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[SPECTACLE] Bengale + X-Ray Zebras, Sous-sol du Cercle, 16 mai 2015

BXRZ-150515-38Le Sous-sol du Cercle nous a engouffré une fois de plus de sa gueule de béton béante pour nous faire entrer dans le monde musical de Bengale et d’X-Ray Zebras. C’est avec plaisir qu’on s’est attablés, vers neuf heures, pour attendre le spectacle.

Fait plutôt commun avec la foule de ce soir-là, foule habituelle du Pantoum et initiée : elle se laisse toujours désirer. Conséquence, à 10h rien n’est encore commencé. Au moins, on sait nous faire attendre avec un peu de funk délirant, au son duquel les membres de Bengale, survoltés, dansent avant leur partie. Puis ça commence, on se lève.

BXRZ-150515-28Bengale se rend ensuite sur le pas-de-scène et commence le spectacle en force avec son single Dernier Tramway. Originaires de Bordeaux en France, ses membres offrent un électro-pop teinté de 80s, avec quelques relents de funk et de LSD (dans la musique, là). Leurs pièces étaient variées, quoique toujours dans la ligne directrice de l’électro. Les voix étaient mises de l’avant et il faut donner une mention d’honneur au guitariste du nom de Romain pour sa performance. Le public leur a donné pas mal d’amour, entrecoupés d’«envoye la base !», peut-être un inside que je n’ai pas compris, auxquels ils ont répondu par leur plaisir d’être sur scène et par un «criss de merci, ça se dit ici ?». Bravo, c’était presque ça ! Ça s’est terminé avec une reprise de Je danse le mia d’IAM alors que la foule commençait à se dégourdir les jambes.

BXRZ-150515-54Puis, X-Ray Zebras, dans la même vibe mais très différemment, nous livre sa musique. Dès la première pièce, le groupe nous rappelle la force de la batterie et de la basse, éléments beaucoup moins mis de l’avant chez l’autre groupe (n’ayant d’ailleurs pas de batteur). Le reste, les mélodies de la guitare, des synthés et les quelques lignes de chant, enrobent modestement la ligne de drum & base et le tout donne un résultat percutant, plus instrumental et plus rock. Pour avoir vu X-Ray Zebras il y a un bon moment, j’ai pu faire la comparaison entre ce nouveau matériel qu’ils présentaient ce soir-là (attendez-vous, peut-être, à quelque chose d’enregistré bientôt !) et leur ancienne musique, plus 80s et pop que maintenant. Comme me l’a confirmé Jean-Étienne, le batteur, cela paraît que ce groupe en particulier vise principalement l’expérimentation. Ça donne des concerts plus jammés, mais aussi beaucoup de diversité dans les influences de création. Dans tous les cas, le résultat est réussi, et j’avoue avoir préféré les nouvelles pièces aux anciennes.

BXRZ-150515-67Bien sûr, le public a aussi lâché son fou pour la plupart, résultat évident devant de la musique aussi survoltée ! Fait intéressant, j’ai pu noter que le deuxième groupe avait joué plus fort que le premier, et en discutant avec Bengale, j’ai pu apprendre qu’en France on joue moins fort qu’ici. On va donc se coucher moins niaiseux, et peut-être un peu plus sourds ! D’ici là, avant d’aller vous coucher, je vous laisse avec les traditionnelles entrevues à une question des deux groupes.

 

L’entrevue à une question :

Bengale : Qu’est-ce que vous pensez que le Québec va vous avoir apporté à vous et à votre musique ?

«De la joie, de la bonne humeur et de la gentillesse !» annonce tout de suite la chanteuse, répétant à peu de mots près les mots du bassiste interrogé un peu avant. Ce dernier nous a qualifié de «personnes complètement incroyables et pleines de gentillesse, à l’inverse des Français qui peuvent être de temps en temps très très froids». On constate qu’on est un bon public selon eux, et ils tiennent à ce que cette générosité la paraisse dans leurs spectacles si ce n’est dans leur musique : «On se rend compte un peu de cette chance qu’on a quand même», ajoute la chanteuse.

X-Ray Zebras : Votre nouvelle musique semble avoir des influences qui diffèrent de celles de votre ancienne musique, vous vous inspirez de quoi ? Est-ce que ça a changé ?

Le batteur nous répond: «On reste toujours avec le même background, on sait un peu ce que tous les gars connaissent, mais c’est plus les mêmes personnes dans le band qui composent par rapport à avant ; c’est sûr que c’est pas les mêmes influences. […] On mise plus sur les atmosphères, on mis plus sur le groove […]. C’est plus Hip Hop, plus Trip Hop qu’avant…On s’inspire juste du moment en fait.»

Crédit photo : Jacques Boivin/ecoutedonc.ca et Sebastien Ouellet/ecoutedonc.ca

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[SPECTACLE] Lancement de Kilomètre Zéro par Tous Azimuts (+ invités), le Cercle, 9 mai 2015

tousazimuts-150509-40Hier soir, les membres de Tous Azimuts sont venus au Cercle nous présenter leur tout nouvel album : Kilomètre zéro. Mais pour nous faire languir, nous avons d’abord eu droit à une double première partie. Tous deux en solo, tous deux une guitare à la main, ce sont pourtant des artistes bien différents qui se sont succédé avant Tous Azimuts. Alex Fortin, d’abord, nous a ramenés à nos plus heureux souvenirs de la P’tite Grenouille avec des compositions à la guitare accompagnées d’une voix au registre étendu. A suivi Pierre-Hervé Goulet, et quel drôle d’oiseau ! C’est le cas de le dire, puisqu’il a même personnifié un perroquet dans une de ses chansons pour raconter la vie de pirates. Plaisanteries à part, j’ai beaucoup apprécié ses textes, qui m’ont rappelé ceux de David Marin ; ils traitaient de sujets sérieux, de questions profondes, mais toujours avec une touche comique. Ce qui a le plus marqué cependant, et qui a su charmer l’auditoire (ou du moins la partie qui était attentive), c’est la voix de Pierre-Hervé Goulet : au timbre particulier, parfois ressemblant à celle de François Pérusse, mais toujours juste et articulée.

Dommage que le public n’ait pas profité pleinement de ces deux premières parties. Il s’est du moins discipliné pour Tous Azimuts. À leur arrivée, la salle alors pleine au cinq douzièmes (ça, c’est de la précision) s’est remplie au moins aux dix douzièmes. On a même eu droit à un visiteur-surprise : le fameux père Noël de Limoilou, descendu de son hood pour nous montrer ses pas de danse (si vous étiez là, je parle bien du monsieur à barbe qui se déchaînait en avant).

Formation originaire de Québec, Tous Azimuts nous a présenté un nouvel album plus mûr encore que le précédent. Pour les avoir vus évoluer depuis quelques années, je puis dire qu’ils ont fait du chemin autant en tant que groupe que comme musiciens. Avec des pièces très variées, Kilomètre zéro nous porte à danser (blues800), à réfléchir (le sel de la terre) ou encore simplement à se laisser porter au son de sa musique en regardant des paysages défiler (retour au bercail). J’en parle d’ailleurs un peu dans l’entrevue qu’on a faite avec eux récemment.

En spectacle, ils sont aussi un bonheur à écouter. Ils ont su livrer, hier soir, une excellente performance. Or ce n’est pas le fruit d’une quelconque mise en scène ; c’est plutôt l’énergie du groupe et leur authentique plaisir à jouer, à jammer ensemble qui les a rendus aussi beaux à voir. Normal, semble-t-il, puisque leur complicité est, pour la plupart, de longue date. On nous a cependant dévoilé une toute nouvelle recrue au clavier (mais aussi, et SURTOUT, au keytar). Nathan Vanheuverzwijn (prononcer va-neuf-heures-zouine, ou juste Nathan), qu’on peut aussi entendre sur l’album, a su apporter une touche un peu pop à la musique du groupe ainsi qu’un brin de folie sur scène.

D’ailleurs, chaque membre semble avoir apporté quelque chose de particulier au groupe, que ce soit Jordane avec sa (vraiment) magnifique voix aux touches de jazz ou encore Hubert, le guitariste, avec les teintes country de son lap steel. Résultat : de la musique travaillée, riche et «qui sonne vraiment bien», aux dires (paraphrasés) de Pierre, le gars du son du Cercle. Même lui était d’accord avec moi ! Je dois aussi le féliciter, justement, pour son excellent travail d’hier soir, car le tout sonnait à merveille. Ça s’est finalement terminé sur un premier rappel d’une pièce de leur premier album laissant beaucoup de place à l’improvisation, puis en deuxième rappel (oui oui) sur une toune d’un film du réalisateur Jim Jarmusch.

Bref, toute une soirée ! Je vous conseille fortement d’aller écouter ledit album, vous verrez par vous-mêmes le talent de cette formation d’ici, et dont on peut être fiers.

Crédit photo: Jacques Boivin/ecoutedonc.ca

 

 

 

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[SPECTACLE] Lancement de «Flood» par Harfang (+ Men I Trust), le Cercle, 24 avril 2015

harfang-150425-22Pour le lancement de Flood, son deuxième maxi, Harfang a été accueilli par un public quelque peu retardataire (et bruyant), mais nombreux. Le Cercle était presque plein. Pour nous mettre en appétit, Men I trust nous a offert une première partie alléchante.

Les voix envoûtantes des chanteuses étaient accompagnées par une musique électro difficile à décrire. On y sentait quelques influences à la Bonobo, peut-être quelque chose de jazz dans les voix et un arrière-gout des années 80 dans les chansons qui «groovaient» un peu plus, jouées vers la fin de leur partie. Dans tous les cas, le résultat était très intéressant et a atteint son but : nous réchauffer pour Harfang.

Et voilà l’arrivée du plat principal. Entrent en scène les cinq musiciens de Harfang, qui commencent sans tarder à jouer une des pièces de leur premier maxi. Contrastant avec Men I trust, le deuxième groupe semble avoir préféré mettre de l’avant leur musique en tant que telle, en choisissant un visuel plus simple et en laissant parler leurs chansons d’abord. À l’écoute de celles-ci, on ne tarde pas à réaliser à quel point ils nous offrent une panoplie de sonorités intéressantes et bien placées : ce sont toujours des arrangements recherchés, qui se détachent et ressortent de la trame musicale. J’ai particulièrement aimé la variété que nous a offerte la guitare électrique. Le résultat, en cela, a été très réussi : des chansons qui transportent, qui ont quelque chose d’aérien et d’embrumé, qui rappellent un peu les Patrick Watson et Alt-J de ce monde.

Après des remerciements abondants mais sympathiques, Harfang a poursuivi le spectacle en présentant leurs pièces de résistance, soit la majorité de leurs nouvelles chansons gardées pour la faim (jeu de mots). Les pièces composant Flood, à mon sens, révèlent une musique plus élaguée, un peu comme s’ils avaient retiré le superflu pour mieux montrer l’essence de leur musique. Mon propos s’illustre bien dans UFO. D’autres chansons, comme Set Sail, ont un côté joyeux à la Ben Howard qui ne se retrouvait pas encore dans l’attirail d’Harfang. Ils ont finalement terminé le spectacle avec Exposure, la dernière pièce de Flood, puis avec Karmic Embrace en rappel, ma pièce préférée du premier maxi.

Nous avons donc pu quitter repus, ou peut-être encore sur notre faim, après un spectacle enchanteur. Harfang, pour leur part, entameront dès aujourd’hui leur tournée autour du Québec pour présenter Flood. Ils seront de retour sur scène à Labeaumeville le 18 juillet dans le cadre du FEQ.

 

Pour satisfaire la coutume, Antoine d’Harfang s’est prêté au jeu de l’entrevue à une question.

Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre processus de création ?
«Souvent il y a un des membres qui apporte une idée de base […], soit une chanson complète ou soit une structure, complète ou incomplète. Ensuite en jam on va travailler autour de ça, on va construire la forme ensemble […]. Ça se fait beaucoup en groupe.» Antoine a affirmé aussi que le processus peut-être assez long, comme le témoigne l’année passée par le groupe à composer et à confectionner leur nouveau maxi. «Souvent on arrive avec une chanson, dit-il, on pense qu’elle est prête et là on la joue en show pis finalement ça marche pas pantoute. On défait tout ça au complet, on déconstruit et on reconstruit.»

Crédit photo : ecoutedonc.ca/Jacques Boivin

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[SPECTACLE] Rock & Pabst, Skanja + Clay and Friends, 23 avril

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Crédit photo: M. Flynn

Jeudi dernier avait lieu la dernière édition du Rock & Pabst de l’année scolaire (ceux qui ne connaîtraient pas peuvent lire mon dernier article à ce sujet). Pour finir en beauté, ils sont sortis des sentiers battus pour nous présenter une soirée reggae et hip-hop avec Skanja, un groupe du Cégep Sainte-Foy, ainsi que Clay and Friends, un groupe de Montréal. Compte-rendu d’une soirée que j’ai pu rassembler entre mes (plus que nombreux) services de bière.

La soirée a commencé avec Skanja, majoritairement, si ce n’est entièrement, constitué de cégépiens. Ils nous ont servi un reggae surprenant, qui sortait un peu des sentiers battus. On a donc eu droit à des passes plus rock et même à du ska. Je dois avouer que j’ai été très surprise par la voix des chanteurs et des choristes, dans laquelle, avec la musique, on retrouvait en français tous les accents typiques du reggae. Avec une formation plus que complète (un chanteur, une chanteuse, deux guitares, une basse, une batterie, un saxophone et tant d’autres choses), ils en ont mis plein la vue à la salle. Un groupe à surveiller, assurément!

Mais parlons de la salle. Quelle salle, d’ailleurs ! Pour ceux qui n’auraient jamais expérimenté le phénomène Rock & Pabst, vous auriez de la difficulté à vous figurer l’énergie avec laquelle le public y danse, y sourit, y chante. C’était particulièrement le cas jeudi dernier, et il me semble qu’on peut aussi mettre cela sur le compte de l’énergie des deux groupes.

Clay and Friends, qui suivait, a d’ailleurs repris de plus belle avec leur hip-hop traditionnel qui restait dans la même «vibe» que le groupe précédent. Tirant souvent vers le soul et parfois même vers le funk, leur musique a rapidement fait se trémousser l’entièreté de la salle (et même nous, derrière le bar). Première rencontre avec du vrai hip-hop depuis longtemps, dans mon cas. Et j’ai été agréablement surprise par la musique autant que par l’attitude du groupe, qui donnait de l’amour à la pelletée à leur public du Café Wazo. Mention d’honneur au chanteur qui rappait avec une vitesse extrême et au beatbox qui était tout à fait réussi.

Malheureusement, toute bonne chose a une fin. La première fin fut celle de la bière. Ça n’a pas trop paru (oui ça a paru), mais on a dû pédaler pas mal derrière le bar pour fournir tout ce beau monde : c’est qu’ils étaient nombreux à venir célébrer cette dernière édition de l’année ! Après trois «refill» de frigo, on a même dû (grand Dieu) vendre autre chose que de la Pabst, une première ! Pour vous dire à quel point on était dans le besoin ! Et puis malheureusement le spectacle qui voulait se poursuivre a dû se terminer quand les lumières ont été allumées pour nous signifier qu’on avait dépassé l’heure. Facile, dans une ambiance pareille !

On va donc croiser les doigts très forts pour que l’an prochain accueille de nouveaux Rock & Pabsts, auxquels je vous encourage fortement à aller. Cégépien ou non, cela reste une expérience inoubliable, autant pour les groupes que pour le public.

Crédit photo galerie: Marie-Chloé Nolin

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Entrevues

[ENTREVUE] Tous Azimuts ou réflexion sur l’autoproduction

 

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Lundi soir nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Hubert Michaud et Clément Desjardins, membres de Tous Azimuts (à droite sur la photo). L’entrevue glissant subrepticement vers la discussion, nous avons causé, sous la trame d’une entrevue, du métier d’artiste émergeant et de sa réalité.

Fondé en 2010, le groupe est sur le point de lancer son troisième disque. On y retrouve encore la voix chaleureuse de Jordane Labrie, la chanteuse, ainsi que la musique parfois introspective parfois blues/folk des deux guitaristes interrogés, de Félix-Antoine Gélineau à la basse et de Gabriel Lavoie à la batterie. Amis du secondaire pour la plupart, ils ont cheminé partageant leur temps entre école et musique, ce qu’ils font encore aujourd’hui. Maintenant à l’université, ils ont plusieurs concerts à leur actif, dont quelques-uns au FEQ, ainsi qu’un groupe de fans.

Afin de réaliser leur nouvel album, Kilomètre Zéro, ils ont cette fois choisi d’opter pour une campagne de sociofinancement. Cela permettait de répondre à deux de leurs besoins : trouver du financement pour finir l’album d’une part (diffusion, production physique, avancer les fonds nécessaires) et trouver une méthode de prévente sympathique d’autre part. La formule des kick-starters et Indiegogo offraient cela avec leurs «packages» intéressants, qui ne se résumaient pas seulement à la vente de CD. «On voulait en offrir à nos fans de première heure. On a été chanceux d’avoir une crowd dans les débuts pis on voulait aussi prendre soin de ces gens-là et leur offrir un produit lefun», explique Hubert. Ils ont d’ailleurs eu une réponse positive du public et ils en étaient très heureux. Ils ont dépassé leur objectif assez vite.

Bien plus que dans le financement de leur album, Tous Azimuts cherchent l’autonomie dans presque tous les domaines connexes à leur musique : «Avec mes frères, les quatre frères Desjardins, on a fondé les Disques Freelance Vision pis on a énormément de stock de studio, ce qui fait qu’on est autonomes pour enregistrer notre musique et qu’on se donne les moyens pour être autonomes aussi pour la mise en marché», affirme Clément. «Au moins ça nous donne de la tranquillité en studio que d’autres bands n’ont pas. Quand tu enregistres en studio, il y a le facteur limitant de l’argent», ajoute Hubert. Cela leur permet d’explorer de nouvelles sonorités et de travailler leur art un peu à la manière d’artisans.

Leur dernier album, de fait, produit pour la première fois de A à Z par le groupe, a été une expérience particulière pour eux. En mettant la main à la pâte et en confectionnant même les pochettes à l’aide d’étampes et de cire, ils ont pu offrir à leurs auditeurs et à leurs fans un produit personnalisé et fait main. «Ça fait durer le plaisir d’une sortie d’album, ajoutent-ils. On accepte que ce soit tout croche aussi, […] c’est pas parfait pis notre musique est pas parfaite, t’écoutes l’album pis il y a des erreurs, mais je pense que l’intégrité au moins c’est un pari qui est plus plaisant pour les auditeurs.» Ils avouent aussi vouloir, par leur choix de production, faire un clin d’œil à l’époque des «bootlegs», évoquant une ère où les fans enregistraient illégalement les spectacles de leurs artistes préférés à l’aide de magnétophones : malgré le côté «tout croche», «t’avais l’impression d’avoir quelque chose de spécial pis d’unique dans les mains», explique Clément.

Or, il y a un autre côté à cette médaille. De fait, même si la production directe des artistes est gratifiante et même si elle permet à l’artiste de rejoindre directement son public, c’est aussi une technique qui demande énormément de temps et qui ne sera pas nécessairement lucrative. C’est pourquoi le groupe préfère voir leur musique comme une passion, semble-t-il, plutôt que comme une gagne-pain : «Quand l’artiste cherche à plaire, dit Clément, je trouve qu’il se détourne de sa vocation réelle. La vocation d’un artiste c’est d’exprimer quelque chose qui est artistique. Quand ton but premier c’est le mercantilisme, ça te détourne de ta vocation réelle qui est l’esthétique. […] On sonne pas comme ce qui est à la mode en ce moment, et je pense que ça n’arrivera jamais en fait !»

À l’écoute de Kilomètre Zéro, c’est d’ailleurs cette passion et ce dévouement à l’art qu’on peut sentir. Musique élaborée accompagnée de textes réfléchis, souvent librement inspirés de poésies ou d’autres œuvres littéraires, cela donne un mélange inusité et unique. On peut sentir, comme nous le confirment les musiciens, un fil conducteur tout au long du disque. Expliquant que les textes ont tous été écrits à peu près dans la même période, Clément, l’auteur de la majorité des chansons, tient à laisser planer un mystère sur cette construction de l’album. L’auditeur aurait une vocation d’imagination qu’il serait en devoir d’explorer lui-même.

Pour cette raison, je vous conseille fortement l’écoute de leur nouvel album, qui sera lancé le 9 mai au Cercle pour ce qui est de la ville de Québec. Quelques extraits sont disponibles sur leur site officiel. Vous pouvez les suivre aussi sur leur page Facebook, ainsi que contribuer à ladite campagne de sociofinancement, qui prendra fin d’ici environ une semaine. Et pour finir sur une touche chaleureuse, Clément nous a fait part d’une citation de son maître à blaguer Groucho Marx. De fait, malgré le sérieux musical du groupe, chacun de leurs spectacles est comme une fête, et l’ambiance y est plutôt chaleureuse. Hubert l’explique ainsi : «Pourquoi c’est si rassembleur et si chaleureux que ça ? C’est parce qu’en soi c’est une fête pour nous […], on adore être sur scène.» Il n’y manque pas de jeux de mots non plus, à mon grand plaisir! Sur ce, la blague va comme suit :

«Je trouve que la télévision est très éducative : dès qu’elle est allumée, je vais dans ma bibliothèque prendre un bon livre.»

Crédit photo: Elias Djemil

 

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Entrevues Spectacles

[SPECTACLE+ENTREVUE] Simon Kearney au Vieux Bureau de Poste, 17 avril

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Hier soir au Vieux Bureau de Poste, Simon Kearney nous présentait quelques nouvelles chansons à venir sur son prochain album. Accueilli par un public éclectique, il a su plaire aux jeunes comme aux moins jeunes. Compte-rendu et entrevue avec un artiste prometteur.

Originaire de la République de l’écrevisse, le jeune auteur-compositeur-interprète fait du rock, du vrai. Il contrebalance la force brute de son rock par des influences variées tout autant que par son attitude amicale avec le public. On se sent entre amis, on rigole, on se fait des blagues. Et le talent est au rendez-vous ! Hier soir, même les chaises n’ont pas su empêcher un groupe d’enthousiastes (dont j’avoue avoir fait partie) de se lever et de se mettre à danser et à chanter joyeusement.

Il s’est d’ailleurs lui aussi dit très content de son spectacle et de sa réception. Ayant ajouté des cuivres au groupe traditionnellement composé de lui à la guitare et au chant, d’un bassiste et d’un batteur, la soirée s’annonçait pour Kearney comme une sorte de test, afin de voir comment on réagirait à ses nouvelles sonorités ainsi qu’à ses nouvelles compositions. «Et je pense qu’on a passé le test», dit-il avec raison. Ils sont parvenus à créer une ambiance qui vient enrichir les chansons du jeune artiste. «Je pense que ça me définit de plus en plus dans une sonorité», ajoute-t-il.

De fait, entre la parution de son premier maxi en automne dernier et la composition des chansons qui seront sur l’album à sortir en fin d’été, Simon Kearney a beaucoup évolué musicalement parlant. S’inspirant toujours de ses différentes découvertes musicales, il a pu ajouter des nuances à ses compositions ainsi qu’à son spectacle. L’ajout des cuivres, inspiré du classique et du jazz mais ayant plus une visée à la «marching band», lui a notamment permis de multiplier les possibilités musicales de ses compositions. «Étant donné que j’suis un trippeux de musique, je voulais en mettre plus pour les gens ; en mettant les brass je trouve qu’on va chercher des couleurs et qu’on va chercher de l’extra musical», explique-t-il. Alternant entre les pièces acoustiques, le rock de garage et de la musique plus raffinée, Simon Kearney a d’ailleurs offert à son public d’hier un amalgame intéressant d’œuvres et de styles.

Vivant sa vie au jour le jour, il puise présentement ses inspirations musicales des cours qu’il suit au cégep. Étudiant à temps plein aujourd’hui, il ne sait pas encore ce qui l’attendra à la sortie de son album, quoiqu’il se permette de rêver : «admettons qu’il pourrait y avoir de bonnes répercussions, eh bien, je pense que je serais prêt à me lancer là-dedans complètement et à ptêtre laisser les études un moment pour vraiment vivre tout ça». Une seule chose est certaine, c’est qu’en attendant de se décider pour l’avenir, il est certain de vouloir faire de la musique. D’ici là, vous pourrez le voir le 6 juin au Cercle en plateau double avec Philippe Brach, ainsi qu’au FEQ les 16,17 et 18 juillet sur la scène Énergie.

Pour bien terminer l’entrevue, on a posé quelques questions en rafale :

Tes chansons parlent de toutes sortes de choses. Où prends-tu ton inspiration pour tes textes ?
«Souvent c’est spontané», dit-il. Entre autres, il nous explique l’origine d’une de ses pièces, Docteur de char : «Mon père avait une crevaison sur son char pis on s’est arrêtés dans un garage». Ils auraient alors rencontré tout un personnage : «Tsé le garagiste qui parle tout le temps pis qui veut commenter sur tout et n’importe quoi, pis y veut toujours avoir son mot à dire même si ça veut rien dire ! […] Ça m’a inspiré cette chanson-là. J’suis arrivé chez nous, j’ai écrit quelques trucs dans mon calepin pis un rif, pis c’est rentré tout seul.»

Y a-t-il un artiste avec lequel tu aimerais travailler ?
Jimmy Hunt, décide-t-il avec enthousiasme. «J’trouve qu’il a des bonnes idées et qu’il a vraiment son son à lui.»

Quelle question rêverais-tu de te faire poser en entrevue ?
«Ah une question sur les Beatles, genre c’est quoi ton album préféré des Beatles! Pis qu’après ça on parle des Beatles.» Choisissant les classiques, il a dit préférer le White Album. Il avoue avoir été beaucoup influencé par la musique de Paul McCartney, chose qui l’a, entre autres, dirigé pour la sonorité des cuivres : «côté musical pour Paul McCartney les brass ça vient directement de lui, quand t’écoutes When I’m sixty four», dit-il, «nos brass c’est pas des arrangements pour faire du James Brown, ils sont vraiment plus là pour le côté marching band, ragtime».

Quelle boisson doit-on prendre quand on écoute ta musique ?
«Quelque chose de drôle pis de party.» Étant donné qu’il voit son album comme une œuvre sans prétention, comme quelque chose qui reste «funny pis vraiment amical», il dit opter pour la simplicité : «Juste une bonne grosse bière, pis pas une bière de microbrasserie, juste une une ptite blonde que tu prends sur le balcon au soleil»

Comme on peut le voir, le jeune artiste ne s’enfle pas la tête malgré son talent et sa carrière prometteuse qui débute. Il conserve une sincérité étonnante sur scène et semble vouloir garder à sa plus simple expression son talent. Les vertiges de la grandeur ne sont pas pour lui, et il a les pieds sur terre. On lui souhaite beaucoup de succès pour l’avenir, et encore quelques bonnes bières sur des balcons.

Crédit photo : Gabriella Quesnel-Olivo

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[SPECTACLE] Anatole + Choses Sauvages, Le Sous-sol du Cercle, 16 avril

Pendant que ça commençait à faire la file en haut du cercle pour le spectacle de Claude Bégin, nous sommes descendus sous terre pour aller visiter le côté sombre de la force musicale. Compte-rendu de cette expérience musico-sensorielle.

Le compte-rendu

En arrivant, je constate le petit nombre de personnes. Cependant, comme on dit, la qualité vaut mieux que la quantité! Dès la première partie, et surtout lors du spectacle d’Anatole, les premières rangées (les seules) chantent ou baragouinent les paroles.

Partis des contrées lointaines montréalaises pour venir nous exposer ici pour la première fois leur musique et leur fun, Choses Sauvages commencent le bal. Que dire de leur musique en effet ? Pour ma part, je les qualifierais de groupe interchangeable. Comme ils nous l’ont prouvé sur scène (sur le pas-de-scène du Sous-sol du Cercle, en fait), les membres de Choses Sauvages peuvent autant changer de tempo que de style musical pendant leurs pièces, ce qui donne un heureux mélange. Interchangeables aussi parce que les musiciens eux-mêmes jouaient différents instruments à tour de rôle. Vraiment, c’est un groupe encore jeune, mais il me semble très prometteur et je retournerai les voir jouer avec autant d’enthousiasme qu’ils en ont montré eux-mêmes sur scène.

Pour continuer sur ma thématique Star Wars, je dirai qu’après les padawans sont entrés les maîtres jedi de l’expérience musicale. Et avec Anatole, il faut vraiment insister sur le mot «expérience». Bien que leur musique soit en elle-même divertissante et réfléchie, c’est incomparable au souci du détail que leur mise en scène contient. Je pourrais dire que les membres d’Anatole portent des costumes étonnants, mais je préfère dire qu’ils sont possédés par ces habits. C’est tout particulièrement le cas pour le chanteur Alexandre Martel, qui est quasi méconnaissable, hormis pour sa voix claire et aérienne. Le mot d’ordre pour cette partie du spectacle : intensité. Jouant devant un public qui m’a semblé assez initié, l’atmosphère prêtait aux folies. On a même eu droit à un strip-tease à long terme du chanteur, pour tout faire comme il faut et pour pimenter d’autant plus la musique déjà érotico-sythé-joyeuse. Indescriptible.

Sur ce, le spectacle s’est très bien fini avec un rappel inattendu et cocasse. Voilà ce qui terminait une soirée qui, hormis le feedback occasionnel, a été une réussite. L’endroit et la «vibe» du public ajoutaient un petit quelque chose de très envoûtant.

L’entrevue à une question
Tommy Bélisle et Alexandre Martel se sont tous deux prêtés au jeu de l’entrevue à une question (la première d’une tradition qui, je l’espère, se perpétuera dans mes articles futurs). Voici les résultats.

Ayant sortis tout récemment un nouveau maxi intitulé Japanese Jazz, Choses Sauvages ont dû expliquer le choix de ce nom :
Pourquoi Japanese Jazz ?
Le nom viendrait d’une vidéo éponyme, «vraiment dégueulasse là», nous affirme Tommy. Il vous invite aussi, lecteur, à aller le constater par vous même sur YouTube : «c’est vraiment cheesy, t’as jamais vu ça». Amusés par le nom et par le vidéo en soi, une trouvaille du batteur Philippe Gauthier Boudreault, ils ont décidé de l’adopter pour leur maxi par la suite.

Pour Anatole, il ne fallait pas faire les choses de façon conventionnelle. On leur a donc demandé :
Quelle question vous voudriez poser à nos lecteurs ?
«À quoi vous pensez quand y fait noir ?»

Eh bien je vous pose la question, lecteurs. Moi, dorénavant, je penserai aux fumées exquises du monde Sauvage et Anatolien.

Et que la force soit avec vous !

 

Crédit photo: Ludvig Germain Auclair

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[SPECTACLE] Le Havre + Medora, Rock & Pabst, Cégep de Sainte-Foy, 2 avril 2015

rock pabstC’est dans le cadre des soirées Rock & Pabst, tradition qui ne date pas de plus de deux ans au cégep de Sainte-Foy, que j’ai eu la chance jeudi soir dernier, entre deux services de bière, d’assister au spectacle mettant en scène le Havre et Medora.

Le projet des Rock & Pabsts en soi mérite d’abord une introduction. Mis sur pied par Jérôme Charrette-Pépin, sympathique musicien lunatique que vous avez probablement déjà croisé dans le Vieux, le Rock & Pabst consiste en une idée fort simple : écouter un bon spectacle de rock en buvant de la (moins) bonne pabst. Sous ses airs naïfs, le projet a cependant permis à plusieurs groupes du cégep de se faire connaître par la population étudiante ainsi qu’à différents groupes émergents du Québec de rejoindre un public moins accessible pour eux.

Maintenant dirigés par Simon Kearney et son équipe, les Rock & Pabsts ont fait beaucoup de chemin et attirent un public toujours plus nombreux et toujours plus assoiffé. Et jeudi dernier ne faisait pas exception à la règle. En tant que barmaid officielle (eh non, je ne suis pas une buveuse compulsive comme pouvait le sous-entendre le début de cet article), j’ai donc pu, disais-je, assister à un spectacle encore une fois chaleureux, intime, informel et riche musicalement.

Voici donc, chers lecteurs, ce que j’en ai compilé juste pour vous :

Alors que le Havre, un groupe de Montréal, ouvre le bal, la salle se remplit tranquillement. Le spectacle a commencé plus tôt qu’à l’habitude, mais les gens ne tardent pas à arriver. Ils sont accueillis par le rock planant et plutôt psychédélique du premier groupe. Ce qui se démarque : leur tempo très particulier, sophistiqué voire contemporain, ainsi que la teinte mélancolique qui adoucit le rock autrement cassant du Havre. Mais bon, je dis cassant, mais c’est aussi parce qu’ils n’ont pas pu faire le soundcheck avant de commencer, ce qu’ils ont fait avec brio quand même, en même temps que de jouer. Avant-dernière chanson plus lente, un temps de repos avant que le Havre revienne en force pour une dernière pièce plus «groovy», mais tout aussi dissonante.

Après une courte pause, on assiste à l’entrée remasquée de Medora, un groupe local-local, oserais-je dire, puisque ses membres étudient au cégep de Sainte-Foy. Je dis bien «remasquée», et c’est un jeu de mots, parce qu’ils sont arrivés sur scènes accoutrés des figures de nos politiciens préférés. Toujours avec leur aspect visuel plus léché, une lumière simple accrochée au plafond, Medora prend son élan. Ils commencent avec une de leurs chansons tirée de leur dernier maxi intitulé Ressac. Leur son, planant aussi, mais moins hermétique que le Havre, transporte la salle dès la troisième pièce : Fleuve. On dénote la présence de groupies et la joie des habitués de l’évènement, qui voient Medora pour la deuxième fois dans l’enceinte de leur café étudiant. Parfois dansantes, parfois mélancoliques, parfois les deux en même temps (comme dans Permanence), toutes les pièces de Medora se distinguent et se ressemblent à la fois, ce qui a offert un tout ingénieusement harmonisé. L’écoute s’est aussi accompagnée d’un peu d’humour et de danse, l’entrée en scène du groupe donnant le ton à leur spectacle et à leur sortie «à la belle et bum» (c’est ainsi qu’ils la décrivent). Saluant bien haut Normand Brathwaite, ils ont terminé en vitesse (parce qu’au cégep, on ne «niaise» pas avec les heures de fin d’évènements), mais en beauté quand même.

PS : Je vous recommande donc chaudement d’aller faire un tour aux prochains Rock & Pabsts, une tradition qui, j’espère, se poursuivra encore des années ! Pour ce qui était des deux groupes au programme, leur musique est disponible sur leurs Bandcamps respectifs. Le Havre participera au festival anachronik le 2 mai prochain dans la Grand-Ville et nous a annoncé l’arrivée prochaine d’un maxi en fin avril ainsi que d’un projet surprise pour la mi-mai. De leur côté, Medora nous a montré par les quelques nouvelles pièces jouées jeudi soir que leur projet musical sera plus raffiné dans le nouveau maxi sur lequel ils planchent en ce moment. Un son plus sec, des chansons un peu plus dansantes et une vision musicale un peu plus mature nous attendent donc éventuellement. Cependant, d’ici là, je vous conseille l’écoute de Ressac, une expérience aux effluves de mer et qui sait garder l’auditeur en haleine par une cadence qui berce brusquement et doucement comme les vagues. Des concerts sont aussi prévus pour eux en mai, notamment le 29 au Pantoum.