Pierre Lapointe – Grand Théâtre de Québec, 7 décembre 2017

Mon intérêt pour l’oeuvre de Pierre Lapointe s’était un peu fragilisé depuis l’exceptionnel Seul au piano sorti en 2011. Inconsciemment, sa participation à La Voix m’a probablement refroidi. Ce purisme DIY est injustifiable en ces temps modernes, les artistes devant maintenant ajouter des cordes à leurs arcs pour gagner décemment leur vie. Ridicule aussi quand on sait qu’un artiste comme Pierre Lapointe ne se laissera pas influencer par des visées purement commerciales. Tout ça, c’était avant La science du coeur, ce merveilleux nouvel opus débordant de beauté; sans aucun doute mon favori de la cuvée québécoise 2017. Il restait à savoir comment cet album majoritairement orchestral allait se transposer en formule trio. N’ayant rien lu sur ce nouveau spectacle, ma première surprise (et crainte) fut la présence d’un somptueux marimba. Pierre Lapointe nous servirait vraiment ses nouvelles chansons foisonnantes avec une formule marimba/piano?

Dès les premières notes de la mélancolique Qu’il est honteux d’être humain, on constate que Philip Chiu au piano et João Catalão au marimba sont loin d’être les premiers venus. Si Pierre Lapointe est un pianiste fort compétent à mes oreilles, chaque réappropriation des chansons par le pianiste Chiu ajoute une touche de virtuosité absolument époustouflante. Ça permet à Lapointe de se concentrer sur le chant et à ce niveau-là c’est aussi une pleine réussite. La justesse et l’émotion furent au rendez-vous tout au long du spectacle, le trio recevant des applaudissements nourris à plusieurs occasions. Le marimba dans tout ça est une judicieuse addition, Catalão dosant savamment ses interventions. Son instrument peut aussi bien soutenir subtilement la section rythmique des chansons que prendre les devants mélodiques. C’est aussi fascinant de le voir manier quatre baguettes avec autant d’aisance. Les deux instruments se sont complétés à merveille, parfois de façon fort surprenante. On pense entre autres à la fabuleuse Alphabet plus intéressante encore que sur l’album. Il y a aussi Sais-tu vraiment qui tu es qui même dénuée de ses riches arrangements ne perd rien de sa force et de sa richesse mélodique. Pierre Lapointe a aussi présenté quelques pièces en mode solo piano dont Le retour d’un amour, Nos Joies répétitives et l’épilogue classique Deux par deux rassemblés. Gros coups de coeur pour Zoplicone et Mon prince charmant, deux pièces spécialement efficaces en formule concert. Je ne les écouterai plus de la même façon. Les débuts de tournée présentent parfois quelques défis supplémentaires. Il a ainsi fallu deux tentatives ratées pour que Lapointe réussisse à nous offrir Naoshima, hymne à une intrigante île-musée japonaise portant l’empreinte de Tadao Ando, un architecte et artiste de renom. Lapointe amusé et en confiance n’a pas semblé ébranlé un seul instant par ces faux départs. L’expérience on suppose!

Pierre Lapointe – Photo : Jacques Boivin

Le casse-tête horrible avec lequel doit jongler Pierre Lapointe pour le choix des pièces prouve aussi à quel point sa discographie est riche. Lorsqu’un artiste peut se permettre de laisser de côté Le Colombarium, Qu’en est-il de la chance?, ou Au bar des suicidés (3 exemples parmi tant d’autres), tout en réussissant à construire un spectacle aussi efficace que celui auquel j’ai assisté jeudi soir, c’est qu’il y a une profondeur exceptionnelle à sa discographie. J’ai particulièrement apprécié le nouveau matériel, ce qui représente un tour de force en soi. Ce n’est pas tous les artistes qui peuvent se targuer d’avoir une telle facilité à capter l’attention d’une foule avec du matériel si récent. Lapointe fut probablement aidé par la pertinence et la qualité de sa nouvelle proposition.

Un concert avec Pierre Lapointe, c’est aussi de délicieuses interventions entre les chansons. Il nous a ainsi annoncé que Je déteste ma vie était le climax du « ça va pas ben ». Il a aussi raconté le processus complexe derrière de la création de la nouvelle pièce Une lettre avec Daniel Bélanger, une de ses idoles de jeunesse. Vous irez voir le spectacle pour avoir les détails croustillants. D’ailleurs, acceptez son invitation à rester à la fin du concert pour l’échange avec le public. Après avoir délivré un vibrant témoignage sur l’importance de soutenir la musique d’ici, il a répondu avec passion aux questions des membres du public; un autre généreux moment. Les éclairages chauds entourent les musiciens et contribuent à ajouter une touche d’intimité à cette performance.

J’ai vu plusieurs très bons spectacles de Pierre Lapointe, mais celui-là vaut particulièrement le détour. Une réussite sur toute la ligne. On attend la suite avec impatience (il semble qu’il ait déjà deux autres albums en attente). Allez-y!

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Mara Tremblay – « Cassiopée »

Mara Tremblay – Cassiopée (Audiogram)

Il y a des artistes québécois sur qui on a toujours pu compter. On abordera inévitablement l’album d’un artiste constant, ayant offert trois ou quatre albums solides consécutifs, avec un préjugé favorable. Mara Tremblay fait partie de ce lot, avec à son compteur cinq albums magnifiques qui se distinguent tous les uns des autres. Sa nouvelle parution, intitulée Cassiopée, constitue un pas de plus dans une autre direction. C’est aussi le premier album qui ne porte pas les empreintes d’Olivier Langevin. Cette fois, l’aventure familiale se poursuit de façon encore plus immersive, les deux garçons de Mara apparaissant sur cet album. Son aîné, Victor, était déjà derrière la batterie sur le dernier album et lors de la tournée subséquente. Son cadet, Édouard, apparaît entre autres sur la chanson Entre toi et moi, qu’il chante en duo avec sa mère. Il y a aussi Sunny Duval, qui a accompagné Mara dans les arrangements et la composition de certaines pièces.

L’album commence en terrain connu avec la belle Ton corps au mien, une pièce dans la continuité de ce qu’elle avait proposé sur son album précédent. Ensuite, l’oubliable chanson rock Mon chéri fait place à l’une des belles ballades de l’album : Cette heure au lac Notre-Dame. C’est que Mara Tremblay a toujours excellé dans les pièces flirtant avec le country qui évoquent généralement l’amour dans toute sa splendeur et sa complexité. Cassiopée, la première décharge d’énergie de l’album, semble un peu perdue entre deux ballades. C’est peut-être la mélodie un peu simple qui m’a laissé sur ma faim. Il y a ensuite quelques autres chansons correctes, avant la très punk Carabine dont le changement de rythme surprenant a réussi à repiquer ma curiosité. En dormance est possiblement ma chanson favorite sur l’album, une pièce beaucoup plus inventive avec des sonorités à la fois suaves et lourdes. La fin de l’album bien plus calme est à mon avis plus intéressante. Les pièces rappellent parfois son travail méticuleux sur l’opus Les nouvelles lunes. Des pièces comme Avec le soleil et En attendant dimanche atteignent la cible par leur dépouillement et leur sensibilité. Croissant de lune est une autre réussite de cette deuxième moitié d’album, la basse persistante soutenant une mélodie riche.

Bref, j’aurais vraiment voulu adorer l’album et qu’il soit le meilleur de la cuvée québécoise de 2017, mais après plusieurs écoutes, je dois admettre que malgré la beauté des textes et les arrangements variés, je n’adhère pas au côté plus direct des pièces. Elles perdent parfois en complexité et surtout en originalité. La deuxième partie de l’album, beaucoup plus captivante, augmente l’appréciation générale. La réalisation assurée cette fois par Mara est aussi fort intéressante; assez brute sans toutefois être brouillonne. Elle était sans aucun doute prête à prendre ce flambeau. Il faut aussi mentionner la démarche familiale qui ajoute certainement une aura à la trame narrative de Cassiopée. Sans être un faux pas, cet album restera correct dans une discographie étincelante. Toutes les étoiles d’une constellation ne brillent pas toujours aussi fort. Heureusement, on peut être assuré qu’en concert, ce sera un beau moment, comme toute soirée passée avec cette Artiste.

 

[ALBUM] Damien Robitaille – «Univers parallèles»

Il est de retour et n’a pas oublié comment groover… Damien Robitaille, le seul, l’unique!

Univers parallèles, son plus récent opus, nous démontre à nouveau à quel point il sait brouiller les lignes de démarcation entre le ressenti et la parodie, et ce, avec brio. Tout le long de l’album, on l’imagine derrière le micro avec les yeux pétillants et le sourire en coin.

Avec un pied dans l’absurde, l’autre dans le kitsch, il va sans dire que notre homme sait ce qu’il fait depuis un petit bout déjà, et son exécution est impeccable. La musique, plutôt dansante, est particulièrement funk, un style que Damien avait quelque peu délaissé dans son disque précédent, plus tropical. Ce coup-ci, les bongos, les chœurs gospel et les tapages de mains abondent et rendent les chansons toutes plus énergiques les unes que les autres. Mais Damien sait comment calmer un plancher de danse et a inclus un bonne dose de slow-jams dans la liste des pièces de l’album (on pense ici à la délicieusement quétaine Le fleuve et au somptueux exercice de chorale Signe de vie).

Toutes les paroles sont chantées avec cet optimisme naïf et enfantin qu’on lui connaît bien, mais je dois dire que le charme de celui-ci commence à s’estomper. Pour citer l’une de ses meilleures chansons, il est « grand comme un homme, un homme autonome » – mais semble refuser de vieillir. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi : le côté débonnaire et farfelu des chansons de Damien a toujours été ce qui les rendait si comiques et accrocheuses. Mais la magie ne fait pas effet dans toutes ses chansons. Preuve à l’appui : Sortie de secours, une chanson qui semble tout droit sortie d’un jam de Belle et Bum et qui parle littéralement… d’une sortie de secours.

Mais bon, le nouveau de Damien Robitaille est à prendre pour ce qu’il est : une nouvelle batch de chansons solides qui sauront faire danser les foules endiablées lors de ses spectacles. Car il faut savoir que, pour pleinement apprécier la musique de Damien Robitaille, il faut absolument l’entendre en spectacle… Damien étant une bête de scène hors pair.

À quand l’album live?

[ALBUM] Peter Peter – « Noir Eden »

Cinq ans après Une version améliorée de la tristessePeter Peter est de retour avec Noir Eden, un album enregistré dans différents studios entre Paris et Montréal. Cette nouvelle proposition, fort attendue, nous emmène dans un univers inspiré par Philip K. Dick où les frontières entre le réel et l’imaginaire s’embrouillent.

Noir Eden, c’est un peu un ovni dans notre paysage musical populaire à l’heure actuelle… Alors que presque tout le monde se lance dans les sonorités folk, Peter Peter, lui, fonce dans la pop électronique, les rythmes dansants et les atmosphères extrêmement éthérées. On avait déjà entendu quelques extraits qui nous avaient mis l’eau à la bouche, ce qui n’avait que contribué à rehausser les attentes à un niveau difficilement gérable…

C’est d’ailleurs un de ces extraits, Bien réel, qui ouvre l’album. Comme plusieurs, je trouve que cette chanson fait partie des meilleures du répertoire de Peter Peter. Une pièce ultra atmosphérique à souhait, qui fait rêver autant que danser, et qui montre tout ce qu’on peut faire de bien avec une boîte à rythmes, quelques synthés et beaucoup de talent.

La suite de l’album nous plonge dans des sonorités clairement eighties, mais elles semblent si actuelles qu’un vieux comme moi ne passera pas son temps à se dire « hé, ça ressemble à du Depeche Mode » ou « ça a un petit côté Hall and Oates ». Nosferatu (et son clin d’oeil à Tinder) ferait un hit mondial s’il était sorti en 1987 tellement tout y est accrocheur! Loving Game, originalement écrite pour une certaine… Céline Dion (qui ne l’a malheureusement pas prise), est une bombe pop que Peter Peter s’est réappropriée et qui étonne avec son refrain très soul.

On parle beaucoup d’années 1980, mais Peter Peter est tout à fait de son temps, comme sur Little Shangri-La, une pièce indie pop sympathique, ou Pâle cristal bleu, qui clôt l’album tout en douceur en prenant une tangente folk et en y ajoutant quelques arrangements savamment orchestrés.

Noir Eden est un album magnifiquement équilibré, proposant une pop qui pige dans un passé pas si lointain pour regarder loin devant. Un album qui risque de servir de phare pour de nombreux auteurs-compositeurs à venir. Et c’est plus que tant mieux.

 

Peter Peter présentera ses nouvelles chansons au Cercle le 12 mars prochain. Première partie : Barbagallo. (Info)

[SPECTACLE] Nuits FEQ – Yann Perreau (+ Charlotte Cardin et Pandaléon), Impérial Bell, 29 avril 2016

Vendredi dernier, c’était le grand retour d’une bête de scène : Yann Perreau, qui vient à peine de lancer son petit dernier Le fantastique des astres, est venu lancer sa tournée dans un Impérial Bell transformé immense piste de danse pour l’occasion.

29042016-215210-32-Yann PerreauÀ l’aise comme pas un sur les planches, Perreau n’a pas perdu une seule seconde en lançant sa prestation avec une Barcelone endiablée. C’est sans hésiter qu’on se laisse transporter par le train yaya de la nuit, train mené par un Perreau qui tape des mains, pose, fait le poulet ou l’avion; visiblement, il avait hâte de se retrouver dans son aquarium… qu’il a quitté aussitôt pour aller jouer des maracas dans la foule! Pendant ce temps, le public, assez éclectique, merci, dansait comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Après quelques nouvelles chansons, Perreau fait un retour en arrière en proposant quelques-unes de ses pièces les plus connues (dont La vie n’est pas qu’une salope) et en changeant de costume selon les circonstances. À chacune de ses interventions, Perreau nous rappelle à quel point il est content d’être là. On te croit sur parole Yann! De retour au Fantastique… et à ses chansons festives, que ce soit avec la stromaesque Faut pas se fier aux apparences, que la foule semble déjà connaître par coeur, ou avec Momona, anecdote colorée et romancée sur une petite culotte oubliée… on n’en dit pas plus, faut quand même que vous écoutiez l’album! Comme son auteur, Le fantastique des astres est fait sur mesure pour la scène. Sur Baby boom, les spectateurs, jeunes et moins jeunes (oui, oui, on vous a vues, les têtes grises), font le pogo. La communion est totale, la bête a apprivoisé le maître, merci beaucoup, bonsoir.

29042016-220241-41-Yann PerreauHé Yann, on n’est pas dupes! Reviens sur scène, mon snoreau!

Perreau ne se fait pas prier. Il commence à chanter Les deux pieds sur la terre. Les spectateurs savent ce qui les attend : on va faire les oiseaux! Ben sûr! Juste au bon moment, la foule s’y met… a capella! Il y avait tellement d’électricité dans l’air que mon téléphone s’est rechargé! Pas besoin de vous dire que le toit de l’Impérial Bell a explosé au refrain!

Allez, une petite dernière… Beau comme on s’aime termine un spectacle sans faille (pas pire pour une première, hein?) ou presque… le temps a passé tellement vite, on s’est regardés, l’air supris, à la fin du show : quoi, déjà?

On pourra revoir Yann Perreau au Festival de la chanson de Tadoussac le 11 juillet prochain, au Festif! de Baie-Saint-Paul le 23 juillet et le 3 décembre à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de Trois-Rivières.

Charlotte Cardin

29042016-200046-04-Charlotte CardinLa jeune femme, qui s’est fait remarquer à l’émission La voix, a avoué souffrir d’une sinusite. On vous avoue qu’on ne s’en serait pas rendus compte. Voix très soul à la Amy Winehouse, ambiances électropop feutrées à la Milk & Bone, Charlotte Cardin est totalement dans l’air du temps. Elle a su attirer l’attention du public, qui a su faire preuve d’une écoute d’une qualité rare à l’Impérial et qui a aussi su montrer sa grande appréciation à la fin de chacune des chansons.

Cardin sera le 12 mai prochain à la Salle Anaïs-Allard-Rousseau de Trois-Rivières. On pourra aussi la voir au Festival d’été de Québec le 7 juillet.

Pandaléon

29042016-205733-19-PandaléonAux NuitsFEQ, il y a souvent un ovni, un artiste ou un groupe qui nous sort de notre zone de confort. On pense aux Hôtesses d’Hilaire, le soir des Sheepdogs, ou de Félix Dyotte, le soir de Coeur de Pirate (pauvre, pauvre Félix…). Les frères Levac et Marc-André Labelle ont joué ce rôle, vendredi. Votre humble serviteur s’y attendait, connaissant assez bien la musique du groupe, mais je vous avoue que Pandaléon s’en est très bien sorti. Oui, ce début en chaton, tout en (relative) douceur, manquait un peu de pep par rapport au mur de son que le groupe nous a servi à la fin de la prestation, mais l’idée était bonne. S’ils y étaient allés à fond de train tout le long, le public aurait été un brin fatigué pour Yann. N’empêche, sur scène, les chansons déjà très fuzzées de Pandaléon s’allongent et prennent des accents progressifs pas piqués des vers. Beaucoup de nouveaux fans pour la formation est-ontarienne.

Pandaléon sera au Festival de la chanson de Tadoussac le 9 juin et Festival d’été de Québec le 14 juillet.

[SPECTACLE] Pierre Lapointe, Grand Théâtre de Québec, 30 mars

Quelle soirée bouleversante hier soir au Grand Théâtre! Avant de se lancer dans le récit de cette oeuvre d’art, revenons sur l’aventure Seul au piano de Pierre Lapointe. L’an dernier, le chanteur populaire (c’est lui-même qui le dit) nous proposait une version plus sobre de son catalogue sur Paris Tristesse. Cet album mélancolique et seul au piano était présenté au public de Québec pour une dernière série de représentations. Revisitant ses grands succès et ses pièces lyriques moins connus, sans oublier quelques reprises, le chanteur a su nous hypnotisé avec son instrument. Retour sur une soirée musicale sans faille.

Dès le lever du rideau à huit heures précises, Pierre Lapointe se dirige vers son piano à queue placé devant un grand champ de lutrins vides. C’est dans cet univers très mystérieux que l’artiste se lance dans une mise en garde face à son oeuvre triste. Après ce court discours, nous entrons dans l’atmosphère de Paris Tristesse. Ce spectacle prend un sens très introspectif. Nous sommes collés aux paroles de Lapointe ainsi qu’aux mélodies de son instrument de prédilection. Tu es seul et resteras seul lance le bal de la déprime. Dès la première pièce, nous sommes dans une salle presque toute noire, seul un faisceau de lumière éclaire l’artiste. Le travail exceptionnel d’Alexandre Péloquin aux éclairages est digne de mention. Tout au long du spectacle, les éclairages nous ferons entrer dans des atmosphères différentes selon les pièces.

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Pierre Lapointe présente Paris Tristesse à Trois-Rivières (photo d’archives). Crédit photo : Izabelle Dallaire

L’acoustique est aussi excellente dans la salle Octave-Crémazie du Grand Théâtre. Francis Beaulieu au son fait un excellent travail dès les premières notes du chanteur. Ce dernier a d’ailleurs une voix sans aucun défaut. Après avoir effleurer Les lignes de ma main avec brio, nous sommes projeter dans une magnifique interprétation de Nu devant moi. Certes, Punkt! est mon album favori du chanteur, je suis peut-être un peu biaiser, mais j’ai l’impression de redécouvrir le catalogue de Pierre Lapointe après chaque chanson du spectacle.

De plus, un concert seul au piano permet à un artiste de ressortir certaines pièces moins propices au full band. C’est le cas de Au 27-100 rue des Partances, de l’album La forêt des malaimés, qui fête ses 10 ans cette année. Une ovation sera d’ailleurs offerte par le public suite à l’interprétation de ladite chanson.

Je dois féliciter la discrétion et l’écoute du public qui sont exceptionnelles. En effet, les spectateurs sont toujours silencieux et attentifs aux paroles du chanteur. Le but est de vivre l’expérience proposée à fond. Fermer les yeux, écouter et vivre la musique jusqu’à ce qu’une boule se forme en soi. C’est ce que j’ai vécu hier soir avec la salle comble du Grand Théâtre. Heureusement, Pierre Lapointe coupait, d’une façon très drastique, la tristesse avec divers monologues humoristiques directement tiré des Bobos du mille-end.

Quelques pièces ont provoqué de fortes réactions auprès de l’auditoire tels que Tel un seul homme ou encore Le lion imberbe. La reprise d’Elisapie Isaac, Moi Elsie, était magnifique. Le trio proposé en conclusion était exceptionnel : Nos joies répétitivesLa plus belle des maisons et Je déteste ma vie. Interprété avec une férocité dans la voix, Pierre Lapointe nous fait presque verser une larme tellement le propos et le contenant sont puissants.

En rappel, nous avons droit à une version revisitée d’une chanson que Lapointe n’est plus capable de jouer tellement il est « tanné ». Pour faire plaisir au public, Deux par deux rassemblés est offerte en version mimée pour les enfants de 4 à 8 ans. Quelle belle façon pour un artiste de jouer des pièces attendues du public, mais qui ne représentent plus aucun plaisir pour lui. Le public a chanté avec Pierre Lapointe et riait aux éclats lors des mimiques. Juste avant de nous quitter, il nous offre une reprise de Léo Ferré : C’est extra! Une belle conclusion jouée encore une fois avec une férocité inexplicable.

L’émotion est encore palpable en moi au moment d’écrire ses lignes. J’ai vécu une expérience inoubliable avec un artiste d’un grand talent. Un concert à voir absolument.

Pierre Lapointe remet ça ce soir au Grand Théâtre… mais c’est complet ! Pour le revoir, il faudra se rendre à Lachine, Sorel-Tracy, Cowansville ou Ste-Agathe-des-Monts pour l’ultime représentation de Paris Tristesse le 7 mai prochain.

Grille des chansons

  1. Tu es seul et resteras seul
  2. Les lignes de ma main
  3. Nu devant moi
  4. Quelques gouttes de sang
  5. Au 27-100 rue des Partances
  6. S’il te plait
  7. Les vertiges d’en haut
  8. De glace
  9. Tous les visages
  10. Le lion imberbe
  11. Pointant le nord
  12. Tel un seul homme
  13. Moi Elsie
  14. Nos joies répétitives
  15. La plus belle des maisons
  16. Je déteste ma vie

Rappel

  1. Deux par deux rassemblés
  2. C’est extra!

 

[ALBUM] Pandaléon – « Atone »

Si l’enregistrement de leur dernière composition À chacun son gibier s’est déroulé dans une écurie désaffectée, cette fois,  le trio est-ontarien Pandaléon, formé de Jean-Philippe Levac (batterie, voix) Marc-André Labelle (guitare) Frédéric Levac (claviers, voix), a plutôt transformé leur désuète école secondaire de Saint-Bernardin en studio d’enregistrement pour créer leur troisième album Atone.

À la première écoute, on est plongé dans un univers rock atmosphérique ayant par moments une touche industrielle. Dès les premières notes on remarque un effet de grandeur et de vide qui semble provenir de l’espace physique de cette ancienne école, ce qui lui donne litéralement une seconde vie. Les chansons qui se terminent plus abruptement laissent d’ailleurs résonner quelques notes dans les interstices de l’établissement. Toutefois, lorsque plusieurs instruments se superposent (clavier, guitare, basse, vocal et percussions), une certaine cacophonie prend forme dans un surplus d’écho abusif. On y distingue difficilement la précision et le détail des harmonies parfois trop planantes.

Contrairement à leur dernier album À chacun son gibier, Atone nous glisse dans un univers onirique plus digital et moins cru. Il y a certes une recherche musicale et une démarche artistique plus approfondie et recherchée, autant sur le plan des sons des instruments que des mélodies. La dichotomie entre la lourdeur et le côté terre-à-terre des basses fréquences électroniques vient s’opposer diamétralement aux chants astraux de Frédéric Levac, ce qui nous laisse en équilibre dans leur musique éthérée.

La première pièce se démarque notamment par une mélodie accrocheuse qui se laisse facilement chantonner. Cependant, on perd peu à peu cette ligne directrice et, ce qui semble être un ver d’oreille devient plutôt un album ambiant qui se transforme en musique de fond, qui pourrait facilement accompagner un long métrage dramatique.

On retrouve deux compositions plus massives (Bulk Tank 6:50 et Atone 7:46) qui se distinguent par leur côté progressif et une énergie différente de leur consoeurs, qui nous transportent agréablement sur leur long parcours.

Bref, le trio Pandaléon nous offre Atone, un album portant bien son nom puisque leur musique inspire effectivement le relâchement de notre tonus quotidien pour cibler notre côté chimérique et nous suggérant ainsi un relâchement. Un travail plus raffiné au niveau du son aurait été souhaitable, mais le résultat mature semble près de leur aspiration.

Pandaléon – Atone (Audiogram)

[ALBUM] Philémon Cimon – «Les femmes comme des montagnes»

 

Philémon Cimon - Les femmes comme des montagnes (Audiogram)
Philémon Cimon – Les femmes comme des montagnes (Audiogram)

Il avait à peine 20 ans, Philémon, quand je l’ai entendu la première fois. C’était en 2004, à Québec, dans un projet-école chapeauté par le Théâtre Petit-Champlain. Si je me souviens bien, ses mots se précipitaient dans un phrasé rappelant celui de Jean Leloup. Sur scène, il avait l’air timide et à l’aise à la fois. Pudique et loquace. C’était charmant. Je devinais bien alors que sa plume censée, sensible et un peu absurde allait le mener quelque part. Mais j’étais loin de me douter que je recevrais son premier album d’aussi loin, d’une autre époque même, comme une vieille carte postale perdue.

! Viva Cuba Libre !

C’est donc en 2009, alors qu’il était en voyage à La Havane, qu’il décida de rassembler quelques musiciens locaux et d’enregistrer Les sessions cubaines, album qui en a séduit plusieurs grâce à ses bouleversantes chansons d’amour (Et pourquoi pas mourir ensemble, Vaincre l’automne) et son extraordinaire authenticité. Puis à l’hiver 2014 paraît  L’été, album enregistré à Montréal, sur lequel l’auteur-compositeur-interprète nous offre un mélange de ballades tendres et/ou déchirantes (Je veux de la lumière, Chose étrange) et de délicieuses pièces pop-rock (Soleil blanc, Au cinéma), parfois même un tantinet 60’s (Julie July, Moi j’ai confiance).

Pour clore ce cycle de création entamé à Cuba, il nous présente maintenant l’excellent Les femmes comme des montagnes. Enregistré à La Havane, cette fois avec ses complices québécois (Philippe Brault à la basse, Nicolas Basque à la guitare, David Payant à la batterie et aux percussions), son cousin Papacho au piano et les potes du Conjunto Chappottín (qui se sont pointés à la dernière minute), ce troisième album se veut l’amalgame des dernières années de voyage, d’écriture et de collaborations musicales. Si on sent parfois bien les couleurs cubaines, notamment grâce aux trompettes et aux longues phrases du piano (toutes sublimes sur Je t’ai jeté un sort), ce sont nettement les sonorités pop-franco orchestrales des années 70 qui dominent (Des montagnes, La musique, Maudit). Même qu’on a l’impression que l’auteur s’en confesse sur la très accrocheuse Vieille blonde

J’ai revu la rue Des Chênes ma vieille blonde

J’ai fait un Joe Dassin de moi ma vieille blonde

J’avais les yeux fripés de larmes ma vieille blonde

J’ai fait un Joe Dassin de moi ma vieille blonde

Et au-dessus de tout, ce qui lie ces trois albums, c’est la douce voix de Philémon, atypique certes, mais troublante de sincérité et toujours juste dans l’émotion, qu’elle caresse ou qu’elle écorche. Ce sont aussi ses textes, merveilleusement poétiques, libres, charnels et inspirés. D’ailleurs, avant d’écouter, je vous recommande de feuilleter le livret qui, tel un recueil de poésie, est agréable à lire, de la citation de Cervantès aux crédits et remerciements.

Mes coups de cœur : Des Montagnes (fabuleuse chanson qui est, à mon avis, le climax des trois albums, tant pour le texte que la musique), le petit groove funky et le solo de guitare de La musique, les amours perdues de Sur la ville et la pièce Des morts et des autos, dont le texte sombre contraste avec la musique langoureuse de slow de fin de soirée qui le porte. Mention spéciale aux arrangements de cordes et de trompettes du talentueux Guido del Fabbro qui sont tout simplement parfaits!

Lancement d’album à Rouyn-Noranda
VENDREDI 4 SEPTEMBRE – 19h
CABARET DE LA DERNIÈRE CHANCE

Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue
Entrée gratuite

Lancement d’album à Montréal
MARDI 8 SEPTEMBRE – LE NATIONAL – 19h

Entrée gratuite avec preuve d’achat de l’album
Albums en vente sur place

Pour plus d’infos : http://philemonchante.com/nouvelles.php

[Entrevue] Rencontre avec Bernhari au festival Osheaga

Après trente minutes d’une performance énergique, Bernhari nous a accordé une entrevue à chaud en sortant de scène au festival Osheaga. Après une année 2015 marquée par une foulée de festivals, de nominations et de palmarès, Alexandre Bernhari revient sur cette année incroyable et sur ses futurs projets.

Bernhari au festival Osheaga. Photo par Tim Snow - Evenko
Bernhari au festival Osheaga. Photo par Tim Snow – Evenko

Nous abordons, en premier lieu, cette année folle qu’a vécue Bernhari. Fin 2014, il lance son premier album homonyme sous l’étiquette Audiogram. Après avoir foulé les planches de plusieurs festivals importants, dont Osheaga, le FEQ et les Francofolies, le chanteur a désormais acquis une certaine notoriété au Québec. Il a été en lice pour le prix Félix-Leclerc 2015 et son album s’est classé très hauts dans les palmarès de vente numérique cette année. Comment vit-il avec cela? Il nous répond que tout cette amour lui donne de l’énergie pour continuer son travail et ses efforts. «Les foules de festivals sont tellement énergiques!» ajoute-t-il. Ça lui donnerait souvent une nouvelle force sur scène.

En début de carrière, le chanteur faisait des salles à très petite capacité, très souvent de 200 personnes et moins. Après un passage au Pigeonnier du FEQ rempli d’environs 5000 festivaliers, quel environnement préfère-t-il? «Les deux sont très différents», me dit-il. Par contre, il apprécie les deux. Ce sont deux mondes, certes, mais il s’adapte à son environnement et à son public. En festival, les foules sont souvent grosses et énergiques. En plus, il me dit jouer souvent à la lumière du jour en festival: il était programmé à 13h00 à Osheaga, ce qui vient donner une autre dimension à son spectacle. Par contre, Bernhari m’avoue que lors d’un concert en salle, l’émotion est plus présente. Sa musique vient chercher plus souvent les spectateurs grâce à la proximité.

Si vous avez vu Bernhari en concert dernièrement, vous aurez pu remarquer qu’il joue sur scène différentes nouvelles pièces. Je lui demande où il s’en va avec ça. Il m’annonce qu’il est présentement en studio pour un nouvel album qui devrait voir le jour en janvier 2016. «Ce deuxième opus est très avancé, il ne reste que les voix à faire», me confie-t-il. Il va tenter de faire quelque chose de plus dynamique dans les sonorités. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il teste les pièces en festival. Il en rajoute en me disant qu’il va explorer un monde nouveau et totalement différent. Il y aura de nouvelles textures et l’univers poétique sera différent. Il se dit influencé par le contexte social actuel qui est à mille lieux de celui de 2013-2014 lors de la préparation de son premier album. Il conclut en me disant que ce sera un album beaucoup plus personnel que le premier.

J’avais entendu parler, entre les branches, du fait qu’Alexandre Bernhari aimait effacer toute traces de ses anciens projets avant de se lancer dans quelque chose de nouveau. Est-ce le sort qui sera réservé à son projet Bernhari? Il me répond en souriant que non. Aimant le contrôle sur sa musique, il fait lui même les voix, le piano et la batterie; il ne pourra pas enterrer ce projet. Il a perdu le contrôle, m’avoue-t-il. Ce n’est pas nécessairement négatif de ce que j’en perçois, car cette perte de contrôle au profit d’un label l’a quand même propulsé dans un univers qu’il ne se doutait qu’il pouvait d’atteindre. Avec Audiogram, qui détient un certain pouvoir sur la musique produite par Bernhari, il ne pourra pas détruire ce projet.

Nous terminons avec quelques anecdotes de festivaliers. Étant au festival Osheaga, je lui demande ses meilleurs souvenirs de festivals, autant en tant qu’artiste qu’en tant que festivalier. Il m’avoue souffrir d’agoraphobie, ce qui l’empêche d’apprécier les foules de festival. Il n’a donc pas de souvenirs positifs de festivals. Par contre, en tant qu’artiste, il m’avoue avoir adoré son concert au Festival d’été de Québec. La grande foule lui fournissait une énergie incroyable et il va s’en rappeler longtemps. Rappelons-nous que ce concert était présenté sur la scène Loto-Québec en première partie de Zappa plays Zappa, c’est-à-dire devant environs 5000 personnes. C’est probablement son meilleur souvenir de festival, me dit-il en conclusion.

Critique : Bernhari – « Bernhari »

Bernhari
Bernhari
Bernhari (Audiogram)

Si vous n’aviez jamais entendu parler de Bernhari jusqu’à maintenant, ne vous inquiétez pas, c’est normal. À moins de l’avoir vu en première partie du spectacle de Fontarabie ou d’en avoir entendu parler lorsqu’il faisait partie des formations L’Étranger et L’Ours (ne cherchez pas, monsieur a effacé toutes les traces de ces projets), les chances d’entendre parler de ce jeune auteur-compositeur-interprète-multi-instrumentiste ont été plutôt minces.

Ça devrait changer. Voyez-vous, Bernhari lance un premier album que j’écoute en boucle depuis une semaine et qui étonne par son mélange réussi de shoegaze et de chanson (certains ont même évoqué Claude Léveillée).

Réalisée par Emmanuel Éthier (que vous avez pu entendre avec Jimmy Hunt) et enregistré en compagnie d’Éthier, de Shawn Cotton et Simon Quévillon, cette première proposition nous ramène en plein printemps érable, qui a fortement touché l’artiste.

On peut dire sans se tromper que l’écriture de Bernhari est d’un grand romantisme. Ça sent l’amour et l’espoir autant que la révolte dans son récit. La hargne des guitares remplies de distorsion autant que la douceur du piano qui l’accompagne dans les chansons les plus douces.

Après quelques écoutes, on ne peut qu’être impressionné par la qualité de l’écriture de ce jeune artiste, tant sur le plan du récit qui ne tombe jamais dans la facilité, laissant à l’auditeur tout l’espace nécessaire pour se faire son propre cinéma, que sur le plan de la musique, qui apporte quelques nouvelles couleurs à la palette de la chanson d’ici.

D’Ouverture à Bouquet final, il est difficile de trouver une chanson qui n’a pas son attrait particulier. Chaque pièce a un petit quelque chose de spécial qui nous donne envie d’y revenir tout en nous laissant la possibilité d’y goûter sans devoir écouter le reste de l’album. Pourtant, si chacun des éléments semble à lui seul constituer une oeuvre complète, l’album dans son ensemble, construit comme un gros feu d’artifice qui gagne en romantisme ce qu’il perd en hargne, jusqu’aux grandes explosions du Bouquet final, en constitue une autre qui mérite totalement notre attention.

Avec cet album ambitieux, Bernhari apparaît comme un nouveau joueur important sur la scène musicale québécoise. Du moins, il va falloir le surveiller.

En attendant, on savoure.

Romantique, idéaliste et excellent.

[vimeo http://vimeo.com/99278298]

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