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Critique : Salomé Leclerc « Sous les arbres »

Disons-le sans détour : Il y a beaucoup de PJ Harvey et de Cat Power dans les chansons de Salomé Leclerc. Ce ne sont pas les seules influences qu’on retrouve sur Sous les arbres, le premier album de l’auteure-compositrice-interprète de 25 ans, mais elles sont très frappantes (l’ouverture, la très jolie Partir ensemble, est un exemple probant). Dommage qu’on ait senti le besoin d’enrober ces influences d’un vernis propret qui fait perdre en sincérité tous les gains en accessibilité.

Enregistré en France et réalisé par l’artiste française Emily Loizeau, Sous les arbres est un album folk mélancolique très conventionnel qui ne réinvente pas la roue, mais qui a le mérite d’être en français. D’ailleurs, la plume de Leclerc, sans être des plus mémorables, est tout à fait adéquate. La jeune femme sait écrire, elle maîtrise sa langue et elle a tout le temps devant elle pour peaufiner son art. Quant à la musique, il n’y a absolument rien à redire : les arrangements (de Leclerc elle-même) sont superbes et font la part belle à l’artiste, les mélodies, quoique parfois un peu trop grises, retiennent notre attention.

Quelques chansons sortent du lot : la pièce titre, Sous les arbres, qui est mélancolique à souhait, Love, naïve, Love, véritable cri du coeur, et Tourne encore, qui est probablement la chanson la plus légère et pop de l’album.

En résumé, Sous les arbres est un premier jalon pour Salomé Leclerc. Après quatre années à peaufiner son art, elle nous offre une oeuvre aboutie qui rend justice à son grand talent. Les attentes seront très, très élevées pour son deuxième album.

En attendant, savourons celui-ci. Richard Séguin va ENFIN avoir de la concurrence dans la catégorie folk au gala de l’ADISQ 2012! 😉

Salomé Leclerc « Sous les arbres » (Audiogram)

On donne :

 (7/10)

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Critique : Wilco « The Whole Love »

Exception faite des galettes de St. Vincent (déjà disponible) et Feist, peu de disques sont aussi attendus cet automne que le huitième disque de Wilco, The Whole Love, qui sera sur les tablettes de tous les bons (et moins bons) magasins dès le 27 septembre. J’ai profité du fait que le groupe l’a mis en diffusion sur son site Web pendant le week-end de la Fête du travail pour l’écouter en boucle.

L’attente en vaut vraiment la peine. Ce n’est pas un Yankee Hotel Foxtrot (leur grande oeuvre, qui a failli ne jamais voir le jour), mais en s’éloignant de la pop adulte très conventionnelle des deux derniers albums, le groupe nous offre matière à de nombreuses écoutes et réflexions, tant sur le plan des paroles que de la musique.

Ceux qui sont entrés dans le train avec Wilco (The Album) risquent d’être un brin déroutés par la première chanson de l’album, Art of Almost, qui marque le ton d’une manière très éloquente : oui, la chanson commence tout en douceur et s’écoute presque en fermant les yeux, mais au cours des sept minutes qui suivent, elle progresse pour se terminer par un solo de guitare endiablé qui montre que Nels Cline (qui n’était pas là à l’époque de YHF) a décidé qu’il avait autant envie de rocker que de jouer du country.

La pièce titre, qui suit, est justement une chanson country-folk des plus typiques. Et on se promène, comme ça, d’un genre à l’autre, tout en ne perdant jamais son identité, tout en demeurant près de ses racines, mais en continuant d’explorer et d’innover. On a parfois l’impression d’entendre Pink Floyd avec des chapeaux de cow-boy! Ou Dylan en quadriphonie!

Côté paroles, Jeff Tweedy est un auteur accompli, qui a parcouru énormément de chemin depuis Uncle Tupelo. L’americana au sens large demeure un genre qui donne énormément de place aux paroles. Tweedy n’est peut-être pas, à mon avis, un conteur aussi talentueux qu’un M. Ward, mais quand on écoute du Wilco, on a envie d’écouter les paroles, d’entendre la petite histoire qui nous est racontée. One Sunday Morning, qui dure 12 minutes (oui, j’ai bien écrit douze minutes, ce n’était pas une faute de frappe), est une superbe ballade (au sens poétique du terme), que la musique agrémente de façon majestueuse. À elle seule, cette pièce vaut le détour. Elle va faire école.

Je pourrais parler de chacune des pièces de l’album et vous donner tout autant de raisons différentes de l’aimer. Il suffit pourtant de dire The Whole Love fait partie des excellents disques de l’année, avec les Let England Shake de PJ Harvey et In the Mountain, In the Could de Portugal. The Man. Est-ce un nouveau chef-d’oeuvre pour la troupe de Chicago? Seul le temps nous le dira, mais on peut déjà dire que quelques chansons, elles, nous marqueront encore longtemps.

Dire qu’ils étaient à Montréal hier…

Wilco – « The Whole Love » (dBpm Records) – en vente le 27 septembre

On donne :

 (9/10)

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Critique : St. Vincent « Strange Mercy »

En seulement deux albums, Annie Clark, mieux connue sous le nom de St. Vincent, a réussi à se constituer un public fidèle grâce à son esprit tordu, une écriture originale et des mélodies facilement reconnaissables. La musique de St. Vincent se trouve à un carrefour où se croisent le folk, l’électronique, la pop et l’indie rock et le mélange est heureux, bien qu’il ne soit pas accessible à toutes les oreilles dès la première écoute.

Strange Mercy, le troisième album enregistré par Clark, était fort attendu, c’est le moins qu’on puisse dire. Et disons-le tout de suite, cette attente n’aura pas été vaine. Cet album est de loin le plus réussi de la jeune auteure-compositeure-interprète jusqu’à maintenant, et on dirait que le meilleur reste encore à venir. Clark mélange toujours la distorsion de sa guitare avec sa voix éthérée, elle chante toujours des airs uniques qui semblent pourtant si naturels, mais on ne se contente plus d’écouter poliment et d’intellectualiser chaque chanson, on hoche la tête, on tape du pied, on fait du air guitar (les occasions ne manquent pas).

Vous avez probablement déjà entendu les deux premiers extraits, soit Surgeon et Cruel. Ces deux titres promettaient, et le vidéoclip de Cruel est superbe. Eh bien voilà, ça continue : Cheerleader est un regard sur le passé trouble de l’artiste, Northern Lights a été enregistrée « dans le piton », Champagne Year, au contraire, est toute en subtilité et en douceur.[mp3j track= »St. Vincent – Cruel@02-Cruel.mp3″ flip=y]

Après quelques pièces plus tranquilles, le disque finit en lion avec Dilettante, aux guitares funkées sur fond de ballade, Hysterical Strength, qui va sûrement se mériter quelques remix, et Year of the Tiger, qui termine l’album avec une touche orientale.

Strange Mercy ne plaira pas à tout le monde. St. Vincent n’entre dans aucun moule précis et ça peut en déconcerter quelques-uns. Tant pis pour eux. On l’oublie souvent, mais la musique, c’est plus qu’un divertissement. C’est un art. Annie Clark est une artiste.

Une artiste qui ne manque pas de talent, ni de créativité. Elle va être là encore longtemps.

St. Vincent – « Strange Mercy » (4AD) En vente le 13 septembre.

On donne :

 8/10

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Critique : Artistes variés « Muppets: The Green Album »

Pour faire différent, je vais vous parler d’un disque sur lequel figurent des artistes connus qui reprennent des chansons connues d’une émission de télévision archi-connue en vue de faire la promotion d’un film attendu produit par un des plus gros studios de cinéma au monde! Ça va faire changement de l’indé!

Reconnaissez-vous cette grenouille? C’est la grenouille la plus célèbre du monde! Bien entendu, je parle de Kermit, la grenouille qui a fait connaître le Muppet Show à la fin des années 1970. Pour les 4 ou 5 personnes qui ne connaîtraient pas, le Muppet Show était un théâtre de marionnettes destiné tant aux enfants qu’aux adultes. C’était drôle, c’était absurde et les personnages étaient attachants. Surtout, comme l’émission était montée de la même manière qu’un spectacle de cabaret, il y avait souvent des chansons.[mp3j track= »Sondre Lerche – Mr. Bassman@07-Mr.-Bassman.mp3″ flip=y]

Après la mort de Jim Henson, les droits ont fini par tomber dans les mains de Disney. La société californienne en profitera cet automne pour lancer un film dont les Muppets seront les vedettes. Pour nous faire patienter, on nous donne ce petit bonbon, un album de reprises enregistrées par des artistes et des groupes couvrant pas mal tous les horizons du rock d’aujourd’hui tels que OK Go, Weezer, Hayley Williams (Paramore), The Fray, My Morning Jacket, Alkaline Trio, Amy Lee (Evanescence), Sondre Lerche, the Airborne Toxic Event, Brandon Saller (Atreyu), Billy Martin (Good Charlotte), Andrew Bird, Matt Nathanson et Rachael Yamagata.

Oui, ça râtisse large de même! Cependant, personne ne subit un mauvais casting. J’ai beau ne pas être un grand fan de OK Go, leur relecture de la chanson thème du Muppet Show est tout à fait réussie. D’ailleurs, le vidéoclip qui accompagne la chanson est fichtrement bien réussi, lui aussi, et capte bien le côté un peu fou de l’émission.

De même, l’idée de réunir Weezer et Hayley Williams (la chanteuse de Paramore, les jeunes!) pour chanter Rainbow Connection était excellente. Les voix de Rivers Cuomo et de Williams se marient à merveille. Quant à The Fray, qui reprend Manah Manah, on voudrait bien leur reprocher leur manque d’originalité, mais leur interprétation de ce grand classique (qui comprend les éloignements et les rapprochements du micro) est d’une précision d’horlogerie. Après les trois accords obligatoires d’Alkaline Trio, c’est au tour de My Morning Jacket de s’amuser avec Our World. Jim James et sa bande se sont littéralement réapproprié la chanson, qui n’aurait pas détonné sur leur plus récent album, Circuital.

Amy Lee (oui, oui, la pseudo-gothique d’Evanescence) suit avec une version tout en douceur de Halfway Down the Stars. Sondre Lerche nous offre une version de Mr. Basseman qui fait disparaître les nuages et apparaître le soleil. Chose certaine, on tape du pied et après quelques écoutes, on accompagne Lerche dans ses bam-bam-bam-boom! C’est le meilleur moment de l’album, surtout qu’il est suivi par un autre moment fort, soit l’excellente Wishing Song de The Airborne Toxic Event. Trop courte.

Brandon Saller et Billy Martin, d’Atreyu et Good Charlotte respectivement, reprennent Night Life en rockant virilement. Pour fans finis seulement. Ensuite, Andrew Bird réussit à nous tirer une larme avec Being Green, une chanson sur les inconvénients de la verdeur. Pour fermer la marche, soulignons la très piano-voix I Hope That Somethin’ Better Comes Along par Matt Nathanson, et I’m Going To Go Back There Someday, par Rachael Yamagata.

Rien ne sert de parler de cohésion, de fil conducteur et d’homogénéité pour cet album : il n’y a rien de tout ça. On a plutôt affaire à une compilation hétéroclite de reprises de chansons associées à l’univers de Jim Hanson et produite par Disney, qui tente toujours de plaire au plus grand nombre. Heureusement, même s’il y a quelques moments moins agréables pour l’humble critique que je suis, il faut reconnaître qu’on a tenté de trouver un dénominateur commun autrement qu’en nivelant par le bas. Les artistes sont bons, leurs interprétations sont intéressantes même si elles ne sont pas toujours inventives et dans l’ensemble, une fois passé l’effet nostalgie (obligatoire en l’espèce), il reste des bonnes petites tounes qui s’écoutent sans efforts.

Maintenant, on peut craindre le pire pour le film.

Artistes variés « Muppets: The Green Album » (Walt Disney Records)

On donne :

(7/10)

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Critique – Housse de Racket « Alésia »

J’aurais bien aimé être près de Victor le Masne et Pierre Leroux lorsqu’ils ont trouvé le nom de leur groupe, Housse de Racket, en 2005. On ne peut pas dire que ça manque d’originalité! Le groupe indie pop français, aux influences nombreuses (comme de nombreux compatriotes), s’est fait connaître grâce à la chanson Oh yeah!, une pièce un brin funky qui a fait danser des milliers de Parisiennes.

Depuis, le groupe a signé avec la maison Kitsuné et préparé un nouvel album, Alésia, qui sera bientôt disponible. Il s’agit d’une excellente découverte, particulièrement vitaminée, qui saura ensoleiller les derniers jours de l’été. En fait, la première moitié de l’album est une des meilleures moitiés d’album que j’ai entendues cette année et si ce n’était de la (très) relative faiblesse de la deuxième partie, cet album jouerait du coude pour se hisser dans mon top 3 de 2011.

Human Nature est un excellent choix pour ouvrir l’album. L’auditeur sait à quoi s’attendre : beaucoup de synthés, une guitare simple et un rythme enlevant. Et un accent français qui rend la compréhension des paroles plutôt difficile à l’oreille d’un Québécois. 😉 Cette chanson est suivie par le premier simple du groupe (pour ce que veut dire un simple en 2011…), la très phoenixienne Roman. Si vous n’êtes toujours pas séduits, attendez au moins d’entendre la troisième chanson, Château, qui est à mon avis la meilleure chanson de l’album, remplie de sonorités subtiles et de clins d’oeil aux années 1980.

Suivent Apocalypso, un croisement entre sonorités africaines et synth-pop particulièrement réussi, et Chorus, une des chansons les plus rock de l’album.[mp3j track= »Housse de Racket – Château@03-Chateau.mp3″ flip=y]

Alésia, une chanson qui se donne des airs de Vangelis avec ses synthés omniprésents, brise malheureusement le rythme. Ariane, qui suit, a des airs d’Air. On retrouve un peu de rythme avec Les hommes et les femmes et TGV, puis avec Aquarium, une des meilleures chansons en français que vous entendrez en 2011, ne serait-ce que pour le refrain (« dans ma baignoire, je me noie / oubliez-moi, oubliez-moi / dans une piscine, on me voit / regardez-moi, regardez-moi »), un chef-d’oeuvre en matière de n’importe quoi, ainsi que pour la dernière minute et demie, pendant laquelle il est absolument impossible de ne pas se laisser aller.

Ajoutez à cela Empire, une chanson un peu trop planante et aérienne qu’on n’écoute pas en mode répétition, et voilà, vous avez un album qui montre que Housse de racket a énormément de potentiel, mais qui montre également qu’Alésia est un album inégal qui aurait très bien pu se passer d’une ou deux pièces (qui feront sûrement office de pause-pipi pour les spectateurs qui iront les voir).

Cependant, les meilleures parties de l’album valent bien ce qui s’est fait de mieux cette année. Ça va danser à Paris cet automne!

Housse de Racket – « Alésia » (Kitsuné) En vente le 22 août.

On donne :

(7/10)

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Critique : Wolf Gang « Suego Faults »

Wolf Gang, c’est le nom du groupe de Max McElligott, un jeune Londonien résolument tourné vers la scène indie pop new-yorkaise et qui nous a offert, ces derniers jours, un premier opus remarqué chez les Britanniques, le très, très pop Suego Faults.

Soyons honnêtes : McElligott ne réinvente pas la roue avec cet album, loin de là. On trouve des traces de MGMT, de Passion Pit et de nombreux autres groupes aux synthés rêveurs et à la voix haut-perchée sur presque toutes les pièces. Il faut toutefois avouer que malgré ce manque d’originalité, Suego Faults est, sauf quelques exceptions, un album pop extrêmement efficace, très actuel, qui cadrerait dans les listes de lecture d’un grand nombre de hipsters new-yorkais tout en gardant un sens mélodique aigü dont seuls les Britanniques ont le secret.

En fait, si on oublie la très mièvre pièce titre, une ballade à mourir d’ennui qui nous donne très rapidement le goût de passer à la chanson suivante, McElligott et ses musiciens nous offrent plus de 45 minutes de pop bonne à taper du pied et à hocher de la tête, et ce, dès la première chanson, la très entraînante Lions in Cages, qui reflète très bien ce qui nous attend. Something Unusual, commence beaucoup plus lentement, mais sa mélodie et son rythme groovy ne sont pas sans rappeler quelques pièces de Passion Pit, ce qui est loin d’être un défaut. [mp3j track= »Wolf Gang – The King and All of His Men@05-The-King-And-All-Of-His-Men.mp3″ flip=y]

The King and All of His Men constitue un des moments forts de l’album. Il s’agit d’une chanson extrêmement vitaminée qui en fera danser plus d’un un peu partout dans le monde. À l’inverse Midnight Dancers est une ballade on ne peut plus classique, qui rappellera à plusieurs les slows qu’on dansait avec nos copines en secondaire III (oui, oui, alors qu’on descendait subtilement vers leurs fesses, qu’on les caressait rapidement, et qu’on remontait rapidement, de peur de se faire prendre par un surveillant… désolé, je suis d’une autre génération). À l’écoute de cette chanson, suffit de fermer les yeux pour voir les couples collés sur la piste de danse, éclairés par les éclats de lumière de la boule disco. Ouf, nostalgie! Ça semble quétaine, mais croyez-moi, c’est un moment de pop bonbon comme on n’en n’a pas entendu depuis au moins… 3 semaines!

Pour les quelques dernières chansons de l’album, Wolf Gang prend un virage plutôt étrange : les chansons sont maintenant influencées par David Byrne et les Talking Heads, en particulier la dernière, Pieces of You, où McElligott joue avec sa voix et avec les rythmes d’une manière que Byrne lui-même n’aurait pas reniée.

En terminant, comme je le disais plus haut, chacune des treize chansons (sauf une) a de quoi plaire. Dans l’ensemble, Suego Faults s’écoute très agréablement et constitue une jolie carte de visite pour un jeune artiste plein de talent. Le groupe est présentement en tournée européenne. Peut-on espérer une visite de ce côté-ci de l’Atlantique bientôt? On irait bien les voir!

Wolf Gang « Suego Faults » (Atlantic)

On donne :

(8/10)

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Critique : Beirut « The Rip Tide »

Si, comme moi, vous ne connaissiez de Beirut que le nom, voilà une belle découverte! Le groupe, dirigé par Zach Condon, mélange joyeusement indie pop et folk des Balkans et franchement, ce mélange est délicieux.

Tout d’abord, Beirut est vraiment unique en son genre. Oui, des groupes folk, il y en a beaucoup. Des groupes folk d’inspiration est-européenne, il y en a quand même plus d’un. Mais des groupes folk d’inspiration est-européenne dirigés par un artiste de Santa Fe à la voix sévère qui possède une sensibilité pop assez incroyable, ça ne court pas les rues.

The Rip Tide, le petit dernier de M. Condon et sa bande réussit une fois de plus ce métissage. Même si on retrouve quelques faiblesses çà et là (la très indie Santa Fe, tout simplement pas à sa place entre deux chansons très classiques), on a droit à de très nombreux beaux moments. Par exemple, East Harlem jongle très bien entre la légèreté du ukulélé et la mélancolie des instruments à vent. La touche de synthé qui domine la pièce titre, The Rip Tide, est incroyablement planante et s’intègre parfaitement au piano et aux vents. [mp3j track= »Beirut – The Rip Tide@06-The-Rip-Tide-1.mp3″ flip=y]

Une simple critique ne peut pas vraiment rendre justice à la richesse d’un album comme celui que Beirut nous a offert. Le temps passe très vite avec Zach Condon. On n’a pas envie d’analyser les pièces, on a juste envie de les écouter, d’entrer dans cet univers un peu baroque. Mes écoutes de The Rip Tide se sont toutes terminées de la même manière : par un gros « DÉJÀ? » bien senti. C’est généralement un excellent signe.

Maintenant, ne me reste plus qu’à les voir en spectacle. Oui, je sais, ils étaient à Osheaga il y a à peine quelques jours. Mais ils vont revenir, hein? Dans une petite salle, ils doivent être géniaux. Et donner très soif.

Beirut « The Rip Tide » Pompeii Records

On donne :

(8/10)

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Critique : Viva Brother « Famous First Words »

Non, mais, on voudrait nous faire replonger en 1995 qu’on ne s’y serait pas pris autrement! Un groupe de Britanniques qui se spécialise dans le Lad Rock, de la musique baveuse et virile à souhait qui a fait la fortune des frères Gallagher et des pubs londoniens. Un leader qui ne se prend visiblement pas pour de la merde, ayant déjà dit lors d’un concert : « Si voir l’avenir du rock ne vous intéresse pas, quittez immédiatement la salle! » Des grosses boîtes de disques qui surenchérissent pour signer le groupe. Un disque qui fait passer l’album de Beady Eye pour un chef-d’oeuvre d’originalité.

Viva Brother nous offre son Famous First Words, un disque qui se veut une copie carbone des riffs et des solos tout droit sortis des disques d’Oasis, des falsettos à la Damon Albarn, époque Blur. De la prétention à faire pâlir d’envie Jarvis Cocker, de Pulp. Du rythme à la Supergrass. Tous les clichés du britpop version fin du 20e siècle s’y trouvent un après l’autre. Malheureusement, quelqu’un aurait dû expliquer aux gars que de copier la recette ne garantissait en rien que leur album allait être un succès. [mp3j track= »Viva Brother – Electric Daydream@05-Electric-Daydream.mp3″ flip=y]

Oui, certaines chansons arrivent à nous ramener, de manière nostalgique, le bon vieux temps où on se tapait sur la gueule tout en calant notre Guinness. Electric Daydream est une EXCELLENTE chanson d’Oasis. Oui, j’ai dit Oasis. Couplet, refrain, couplet, refrain, solo de guitare, refrain chanté mollo, refrain. La pièce d’ouverture, New Year’s Day réussit à nous faire taper du pied. Malheureusement, le reste de l’album nous rappelle qu’on avait fait le tour du genre et que si Beady Eye, avec quatre membres d’Oasis sur cinq, ne pogne pas, c’est peut-être tout simplement parce que les gens sont passés à autre chose et ce, avec raison.

Famous First Words sera peut-être un plus grand succès que prévu. Peut-être les gars de Viva Brother sont réellement les sauveurs du rock qu’ils prétendent être. Mais pour ça, va falloir qu’ils donnent le goût aux fans d’écouter leur album jusqu’au bout plutôt que de leur donner le goût de changer de disque et de ressortir l’album éponyme de Blur ou Definitely Maybe d’Oasis. Pourquoi se contenter d’une copie alors que les versions originales étaient de loin supérieures?

Viva Brother « Famous First Words » (Polydor)

On donne :

 (4/10)

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Critique : Eleanor Friedberger, « Last Summer »

Eleanor Friedberger
Last Summer
(Merge)
12 juillet 2011

Chanteuse du duo Fiery Furnaces avec son frère Matthew, la New-Yorkaise Eleanor Friedberger il lancé il y a quelques semaines son premier album solo, Last Summer, un album tout en finesse qui démontre que Friedberger n’est pas qu’une (très) belle voix, elle sait également écrire et composer.

Pendant que de nombreux groupes indie pop tentent de recréer la magie des années 1980 et 1990, Friedberger réussit à être actuelle avec ses mélodies surprenantes et originales tout en étant étant intemporelle dans son instrumentation somme toute classique.

Le ton est donné dès les premières notes de la pièce d’ouverture, l’entraînante My Mistakes, qui démarre comme une chanson folk, mais qui se transforme en chanson pop très accrocheuse dès le refrain. « I thought I’d learnt from my mistakes, I thought he’d learnt from my mistakes, I thought you’d give me the right advice, I thought he let me in for one last time. »

Friedberger ralentit un peu le rythme à la deuxième pièce, Inn of the Seventh Ray, dans laquelle on retrouve une petite touche d’éléments électroniques s’ajouter au piano et à la guitare. Heaven, qui suit, a un petit côté entraînant et mélodieux qui serait fort probablement apprécié par un McCartney.

Une fois le ton donné et qu’on sait un peu plus à quoi s’attendre de Friedberger en ce qui a trait aux mélodies, on peut simplement déguster les chansons suivantes, parfois folk, parfois groovy, toujours nuancées, mais toutes belles jusqu’à la dernière. Surtout que plusieurs de ses chansons, comme un grand nombre de films de Woody Allen, sentent New York.

Si on pouvait reprocher une seule chose à Eleanor Friedberger, c’est le fait qu’on sent que la jeune femme ne veut pas qu’on la compare à Feist, St. Vincent ou Keren Ann, avec qui elle partage pourtant un grand nombre de qualités.

Comment pourrions-nous lui faire venir faire un tour, maintenant?

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=jjK-Ab8t7Ug]

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Critique : Alice Gold – « Seven Rainbows »

Depuis quelques années, les femmes occupent une place de plus en plus importante du côté de la musique pop britannique. Il y a eu bien sûr les Spice Girls, mais plus récemment, on a vu monter (et descendre) les Amy Winehouse, Kate Nash, Lily Allen, Ellie Goulding, Marina Diamandis, Florence Welsh et Adele, pour n’en nommer que quelques-unes.

C’est dans ce contexte qu’arrive la petite nouvelle, Alice Gold, qui, en plus d’avoir une sensibilité pop hors du commun, sait rocker. Sur son site Web, on parle d’Ike et Tina, de Jimmy et Janis, en une seule personne. Depuis que je l’ai entendue, je n’ai pas trop de mal à le croire.

Le premier album d’Alice Gold, Seven Rainbows, est une superbe carte de visite pour la jeune auteure-compositeure-interprète de 28 ans. On y trouve 10 propositions folk-pop fort intéressantes et la palette est très variée, de la très douce Seasons Change en ouverture au blues de The End of the World en fermeture, en passant par des chansons plus pop comme Runaway Love, plutôt rock comme Orbiter, ou carrément dans la vague indie comme Fairweather Friend. Les mélodies sont toujours accrocheuses, les paroles ne sont pas trop au premier degré, l’agencement des pièces est correct et la production est juste assez propre.

Mais la plus belle qualité d’Alice Gold, c’est sa voix. Elle peut faire à peu près n’importe quoi avec ses cordes vocales, passer d’un couplet doux, mais amer, à un refrain puissant et violent, mais d’une grande clarté. Et sa façon de mâcher certains phonèmes est certainement des plus sexy.

Si vous aimez la pop britannique mais que vous n’en pouvez plus d’entendre les prouesses vocales d’Adele ou le trip un peu new âge de Florence + the Machine, ou si vous trouvez Ellie Goulding désolante tant elle est naïve, il est temps pour vous d’essayer Alice Gold. Ne reste plus qu’à souhaiter une tournée nord-américaine et un arrêt à Montréal (ou, encore mieux, à Québec).