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Critique : Elbow – « The Take Off and Landing of Everything »

Le groupe britannique Elbow est considéré chez lui comme un des plus grands groupes des dernières décennies. Les fans adulent Guy Garvey et sa bande et les professionnels reconnaissent la contribution extraordinaire du groupe à la musique pop britannique.

Elbow

Il faut dire qu’il n’y a rien de vraiment choquant ou d’inaccessible dans la pop teintée de folk d’Elbow, même si les membres du groupe refusent de faire de nombreux compromis qui leur permettraient de faire des tonnes de fric. Un genre de Coldplay avec de l’intégrité et un respect de ses racines tout en n’ayant pas peur de sortir des sentiers battus.

The Take Off and Landing of Everything est le sixième album d’Elbow et ceux qui suivent le groupe depuis ses débuts sauront apprécier le léger virage entrepris tout en affichant plus que jamais sa filiation avec Genesis, époque Peter Gabriel (est-ce l’influence du Real World Studios, où l’album a été enregistré?), que Garvey apprécie énormément.

Cet album parle des petites fins, des grands débuts, des arrivées, des départs (Garvey a mis fin à une longue relation amoureuse), de la quarantaine, quoi. Dit de même, ça a l’air triste, mais non, au contraire, les chansons de cet album sont généralement remplies d’une belle sérénité. On reconnaît la situation, on se retrousse les manches, pis on travaille à l’améliorer.

Musicalement parlant, The Take Off and Landing of Everything touche droit au coeur. Même si les paroles sont sereines, la musique, elle, demeure un brin mélancolique. Les influences de Gabriel sont indéniables. Dans certaines chansons, on sent que Garvey et sa bande ont écouté du Justin Vernon récemment. Les pièces sont longues (elles dépassent toutes les 5 minutes, sauf trois – et sur ces trois, il y a une chanson de 4 min 56). Les textures sont enveloppantes, les arrangements sont riches et complexes.

The Take Off and Landing of Everything est un album parfait pour une fin d’hiver qui s’allonge. On accepte sereinement sa situation, ce qui ne veut pas dire qu’il ne reste pas un brin de mélancolie.

Pour ceux qui aiment les choses qui font mouche tout en douceur.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=cqnIbueM5fE&w=480]

Elbow – The Take Off and Landing of Everything (Polydor)
8/10

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Critique : David Giguère – « Casablanca »

On dit que David Giguère n’avait rien écrit depuis la parution de son premier album, Hisser haut. Mais voilà, le comédien-chanteur a vécu une peine qui semble difficile à avaler et il a eu besoin de faire sortir le méchant. Et ça a sorti vite et bien, puisqu’il nous arrive avec un deuxième album minimaliste, introspectif, qui a peu de ressemblances avec tout ce que vous avez écouté récemment, malgré une lointaine parenté avec le matériel du groupe britannique The xx.

David GiguèreCe savant mélange de folk, de pop et d’électro, où les paroles prennent une place considérable (après tout, cet album est un exutoire). Pas besoin de lire entre les lignes, Giguère est d’une sincérité telle qu’on ressent un petit malaise avec notre voyeurisme. Malaise ou pas, on veut savoir, on veut écouter. Payer une verre au chanteur pour qu’il se raconte et qu’il se sente mieux.

Si j’ai parlé des xx tout à l’heure, c’est pas pour rien : il arrive souvent qu’on se retrouve dans le même genre d’ambiance dénudée, froide et étouffante. Mais plutôt que de copier les Britanniques, Giguère y met son grain de sel en y ajoutant des refrains forts, remplis d’une émotion sincère.

Grand moment de grâce pendant Albert Prévost, magnifique, touchante. David, si on se voit, toi et moi, fais-moi penser de te faire un câlin. Pour cette chanson. Et pour le reste de ce disque.

Touchant et unique dans notre paysage.

David Giguère – « Casablanca » (Audiogram)
8/10

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Critique : Marc-Antoine Larche « Les petits effondrements »

Je suis tombé sur cet album il y a quelques jours et celui-ci mérite qu’on s’y attarde une ou deux minutes. Premier album complet de cet artiste d’origine abitibienne et réalisé par un Navet confit qui a su demeurer efficace et effacé, Les petits effondrements goûte les années 1990. L’Abitibien ne s’en cache pas, utilisant même le terme « grunge » pour décrire quelques-unes de ses chansons (non, il n’y met pas l’intensité d’un Kurt Cobain).

Marc-Antoine LarcheÇa sent The Notwist sur Les courants d’air et Belle and Sebastian sur Les pétales sur le plancher. Y’a des relents de Sparklehorse çà et là. La reprise de L’amour est dans tes yeux (Martine St-Clair) a toute la fantaisie de cette décennie, sans toutefois atteindre l’excellence de la version de Louis-Jean Cormier (qui vous donne des frissons seul à la guitare). La deuxième moitié de l’album rappelle le groupe français Superflu avec ses arrangements minimalistes et la voix toute douce de Larche. Travail sublime des musiciens et des choristes (Navet Confit, Jipé Dalpé, Marianne Houle, Émilie Proulx et Sophie Vaillancourt) en appui à cette voix douce, calme et posée, que certains pourraient trouver monotone (vraiment?).

À mettre dans la catégorie des growers, ces albums qui grandissent lentement, mais sûrement, au fil des écoutes.

Marc-Antoine Larche – « Les petits effondrements » (Indépendant)
7/10

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Critique : Serge Fiori – « Serge Fiori »

S’attaquer à un disque de Serge Fiori, c’est un gros morceau. Un très, très gros morceau. À cause de la vie de l’homme. À cause de la légende. À cause du simple fait qu’il s’agit de l’homme qui a composé ce qui est selon moi le plus grand album de l’histoire du rock québécois (l’Heptade d’Harmonium, une oeuvre de génie du début à la fin). Alors, quand on écoute le premier disque en 28 ans de Serge Fiori, qui porte simplement son nom, on est un peu nerveux.

Serge FioriÉcoutez, je vais sortir le méchant tout de suite, ça va être plus facile d’écrire le reste ensuite. Parce que oui, j’ai un peu de méchant à faire sortir.

Les paroles du premier extrait de l’album, Le monde est virtuel, m’horripilent. Rimes faciles, anglicismes inutiles. Ça m’a pris quelques écoutes avant de pouvoir me rendre au milieu de la chanson (là où ça commence à être vraiment intéressant). Je veux bien croire que les paroles sont inspirées des statuts Facebook de Fiori, il est tellement capable de mieux (comme il le montre plus loin). C’est très dommage parce que si on réussit à faire abstraction des paroles, cette chanson-là, écrite comme un clin-d’oeil à Harmonium avec l’usage de la douze cordes, des changements de rythme et des chants qui donnent des frissons, est musicalement fort intéressante.

Autre chose : on sent que Fiori était parfois tiraillé entre le plaisir d’offrir quelque chose de nouveau et le fait qu’il sait que ses fans seront nostalgiques. C’est joli, les clins d’oeil à Harmonium, mais une des meilleures chansons de l’album, à mon avis, est Démanché, un blues-rock entraînant avec sa petite touche de soul qui vient de la chaleur des cuivres. Quand on sait que ce nouvel album pourrait ne pas avoir de suite, c’est dommage.

C’est dommage parce que musicalement parlant, Serge Fiori est d’une beauté à couper le souffle. Fiori n’a pas perdu la main, loin de là! En fermant les yeux, on n’a aucun mal à s’imaginer Seule, une chanson touchante que Fiori a écrite pour sa mère. On avait oublié à quel point Serge Fiori a une voix magnifique. Chaude. Douce, même dans les moments les plus intenses, comme on le constate sur Jamais, qu’il chante en duo avec Monique Fauteux.

L’album est un savant mélange de chansons folk-pop aux refrains à chanter à l’unisson et de moments plus atmosphériques et introspectifs (ce qui n’empêche pas certains moments jouissifs, comme les dernières minutes de Laisse-moi partir où les cuivres donnent un caractère grave et solennel, ni des blues moqueurs comme Zéro à dix).

Alors qu’on connaissait Fiori surtout pour son jeu de guitare, c’est au piano qu’il opte de terminer cet album. Avec de la trompette. Et des cordes. Sur Si bien, Fiori termine sur une note optimiste. Lumineuse. Une fois l’album terminé, on se sent bien. On a même oublié les frustrations du début.

Que cet album soit entre nos mains aujourd’hui, il s’agit déjà d’une réalisation incroyable pour Serge Fiori. Pour cette raison, nous l’en félicitons. Quant à l’album lui-même, si on l’évalue au mérite, sur la même échelle que celui de Real Estate, de Kandle ou de David Giguère plus tard cette semaine, Serge Fiori n’a absolument rien à envier. Bien des gens viennent de trouver leur trame sonore du printemps (envoyez ces gens ici, il y a tellement de bons albums folk qui peuvent accompagner ce disque, on va leur en conseiller quelques-uns).

Vous savez quoi? C’est un excellent choix.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=QmoecCqAKKY&w=480]

Serge Fiori – « Serge Fiori » (GSI Musique)
8/10

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Critique : Beck – « Morning Phase »

Le plus sympathique des scientologues est de retour… et il est plutôt tranquille! Bah, ce n’est pas la première fois qu’il nous fait le coup de l’album folk-pop introspectif. On n’a qu’à se rappeler Sea Change, le meilleur album de son répertoire, et de loin.

BeckBeck est excellent quand il mélange le country, le grunge et le rap. Il est capable de faire danser tout le monde en même temps. Mais c’est quand il est tranquille, une guitare à la main, qu’il est à son meilleur.

Morning Phase reprend exactement là où Sea Change nous avait laissés. Guitare acoustique. Piano. Peu d’effets, et ceux-ci sont très subtils. Airs tristes. Beaucoup d’adieux. Quelques réflexions. Heureusement, contrairement à Sea Change, le Beck Hansen de Morning Phase est beaucoup plus optimiste et serein.

On a donc droit à un Beck moins lourd, qui, malgré sa volonté d’exprimer des émotions très vives, a également voulu offrir autre chose qu’un vulgaire Sea Change 2 en offrant des compositions d’une grande complexité pour des pièces qui pourraient simplement être de simples guitare-voix. Écoutez Blue Moon, une des plus belles pièces de l’album, créée avec soin avec ses pièces qui semblent s’imbriquer l’une dans l’autre.

Malgré sa grande beauté, Morning Phase peut parfois être pénible, par exemple pendant Wave, qui aurait été plus à sa place sur une bande sonore de film qu’au beau milieu d’un album déjà très tranquille. Heureusement, Don’t Let It Go nous ramène rapidement dans le droit chemin…

Dans l’ensemble, il s’agit d’un excellent album, mais il se peut que vous ayez envie de décrocher à certains endroits. Prenez une pause, écoutez autre chose et retournez-y plus tard. Ça vaut la peine.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=WIWbgR4vYiw&w=480]

Beck – « Morning Phase » (Fonograf/Capitol)
8/10