soirée en raison de l’ambiance intimiste, la poésie déchirante, les passages musicaux très lourds et puissants.

Le 7 décembre prochain, Antoine jouera à l’Usine C à Montréal avec 15 cordes, 2 batteurs, un percussionniste, un bassiste et un pianiste. C’est certainement un concert qui vaudra le déplacement dans la grande ville!

Apéros FEQ : Lancement de la saison 2017-2018

La rentrée culturelle de Québec bat son plein ces jours-ci. La saison des lancements d’albums est officiellement commencée, le gala de l’ADISQ et le GAMIQ approchent à grands pas et les différentes séries de concerts ont débuté leurs activités (allô le Pantoum, on s’était ennuyé).

C’est en cette période de renouveau culturel que le Festival d’été de Québec lance sa nouvelle saison des Apéros FEQ. Pour ceux qui ne connaissent pas le concept, c’est un concours où 24 groupes différents monteront sur les planches du District St-Joseph pour gagner leur place dans la programmation du Festival. Les 24 semaines de spectacles seront séparées en 4 vagues où un gagnant par ronde se verra offrir 1 000 $, une place en finale à l’Impérial Bell le 17 mai 2018 ainsi qu’un spectacle sur la scène Fibe à l’été 2018. Le groupe remportant la grande finale recevra une bourse de 6 000 $ et plus de tous les prix précédents.

L’an dernier, le grand prix comprenait aussi un spectacle sur les Plaines d’Abrahams, mais l’équipe du FEQ, n’ayant pas réussi à le faire cette année, a décidé de ne plus inclure cette récompense dans le concours.

Voici les concurrents de la première vague des Apéros FEQ:

À partir du 5 octobre, vous pourrez découvrir et apprécier un groupe différent à chaque jeudi soir à 18h. Parfait pour un 5 à 7 avec vos collègues mélomanes!

Paupière, Mon Doux Saigneur, Zagata et Simon Kearney – Le Cercle, 14 septembre 2017

Photos : Ève Méquignon

Ouf, ça en fait du monde qui passe sur une scène! Pour le lancement de leur premier album, Mon Doux Saigneur a décidé de s’organiser un mini festival au Cercle en cette chaude soirée de septembre. La soirée était belle, le monde était content, les groupes étaient en feu, on a donc tous passé un très beau moment.

 

Simon Kearney

Le rock de Simon est sincère, sans détour et puissant. Il est à base de solides compositions supportées par une brochette de bons musiciens et assaisonné par une belle présence scénique. Laissez le tout mijoter et savourez sans modération. En effet, les musiciens savent très bien se débrouiller, en particulier le sujet principal du groupe, qui livre des solos de guitare agiles et bien sentis. Il a présenté des mélodies accrocheuses tout au long de son (court) moment sur scène qui ont réuni, en chantant et en tapant des mains, le public sans cesse grandissant. Du rock, il y en a beaucoup à Québec, mais peu de groupes arrivent à la qualité que Simon et sa bande proposent. Le trio guitare, basse et batterie a bien réchauffé la foule pour le début de cette belle soirée.

 

Zagata

Ce groupe, c’est le projet de Jesse Proteau (oui, oui, le frère de Joey). D’ailleur, Joey (Ego Death de son petit nom) participe à son projet comme guitariste. Zagata propose une musique très pop où les beaux synthés de Marie-Pierre Bellefeuille apportent une petite touche rétro années 80 au groupe. Les musiciens sont tous très bons, ils exécutent à la perfection leur rôle et Jesse prend celui de rock star très au sérieux. Leur musique détonnait cependant lors de cette soirée. Elle m’a semblé un peu superficielle, vide de contenu artistique. Les textes sont très pauvres: ils décrivent souvent la vie urbaine avec des histoires d’amours qui ne fonctionnent pas ou des histoires de boîtes de nuit. Ce groupe n’avait pas vraiment sa place juste avant Mon Doux Saigneur, on les aurait beaucoup plus appréciés au Show de la Rentrée (la veille) ou dans une soirée dansante au District. C’est une pop rassembleuse et commerciale qui divertit plus qu’elle satisfait notre appétit de mélomane.

 

Mon Doux Saigneur

L’anticipation était palpable. Je pensais qu’on serait une poignée d’adeptes à boire leur musique lors de la soirée, mais finalement, c’est devant un Cercle bien rempli que la formation Mon Doux Saigneur a débuté le spectacle de lancement de leur premier album. Leur musique est sincèrement délicieuse, elle vient chercher exactement ce dont on a besoin, parfois en nous réconfortant et parfois en nous faisant danser. Ce rock franco comme on l’aime a une petite touche folk grâce au lapsteel, manié d’une main de maître par David Marchand. Les gars ont vraiment l’air doux avec leurs barbes, les petites lunettes du bassiste Étienne Dupré, leurs bières sans gluten. On pourrait qualifier cet indie-rock de «rock sans gluten» (aucunement péjoratif). On a eu droit a de belles balades qui évidement, se sont fait couvrir par les discussions trop fortes du Cercle (maudit…). Le groupe nous a remerciés plusieurs fois pour notre écoute, alors que le public ne le méritait vraiment pas. Merci à cette très belle formation d’être passée par Québec nous livrer leur album (procurez-vous le maintenant!) ainsi qu’un spectacle flamboyant.

 

Paupière

Peut-être que c’était une erreur de placement des groupes, peut-être que quatre groupes pour un jeudi soir à Québec, c’est un peu ambitieux, mais la salle s’est drôlement vidée avant Paupière. C’est dépassé minuit que le trio électro-pop a foulé les planches un peu fatiguées de cette soirée. L’heure tardive et le manque d’énergie de la foule n’a pas empêché le groupe de livrer une performance énergique, mais quand même marquée par quelques moments de découragement dû au caractère passif des auditeurs. Vers la moitié du spectacle, deux des musiciens ont ensevelit une des chanteuses sous une montagne de gros rubans roses, ce qui a ajouté un caractère un peu excentrique à leur prestation. Avec les synthés et les séquences, Paupière a présenté une synth-pop très actuelle avec un son 80’s tant à la mode ces temps-ci. C’était tout de même un bon spectacle, bien que je suis convaincu que la formation soit capable de beaucoup plus.

 

Nicolet – « Hochelaga »

Nicolet
Hochelaga
(Chivi Chivi)

En ce début de saison des sorties d’albums, Nicolet arrive comme une bombe avec une proposition remarquable. Il s’inscrit très bien dans la synthwave moderne avec une esthétique brillante très 80’s pourtant très actuelle. On y trouve une bonne recherche dans la forme ainsi que dans les sons utilisés tout au long de l’album. Plusieurs titres nous incitent à la danse sous la boule disco alors que d’autres nous permettent de prendre le temps d’apprécier la voix et de savourer les compositions d’Étienne Hamel, initiateur du projet. Hochelaga, lancé le 25 août 2017, promet beaucoup. On vous en parle en détail.

La pièce d’ouverture de l’album, éponyme au titre de l’opus est un gros morceau. Un beau sept minutes qui donne bien le ton à l’album. Les synthétiseurs, le son de guitare brillant, la voix noyée dans la réverbération… Le style est bien énoncé et on sait déjà à quoi s’attendre, bien que le reste de l’oeuvre nous réserve de belles surprises. Le thème joué sur un synthé donne tout de suite envie de danser et d’apprendre les paroles pour les chanter à tue-tête. Chanson très brillante, elle apporte tout de suite du bonheur à l’auditeur.

Dans la frénétique Ratio, nous pouvons mieux entendre et apprécier la voix de Halmel sortie du lac des réverbérations. Une série d’arpèges très rapides sont joués aux synthétiseurs tout au long de la pièce ainsi que la batterie agitée nous laisse sur le bout de notre chaise (si on n’est pas debout en train de danser) tout au long de la chanson. On a droit à une finale qui nous rappelle vaguement Arcade Fire.

La Fontaine se veut davantage une chanson réconfortante avec un soupçon de style latin aux arrangements de cuivres efficaces et rythmés. Après cette balade aux accents tropicaux, Doppelgänger est certainement le titre le plus fort de l’album en nous laissant un vers d’oreille immanquable. Dès les premières notes de guitare fouettée et le groove bien rock de la batterie et de la basse, on a envie de se déhancher. Le multi-instrumentiste qu’est Hamel a exploité un thème unique pour en faire une chanson remarquable, franchement bien construite. Ce titre devrait le faire remarquer sur les radios québécoises cette année. Si ce n’est pas le cas, l’industrie de la musique est sérieusement malade…

Le sixième titre de l’album me laisse perplexe. Maintenant je pense à mon argent est à la fois un vers d’oreille, mais à la fois une des compositions les plus faibles de l’album. Les formes trop longues nous perdent et le texte est un peu banal, basé sur des actions de la vie quotidienne sans rebondissement ou angle d’approche spécifique. Cette chanson est toutefois bien «défoulante». Je suis certain que plusieurs spectateurs ou auditeurs pourront y trouver leur compte dans l’énergie enivrante de cette pièce.

Après La Mystification qui se veut comme un trip de synthés un peu rétrofuturiste, s’enchaînent les magnifiques Tempérance et Un genre de Dieu qui présentent toutes les deux de la guitare acoustique pour des compositions de type balade au son plus actuel, tout en gardant les synthétiseurs en arrière-plan. Les arrangements sont magnifiques, bien que j’aurais pris un peu moins d’électronique pour mieux entendre les très beaux textes de ces chansons. Dans certaines parties de l’album, quelques décisions de mixage noient la voix dans l’écho et les synthés alors que dans certains cas, on aurait dû la pousser à l’avant-plan.

L’album se termine en beauté avec Il est tombé toute la nuit une neige étincelante sur Hochelaga-Maisoneuve, une chanson instrumentale rêveuse qui nous plonge dans une longue soirée de décembre où nous nous promenons dans la rue Nicolet du quartier-thème de l’album en observant la neige lentement se déposer sur notre visage raidit par le léger souffle de l’hiver. Les lampadaires aux ampoules orange illuminent la scène alors que nos pas s’impriment dans la neige fraîche sur la rue déserte. Nous espérons sincèrement que l’album pourra durer dans le temps et ne se fera pas oublier par l’automne qui s’annonce chargé en sortie d’albums.

Cet opus est un très bon coup et démontre bien le sérieux de l’artiste depuis qu’il est signé avec Chivi Chivi. La production de l’album est nettement supérieure à son premier EP sorti en 2014, même si quelques choix de mixage auraient mieux fait  d’avantager le texte ainsi que la voix d’Étienne Hamel. Après ce très beau long jeu, j’ai bien hâte de voir son spectacle cette année pour danser et même chanter les textes qui, déjà, commencent à s’imprimer dans mon oreille.

KNLO (+ L’Amalgame et RBV) – Casa del Popolo (MTL), 10 août 2017

En prévision du festival SOIR du vendredi 11 août, on est montés à Montréal un peu plus tôt et sommes tombé sur cette soirée 100% rap queb. On a fait nos curieux et finalement on a dansé toute la nuit avec un beau public enthousiaste.

Cette soirée était en fait le lancement de la nouvelle boîte de production artistique Mandragore. Ce projet «enraciné dans la culture locale» est l’initiative du jeune et dynamique Renaud Paquette qui souhaite se lancer dans la gérance d’artiste, le booking ainsi que l’organisation d’événements. Il est déjà gérant de trois groupes: Jambori Jambora, Michaëlle Richer ainsi que notre bien-aimée Fria Moeras de Québec. Le jeune entrepreneur a visé grand pour son coup d’envoi en allant chercher KNLO, une figure du rap queb bien établie dans la scène québécoise grâce au collectif Alaclair Ensemble. Il a ainsi prouvé son sérieux dans le domaine et son désir de jouer dans la cour des grands.

RBV  

Les Racailles de Basses-Villes (ou RBV) ont allumé la foule pour le début de cette soirée. Leur musique, très festive, glorifiant la fête et le bon temps passé entre amis nous a permis de faire grimper de quelques degrés la Casa del Popolo, déjà bien chaude. Les paroles, aux allitérations et assonances nombreuses, nous ont fait penser à la musique des mots qu’on retrouve chez Loco Locass (mais sans le contenu militant de ce groupe). Leur musique bien « funky », avec une bonne touche de «boom bap», nous rappelle tout de suite L’Amalgame et leur poésie évoque quant à elle Alaclair Ensemble. C’est à ce moment que l’on comprends que Renaud Paquette a fait un travail de maître pour le booking, chaque groupe rappelant un élément d’un des autres. RBV possèdent une bonne maîtrise de la langue, ils font quelques référents culturels intéressants et nous invitent à la fête. Cependant, comme dans plusieurs spectacles de rap, les paroles ne sont pas toujours bien compréhensibles et on perd plusieurs mots, surtout avec les répétitions en groupe des fins de phrases qui ne sont pas toujours parfaitement synchronisées. Parfois, c’est l’articulation qui se ramollit, ce sont les fins de phrases qui moins précises ou la maîtrise de la distance du micro qu’il faut retravailler. On a passé un beau moment avec la formation RBV, qui a permis au public d’arriver dans une ambiance festive.

L’amalgame

Les groupes de rap, c’est une grosse famille. Chaque membre termine les verses des autres et tout le monde se tient pour ne former qu’un tout. La formation, bien ancrée dans la culture des jeunes montréalais, réussit très bien à démontrer leur cohésion et leur unité. Au lieu de simplement finir en groupe les phrases du soliste, ils s’alternent, faisant ainsi un contrepoint de mots finement ficelé. Depuis 2011, le collectif a sorti plusieurs EP/albums avec lesquels on peut voir une évolution bien marquée ainsi qu’un ton bien défini. Sur scène, leur chorégraphie verbale est sans reproche et ils savent bien rendre leurs chansons. Ils ont interprété beaucoup de chansons de leur plus récent album, Congé sur l’île ainsi que l’excellente Fu Funk  de leur projet funk/rap Suprême Sans Plomb en collaboration avec Of Course. Vers la fin de leur set, ils nous ont dévoilé des chansons plus introspectives de leur nouveau EP «Corde à linge» qui sortira en septembre. Ce groupe de rap fait définitivement partie de mes coups de coeur de la relève du hip-hop montréalais.

KNLO

Ce projet solo du membre d’Alaclair Ensemble est très authentique. Il respecte les racines du collectif tout en ayant une couleur bien à lui. En plus de son excellent beat maker, KNLO est accompagné de Caro Dupont, aussi membre de Miss Sassoeur & les Sassys, qui chante et qui a même sorti sa flûte traversière pour une pièce. KNLO présente un projet bien ancré dans le «post-rigodon» aux accents funk, avec quelques chansons à répondre et des freestyles impressionnants. Il a tout d’abord débuté avec une intro bien jazz, en chantant avec Caro Dupont. On reconnaît alors les influences de sa collaboratrice. Il a enchaîné avec plusieurs titres de son album «Long Jeu», son premier vrai album solo. On a même pu entendre des nouvelles chansons jamais présentées avant, pour notre plus grand bonheur. Le rappeur d’expérience sait livrer un bon spectacle et faire lever la foule d’enthousiastes.

La soirée était une réussite. Merci et bravo à Renaud Paquette pour l’organisation! Je vous invite à suivre le développement de la nouvelle boîte de production Mandragore.

https://racaillesdebasseville.bandcamp.com/

https://lamalgame.bandcamp.com/

https://alaclairensemble.bandcamp.com/album/long-jeu

Crackers and Jam + Fria Moeras – Ninkasi St-Jean, 27 juillet 2017

Fria Moeras

C’est en solo que Fria Moeras s’est présentée arborant une tenue de vendeuse de crème glacée dans un stade de baseball. Avant le spectacle, elle est cette personne rayonnante et extravertie, sur scène, elle a décidé d’adopter un personnage un peu gêné et décalé du monde que l’on connaît. «J’va jouer des chansons». Après ces paroles solennelles, la jeune musicienne débute son spectacle avec La peur des animaux, une chanson qu’elle a eu la chance d’interpréter dans le cadre d’une session live au Comptoir Emmaüs pour la Fabrique Culturelle. Cette valse candide annonce très bien les couleurs fuchsias de cette belle musique. Ses textes, sa voix, son attitude, plusieurs éléments nous rappellent une certaine Lydia Kepinski, ce qui n’est pas une mauvaise chose compte tenu du succès de cette dernière ces temps-ci. Dans son choix de chansons, deux reprises de Jean Leloup jouées tour à tour. Elle débute, pour le plus grand bonheur de son gérant Renaud Paquette, par une interprétation bien à elle de «Johnny Go», ajoutant quelques mélodies à cette chanson qui est d’ordinaire plus spoken word. Après avoir cassé un verre (on ne pose jamais de verre plein sur les amplis gang), Fria enchaîne avec un très touchant «Sang d’encre» qui nous a fait réaliser le grand talent d’auteur de la jeune fille, car les paroles s’inscrivaient en plein dans son style de textes. Quand les paroles nous rappellent l’écriture de Jean Leloup, c’est généralement bon signe. Ses chansons folk-intimiste nous plongeaient dans une atmosphère introspective qui nous accrochait à ses lèvres, attendant le prochain mot pour saisir les belles images de ses textes. En résumé, si Fria Moeras c’est un croisement entre Képinski et Leloup, ça vaut le détour d’aller voir son spectacle et de suivre son parcours.

Crackers and Jam

La formation de Montréal est arrivée sur la scène de la Ninkasi le sourire aux lèvres malgré les petits yeux de tournée des membres. En effet, Crackers and Jam était en tournée depuis une semaine à travers le Québec passant entre autre par Gaspé, Tadoussac, Chicoutimi, la Malbaie. Un peu amochés par la tournée (et la drift de la veille qui valu une jambe dans le plâtre à Joseph, le bassiste/claviériste), les gars ont livré un show solide. Crackers and Jam c’est avant tout le groove. «On aime ça groover, on aime ça danser.», lance Julian avant de partir un morceau bien funk et entraînant. Ils mélangent avec succès le soul-funk des années 70 avec un son brillant bourré d’harmonies vocales nous rappelant les Beatles. En gros, c’est George Harrison avec un afro ou bien George Clinton en Sgt Pepper. La voix de ténor d’Adrian nous fait planer et les lignes de violon de Julian affirment bien le ton folk-rock du groupe. Crackers and Jam agit vraiment comme un groupe. Durant le spectacle, nous avons pu y voir 3 chanteurs principaux pour des chansons différentes, Adrian qui chantait beaucoup au début, s’est retiré derrière pour jouer de la basse et laisser place à ses camarades. Malgré sa jambe dans un piteux état, Joseph nous impressionna avec son aisance autant à la basse qu’aux claviers. Idem pour Julian qui alternait entre le violon, la mandoline et la guitare durant tout le long du spectacle. Malgré leurs conditions physiques, les gars ont donné tout de même un très bon show avant de se lancer dans le fameux karaoké de la Ninkasi.

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[FEQ], L’Orchestre d’hommes-orchestres

«Le Canada est-il un bon spectacle?»

Si vous passez près du Parc de l’Amérique Française jusqu’à dimanche, entre 18h30 et 20h, vous pourrez entendre une panoplie d’instruments résonnant dans les rues de Montcalm. Approchez-vous, vous serez surpris!

L’univers complètement éclaté de l’ensemble multidisciplinaire de Québec regroupe des artistes de la Vieille Capitale de tous les milieux. Nous y retrouvons entre autres: le Quatuor Crema, Benoit Fortier (Aurore, Les Chauffeurs à pieds, compositeur et corniste) et Claudia Gagné (l’Octopus).  Leur spectacle n’est pas un rassemblement de 150 hommes-orchestres, mais bien un hommage au 150e du Canada. Hommage est un bien grand mot, car leur spectacle se veut plus une caricature de la Confédération. La reine jetant des sachets de thés utilisés et nous montrant un panneau «Bonjouraille»,  tout en secouant sa main de son mouvement rotatif particulier, représente bien leur message. Ou bien encore les légendes du spectacle au Canada avec «Céline Dinon». Parmi les instruments: des patins sur de la vitre (bravo pour l’équilibre Claudia!), des chaises portées en souliers, des égoïnes, des vieux synthétiseurs, des claviers trafiqués, du pelage de patates (allô le Quatuor Crema!) et bien sûr, une panoplie d’instruments plus traditionnels: basson, cor, violon, violoncelle, flûte… Cette représentation performative contient autant des musiciens que des danseurs,  des acrobates et des acteurs.

À l’image du très excellent parcours «Où tu vas quand tu dors en marchant» (où d’ailleurs, l’ODHO s’est déjà produit), ce spectacle pluridisciplinaire saura marquer votre imaginaire. Cette activité est parfaite pour une sortie en famille avant votre spectacle préféré du FEQ.

 

 

OÙ : Parc de l’Amérique Française (à côté du Grand Théâtre)

QUAND : de 18 h 30 à 20 h jusqu’à la fin du FEQ (dimanche 16 juillet)

COMBIEN : gratuit

POURQUOI : pour votre plus grand bonheur

 

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[FME], Dévoilement de la programmation

Le 6 juin dernier, le FME nous a livré quelques exclusivités sur la programmation de sa 15e édition. Aujourd’hui, ils nous dévoilent leur programmation complète pour notre plus grand bonheur.

Voici nos chouchous parmi les nouveaux artistes qui ont été annoncés cette semaine:

En mise en bouche le jeudi 31 août, vous pourrez entendre La Mverte, Thus Owls, King Abid, Slosh et Duchess Says sur les différentes scènes du festival.

Le vendredi 1er septembre, parmi les artistes, nous avons particulièrement hâte de voir l’excellent Pierre Flynn, la planante formation The Franklin Electric, les psychédéliques Elephant Stone, ça va déménager avec A Place to Bury Strangers, les très rock Chocolat et finalement les rétro The Wildtones. La soirée se clôturera par un spectacle tout en hip hop avec Mathew James, Lary Kidd, Eman X Vlooper et Alaclair Ensemble.

Le samedi 2 septembre, s’ajoutent à la programmation Mon Doux Saigneur (qui lance un nouvel album pour cette occasion!), KROY, Antoine Corriveau et le duo folk Saratoga,

Pour la dernière soirée, on sera gâtés! On espère vraiment pouvoir assister aux spectacles de Le Couleur (non, on est jamais tannés de les voir), Mat Vezio, la reine de la chanson Klô Pelgag, Matt Holubowski, ANEMONE. La soirée se terminera avec un spectacle métal avec Incantation et Absysmal Dawn qui précéderont la formation suédoise Marduk.

Rappelons-nous que ces noms s’ajoutent aux quinze autres déjà annoncés: A Tribe Called Red, Pierre Kwenders, La Bronze, Philippe B, Andy Shauf, Ludovic Alarie, Sarah Toussaint-Léveillé, Geoffroy, FUUDGE, Canailles, Afrikana Soul Sister, Emily Wells, Atsuko Chiba, Paul Jacobs, Sunwatchers et que ce sera aussi la dernière occasion de voir l’excellent spectacle Desjardins, on l’aime-tu!

Le FME a livré pour sa 15e édition une programmation bien étoffée qui réunit autant de supers artistes habitués des festivals que d’intrigantes découvertes. C’est à ne pas manquer!

L’horaire du festival paraîtra dans les prochaines semaines.