Hubert Lenoir – Darlène

Hubert Lenoir
Darlène
(Simone Records)

Aujourd’hui, je vous emmène au cinéma avec le premier album solo d’Hubert Lenoir, qu’on connaît mieux (du moins jusqu’à maintenant) sous le nom d’Hubert Chiasson, chanteur de The Seasons. Intitulé Darlène, cet album presque entièrement dans la langue de Leloup pourrait bien se retrouver dans les listes de fin d’année (kin, vlà le punch, on a aimé, mais là, on va vous dire pourquoi).

Darlène, c’est un gros morceau d’une oeuvre multi qui comprend également un roman de Noémie D. Leclerc, ainsi que des illustrations et un moyen-métrage de Gabriel Lapointe. Sauf que cet album, ce n’est pas une simple piste musicale, oh que non! C’est une oeuvre cinématographique complète qu’on peut facilement voir en fermant les yeux et en ouvrant grand les oreilles.

Premier constat : la pochette. On croirait l’affiche d’un film de Xavier Dolan.

Écrit, composé et interprété par HUBERT LENOIR

OK, c’est clair, on est aux vues. Ou devant une comédie musicale.

On appuie sur PLAY. En guise de lever de rideau, une pièce en trois parties intitulée Fille de personne. Ça commence doucement, avec un air de piano un brin introspectif. Une touche de jazz. Qui ne nous prépare pas du tout à ce qui va suivre. Fille de personne II est un bijou de pop teinté de soul.

J’ai déjà vu des films d’amour surexposés
T’es le plus beau des films que j’ai regardés

Difficile de dire si c’est la mélodie trop irrésistible, les paroles – simples mais efficaces, l’omniprésence du saxophone et de la cloche à vaches ou la voix particulière de Lenoir, qui garde son petit côté britpop qui fonctionnait si bien avec The Seasons. Et ça marche toujours en français : Lenoir a réussi à trouver le bon niveau et le bon débit et à bien les transposer dans un genre fait sur mesure pour une autre langue sans négliger les textes eux-mêmes.

La suite de l’album nous permet de voir Lenoir frayer avec le prog (Fille de personne III) et l’indie pop (Recommencer), nous chanter la pomme (et la liberté) sur Wild and Free, se donner des airs de Prince de Beauport (Ton hôtel, jouissive), servir un excitant trio de morceaux instrumentaux faisant la part belle au saxophone (Darlène, Darling, colorée et entraînante, Momo, cérébrale, et Cent-treizième rue, festive), ajouter de nombreuses couches de blues sur Si on s’y mettait (oui, oui, de Jean-Pierre Ferland) et nous faire verser une larme en terminant avec le piano-voix Noémie.

On est tout simplement bombardé de sonorités, de textures et d’émotions différentes! Heureusement, le fil conducteur est très fort et les pièces du puzzle tombent facilement en place. On suit cet ode à la liberté, à l’émancipation et à l’amour avec intérêt, en se demandant où diable Lenoir va nous emmener à la chanson suivante. Ça a permis au jeune auteur-compositeur-interprète (on l’oublie, mais il n’a que 23 ans!) de nous préparer un tracé digne des plus belles montagnes russes.

Une douzaine de musiciens a collaboré à l’enregistrement de l’album, qui a été coréalisé par Lenoir et Alexandre Martel. Une collaboration fructueuse pour le Beauportois qui a trouvé en Martel la personne idéale pour libérer le Bowie en lui.

Darlène fait partie de ces albums qui nous font voyager dans un univers cinématographique. On n’a pas besoin de forcer très fort pour s’imaginer dans cet univers, pour sentir cette soif d’émancipation qui a tant inspiré Lenoir et son amoureuse Noémie. Darlène, c’est un cri du coeur qui s’adresse à toute une génération, un appel à prendre son destin en main et à être tout ce qu’on veut. C’est une plateforme où Lenoir prend des risques et sort des sentiers battus tout en restant extrêmement accessible.

Cet album va faire beaucoup de bruit. Et, avec un peu de chance, faire plein de bébés.

À se mettre entre les oreilles au plus pressé.

Dany Placard – « Full Face »

Dany Placard
Full Face
(Simone Records)

Après ma première écoute de Full Face, le petit dernier de Dany Placard, j’ai eu envie de serrer le grand gaillard dans mes bras. Oui, je sais, c’est pas parce que ça va mal dans tes chansons que ça va vraiment mal dans ta vie, mais ça prend un minimum de nuages sombres dans son coeur pour écrire des trucs comme ceux qu’on retrouve sur cet album.

Heureusement, les paroles sombres sont accompagnées d’un rock qui s’éloigne pas mal du Placard traditionnel, plus country-folk. Serait-ce l’influence de Vivianne Roy (Laura Sauvage), avec qui il travaille depuis quelques années et qui est elle-même très influencée par le bon vieux rock? Bon, je vous vois venir… « Mais Jacques, Santa Maria rockait pas mal, lui aussi! » M’a vous répondre comme mon fils : « Oui, mais… »

Oui, mais c’est l’esprit qui est différent. Au lieu de faire du folk avec une guitare électrique, Placard emprunte çà et là des sonorités à Nirvana (les dernières secondes de La confesse rappellent BEAUCOUP celles d’All Apologies) et aux War on Drugs, par exemple. Y’a même quelques petits relents de Tame Impala… et de Laura Sauvage! Ça peut laisser des égratignures (y’a quelques méchants beaux solos de guitare) comme ça peut être vachement planant grâce à la présence subtile, mais fort opportune, de cordes et de claviers.

Si on apprécie les gros rocks de Full Face (notamment la pièce-titre qui, malgré son tempo un brin ralenti, se termine avec fougue avec un solo de feu, du piano et des choeurs… un peu comme si Jack White reprenait les dernières minutes d’Hotel California sur l’acide), il y a aussi quelques maudits beaux moments de tendresse comme sur Mon amour était plus fort que ce qu’on voit dans les rues, une ballade triste, un gros plain cochon comme ceux qui finissaient nos danses au secondaire, ou sur Vince, une toune que Kurt Cobain aurait probablement écrite s’il avait grandi à Laterrière plutôt que dans l’État de Washington (et s’il était des nôtres en 2017).

Ce son qui rappelle beaucoup les années 1990, mais qui demeure tout à fait actuel, accompagne parfaitement les thématiques qu’on retrouve sur Full Face. L’abandon, la solitude (l’envie d’être seul… de se mettre un gros casque de moto sur la tête pour étouffer les sons), le doute, l’angoisse, Manon, non, c’est pas jojo, mais ça n’a pas besoin d’être froid non plus, bien au contraire… L’énergie déployée dans plusieurs des chansons vient nous prendre par les tripes, on peut aisément écouter tout en tapant du pied et en hochant la tête!

La magnifique Virer d’bord, qui conclut l’album, nous montre un Placard vulnérable : une voix toute en douceur, des arrangements magnifiques (guitare acoustique, piano et cordes), et quelques perles in your face côté paroles :

Oui, j’ai perdu la foi

J’crois pu en rien, ça va pas ben

Des jours, c’est mieux…

Encore là, même si on connaît le franc-parler de Placard dans ses chansons, il faut reconnaître que sur Full Face, l’auteur-compositeur-interprète se fait beaucoup plus subtil et imagé, ce qui permet à l’auditeur de s’approprier ses chansons (hé, on a tous eu un Vince dans nos vies… en tout cas, je pense!).

Guillaume Bourque, qui a coréalisé l’album avec Placard, a réussi à brider ce dernier qui reconnaît que Full Face aurait probablement été un peu moins accessible (surtout pour les fans de la première heure) s’il n’avait pas été là. Le résultat : un album qui, sans être déroutant, permet de sortir des sentiers que Placard a battus depuis dix ans. C’est tant mieux, parce que c’est un beau voyage, même s’il y a quelques tunnels assez sombres en chemin.

On en redemande!

Laura Sauvage – « The Beautiful »

Laura Sauvage
The Beautiful
(Simone Records)

Quand on a annoncé la sortie de The Beautiful, on a été plusieurs à célébrer… Laura Sauvage (Vivianne Roy, des Hay Babies) est une des artistes les plus intéressantes à l’heure actuelle grâce à un rock qui tire sa source dans les années 1970 tout en sonnant actuel. Et on serait tenté de dire que le successeur d’Extraordinormal poursuit dans la même veine.

En fait, les limites de l’auteure-compositrice-interprète acadienne semblent avoir été poussées un peu plus loin. Oui, on reconnaît Sauvage assez facilement sur ses chansons qui ont pour la plupart un petit côté rock psychédélique très années 1970. Everything is In Everything (et son « les meilleures choses de la vie, ce ne sont pas les choses, c’est la vie ») est déjà très prometteuse, mais c’est avec You’re Ugly When You Cry, la deuxième pièce, qu’on prend vraiment la mesure de la créativité de la jeune femme. Tout à coup, on se retrouve quelque part en 1978 et on se dit que les Mac et autres Blondie de ce monde risquent d’avoir de la concurrence.

À peine deux tounes derrière la cravate qu’on regrette déjà de ne pas avoir d’auto. The Beautiful, c’est l’album parfait pour un petit road trip.

Alien (Anything Like It, Have You?), avec ses synthétiseurs, est le genre de morceau qu’on relance immédiatement après l’avoir terminé à quelques reprises. C’est bon, ça part lentement, c’est groovy à fond, puis les guitares prennent de plus en plus de place. Les refrains sont comme de petites poussées d’adrénaline qui nous préparent pour une finale des plus explosives.

Dit de même, ça a l’air complexe, mais maudit que c’est efficace… et accessible!

Il y a une belle dualité entre le rock fougueux de Roy (Monkeys in Space et ses guitares qui graffignent) et sa douceur (Vegas et Patio Living). Les deux se complètent à merveille et permettent à l’album de prendre de nombreux virages intéressants. Ajoutez à cela quelques commentaires sociaux (Song for D.J.T. s’adresse directement à un certain Donald Trump), et vous avez tout ce qu’il faut pour passer une demi-heure fort agréable.

Toujours bien appuyée (Dany Placard, François Lafontaine, Nicolas Beaudoin, auxquels s’ajoutent Katrine Noël et Julie Aubé, ses complices des Hay Babies, aux choeurs), Roy assure ici les commandes devant et derrière la console. Le résultat? Un son qui lui colle à la peau.

On sent qu’on va beaucoup écouter The Beautiful cet automne. Parce que l’album passe par toute la gamme des émotions. Parce que ses riffs sont accrocheurs sans tomber dans la facilité. Comment dire? Ça graffigne doucement, comme des ongles qui te marquent doucement la peau… ça fait pas trop mal sur le coup, mais la sensation peut durer un bon moment.

Comme quoi on peut prendre son pied dans la douleur!

[ALBUM] Sagot – «Bleu Jane»

Un constat s’impose rapidement à l’écoute de Bleu Jane, le dernier né de l’artiste Julien Sagot : il faut être prêt à subir de nombreux imprévus musicaux et à se laisser guider dans les méandres obscurs d’une musique chargée dramatiquement et d’une poésie concise. Si l’artiste évoque toujours de grands artistes français, il le fait en habillant ces pièces d’une musique à la fois moderne et intemporelle.

La pièce d’ouverture, Les racines au ciel, sorte de lettre d’amour pour la Louisiane, débute sur des percussions frénétiques et inquiétantes avant de basculer soudainement dans un état onirique soutenu par de riches arrangements. Plus loin, la surprenante Bleu corail électrique s’ouvre sur une ligne de basse subtilement soutenue par un rythme électronique avant de transporter l’auditeur dans un surprenant segment instrumental aux accents caribéens. L’introduction fuzzée de  Désordre et désordre représente un moment fort de l’album, et le rythme électro qui s’en suit prouve une fois de plus la richesse de la palette sonore de l’artiste. Par la suite, chaque morceau pourrait également être un fait saillant. Que ce soit le premier simple, Les sentiers de terre, sur laquelle Sagot chante en duo avec Frannie Holder une douce chanson qui ne respecte aucune convention de la ballade traditionnelle, ou plutôt Vacille, une pièce plus rythmée sur laquelle l’ancien complice de Karkwa François Lafontaine exécute un inoubliable solo de piano, ou encore l’inquiétant groove d’Autour des oeuvres de Exing Saong, Sagot surprend, défie et touche inévitablement l’auditeur. Tout ça culmine avec l’incroyable pièce titre construite autour d’un motif de piano redoutable où le contraste entre le drame et la beauté culmine en un crescendo d’instruments se répondant dans une virtuosité qu’on associe plus au jazz qu’à la chanson francophone.

Une des grandes forces de ce disque réside en cette capacité qu’a Sagot de présenter l’incroyable foisonnement de ses idées en si peu de temps (l’album fait à peine 30 minutes) tout en n’ayant pas l’air de s’éparpiller. C’est un disque incroyablement riche et concis qui se dévoile au fil des écoutes et qui saura captiver les mélomanes avides d’originalité. Il fait tout ça sans nécessairement s’aliéner les auditeurs moins pointus, l’album regorgeant de lignes accrocheuses. Bleu Jane est donc un nouveau sommet dans l’évolution de Sagot, qui avait déjà sorti deux albums intéressants, mais parfois inégaux. On aura rarement autant apprécié entendre nos artistes prendre des risques.

[SPECTACLE] ApérosFEQ – Louis-Philippe Gingras, District Saint-Joseph, 22 mars 2017

En ce beau mercredi de printemps tout neuf, nous avions rendez-vous avec l’auteur-compositeur-interprète Louis-Philippe Gingras, qui a fait l’aller-retour à Québec pour chanter, seul, quelques chansons de son répertoire. Malheureusement, nous étions très peu à avoir répondu à l’appel et la petite salle de la rue Saint-Joseph semblait un peu grande…

Ce n’est pas grave, si la quantité n’y était pas, la qualité, elle, y était certainement, et même ce petit couple qui ne semblait pas trop savoir ce qu’il faisait là (et que Gingras a confondu avec le jury) a écouté très poliment les propositions de l’Abitibien d’origine.

Bien entendu, nous avons eu droit à quelques chansons de l’excellent album La troisième rangée, paru l’automne dernier, notamment Tigre géant, encore plus sympathique live, toute nue, avec Gingras qui se lâche lousse! D’ailleurs, le jeune homme, qui ne fait rien comme les autres, a profité de sa présence à un concours pour présenter quelques nouveaux morceaux (et prendre le temps de bien les présenter), dont cette pièce intitulée Mon père où il se prend pour le fils de Cliff Burton (les rumeurs ne sont pas vraies, en passant).

Même assis, seul à sa guitare, Gingras a toute une présence scénique, et son folk aux accents très country s’écoute avec un grand bonheur. L’homme est généreux, prend le temps de transmettre sa passion avec son public et son humour bon enfant fait du bien, sans qu’il ait l’air d’un clown.

Passage réussi, donc, pour Gingras, et on ne peut qu’espérer que les Plaines seront bondées à son prochain passage. Tel est son souhait.

[ALBUM] Mat Vezio – « Avant la mort des fleurs cueillies »

On a envie de crier IL ÉTAIT TEMPS!

Après nous avoir donné un avant-goût prometteur l’année dernière au Cabaret Festif! de la relève (« Le genre de prestation qui nous fait dire J’ai hâte à l’album, je vais pleurer tout le long en l’écoutant »), Mat Vezio nous présente enfin Avant la mort des fleurs cueillies, une magnifique collection de douze pièces logées à l’enseigne de la pop de chambre.

Pour l’occasion, Vezio s’est drôlement bien entouré : Antoine Corriveau à la réalisation et à divers instruments, Mélanie Boulay et Amylie aux choeurs, Marianne Houle au violoncelle et aux arrangements de cordes, ainsi que quelques autres musiciens talentueux se sont joints à lui pour enregistrer l’album.

Dès les premières notes d’Au nord, on devine assez bien où Vezio veut s’en aller et on monte sans réserve dans le train. Les choeurs d’Amylie et de Mélanie Boulay rappellent ceux qu’on peut retrouver sur certaines pièces de Cohen. Vezio, lui, chante un brin nonchalemment. C’est doux, c’est beau, et ça contraste joliment avec Fukushima, un folk langoureux aux guitares bluesées (salut Louis-Philippe Gingras).

L’étiquette « pop de chambre » colle particulièrement à La mort est une comédienne qui vous ignore, avec ses cordes luxuriantes qui accompagnent la voix de Vezio (qui me rappelle Stuart Murdoch de Belle and Sebastian, ici). Y’a de la couleur ici, ça complète bien les paroles tristounettes. Sur L’automne de Buffalo, Rose Normandin ajoute beaucoup de chaleur avec son cor français. Le mélange avec les cordes se fait savoureux tout en étant complètement différent de ce qu’on pouvait entendre la dernière fois qu’on avait entendu pareille combinaison (salut Antoine Corriveau). On se sent léger.

On avait déjà entendu Ce jour-là, le premier extrait de l’album qui nous a déjà fait verser quelques larmes. Cette chanson-là, elle serait déjà parfaite juste guitare-voix, mais on est content que Corriveau ait convaincu Vezio d’ajouter quelques textures à ses compositions. Les choeurs sont encore parfaits et ajoutent beaucoup d’émotion au texte déjà assez chargé.

L’ambulancière est un oreiller

L’ambulancière est une orchidée

Après tant de légèreté musicale, il fallait bien quelque chose d’un peu plus lourd. Encore une fois, Gingras se joint à la bande pour jouer de la guitare électrique sur Adèle, probablement le morceau le plus rock de l’album. De son côté, Ton cinéma réussit à être à la fois aérienne et groovy. On se ferme les yeux, on tape du pied, on écoute Vezio inviter son interlocuteur à regarder en avant et prendre son temps.

Pour Les appeaux, Vezio a invité Laura Sauvage à l’accompagner. Belle chanson toute dépouillée qui laisse toute la place aux deux chanteurs et au texte fort imagé.

Une réflexion s’impose une fois arrivé à la chanson Les files d’attente : on voyage beaucoup sur cet album. Après être allé à Fukushima, on parle d’avions, de files d’attente, de l’Île des naufragés, de l’Arizona… tout ça avec une toute petite touche de country dans le ton. Réparer les départs a un titre assez évocateur. Ça commence en douceur, mais cette fois, le refrain gagne en intensité et prend un petit air de Beck période Morning Phase. C’est aussi hot que ça en a l’air. Assez en tout cas pour réussir à mettre le feu à l’eau.

L’album se termine sur Paranoïa, une autre chanson qui serait parfaite toute nue, mais qui prend une tournure majestueuse avec l’ajout du piano et du cor français.

Mat Vezio a travaillé trois ans sur cet album. Ça paraît. On doit chercher très fort pour trouver des points faibles, soulever tous les tapis pour trouver un brin de poussière ou deux. Vezio a composé de belles chansons qui auraient sûrement été très satisfaisantes sans tous les riches arrangements qui les accompagnent. Mais voilà, ces arrangements, ils semblent s’être intégrés tout à fait naturellement. Il n’y en a pas trop, et il n’en manque pas du tout non plus. Elles ajoutent une grande valeur à la proposition, tout en permettant à Vezio de les jouer seul à la guitare si jamais le coeur lui en dit.

Avant la mort des fleurs cueillies est un bel album, tant sur le plan de la musique que des textes, qui révèlent que Vezio ne sait pas manier que des baquettes, il est également très bon avec une plume. Pour un premier opus complet, c’est une maudite belle réussite. OK, les attentes étaient quand même élevées, Vezio n’est pas une recrue sur la scène musicale, loin de là. Il est toutefois allé chercher les bonnes personnes pour l’accompagner et créer avec lui un univers qu’on a envie d’explorer. Un univers bien à lui, par dessus le marché.

À écouter pendant qu’on rêvasse en regardant la neige fondre doucement.

[SPECTACLE] Les Hay Babies (+Mike Trask) Le Cercle, 26 février 2017

Les Hay Babies – Photo : Jacques Boivin

Les Hay Babies se sont arrêtées au Cercle hier pour la dernière représentation de La quatrième dimension. La salle de spectacle leur a donné un accueil de rockstar. 

Mike Trask – Photo : Jacques Boivin

Mike Trask

La première partie était assurée par Mike Trask, un auteur-compositeur-interprète de la Nouvelle-Écosse. Sa musique dans la veine du blues et folk a été appréciée par la foule, qui parlait peu. L’ami des Hay Babies et de Lisa Leblanc a ensuite dédié la chanson Anytime à cette dernière et l’a remercié de lui avoir permis d’ouvrir au Métropolis. Après quelques chansons à la guitare acoustique, il a troqué celle-ci pour une guitare électrique. Il a fini avec une reprise de Tom Waits, accompagné par deux musiciens des Hay Babies.

Les Hay Babies – Photo : Jacques Boivin

Les Hay Babies

Julie, Katrine et Vivianne sont entrées sur scène avec leurs acolytes Mico Roy (guitare), Marc-André Belliveau (batterie) et Kevin McIntyre (basse et claviers) et ont débuté avec Tous les jours de la semaine. La chimie opérait entre le trio de Néo-Brunswickoises et leurs musiciens. Puis, c’est But Now I Know et Johnny Boy qui leurs ont permis de s’approprier la scène. L’éclairage mettait en valeur le groupe et ajoutait une touche rétro au spectacle.

Les Hay Babies – Photo : Jacques Boivin

Elles s’éclatent et sont beaucoup plus énergiques, ce qui renouvelle des chansons comme Tumbleweed ou Horse on Fire, jouées pour le grand bonheur de la foule. C’est un mélange de vieilles et de nouvelles chansons que les filles ont jouées, nous faisant oublier que c’était un dimanche soir.

Le temps d’une chorégraphie sur J’ai Vendu mon char, puis d’une participation de la foule sur Do the Rocket, elles ont enchainé avec Néguac and back et Salsa Sea. Julie, Katrine et Vivianne étaient visiblement contentes de jouer à Québec, ce qui se transposaient à merveille sur scène.

Elles ont terminé le spectacle par un rappel avec la sublime La poule aux oeufs d’or, l’énergique  Bonnie & Clyde et leur reprise de Bennie and the Jets, fort appréciée par la foule.

L’histoire ne dit pas si les filles ont finalement été chanter du karaoké au bar le Dauphin.

[ALBUM] Les Hay Babies – « La 4ième dimension (version longue) »

Le deuxième album des Hay Babies intitulé La 4ième dimension (version longue) et lancé en octobre dernier (oui, je sais, on est tard), est rempli de surprises. La mini-pause de 2016 a permis à Julie Aubé, Katrine Noël et Vivianne Roy de prendre un peu de temps pour elles (Julie et Katrine ont ouvert une boutique au Nouveau Brunswick, Vivianne s’est lancée dans un projet solo, Laura Sauvage, qui nous a fait beaucoup tripper) et il leur a visiblement fait le plus grand bien sur le plan de la créativité.

Celles et ceux qui s’attendaient à une suite logique de Mon homesick heart vont être un peu déboussolés. Finie le folk de grange un brin naïve du premier album, les filles (et leur univers musical) ont énormément évolué (et écouté beaucoup d’adult rock de la fin des années 1970). Plus près du projet Laura Sauvage que des compositions précédentes du groupe, La 4ième dimension présente 13 chansons où le banjo et la mandoline ont fait place aux guitares et aux claviers. Pour ce faire, elles ont fait appel à leurs complices de scène (Mico Roy, Marc-André Belliveau et Kevin McIntyre, tous du Nouveau-Brunswick), elles ont embauché Pierre-Guy Blanchard à la réalisation et elles se sont enfermées au studio Wild de Saint-Zénon.

Que ce soit avec des airs près du rockabilly (Baby viendra back à genoux) ou des mélodies sirupeuses (Deux sandwiches), Les Hay Babies font mouche. Les arrangements sont riches sans être trop complexes et nous donnent l’impression de replonger à une époque où les ballades se dansaient collés, collés. On se surprend à écouter les paroles des chansons qui, même si elles gardent un brin de cette innocence qui nous avait fait sourire à l’époque de Mon Homesick Heart, ont atteint un niveau de maturité assez étonnant. Oui, ce sont encore souvent des chansons tristes, d’amours parfois écorchés, mais les images sont fortes et assez engageantes, merci.

On n’écoute pas Tous les jours de la semaine après s’être fait crisser là, c’est malsain. Mais on y reconnaît là la même fille qui était Obsédée il y a quelques années. La fin, avec le monologue au téléphone qui se termine dans des pleurs accompagnés d’un solo de guitare, est tout simplement déchirante. La pièce suivante, Half du temps, est beaucoup plus mélancolique et atmosphérique. Une fichue de belle chanson un brin country qui nous permet de ne pas trop nous enfoncer dans la déprime.

Pour le mal, pour l’amour, pour le mieux a un côté pop pas désagréable du tout qu’on retrouve aussi sur des chansons comme Motel 1755 ou Johnny Boy. Ce n’est qu’à la toute fin qu’on retrouve un peu Les Hay Babies du premier album, sur La poule aux oeufs d’or. Une chanson guitare-voix qui semble sortie tout droit du répertoire des soeurs McGarrigle!

Partout sur l’album, on remarquera les magnifiques harmonies vocales. Ces trois filles-là chantent si bien quand elles chantent ensemble!

Sur La 4ième dimension, Les Hay Babies ont lancé un gros « Qui nous aime nous suive! ». À moins d’être un fan de la première heure qui a du mal à composer avec le changement, on pourra facilement apprécier cet excellent travail… tout en se demandant où vont aller nos trois jeunes femmes au prochain album!

 

En attendant, on sait où on sera ce dimanche 26 février : Les Hay Babies seront au Cercle (Québec) pour présenter leurs nouvelles (et anciennes) chansons. Les billets sont disponibles au Cercle, au Knock-Out et sur lepointdevente.com. Première partie : Mike Trask. (Événement Facebook)

[SPECTACLES] Laura Sauvage au Temps d’une pinte, 21 avril

Laura Sauvage, pour moi, est encore un monde à part, une belle « bébitte » que j’essaye de comprendre. Le 21 avril dernier, je me suis donc laissé traîner dans son univers « Extraordinormal » au Temps d’une pinte à Trois-Rivières.

Je suis accoté au comptoir avec mon petit verre de Ratchet (la meilleure bière rousse de la place) alors que Laura Sauvage et ses musiciens traversent le bar pour aller prendre place sur scène. On est vraiment choyés, car avec elle pour nous jouer les chansons de son premier album, il y a Dany Placard à la guitare, entre autres.

Le spectacle commence sans qu’un d’entre eux ne s’adresse au public, mais l’ambiance s’y prête bien. Les textes de Laura Sauvage, Vivianne Roy de son vrai nom, sont souvent très personnels et je pense que c’est ce qui fait que je me suis senti impliqué et interpellé par ces propos. Elle ne fait pas que nous raconter une histoire, on la vit avec elle.

J’ai eu des frissons et une envie soudaine de me fermer les yeux pour écouter la pièce No direction home. C’était vraiment un beau moment simple et enveloppant.

Un peu après cette chanson, j’étais en train de chercher une référence pour vous faire comprendre facilement l’ambiance du spectacle et mon ami Martin est arrivé de nulle part en me disant « On dirait de la musique de Jameson (en faisant le geste de boire) » et je n’ai pas trouvé ça bête du tout ! Imagine-toi dans les années 70 (paix et amour) dans un beau divan brun en train de boire du Jameson. C’est exactement ce que j’ai ressenti ce soir-là.

C’était un trop court spectacle de moins d’une heure, mais une si belle soirée que Laura Sauvage et ses musiciens nous ont fait vivre. Je n’étais pas convaincu que j’aimais le style, en écoutante l’album, mais en spectacle, j’ai été charmé par la sincérité, l’humour et le charisme de Vivianne Roy. Après avoir fait un rappel accéléré, c’est-à-dire sans faire semblant de partir et de « revenir back » sur scène, les gênes en voulaient encore, mais elle a dit, toute gênée « C’est tout ce que j’ai, sorry ».

Vous pouvez lire la critique de l’album « Extraordinormal » par Marie-Ève Duschesne.

Voici les magnifiques photos de Claudine Bérubé :

 

 

[SPECTACLE] Louis-Jean Cormier, Grand théâtre de Québec, 26 septembre 2015

(Photos : Jacques Boivin)

C’était soir de messe samedi au Grand théâtre de Québec alors que Louis-Jean Cormier se produisait devant une salle Louis-Fréchette bien remplie de fans (pas mal finis) de l’auteur-compositeur-interprète. Premier spectacle d’une tournée qui le mènera un peu partout au Québec. Des complices efficaces en Simon Pedneault (guitare, voix), Adèle Trottier-Rivard (percussions, voix), Guillaume Chartrain (basse) et Marc-André Larocque (batterie).

26092015-202104-22-Louis-Jean CormierUne grande toile, qui a l’air d’une grande feuille de papier, occupe le fond de la scène. Des lampes sont placées çà et là pour donner une ambiance chaleureuse et intimiste au spectacle. C’est pas parce que nous ne sommes pas à La Taverne de Saint-Casimir que nous n’avons pas le droit de nous sentir à l’aise entre nous!

Cormier et son équipe se sont présentés sous un tonnerre d’applaudissements. Public enthousiaste. Foule vendue d’avance. Ils allaient l’avoir facile. Ça n’a pas empêché au band de tout donner dès le départ, qui s’est passé sur les chapeaux de roues avec un trio infernal composé de Les hélicoptères, St-Michel (une bombe en spectacle) et Si tu reviens, qu’il a interrompue pour goûter pleinement à ce beau moment de bonheur.

À plusieurs moments, on avait l’impression d’assister au concert au beau milieu d’une chorale de près de 2000 chanteurs enthousiastes, ce qui ajoutait aux frissons déjà donnés par Louis-Jean et sa bande.

26092015-201401-07-Louis-Jean CormierDu côté de la musique, le spectacle de Louis-Jean Cormier était principalement axé sur Les grandes artères. Alors qu’on aurait pu s’attendre, comme sur l’album, à une omniprésence du banjo, Cormier a préféré y aller full pin avec les guitares. Le résultat? Un son beaucoup plus rock pour la plupart des chansons, même à une Le jour où elle m’a dit je pars, chantée avec émotion par Louis-Jean… et la foule. Y’avait beaucoup de monde qui avait les yeux pleins d’eau! Heureusement, on n’était pas encore dans le bout tout doux du spectacle, et Complot d’enfants nous a relancés dans l’action illico.

Pour le segment en douceur du spectacle, Louis-Jean a invité son frère Benoit, violoniste à l’OSQ (et sur l’album). Beau moment de complicité (pis les petits brins de femmes à côté de moi le trouvaient donc cute!).

26092015-201755-14-Louis-Jean CormierPour terminer (avant l’inévitable rappel, bien sûr), Cormier a frappé fort : trois de ses canons du 13e étage, revisités pour mieux s’insérer au spectacle (et parce que c’est le fun, des fois, de réarranger ses chansons pour éviter que ses fans ne se tannent). Ça nous a pris du temps avant de reconnaître Bull’s Eye (« Ça se peut que nous-mêmes, on reconnaisse la chanson après un bout! »), mais que le grand cric me croque si le public n’a pas explosé de bonheur quand les premières paroles de la chanson ont été prononcées. Nul besoin de vous dire que les Le coeur en teflon et Tout le monde en même temps ont fini de nous achever!

Cormier avait gardé la magnifique Deux saisons trois quarts pour le dessert. Question de nous laisser repartir les yeux brillants, le sourire large comme une porte de grange. Autant les fans finis de Karkwa que ceux qui sont montrés dans le train après avoir découvert Louis-Jean à La voix ont passé une belle soirée.

Louis-Jean Cormier sera de retour dans la région en formule beaucoup plus intime à L’Anglicane de Lévis le 4 mars 2016. Faites vite, les billets vont s’envoler!