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Critique : Salomé Leclerc – « 27 fois l’aurore »

Salomé Leclerc 27 fois l'aurore (Audiogram)
Salomé Leclerc
27 fois l’aurore (Audiogram)

Oh, que je l’attendais, celui-là. Je l’attendais à peu près autant que j’attendais le dernier St. Vincent ce printemps, ou Metals, de Feist, il y a quelques années. Salomé Leclerc m’avait lentement séduit avec Sous les arbres, un album qui ne m’avait pas particulièrement impressionné à la première écoute, mais qui est devenu un de mes albums préférés de 2011. Salomé avait déjà réussi, en un album tout en douceur, à laisser sa marque en se bâtissant un son bien à elle, un univers qu’on reconnaîtrait dès les premières notes de ses chansons. On sentait déjà le besoin d’expérimenter, de promener ce son dans d’autres univers que le folk, qu’elle maîtrisait déjà fort bien.

Ça tombe bien, 27 fois l’aurore, qui paraît mardi prochain (le 23 septembre), nous promène dans ces autres grands espaces tout en demeurant fidèle à cette sonorité si distinctive, qui nous permet de retrouver sans difficulté Salomé, qu’elle soit seule derrière sa guitare (et la batterie) ou entourée de boucles et de batteries électroniques, gracieuseté du coréalisateur Philippe Brault.

En ouverture, Arlon permet cette transition en douceur, car la guitare lourde et la voix rauque de la jeune auteure-compositrice-interprète dominent. Comme toujours, Leclerc propose des textes soignés. Cependant, on remarque la présence de synthétiseurs, qui ajoutent des couleurs à une palette déjà riche.

En dedans est un peu plus enjouée musicalement, les guitares se mélangent parfaitement aux choeurs et au rythme particulier de la batterie. Puis, au milieu de la chanson, les fioritures électro viennent se joindre à la fête, et elles sont bientôt rejointes par des cuivres (Benoit Rocheleau au trombone et au cornet). Tout s’assemble si parfaitement, si naturellement, après deux pièces, on nage déjà en plein bonheur.

On reconnaît déjà là le travail de pro de Philippe Brault (qui est résolument en FEU ces temps-ci), qui aura su aider la talentueuse artiste dans ses expérimentations. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : Leclerc aurait pu se contenter de présenter ses chansons comme elle l’avait fait sur Sous les arbres, et ça aurait probablement donné d’excellents résultats. Mais avec Brault derrière les pitons, elle a pu choisir un enrobage complètement différent pour la magnifique L’icône du naufrage, où les guitares laissent la place aux synthés et aux ordinateurs, tout en restant parfaitement elle-même.

Sur Un bout de fil, malgré le bruit de plus en plus envahissant, l’auditeur reste accroché aux touches du piano et boit les paroles de Leclerc, qui semble toute nue derrière ce voile. Le coeur bat très fort après cette chanson toute en douceur, mais très, très intense sur le plan des émotions. Y’a beaucoup d’écoutes de James Blake derrière!

Le batteur José Major se joint à Leclerc et à Brault sur quelques chansons, dont l’entraînante Le bon moment, qui devrait plaire aux fans de la première heure qui auront peur de foncer tête baissée dans le reste du projet. Si j’avais à trouver une seule faiblesse à l’album, ce serait cette pièce, qui a un petit rythme à la Cochez oui, cochez non… pas qu’elle soit mauvaise, mais tout ce rythme entre deux superbes chansons très douces est étrange. Elle aurait peut-être été plus à sa place avec Arlon et En dedans.

Vers le sud est comme un rêve, un voyage dans un univers feutré, qui nous ramène là où nous étions sur Un bout de fil. Mélange parfait de guitare et de claviers.

Quant à Les chemins de l’ombre, éthérée elle aussi, un brin irréelle itou, ce mélange d’acoustique, d’électronique et de rythmique fonctionne parfaitement. L’esprit de James Blake se trouve encore bien ancré ici, mais cette fois-ci, il n’est pas seul. On sent quelques pincées de Thom Yorke çà et là dans la chanson.

Parlant de Thom Yorke, la ligne de basse, la batterie, la guitare et la quincaillerie d’Attendre la fin font énormément penser à du Radiohead. Du BON Radiohead. Du NOUVEAU Radiohead. On s’imagine sans peine un Yorke dansant frénétiquement sur les parties rythmées de la chanson pour reprendre son souffle quelques instants avant de rentrer en transe. Le texte est d’une grande simplicité, mais ça ne l’empêche pas d’être d’une grande beauté. Vos oreilles auront un orgasme de quatre minutes.

Salomé Leclerc ne se gênera pas pour nous donner le motton une autre fois sur Et si cette fois était la bonne, où la voix de Leclerc est féérique comme dans un rêve, comme un espoir qui finit par se noyer dans les cuivres de Rocheleau, que j’ai trouvés d’une tristesse inouie. Non, cette fois n’est toujours pas la bonne, nous dit Salomé. Et ça fait mal. En silence. Autre moment parfait.

Sur Devant les canons, on appréciera cette phrase magnifique : « La poésie n’est pas dans la leçon / Mon assise, debout devant les canons ». Si les guitares de Leclerc, les cuivres de Rocheleau, la basse et les claviers de Brault et la batterie de Major ne vous ont pas encore donné la chair de poule, attendez que Salomé se mette au refrain. Magistral.

L’album se termine avec J’espère aussi que tu y seras, une autre chanson qui semble inspirée de James Blake. C’est encore sombre, mais elle permet de décanter après l’intensité des trois chansons qui ont précédé.

Salomé Leclerc aurait pu la jouer facile et éviter en deux pirouettes tous les pièges du deuxième album. Elle aurait pu nous offrir un autre Sous les arbres et nous l’aurions acclamée. Elle a plutôt choisi de foncer tête baissée dans un projet difficile, plein d’embûches, mais dans lequel elle n’avait pas de limites. Elle aurait pu se planter royalement. Au contraire, elle relève le défi avec brio et gagne son pari. Mon seul (tout petit) reproche, c’est le drôle de placement d’une des chansons, chose que je peux moi-même corriger avec une liste de lecture. Mais à mon avis, ça serait manquer de respect à cette oeuvre magnifique, tant sur le plan musical que textuel. Malgré son univers très sombre, très automnal, 27 fois l’aurore de Salomé Leclerc est à ce jour l’album le plus intéressant que j’ai écouté cette année.

Incontournable.

[vimeo http://vimeo.com/103143200]

[usr 9]

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Critique : Bernhari – « Bernhari »

Bernhari
Bernhari
Bernhari (Audiogram)

Si vous n’aviez jamais entendu parler de Bernhari jusqu’à maintenant, ne vous inquiétez pas, c’est normal. À moins de l’avoir vu en première partie du spectacle de Fontarabie ou d’en avoir entendu parler lorsqu’il faisait partie des formations L’Étranger et L’Ours (ne cherchez pas, monsieur a effacé toutes les traces de ces projets), les chances d’entendre parler de ce jeune auteur-compositeur-interprète-multi-instrumentiste ont été plutôt minces.

Ça devrait changer. Voyez-vous, Bernhari lance un premier album que j’écoute en boucle depuis une semaine et qui étonne par son mélange réussi de shoegaze et de chanson (certains ont même évoqué Claude Léveillée).

Réalisée par Emmanuel Éthier (que vous avez pu entendre avec Jimmy Hunt) et enregistré en compagnie d’Éthier, de Shawn Cotton et Simon Quévillon, cette première proposition nous ramène en plein printemps érable, qui a fortement touché l’artiste.

On peut dire sans se tromper que l’écriture de Bernhari est d’un grand romantisme. Ça sent l’amour et l’espoir autant que la révolte dans son récit. La hargne des guitares remplies de distorsion autant que la douceur du piano qui l’accompagne dans les chansons les plus douces.

Après quelques écoutes, on ne peut qu’être impressionné par la qualité de l’écriture de ce jeune artiste, tant sur le plan du récit qui ne tombe jamais dans la facilité, laissant à l’auditeur tout l’espace nécessaire pour se faire son propre cinéma, que sur le plan de la musique, qui apporte quelques nouvelles couleurs à la palette de la chanson d’ici.

D’Ouverture à Bouquet final, il est difficile de trouver une chanson qui n’a pas son attrait particulier. Chaque pièce a un petit quelque chose de spécial qui nous donne envie d’y revenir tout en nous laissant la possibilité d’y goûter sans devoir écouter le reste de l’album. Pourtant, si chacun des éléments semble à lui seul constituer une oeuvre complète, l’album dans son ensemble, construit comme un gros feu d’artifice qui gagne en romantisme ce qu’il perd en hargne, jusqu’aux grandes explosions du Bouquet final, en constitue une autre qui mérite totalement notre attention.

Avec cet album ambitieux, Bernhari apparaît comme un nouveau joueur important sur la scène musicale québécoise. Du moins, il va falloir le surveiller.

En attendant, on savoure.

Romantique, idéaliste et excellent.

[vimeo http://vimeo.com/99278298]

[usr 9]

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Critique : Future Islands – « Singles »

Si vous n’avez jamais eu affaire à Future Islands par le passé, préparez-vous à être agréablement surpris par cette synthpop unique. Si vous ne connaissez le groupe de Baltimore que parce que vous avez vu un clip de leur prestation (plus particulièrement celle du leader Samuel T. Herring, qui était vachement animale), préparez-vous à tripper pendant trois quarts d’heure plutôt que pendant cinq minutes, parce que les mélodies accrocheuses du groupe se marient toujours fantastiquement bien à la voix polyvalente d’Herring.

Future IslandsPour les autres, qui avez assisté à l’évolution du groupe, vous savez que ce Singles, paru chez 4AD, marque un jalon important pour ce groupe qui semble vouloir sortir de l’anonymat sans nécessairement devenir célèbre. Les synthés sont mis au service de la mélodie (plutôt que l’inverse), le bassiste William Cashion fait sortir le Peter Hook en lui comme jamais auparavant et on a même fait appel à un vrai batteur!

Ce qui fascine le plus chez Future Islands, c’est son chanteur, Sam Herring. Je ne parlerai pas de son look (on s’en contresaintciboirise tu rien qu’un peu), ni de son physique un peu ingrat, mais on peut s’attarder autant que vous le voulez sur son attitude et sa voix. Oh, la voix de Herring. Voyez-vous, notre ami Sam chante avec ses tripes et sa gorge, ce qui lui donne un mordant et une authenticité incroyables. On sent ce mordant dans les refrains et il rend émouvantes des paroles qui seraient un peu nunuches à première vue. Il peut se permettre de jouer les chanteurs soul sur quelques chansons comme Doves (merde qu’il serait bon en duo avec Fitz!). Puis si l’envie de beugler hardcore lui prend, il va le faire, comme ce cri primal, plein de douleur et de frustration, qu’il pousse rapidement sur Fall From Grace avant de reprendre une voix douce, puis de revenir, presque en larmes, souffrir au micro.

Si Future Islands marche si bien, c’est à cause de cette authenticité apportée par Herring, qui chante joue ses paroles avec une rare émotion dans le domaine de la pop. Je reviens constamment à l’album depuis quelques jours simplement pour découvrir de nouvelles nuances dans cette voix totalement unique et pour voir à quel point l’union est forte entre les mélodies du groupe et la voix du chanteur.

Future Islands – « Singles » (4AD)
9/10

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Critique : The War on Drugs – « Lost in the Dream »

Troisième album pour The War on Drugs, deuxième depuis le départ de Kurt Vile, Lost in the Dream est une oeuvre magistrale d’Adam Granduciel. On se souviendra que je n’avais pas été tendre à l’égard de Slave Ambient (un gros 5/10). J’avais dit que Granduciel avait pigé dans les pires éléments de Tom Petty et de Dire Straits.

The War on DrugsEh ben, on peut dire que Granduciel en a fait du chemin en presque trois ans! Tout d’abord, même si Granduciel n’a pas touché à un poil de sa personnalité unique et de ces thèmes sombres qui lui sont chers, il réussit avec Lost in the Dream là où il avait échoué (à mon humble avis) avec Slave Ambient. Même s’il s’obstine à faire des chansons de sept ou huit minutes, ces huit minutes passent extrêmement vite. Le son vaguement eighties, mélange de Dire Straits, Springsteen et Dylan, est toujours là, mais au lieu d’être ennuyant, il est grandiose. Même le mur de guitares d’Under the Pressure, où il ne se passe pas grand chose pendant plus d’une minute, est assez riche et complexe pour être goûté et apprécié à sa juste valeur.

Granduciel prend le temps de raconter ses histoires. Par exemple, sur Suffering, le chanteur chante, mais à la fin, sa souffrance est chaude et langoureuse, à un point tel qu’elle se permet même quelques notes de saxo. Ou An Ocean Between The Waves, avec ses guitares lourdes et omniprésentes qui n’arrivent pas à enterrer les lamentations de Granduciel.

Lost in the Dream s’écoute comme un voyage au bout de soi-même, un road trip dans les coins les plus sombres du rêve américain.

J’avais dit que Slave Ambient ne levait pas? Eh ben pour un album terre-à-terre, Lost in the Dream est probablement ce que vous aurez offert de plus aérien à vos oreilles cette année.

Grand.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=VMeR2hQFtGA&w=480]

The War On Drugs – « Lost in the Dream » (Secretly Canadian)
9/10

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Critique : Antoine Corriveau – « Les ombres longues »

Une voix particulière qui rappelle Daniel Lavoie à ses débuts. Un folk atmosphérique, riche et complexe. Un propos fort et assuré. Vraiment, ce deuxième opus d’Antoine Corriveau a tout pour plaire.

Ça commence en beauté avec l’envoutante Un par un, où Corriveau se veut conteur et joue autant ses émotions qu’il les chante.Les arrangements sont solides, la guitare électrique s’harmonise parfaitement avec l’harmonica, c’est simple : On dépasse la musique, on tombe dans l’artisanat.

Antoine CorriveauLa surprise de la première chanson tombe, le rythme s’accélère. On fait des parallèles, mais pas trop, parce que franchement, ce folk-là se démarque. Il est sombre, mais il n’a pas peur de se salir les mains. Les chansons rythmées et plus introspectives se succèdent. Le paysage défile sous nos yeux, les fenêtres sont baissées, nous avons les cheveux au vent. Le soleil est couché depuis peu, la lumière faiblit. Tout est parfait. On voudrait que la route s’étire à l’infini.

Le charme dure et ne faiblit pas au fil des écoutes. Au contraire, chaque écoute m’a amené son lot de petites trouvailles, de bijoux sonores magnifiques. Les arrangements sont soignés, la réalisation est sans tache.

Gros, gros, gros faible pour Le nouveau vocabulaire.

Coup de coeur.

Antoine Corriveau – Les ombres longues (Coyote Records – Abuzive Muzik)
9/10

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Critique : Chantal Archambault – « L’amour ou la soif – EP »

J’aime beaucoup Chantal Archambault. Les élans fait partie de mes albums préférés de 2013 et j’avais hâte d’entendre les cinq chansons qui composent L’amour ou la soif.

Chantal ArchambaultAprès quelques écoutes, je comprends la talentueuse Abitibienne de vouloir partager ces chansons country-folk d’une grande sensibilité. Y’a des morceaux là-dedans qui vont devenir des essentiels du répertoire de l’artiste. Ça parle d’amour, celui qu’on vit, celui qu’on fait. Archambault se laisse aller, grave et sensuelle sur La muse ou la proie, amante houleuse sur Boire à crédit. 

Surtout, il m’a permis de tomber amoureux d’Amour asphalte, un bijou de folk lumineux et amoureux qui sent l’été.

Dix-neuf minutes essentielles à votre discothèque.

Chantal Archambault – « L’amour ou la soif – EP » (Indica) – Site Web
9/10

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Critique : St. Vincent – « St. Vincent »

Après un disque enregistré en collaboration plus que fructueuse et réussie avec David Byrne, qui l’aura influencée plus qu’elle ne voudra l’admettre, nous avions hâte de voir ce qu’Annie Clark allait nous réserver. Jusqu’à maintenant, on peut dire que la jeune rockeuse a fait un parcours sans faute. Aura-t-elle été capable de maintenir la cadence?

St. VincentLa réponse vient dès les premières mesures de Rattlesnake, qui raconte une expérience où elle s’est déshabillée en plein désert pour ensuite voir un serpent à sonnettes. Le rythme de la séquence du synthé est typique, Clark ne perd pas de temps et se met à chanter. Oh, ce que le travail avec Byrne a été bénéfique! En une chanson, le ton est donné et mes oreilles sont vraiment excitées.

Tout au long des 41 minutes que dure l’album, Annie Clark s’amuse avec nos neurones en nous balançant des chansons pop et rock aux rythmes et aux sonorités variées. On aime le mordant de Birth in Reverse, la douceur de Prince Johnny, et l’explosion rock aux deux tiers de Huey Newton. Digital Witness, le deuxième simple, est toujours une des meilleures chansons pop que vous aurez entendues dans les dernières années.

En passant, écoutez attentivement Clark chanter sur Digital Witness. C’est du bonbon. Premièrement, sa voix est superbe. Assurée. C’est presque de l’opéra rock. Sur I Prefer Your Love, c’est tout le contraire. Clark chante bas, tout doucement. C’est tendre. On ne la savait pas si délicate. Surtout que Regret attend derrière. Et que Bring Me Your Love va vous sauter au visage ensuite. Ça égratigne, la voix monte, les synthés sont lourds, le rythme accroche le pied (et le bassin, si vous avez le bonheur d’être debout). Souffle coupé. Je peux prendre un petit break?

Ça tombe bien, Psychopath commence plutôt doucement et prend des allures de chansonnette pop. Puis embarque le refrain, on s’envole encore. C’est à coups de Ah, ha! que Clark nous séduit, cette fois-ci. Après une autre excellente pièce pop en Every Tear Disappears, Clark rechante la fin du monde dans Severed Crossed Fingers (ça a l’air de faire mal).

Sur St. Vincent, Annie Clark est féminine sans être frêle. Sans artifices, avec son air faussement diva cachant une déesse de la guitare dotée d’un talent fou, elle est sexy sans même chercher à l’être. Elle est originale sans avoir l’air folle. Et elle est unique tout en demeurant naturelle.

Le pire, dans tout ça, c’est qu’elle ne semble même pas avoir atteint le meilleur de sa forme.

Ma note :
9/10

St. Vincent – « St. Vincent » (Loma Vista/Republic)

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Critique : Alexandre Désilets – « Fancy Ghetto »

Après nous avoir offert deux albums de musique pop atmosphérique très tendance, Alexandre Désilets bifurque vers une pop plus mouvante et énergique sur Fancy Ghetto, un album-crochet qui crée une dépendance dès la première écoute et qui devrait permettre à l’artiste d’atteindre enfin une renommée bien méritée.

Alexandre DésiletsFancy Ghetto est rempli de chansons pop variées qui se distinguent de ce qu’on trouvait sur les albums précédents par leur énergie canalisée de main de maître par Désilets et François Lafontaine (réalisateur de l’album). Au lieu de faire dans la sobriété qui a marqué les premiers albums de 2014, Désilets a opté pour une instrumentation riche, des arrangements complexes, des paroles (coécrites avec Mathieu Leclerc) qui groovent et des rythmes qui font danser, et ce, dès les premières notes d’Au diable, la première chanson de l’album. Même une pièce très atmosphérique comme le délicieux Hymne à la joie a du rythme (en plus d’un petit solo de guitare très années 1980).

Oui, au début de l’album, on pense à Nevsky, à Peter Peter et à quelques autres artistes qui ont fait dans la pop plus lumineuse ces derniers temps. Mais alors que les titres se succèdent, on découvre quelques particularités ici, quelques subtilités là et beaucoup de trucs qui mettent Désilets dans une classe à part. Seul Désilets a un Crime parfait dans son répertoire, groovy, enveloppé de synthés, qui fera claquer des doigts et taper du pied, ou un Bats-toi mon coeur au rythme effréné.

En plus de François Lafontaine (dont le jeu de piano est mis en évidence), Désilets a recruté Olivier Langevin (qui trouve encore le moyen de faire chanter sa guitare de toutes sortes de façons), Samuel Joly et François Plante. Ah, pis tant qu’à faire et avoir Lafontaine dans les parages, pourquoi ne pas demander à Julien Sagot de se laisser aller les percussions sur Bats-toi mon coeur? Pourquoi ne pas y ajouter les voix de Marie-Pierre Arthur et d’Erika Angell (que vous connaissez en tant que chanteuse de Thus:Owls)? Et pourquoi ne pas demander à Arthur de chanter sur l’émouvante Rejoins-moi, coécrite avec un Éric Goulet particulièrement en forme?

Le premier simple, Renégat, annonçait de belles choses pour Alexandre Désilets. Ouais, il plaçait la barre bien haute pour le reste de l’album, mais quand on l’entend presque à la fin du disque, c’était avec raison : Fancy Ghetto, c’est une bombe.

Un album que vous pouvez apprécier en toutes circonstances. Ça se prend bien.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=uUO2zQygyN0&w=480]
Site Web

Alexandre Désilets – « Fancy Ghetto » (Indica)
9/10

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Critique : Mark Berube – « Russian Dolls »

BONAL027_Cover_HRIl y a des albums qu’on a envie d’analyser, pour lesquels des critiques de plusieurs centaines de mots ne permettent pas de faire complètement le tour. D’autres dont on fait le tour en trois ou quatre phrases tellement ils sont simples.

Puis il y a des albums, comme Russian Dolls, de l’auteur-compositeur-interprète montréalais d’adoption Mark Berube, qui laissent tout simplement sans voix à la première écoute. J’vous jure! Après les dernières notes de Beer Garden, j’avais la bouche grande ouverte. Et sans aucune hésitation, j’ai relancé le disque. Puis je l’ai relancé encore. Et encore.

Et si cet album en apparence sans prétention, qui dure à peine 34 minutes et demie, était le remède parfait à la grisaille de novembre? Onze pièces d’une rare beauté, d’un alliage de folk et de nombreux genres (ska, jazz, pop indé) qui s’écoutent avec ravissement l’une après l’autre. Un accompagnement parfait de la complice de Berube, Kristina Koropeci, et une participation bien sentie de Katie Moore, notamment sur Queen and Country. Des orchestrations qui rappellent à la fois les flashes de génie de Dan Mangan et la sensibilité de Patrick Watson tout en demeurant plus folk que symphonique. Des moments épiques qui donnent des frissons comme sur Mississipi Prom. Une merveille d’indie pop sur Another Century. Un mélange juste de douceur et d’intensité, comme une douce brise qui ralentit la chute des dernières feuilles et des premiers flocons.

Je suis toujours sans voix. Mais je suis toute ouïe. Un des meilleurs albums que j’ai écoutés en 2013, sans aucune espèce d’hésitation. Gens de Québec, Mark Berube sera au Cercle le 30 novembre. Je pense que je vais avoir besoin d’une gardienne.

[youtube http://youtu.be/_UZXjLQoBBY&w=480]
Site Web : www.markberube.com

Ma note : offset_9

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Critique : Filter – « The Sun Comes Out Tonight »

Filter-The-Sun-Comes-Out-TonightNostalgique des années 90? De l’alternatif-industriel? Des années phares de Nine Inch Nails, Marilyn Manson et Stabbing Westward, pour ne nommer qu’eux? Eh bien, si vous l’avez manqué à sa sortie en juin dernier, il est grand temps de vous procurer le dernier album de Filter!

Si, de son côté, Trent Reznor a musicalement grandement changé depuis Broken et The Downward Spiral, Richard Patrick offre avec The Sun Comes Out Tonight la suite logique à Short Bus et Title of Record. Après avoir erré pendant quelques albums s’échelonnant sur une décennie (le décevant The Amalgamut, le plutôt moyen Anthems for the Damned et le pas tout à fait The Trouble with Angels), Filter revient en force avec ce nouvel opus. On y retrouve toute la rage et l’énergie d’antan, avec une plus grande maîtrise des thèmes et une plus grande unité au sein de l’album. Le groupe a certainement gagné en maturité, mais il ne semble avoir rien sacrifié de sa formule initiale. Un vrai délice pour les fans et les nostalgiques du genre!

Pour ceux qui trouveront exactement ce qu’ils cherchaient dans cet album, celui-ci s’ouvre ironiquement sur « We Hate It When You Get What You Wanted ». Le ton est instantanément donné : alternatif, électro, industriel, la voix parfois mélodieuse de Patrick, et ses cris parfaitement contrôlés, sans oublier une touche d’obscénité avec un « Motherfucker » bien placé. « What Do You Say » lui succède et rappelle la sonorité générale des premiers albums, sans oublier le classique « Hey Man Nice Shot ». Après ces deux coups puissants, Filter enchaîne en douceur avec « Surprise », l’une des balades de l’album. Une fois de plus, de vieux incontournables comme « Take a Picture » reviennent en tête, mais la nouvelle chanson est toute aussi efficace que les succès souvenirs. Et le rythme de l’album ne semble aucunement brisé : l’enchaînement des balades et des morceaux plus endiablés se fait à merveille.

Quelques autres point forts : « Self Inflicted » et « Take That Knife Out of My Back », qui brillent par leur violence, et « It’s My Time », une balade incroyablement touchante sur la peur de la maladie ou d’un autre mal. Le « Please, not me… » de Patrick résonne telle une prière, avec force et émotion, et bouleverse à chaque fois. Heureusement, « It’s Just You », une chanson lumineuse remplie d’espoir, lui succède et termine l’album.

En somme, ce dernier opus de Filter est un nouvel incontournable de leur discographie. Moi qui préfère Title of Record, je place The Sun Comes Out Tonight en solide deuxième place. Et peut-être même en première place, selon l’humeur, puisque ce nouvel album triomphe là où peu d’albums de ce genre excellaient dans les années 90 : thématiquement, il n’est pas composé que de rage et de déprime, mais offre plutôt, par moment, quelques moments positifs. Et cela fait toute la différence.

Ma note : offset_9