[FESTIVAL] LE ROYAL de l’Île d’Orléans, 17 juin 2017

Photos : Marion Desjardins

La coïncidence des anniversaires du FME (15 ans) et de Cassis Monna (25 ans) & Filles (15 ans) a été l’occasion, le 17 juin dernier, de réunir de nombreux artistes de la scène indépendante québécoise dans la toute première édition d’un festival conjointement organisé.

Les Hay Babies, Jesse Mac Cormack, Louis-Jean Cormier, Julien Sagot, Aliocha, Patrick Watson, [The Seasons] se sont succédé en alternance sur scènes extérieure et intérieure. Portant le nom de ROYAL, ce festival à la programmation solide a su marier l’énergie de la musique émergente aux décors bucoliques de l’île d’Orléans.

Le résultat : un événement complet, qui offrait autant rafraîchissements et «bistronomie» qu’expérience musicale variée. Le tout dans une ambiance conviviale : la ferme de Cassis Monna & Filles avait été judicieusement décorée pour l’occasion et ses espaces extérieurs offraient des replis invitants.

Mais on n’a pas trop eu le temps de profiter des installations, puisque les généreux sets des nombreux artistes se sont enfilés les uns après les autres. Compte-rendu d’une soirée dont on ne voulait pas perdre une goutte.

 

17h30 – Les Hay Babies

Accompagnées de trois musiciens supplémentaires, les triplettes néo-brunswickoises ont commencé la soirée en force. Prenant tour à tour les devants, parfois toutes en harmonie, Vivianne Roy, Julie Aubé et Katrine Noël chantaient tantôt en français, tantôt en anglais sur une musique fortement inspirée par l’histoire du rock américain. Le tout était d’ailleurs exécuté à merveille et avec une profusion d’instruments différents (banjo, ukulélé, lap steel, ribambelle de guitares, etc.).

Explorant une variété de styles allant du rock psychédélique au country en passant par le blues, les Hay Babies nous ont fait balancer avec lui dans une autre époque, celle de Woodstock. Il fallait voir leurs habits aux couleurs des années 70 et leurs danses des années 60 pour comprendre cette expérience immersive et en goûter la joie contagieuse.

 

Le groupe a su plaire au public qui, timide mais attentif, s’était regroupé autour de la scène extérieure devant le beau paysage de l’île. L’expérience parfaite de fin d’après-midi, avec les rayons de soleil qui chassaient progressivement les nuages. Ça s’est terminé avec une reprise de la chanson Bennie and the Jets d’Elton John, ce qui nous a bien réchauffés pour la suite.

 

19h00 – Jesse Mac Cormack

Tout de suite après, on s’est dirigé vers le deuxième étage de la grange centenaire des Monna pour Jesse Mac Cormack. Tout en bois et assez exigu, l’intérieur du bâtiment offrait une atmosphère feutrée et chaleureuse.

Seul à la guitare – ce qui n’est pas arrivé souvent cette année – l’auteur-compositeur-interprète a déballé ses pièces avec assurance et sans prétention. Que ce soit celles qu’on connaissait déjà où encore de toutes nouvelles créations, chaque titre révélait le travail minutieux du musicien. Et le travail a porté ses fruits : les spectateurs, dont la moitié s’étaient assis, écoutaient en silence, comme subjugués par la musique.

Tout en dégageant une vibe très naturelle, Mac Cormack semblait avoir pensé à chaque rythme, à chaque fluctuation des dynamiques. Sa musique s’en est fait ressentir : minimaliste en version solo, elle allait droit à l’essentiel. Et malgré cette efficacité impressionnante, les sonorités de sa guitare étaient exploitées avec une richesse expressive dans un tout à la fois introspectif et indie-folk sur lequel se posait ses mélodies blues/soul.

 

20h00 – Louis-Jean Cormier

Pas de répit pour nos oreilles enchantées, car à peine Mac Cormack a-t-il terminé de jouer que Louis-Jean Cormier entamait une J’hais les happy end uptempo sur la scène extérieure. Accompagné de Robbie Kuster à la batterie et de Mathieu Désy à la contrebasse, Cormier a redonné un visage nouveau à ses chansons déjà connues, qu’il pigeait autant dans Le treizième étage que dans Les grandes artères. On a pu notamment apprécier une version blues rock de Faire semblant qui n’était pas piquée des vers.

Le temps de deux pièces, on nous a aussi fait le plaisir de ressusciter Karkwa. Bien que Julien Sagot ait manqué à l’appel, Stéphane Bergeron a pour sa part repris les baguettes pour jouer Pyromane et Moi-léger. La brise légère et le ciel bleu clair brodé d’or n’ont fait qu’ajouter à l’émotion du moment, qui a passé comme un courant d’air, comme dans la chanson.

Le set s’est merveilleusement terminé avec une reprise acoustique de Le tour de l’île par Félix Leclerc, délicate à en donner des frissons. On se rappellera aussi les mots de Louis-Jean Cormier pour nous dire adieu : «Je vous souhaite de rester curieux, et de continuer à écouter de la musique francophone de temps en temps.»

 

21h30 – Julien Sagot

En passant de la musique de Louis-Jean Cormier à celle de Karkwa, on avait déjà commencé à basculer lentement vers l’univers déjanté de Julien Sagot. Une fois de retour à la grange, on a pu plonger plus avant, et ce dès les premières notes largement psychédéliques des quatre musiciens.

On retrouvait Kuster aux tambours ainsi que Mishka Stein à la basse, section rythmique solide qui accompagne habituellement Patrick Watson. Un claviériste – dont on se rappellera les soli virtuoses – et Julien Sagot lui-même complétaient le tableau. Il n’en fallait pas plus pour que le résultat soit explosif. Et pourtant, on a eu la surprise de voir Frannie Holder (Dear Criminals) monter sur scène pour chanter notamment Blue Jane, pièce titre du tout dernier album de Sagot.

 

La voix de Julien Sagot est sans contredit aussi originale que le reste de sa musique : lourde, elle s’élève pour mieux retomber dans les graves. Elle murmure des phrases répétées qui prennent parfois des allures aliénantes sur la musique inusitée et juste assez dissonante des instrumentistes. On a particulièrement apprécié Ombres portées, un autre titre de l’album paru en mars dernier et qui s’est emporté dans une finale abracadabrante.

 

22h30 – Aliocha

Encore au tout début de sa carrière musicale, Aliocha s’est présenté sur scène avec une belle assurance qu’il savait mêler au charme honnête de ses interventions. Il nous a présenté plusieurs de ses pièces, fraîchement tirées d’Eleven songs.

Accompagné par trois autres musiciens, ses chansons où la guitare prédomine restent principalement dans le registre de la musique pop rock aux accents folk. Évoquant la musique qu’on entendrait le soir autour d’un feu, elles se prêtaient bien à l’occasion et au décor charmant de l’île d’Orléans. Seul hic, on aurait aimé voir ses compositions se démarquer davantage dans ce genre déjà beaucoup exploité.

 

En terminant, l’artiste a joué le simple The Start, qui figure lui aussi sur l’album sorti en juin dernier. On a retrouvé quelques connaisseurs dans le public, qui pouvaient déjà entonner les paroles avec le chanteur.

 

23h30 – Patrick Watson

J’ai été étonnée qu’on y parvienne, mais on s’est tous retrouvés dans la grange pour le clou du spectacle : Patrick Watson et ses musiciens en formule intime. Juste avant, les filles de Cassis Monna et Sandy Boutin du FME nous ont brièvement adressé la parole, la bouche pleine de reconnaissance et les yeux remplis d’enthousiasme.

Le quatuor est ensuite monté sur scène : Patrick Watson s’est dirigé vers le piano droit, Kuster et Stein ont pris d’assaut la section rythmique et le [insérez ici un compliment] Joe Grass (je suis fan) a empoigné l’une de ses fidèles guitares. Avec une introduction tout en douceur, ils ont glissé subrepticement vers Love Songs for Robots, pièce titre de leur dernier album. On a ensuite monté en intensité avec Hearts. Le reste a déboulé avec un calibrage savant entre des montées enivrantes, dégoulinantes d’intensité et de force, et de doux retours au calme, aux mélodies oniriques et éphémères.

On ne peut souligner suffisamment la créativité – écoutez, j’ai vu Kuster jouer sans baguettes – et l’intensité de ces quatre musiciens, qui ont même improvisé une chanson sur place pour le plaisir de nos oreilles. La scène semblait être leur terrain de jeu et leur camaraderie était contagieuse.

Tout cela a donné fruit à des moments magiques, comme la version acoustique de Man Like You pendant laquelle Joe Grass et Patrick Watson se partageaient le micro tandis que Kuster maniait l’égoïne. On a aussi chanté tous en chœur sur Adventures in Your Own Backyard, au cours de laquelle la soirée a atteint son paroxysme musical. En terminant, Patrick Watson a été généreux dans ses rappels pour un public qui était plus que conquis.

 

1h00 – The Seasons [show caché]

En sortant de la grange comme d’un rêve, plusieurs ont pu être agréablement surpris de constater que la soirée n’était pas encore tout à fait terminée. On pourrait étirer encore la magie avec The Seasons, chargés de clore le festival avec leur performance surprise.

Fiers et uniques représentants de la ville de Québec samedi soir, les quatre jeunes musiciens ont montré en formule condensée toute l’énergie dont ils étaient capables. Commençant en force avec The Way it Goes, tirée de leur album Pulp, ils ont enchaîné avec Junk, une nouvelle pièce qui montre bien leurs couleurs.

Avec leur attitude assumée et le reflet de leurs influences 70s, la performance de The Seasons offrait un spectacle dynamique et festif. Se démenant à la guitare, se déhanchant sur Animal Song et nous crachant même de l’eau au visage, Hubert Chiasson nous a clairement démontré qu’Alexandre Martel n’a pas le monopole de la bête de scène dans la Vieille Capitale. De quoi faire danser les plus braves et sourire les plus timides.

 

Une première édition réussie

Il n’y a rien à redire sur l’ensemble de ce festival, qui s’est terminé en beauté et sans anicroche. Les spectateurs, jeunes, très jeunes et moins jeunes, y ont tous trouvé leur compte. C’était même rafraîchissant de voir un public renouvelé, différent de celui auquel on est habitué à Québec ou encore au FME.

On a aimé les paysages à couper le souffle, les sets généreux, le duo scènes intérieure-extérieure ainsi que l’ambiance chaleureuse qui donnait l’impression d’une réunion d’amis et de famille au chalet. On a été envoûtés par la magie de la première édition, et on espère sincèrement que ça ne sera pas la dernière.

 

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Un événement ROYAL sur l’île d’Orléans!

La maison Cassis Monna & Filles et le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME) soulignent respectivement leur 25e et 15e anniversaire cette année et pour l’occasion, ils ont décidé d’organiser ensemble un événement mémorable le samedi 17 juin prochain : LE ROYAL de l’Île d’Orléans, qui aura lieu au domaine Cassis Monna & Filles à Saint-Pierre de l’Île d’Orléans.

L’événement propose une demi-douzaine d’artistes et de groupes musicaux de la scène indépendante québécoise, comme il se doit. Les spectacles se dérouleront sur deux scènes : la première à l’intérieur d’une grange (ça fait tout le temps des christie de bons shows, on vous en passe un papier), l’autre dans le champ de cassis où on aura une vue incroyable sur le fleuve et le vieux Pont!

Patrick Watson – Photo : Marion Desjardins

Les six artistes qui se succèderont à partir de 17 heures sont les suivants : Les Hay Babies, Aliocha, Louis-Jean Cormier, Julien Sagot, Jesse Mac Cormack et Patrick Watson.

On lit ça pis on se pince encore!

Pour les fins gourmets, une expérience bistronomique sera aussi offerte à ceux qui le voudront. Deux forfaits sont offerts : un forfait à 60 $ pour les concerts seulement, incluant un cocktail Royal Cassis, ou encore un forfait Passeport Gourmand à 120 $ incluant un repas bistronomique concocté sous la supervision du chef David Forbes. À noter que le repas sera servi en terrasse, avec une vue privilégiée sur les concerts.

Pour en savoir plus et acheter vos billets : fmeat.org/leroyal

[SPECTACLE] Jesse Mac Cormack (+ Rosie Valland), Anti Bar et Spectacle, 22 avril 2017

Le samedi 22 avril dernier, Rosie Valland a entamé la soirée à l’Anti Bar et Spectacles en toute intimité et en douceur. À travers quelques chansons tirées entre autres de son dernier EP Nord-Est, l’artiste folk nous a fait entrer dans un univers sans artifice. Accompagnée seulement de sa guitare électrique et ses rythmes envoûtants, elle a su capter l’attention de la foule grâce à ses textes poignants qui révèlent une grande sensibilité. Les chanceux qui ont assisté au spectacle ont aussi eu le plaisir de découvrir quelques nouvelles pièces. Pour la dernière, les 4 membres du band de Mac Cormack se sont joints à elle sur scène, nous donnant un aperçu alléchant de la suite.

Dès l’entrée sur scène de Jesse Mac Cormack et ses trois musiciens, une énergie vibrante s’est fait sentir. L’importance de la rythmique est notable par la présence de deux solides bassistes et du batteur Jean-Philippe Levac qui s’amuse à nuancer les rythmes avec une précision étonnante. La voix de Jesse qui se mélange à celle de sa guitare se distingue par sa retenue puissante. Il joue sur la rythmique des mots nous laissant apprécier sa voix ainsi que les mélodies complexes des autres instruments.

Étant donné la variété des partitions par la présence de nuances, chaque instrument devient essentiel pour qu’une pièce soit complète, pour qu’elle ait toutes ses couleurs. La pièce Never Enough, tirée du dernier album, fut un de mes coups de cœur pour cette même raison. Il faut dire que délaisser la guitare électrique pour ajouter une troisième basse est audacieux pour certains mais, maniée et jouée avec un tel brio, on ne peut qu’apprécier le résultat et se laisser emporter dans l’univers particulier de l’artiste.

J’ai passé une très belle soirée!

[Bourse RIDEAU] 5 à 7 Scène 1425, Palais Montcalm, 17 février

C’est sous un soleil de plomb, beaucoup plus agréable que le verglas de la veille, que je me suis dirigée vers le Palais Montcalm pour assister au légendaire 5 à 7 de la Bourse Rideau, organisé par Scène 1425, la SOCAN et Lepointdevente.com. J’étais très heureuse de retrouver, pour une deuxième année consécutive, une salle D’Youville bondée, où l’ambiance conviviale régnait et la saperlipopette de bonne musique pullulait.

Misc

La soirée a commencé toute en finesse avec les compositions instrumentales de Misc (anciennement Trio Jérôme Beaulieu). Sacrés Révélation Jazz Radio-Canada 2013-2014, Jérôme Beaulieu (piano), William Côté (batterie) et Philippe Leduc (contrebasse), lanceront un album le 18 mars prochain sous l’étiquette Bonsound. Présentées avec fougue, tout en dégageant une certaine sobriété, les pièces La Fin et Les Années Molles, ont donné à l’assistance un avant-goût fort convainquant de l’opus à venir.

 

Charlotte Cardin

Charlotte Cardin

Vint ensuite le temps pour Charlotte Cardin (et ses deux acolytes) de monter sur les planches pour présenter son matériel devant les gens de l’industrie. L’auteure-compositrice-interprète, découverte par le grand public à l’émission télévisée La Voix, a livré quelques compositions au clavier, avec aplomb et sincérité. Dès les premières notes de Big Boy, on prend conscience de la vieille âme que cette artiste possède et du son mature, imprégné de soul, qui émane de son projet. Charlotte a ensuite interprété deux nouvelles chansons émotivement chargées, en anglais, qui pourraient bien se retrouver sur son premier album à paraître à l’automne 2016. Celle qui sera en spectacle au festival Osheaga cet été, a terminé sa prestation avec Faufiles, une délicate pièce dépouillée, en français cette fois, où sa chavirante fragilité de jeune interprète se révèle davantage. «Tu te faufiles, entre mes lignes», nous soufflait-elle doucement. Coup de cœur pour Charlotte, sur toute la ligne.

 

Jesse Mac Cormack

Jesse Mac Cormack

Dans un tout autre registre musical, Jesse Mac Cormack est venu jouer son folk-rock-électro en compagnie de ses trois musiciens. Celui qui a signé la réalisation des albums de Rosie Valland, Emilie & Ogden et, plus récemment, du prochain Betty Bonifassi, a donné une performance introspective, timide mais sentie, où il a interprété quelques pièces de son second EP Crush, notamment Too Far Into. Je crois aussi avoir entendu son nouveau single After The Glow. Bien que certaines conversations de la foule s’immisçaient à travers ses pièces ponctuées de silences, Mac Cormack a quand même réussi à garder plusieurs oreilles captivées grâce à son identité musicale forte et distinctive. Un grand talent synonyme d’intégrité qui, sur scène, laisse sa musique prendre toute la place.

 

Safia NolinSafia Nolin

L’enfant chérie de Québec, l’attachante Safia Nolin, semblait très attendue des spectateurs présents. Avec son foulard sur la tête et le guitariste Joseph Marchand à ses côtés, l’artiste a chanté tour à tour quatre chansons de son bijou d’album, Limoilou. Paradoxalement, Safia a entonné sa magnifique chanson La laideur, puis a poursuivi avec la touchante pièce Technicolor. Faisant preuve d’humour comme à son habitude, la jeune femme a pris le temps de raconter son spectacle à Rideau l’an dernier, tout en accordant sa guitare. «On était au Petit-Champlain, c’était la première fois que Joseph et moi on jouait ensemble pis c’était même pas bon! On était assis, c’était la première fois que je mettais mon chandail de Britney Spears», a-t-elle lancé en riant de bon cœur avec son complice. Après avoir interprété Si seulement, l’auteure-compositrice-interprète annonce qu’elle nous quitte avec la renversante Noël Partout, avant de lâcher candidement : «Nos guitares sont pas tunées. Ok…byebye tout le monde». Simple, vraie et ô combien talentueuse.

 

Matt HolubowskiMatt Holubowski

C’est à Matt Holubowski que revenait la tâche de clore ce 5 à 7 de feu. J’ai dû quitter hâtivement pour me rendre à mon entrevue avec Foreign Diplomats. J’ai donc raté la majeure partie de sa performance, mais, par curiosité, j’ai tout de même écouté quelques minutes. Bien entouré d’un batteur, d’un bassiste et d’un guitariste, en l’occurrence André Papanicolaou, l’ex-finaliste de La Voix est arrivé sur scène, harmonica au cou et guitare à la main, pour livrer une charmante composition en anglais. J’étais bien contente de retrouver cette voix chaleureuse qui me rappelle celle de Passenger par moments. C’est assurément partie remise pour assister à un concert complet!

Photos : Marion Desjardins/ Llamaryon

 

[ENTREVUE] Emilie Kahn – Le travail derrière le succès

En octobre dernier, on assistait au premier spectacle d’Emilie Kahn à Québec en tant que tête d’affiche. Depuis, elle a fait des tournées aux États-Unis, au Royaume-Uni (en première partie de Half Moon Run) et a été de passage au Iceland Airwaves Music Festival en Islande. La carrière de cette jeune artiste de Montréal semble avoir pris son envol d’un coup, mais derrière cette vague se cachent en fait beaucoup de travail et de préparation. Emilie a pu nous en parler, entre autres choses, à l’occasion de son dernier passage à Québec.

En premier lieu, Emilie a dû trouver Ogden, son instrument de prédilection (que seraient Emilie & Ogden sans Ogden, en effet). «Je pense que j’ai longtemps cherché mon instrument. Je voulais chanter et j’ai gossé un peu sur quelques instruments (piano, guitare, etc.). Il n’y avait rien qui me tentait vraiment. Quand j’ai découvert cet instrument-là, c’était comme une révélation et je suis devenue comme obsédée,» explique-t-elle. Elle a ensuite suivi des cours particuliers, même si une bonne partie de son apprentissage s’est fait de façon autodidacte : « J’ai trouvé une prof sur Craigslist, je suis allée à un cours et j’ai juste eu un coup de cœur tout de suite. J’ai commencé à jouer et finalement j’ai étudié avec cette prof-là pendant trois ans.»

Après avoir appris à maîtriser cet instrument massif et onirique qu’est la harpe, Kahn a commencé à être plus active dans la communauté musicale. « Je jouais un peu dans d’autres groupes avant, avec mes amis à Montréal. […] Rien de connu, mettons !» raconte-t-elle. C’est de cette façon qu’elle a fait la rencontre de Jesse Mac Cormack, qui réalisera son album 10 000, paru dernièrement. « Ça doit faire 4-5 ans […] je l’avais rencontré quand il avait fait une première partie avec un autre band. Il avait aussi enregistré des trucs avec mon ancien band avant, pis là j’ai fait ‘hey, veux-tu enregistrer mon nouveau projet ?’» explique Emilie en parlant de Jesse.

C’est à la suite de cette rencontre que le projet d’Emilie & Ogden a pu commencer à prendre forme. «On a fait un EP ensemble il y a comme trois ans. Avant de commencer à faire des shows je voulais avoir quelque chose comme référence, pour que les gens aient quelque chose à aller écouter. Il y avait trois chansons dessus et il y en a deux qui sont maintenant sur l’album qui vient de sortir. Après ça [Jesse] a joué dans le band pendant quelques années pis on a enregistré l’album ensemble.» Lorsqu’on lui a demandé si Jesse Mac Cormack avait apporté quelque chose de spécial à son disque, elle a tout de suite répondu : «Ouais, je pense que Jesse c’est un génie.» C’est d’ailleurs une chose qui se répète dans ses nombreuses biographies. Mais encore ? «Il a beaucoup influencé le son du projet. Quand j’ai commencé, j’ai amené les tunes pour le EP et on a enregistré ensemble. Ensuite, il a fait les arrangements et il l’a réalisé, donc ça a comme formé le son qu’on allait avoir, qu’on a repris aussi pour le spectacle, » explique Kahn. «Je pense qu’au début je voulais faire quelque chose d’un peu plus folk, épuré, et là c’est devenu un peu plus contemporain, a little bit of electro touches ! »

Avec le travail en studio et un album prêt à sortir, Emilie & Ogden semblaient partis pour la gloire. Cependant, c’est un peu plus difficile que ça de devenir connu. Kahn nous a raconté, entre autres, comment elle avait décroché sa place au Iceland Airwaves. Et ça n’a pas été de tout repos. «On essayait avec le label de le booker depuis un bout. Il y a comme un gars qui booke le festival et il se promène pas mal dans le monde dans des festivals. Je pense qu’il était intéressé, mais ça traînait», explique la jeune artiste. Finalement, l’affaire s’est résolue dans un des nombreux showcases auxquels le groupe a participé : «Des showcases c’est comme des festivals pour l’industrie, pour te faire voir. C’est les gens de l’industrie qui vont là et souvent il n’y a juste pas de cachet. J’en ai fait plusieurs à Toronto. Et là c’est comme ça que tu fais de la route pis que tu dépenses du cash et des fois ça ne sert à rien. Des fois il n’y a juste personne. À [ce showcase-là], je me disais: ‘Je suis tannée de faire ces showcases-là, ça ne donne rien. Je ne pense pas qu’on va le faire cette fois-ci.’ Finalement, ma gérante m’a convaincue d’y aller et par chance le gars de Iceland Airwaves était au show. Après le spectacle, il m’a dit : ‘ouais, j’pense que tu vas le faire cette année le festival’.» Le 3 octobre dernier, jour de l’entrevue, elle semblait d’ailleurs contente d’avoir eu cette chance : « Il est vraiment cool ce festival-là, et normalement ils bookent les gens juste une fois pis après tu n’y retournes plus. »

Ça fait donc maintenant trois ans que le projet d’Emilie & Ogden est sur les rails avec, on l’espère, encore plusieurs années en vue. Dernièrement, plusieurs autres belles opportunités ont souri à la jeune auteure-compositrice-interprète, donnant peut-être l’impression à certains que sa carrière avait démarré en trombes. C’est pourquoi on a voulu retracer le processus derrière sa popularité naissante. «Les gens ont peut-être l’impression que ça arrive vite, mais pour moi ça fait longtemps que je travaille là-dessus», nous avait-elle dit en entrevue. «Mais c’est vrai que c’est lefun que tout arrive comme ça quand l’album sort. C’est ça qu’on veut !» a-t-elle cependant ajouté, enthousiaste.

Emilie sera en tournée avec Ogden au Québec encore pour quelque temps. Elle se produira notamment à Shawinigan (Le Trou du Diable) le 2 décembre prochain, à Trois-Rivières au Temps d’une Pinte le 3 décembre prochain, à la Maison des Arts de Laval le lendemain ainsi qu’au Vieux Bureau de Poste de Lévis le 5 décembre. Consultez son site officiel ou sa page Facebook pour plus d’info. Profitez-en pour découvrir le talent d’une artiste québécoise qui a autant de motivation que de talent à revendre. Pour bien terminer l’entrevue, nous lui avons aussi posé quelques questions en rafale.

 

Comment vis-tu le monde de la musique en tant que femme ? Vois-tu des différences parce que tu es une fille ?

«Non. J’entends des choses, mais en même temps moi je me sens quand même bien. Je travaille pas mal avec des gars. Je suis entourée de gars dans mon band, partout, et je me sens respectée. J’aime ça, je me sens un peu comme one of the boys…et ça c’est cool. J’aime aussi ça quand un gars me dit après un show : ‘hey nice set man’, et qu’il m’appelle ‘man’. Dans ce temps-là, je me dis : ‘Ok, tu me respectes et c’est pas juste parce que tu me trouves cute’. Je sais pas. T’as juste à t’entourer de monde qui sont cools.» Anecdote à ce sujet, Emilie donne un exemple de la complicité qu’elle a avec les membres de son groupe : «Les deux gars dans mon band sont aussi des soundmen et moi je ne connais rien là-dedans. Mais là je viens d’avoir des pédales pour la première fois pour ma harpe, des genres pédales de reverb, et je suis tellement nulle que des fois je dois leur demander : ‘peux-tu me montrer comment plugger ça ?’ Et ils répondent ‘ok Émilie’. Ils sont vraiment patients avec moi. Ils pourraient facilement me niaiser parce qu’eux ils ont tellement de connaissances par rapport à ça.»

Après réflexion, cependant, la harpiste ajoute :

«Ah oui ! Peut-être qu’en tant que femme en musique je trouve ça drôle le fait qu’on s’attende à ce que tu ailles te faire maquiller, par exemple. Il y a comme une attente sur l’image et sur le fait de faire des trucs reliés à la mode. Mais bon, en même temps, j’aime ça porter du beau linge. J’aime ça être une femme et j’aime ça me maquiller. Mais il y a une partie de moi qui se dit des fois : ‘ah peut-être qu’il y a des jours où je n’ai pas envie d’être cute’. Et j’ai comme de la pression pour l’être peut-être. Par contre, comme je le disais avant, dans mon vrai monde à moi en tant que musicienne, avec les gens avec qui je travaille, je me sens respectée. Ouais. C’est plus du côté branding ces attentes-là.» Elle nous raconte d’ailleurs une autre anecdote à ce sujet : « Il y avait une des équipes de PR qui m’avait déjà dit : ‘ah tu pourrais faire un Pinterest pis poster des outfits que t’aimerais pour la tournée’, et ils donnaient d’autres idées comme ça, par exemple qu’on pourrait faire des partenariats avec des marques pour des vêtements. À ce moment-là, dans ma tête, je me disais que c’était cool, mais en même temps je pense qu’on ne demanderait pas ça à un gars.»

 

Quelle question rêverais-tu de te faire poser en entrevue ?

«Ah non ! Je ne pense jamais à ça ! Des fois je chiale parce que souvent le monde posent les mêmes questions et je me dis qu’ils sont plates. Mais en même temps, je ne sais pas ce que je me demanderais moi-même… J’aime les questions qui sont peut-être moins en rapport avec ce que je fais, mais qui font que je raconte une anecdote ou quelque chose qui n’a pas rapport. Ou le genre de question comme ‘c’était quoi ton CD préféré quand t’étais jeune’ ou des trucs comme comme ça. Je trouve ça lefun de découvrir ce genre de choses sur des artistes quand je lis un article.»


Quel était ton CD préféré quand tu étais petite, alors ?

«Quand j’étais adolescente, j’étais obsédée par un groupe qui s’appelle Brand New. Je pense que ça m’a quand même influencé beaucoup. On dirait que je vois un peu la vibe de ce groupe-là dans mes paroles et dans mon style.»

D’autres anecdotes avec ça ?

«Hier [le 2 octobre] j’avais mon lancement, pis pour la première fois je faisais un loop avec ma harpe et je restais debout pour chanter. Mais j’ai comme fucké le loop, il était en retard ! J’ai regardé les gars, comme pour leur demander si je devais repartir le loop, puis finalement ils ont juste continué à jouer. On l’a fait et ils se sont ajustés.»

«Sinon, l’an passé j’ai eu un photoshoot pour une parution dans Aritzia. Une grosse affaire. Ils m’ont maquillée, et puis j’ai fait une réaction allergique au fond de teint : j’avais des énormes plaques rouges dans la face. Ils avaient fait venir un photographe de genre Londres, et comme tout le monde venait de Londres, Paris, New York pour ce shoot-là. Et moi j’étais une fille pas rapport, pas connue, juste là en me disant ‘ok cool’. En tout cas, il est arrivé ça et il fallait me démaquiller au complet puis attendre quelque chose comme une heure pour que ça s’en aille. Tout le monde était en retard et en plus ils avaient des avions à catcher 1h après. C’était vraiment stressant et bizarre ! Ouais… J’aime ça raconter cette histoire-là ! Maintenant, je sais quelle marque de maquillage je ne dois pas prendre !»

 

Crédit Photo: Llamaryon

[FESTIVAL] FME 2015, Jour 3 en images

J’angoissais juste à regarder la programmation, je ne savais pas quoi choisir, il y avait trop d’options ! Depuis le début du festival j’avais plutôt décidé de rester pour le spectacle en entier. Cette fois-ci, puisque je voulais tout voir de cette 3e journée, j’ai tenté le tout !

Le défi à débuté à 11h du matin après une courte nuit, lors de l’annonce d’une mini performance secrète de Safia Nolin. Mon coeur était déchiré en deux, Safia Nolin ou Rosie Valland ? Pourquoi pas faire l’extrême en essayant d’y aller pour un doublé ? Malheureusement, c’est là qu’on se rend compte que Rouyn est un peu trop grand pour ce genre de discipline, je me reprendrai ce soir au Show de la rentrée pour Mme Valland !

Entre deux prises, Safia Nolin a vanté le mérite de Jesse Mac Cormack en matinée. Je m’y suis rendue et effectivement, c’était excellent ! François-Samuel vous en parle justement juste ici ! Ensuite je n’avais pas trop le choix d’aller à Prieur&Landry: sérieusement la bouche m’était tombée à terre lors de leur prestation à Québec en plein après-midi cet été. Encore une fois, c’était vraiment solide, à ne pas manquer ! Une autre petite course après, le temps de voir quelques pièces de Jeanne Added. Ensuite on change complètement de registre, pour se rendre à Sandveiss. N’étant pas une fan de ce style de musique normalement, je dois avouer que c’est mon deuxième concert de ce groupe.

Deux derniers sprints pour cette soirée: de retour à l’Agora pour The dodos. Un peu déçue de la qualité du son: j’avais de la difficulté à entendre la voix malheureusement. Dernière entrée au Petit Théâtre du Vieux Noranda, les bras pleins d’estampes pour mon premier spectacle de Galaxie. Une énergie complètement en contraste avec l’indie rock du duo de San Francisco. C’était juste assez pour me donner l’énergie nécessaire pour me rendre au tant attendu Fleshtones ! Inutile de dire que je n’ai pas été déçue, j’ai n’ai aucunement les mots pour exprimer ce qui s’est passé au Diable Rond. Mon collègue les avait vus la veille; cette formation qui existe depuis 1976 n’a pas fini de nous faire danser ! Mon seul regret: ne pas avoir pu assister aux deux concerts !

Pour terminer, j’ai réussi a me rendre à la performance surprise de Totorro (FS les avait aussi vus jeudi). Retour à la maison, je croise un mini jam-spectacle improvisé, ça termine bien la journée ! Ce samedi aura été comparable à un cocktail dinatoire, à picorer dans toutes les assiettes pour goûter à tout, merci FME pour la belle diversité !

Consultez aussi le compte-rendu de Karina qui est allée à la scène Paramount, c’est par ici !

Photos: Marion Desjardins/Llamaryon pour ecoutedonc.ca