Entrevue : Olivier Langevin (Galaxie)

Super Lynx Deluxe, c’est l’appellation du dernier né du groupe Galaxie mené par Olivier Langevin et comme d’habitude c’est un party musical. Riffs dansants, rythmes percussifs efficaces signés Pierre Fortin, textures riches souvent portées par l’expérimenté François Lafontaine aux claviers et textes naviguant dans les eaux troubles des dérapages nocturnes, on reconnait d’emblée la signature Galaxie. Nous avons profité du passage de Langevin lors de la clôture de la tournée de Fred Fortin pour parler de cette nouvelle oeuvre; une véritable synthèse de tout ce qu’a fait Galaxie, avec en prime un pas en avant dans l’exploration de nouvelles dynamiques et sonorités. En plus, l’album sort directement en vinyle (avec en prime une réédition de Tigre et Diesel, on nous susurre que l’idée de relancer les deux premiers albums suit son cours) ce qui permettra aux fans de profiter pleinement de la superbe pochette de Martin Bureau.

En guise de prologue, j’ai demandé à Olivier Langevin de nous parler de ses états d’âme au sujet de dernier concert qu’il devait donner le soir même à l’Impérial Bell avec Fred Fortin pour sa tournée Ultramarr. «C’est le dernier show avec notre beau Fred, ça va être émotif j’ai l’impression. Pour vrai c’est un peu triste, parce que c’est une belle gang, un beau band. Frank, Fred pis moi, on continue dans Galaxie, mais on se sépare quand même de Jocelyn (Tellier, guitariste) et Samuel (Joly, batteur) et des techs faque c’est un peu triste même si on sait qu’on va refaire des trucs ensemble.»

Lorsque je le questionne sur l’explosion de popularité de leurs projets respectifs il explique avec humilité: «Je pense que c’est le travail des années, on enligne les projets que ce soit Galaxie, ou lui, ou Gros Mené, on tient notre monde en vie, puis c’est la même base de fans qui vient nous voir. Je pense que c’est l’accumulation et le travail à long terme qui a créé tout ça.» Au sujet de cette popularité qui est survenue pas mal en même temps que la chute des ventes d’albums, il mentionne ne pas vraiment penser à ce genre de chose. «Je l’sais pas, on a tellement toujours été un peu à côté de la track, oui on pourrait faire des statistiques et se dire que si on vend 10 000 disques aujourd’hui ça aurait pu être 3 ou 4 fois plus en 95, mais ça devient un peu inutile. J’ai l’impression que peu importe, ça aurait été un peu la même affaire. Je suis pas aigri en tout cas. Ça va bien, on tourne en masse tout le temps. J’espère que ça va continuer. On a du fun à jouer ensemble, autant qu’avant, sinon plus! On continue à s’améliorer un p’tit peu. On est choyé de pouvoir continuer à faire ça pis on a du beau monde qui vient nous voir.»

Nous sommes ensuite entrés dans le vif du sujet, soit ce disque tout frais qui arrive chez les disquaires ou autres plateformes numériques aujourd’hui même. Je voulais d’abord savoir s’il y avait eu une ligne directrice pour l’élaboration de cet album. «Pas vraiment, d’habitude après une tournée je mettais la clé dans la porte et je switchais sur d’autres projets. Celui-là on a commencé à l’enregistrer à la fin de la tournée de Zulu. On s’est installé à mon studio; j’avais continué à composer, et on s’est dit qu’on essayait de ne pas perdre le beat. Comme des vieux ados on a trippé, sans se dire qu’on tapait un album. Après la première fin de semaine, on avait déjà la toune Phénoménal de faite. On a continué à se faire des petits meetings de même pendant l’année et l’album a fini par apparaître au travers de tout ça assez facilement.» Bien qu’il reste dans les voûtes 4-5 chansons ou ambiances qui cadraient moins sur l’esprit “Super Lynx”, on retrouve sur le nouvel album l’essentiel du processus créatif de la dernière année. «C’est beaucoup Pierre Fortin, Frank (Lafontaine) pis moi qui travaillons sur les versions live des chansons. Après on rajoute parfois des trucs avec d’autres.» Le contexte de création est important aussi. Quand il travaille seul dans ses affaires, l’horaire 9 à 5 fonctionne assez bien avec les hauts et les bas inhérents à la création. Cependant, quand vient le temps d’enregistrer en gang, il faut pouvoir oublier le temps et laisser aller les choses, même si ça représente un défi supplémentaire avec les familles et les projets de tout le monde.

Même s’il arrivait en studio avec des idées embryonnaires pour laisser toute la place au reste du trio et éviter le piège du démo qu’on cherche à reproduire, le groupe a tout de même conservé quelques pistes de guitare qui apparaissaient sur les démos. Une façon de conserver une touche de l’élan initial. Questionné sur la concision des albums de Galaxie, Olivier explique: «C’était pas conscient, mais ce l’est devenu. J’aime vraiment les albums courts et directs; lorsque tu finis l’album pis que t’as le goût de recommencer. Surtout dans le style de Galaxie, ça marche bien, j’aime ça que ça y aille!»

Les thématiques nocturnes et psychotropes sont encore centrales sur ce nouveau disque. Je lui ai demandé si Galaxie était au fil des ans devenu le meilleur véhicule pour les dérapes. «Le psychédélisme a toujours été dans le lexique et dans l’ambiance du groupe. C’est un thème qui fitte bien avec la musique. Au fil des albums, Galaxie est presque devenu un personnage. J’me sers de ce buzz-là quand je compose.» Il nuance cependant sur le party constant dans les paroles de Galaxie: «Un écrivain d’horreur ne torture pas du monde dans son sous-sol(rires)! Il y avait encore un peu des effluves de la tournée qu’on venait de finir; des insides, on devient un peu fou. Les bibittes qu’on avait dans la tête à la fin de la tournée de Zulu se promènent un peu sur ce disque-là…»

 

En parlant de la tournée à venir, Olivier espère voir le groupe continuer sur sa lancée: «Pierre est arrivé vers la fin du Temps au point mort. Ça fait donc plus de 10 ans qu’on tourne ensemble. On a commencé à répéter la semaine passée et c’était vraiment le fun à jouer live. J’ai hâte au lancement la semaine prochaine même si on fait seulement 4-5 tounes.» Avec une discographie toujours grandissante vient aussi le moment de choisir ce qui fera son chemin jusque dans les concerts. «On ne faisait plus vraiment de chanson du premier disque, on va voir si on ramène quelque chose, mais on aura sûrement une ou deux tounes du Temps au point mort. On monte les nouvelles tounes en premier et quand on fait les vieilles on s’ajuste avec les nouveaux sons pour monter des nouvelles versions. Il y a beaucoup d’improvisation dans les spectacles aussi donc on va aller ailleurs, on est dans d’autres buzz. On commence à devoir enlever des tounes qu’on aimait vraiment jouer.»

Avant notre discussion pour découvrir le côté mélomane d’Olivier Langevin, nous avons parlé d’une des facettes qu’il semble affectionner spécialement dans son métier: la réalisation d’albums. Jusqu’au dernier disque, on l’a entre autres vu aux côtés de Mara Tremblay, mais il a aussi réalisé des disques de Vincent Vallières, des Dale Hawerchuk ou de I.No. Si son horaire chargé l’a obligé à refuser quelques projets, il aimerait travailler sur les albums des autres dans un futur proche.

Questionnaire musical en vrac:

Quel album a tourné le plus dans la van récemment?

(Hésitations) J’ai écouté beaucoup de King Gizzard. J’aime ben I’m in Your Mind Fuzz. À la maison c’est plus jazz. Beaucoup de Charles Mingus et du Monk. Je suis retourné acheter des vieux vinyles de jazz. J’ai vraiment trippé aussi sur le nouveau disque de Laura Sauvage. J’haïs ça répondre à ces questions-là, j’vais m’en souvenir en marchant tantôt!

Achètes-tu généralement ta musique en vinyle?

Oui, mais je m’autovole aussi avec apple music. J’fais les deux en fait. Numérique ça reste vraiment pratique. Les vinyles sont pas donnés non plus, quoique c’est l’fun en tabarouette de tout racheter. Faire des bons coups dans l’usagé c’est vraiment cool.

C’est quoi le dernier vinyle que tu t’es acheté?

C’est Freak Out! de Frank Zappa, je l’ai acheté usagé il y a deux jours justement. On dirait qu’il sort du magasin, je suis très content.

Si tu pouvais entendre un album de n’importe qui de vivant en 2018, ce serait qui?

Qui qui n’a pas sorti de quoi depuis longtemps qui serait débile? Je partais pour dire Beck, mais il vient d’en sortir un que le monde a moins aimé. Yé pas pire finalement. Je l’ai réécouté et y’a des affaires assez débiles. J’aimerais ça que Tom Waits sorte un disque, ça fait vraiment longtemps. J’ai aussi hâte d’entendre l’album complet de Superorganism, un genre de band avec du monde qui vient d’un peu partout dans le monde. La toune Something for your M.I.N.D, c’est pas mon style de musique, mais c’est hyper accrocheur.

Peux-tu me nommer un des spectacles marquants que tu as vus dans ta vie?

Y’en a tellement… j’te dirais les Breeders au Café Campus quand ils ont sorti Title TK (en 2002). Ce show-là était incroyable. J’les ai revus à Paris, pis c’était pas terrible. Le show au Campus, je vais m’en souvenir toute ma vie.

Les Melvins au D’Auteuil, on était 15 dans la salle. C’était incroyable. Il y a aussi un show de Jon Spencer au Métropolis dont je vais me souvenir longtemps. Le dernier show de Beck à Place-des-Arts (en 2014) c’était fou; ça, pis la tournée de Midnight Vultures au CEPSUM.

Finalement, j’aimerais te replonger dans tes souvenirs et que tu essaies de trouver quel disque synthétise ce que tu écoutais le plus au moment de rentrer dans la création de tes albums en commençant par le premier, Galaxie 500.

Pour Galaxie 500 ça serait Jon Spencer Now I Got Worry. Pour Le temps au point mort, je me souviens que je buzzais sur Medulla de Bjork. J’écoutais ça non-stop. Ça fit pas avec l’album, mais ça m’a vraiment beaucoup influencé dans la création. Tigre et Diesel je te dirais… ça devait être Modern Guilt de Beck qu’on écoutait en fou. Pour Zulu, je ne me rappelle plus…

C’était pas un peu plus le blues touareg l’inspiration?

Non le touareg ça venait plus du passé. J’avais trippé Ali Farka, c’est des affaires que je trainais et que je voulais essayer. Je trouve pas de quoi de spécifique… ah! peut-être Dr John, l’album Locked Down produit par Dan Auerbach. Pour Super Lynx Deluxe ce serait Mingus. Je trippe Mingus ben raide, même si ça n’a aucun rapport avec l’album.

Entrevue : Fany Rousse (Route d’artistes)

Il y a quelques jours, nous avons rencontré Fany Rousse pour jaser avec elle de Route d’artistes, qui est présentement en période d’inscription (jusqu’au 19 janvier).

 

On va commencer l’entrevue par une question vraiment plate : Fanny Rousse, c’est ton vrai nom?

Oui, c’est mon vrai nom. Chaque fois que j’ai des entrevues, il y a toujours quelqu’un aussi qui vient me voir pour être sûr. Même des amis que je connais depuis dix ans me le demandent. « Hein! C’est‑tu ton vrai nom? — Bien oui. — Non, donne‑moi tes cartes. »

Présente-nous Route d’artistes.

C’est un réseau de diffusion alternatif présent un peu partout au Québec. On va dans de petits lieux qui permettent de partir en tournée avec des artistes émergents en musique. On peut aussi faire de l’humour, de la poésie, du slam, mais jusqu’à maintenant, y’a que la musique qui a été choisie. On va dans de petits lieux : ça peut être autant un salon, chez les gens directement dans la maison. Ça peut être dans un café, dans un appartement, dans un restaurant. Ça peut être dans une auberge. Plein de petits lieux rassembleurs où on est tout au plus 50 personnes.

Comment est‑ce que ça fonctionne? Est-ce que tu approches les salles ou les lieux, ou bien ce sont les gens qui vont t’approcher en général?

Les deux. J’ai commencé par approcher les gens que je connaissais, les trippeux de musique, qui avaient des maisons; j’ai demandé à des amis de me stooler des amis qui avaient des maisons. Ça a commencé comme ça, puis dans des lieux que je connaissais déjà puisque j’avais habité dans des auberges de jeunesse; au début, c’est moi qui les approchais, puis il y a des gens qui m’ont écrit. Quand je vois des beaux lieux, je dis « hein! C’est donc bien le fun ici, faites‑vous des shows de musique des fois? » C’est toujours ma première question quand je débarque dans un lieu trippant.

Sinon, il y a le bouche à oreille. Quand il y a un spectacle, on est 35, j’explique toujours le concept au début. On est dans une maison, mais des fois, les gens ne sont pas conscients qu’on vient de faire sept shows dans d’autres maisons derrière puis qu’on est présentement en tournée. Je leur dis : « Si vous connaissez des gens n’importe où au Québec, vous pouvez leur dire de m’écrire. Puis il y a les réseaux sociaux.

Quand as-tu commencé?

On a commencé Route d’artistes en septembre 2014.

Depuis ce temps, tu dois avoir créé un certain réseau.

Oui. Mais il faut toujours en parler, comme n’importe quoi. Comme ecoutedonc.ca aussi. Il faut toujours en parler pour que les gens nous connaissent et nous découvrent. Mais, oui, ça commence à faire le tour, les artistes aussi, ils savent c’est quoi.

Fany Rousse – Photo : Jacques Boivin

Vous cherchez avec Route d’artistes à visiter des salles plus intimes, des spectacles d’une cinquantaine de personnes, mais est‑ce qu’il y a beaucoup de gens qui viennent aux spectacles?

Oui. Ce qui marche le plus, c’est les spectacles dans les maisons. Ça marche aussi beaucoup dans les cafés ou les auberges. On fait de soupers-spectacles. Y’a certains endroits publics, une nouvelle microbrasserie, un nouveau café, des fois ça fonctionne moins bien, mais tu sais, en disant « moins bien », il y a peut‑être 15, 20 personnes.

Je trippe à aller faire ça. Puis un café qui vient d’ouvrir, il est intéressé à avoir de la musique, mais il ne sait pas comment ça marche et il n’a pas d’équipement de son. Il ne sait pas ce qu’est la SOCAN; moi, j’arrive, je déclare la SOCAN, j’ai mon équipement de son. Le but, c’est qu’il y ait 15 personnes la première fois, puis 25 quand je reviens…

Un artiste de Québec, Pierre-Hervé Goulet, avait fait quelque chose de similaire quand il a lancé son album. Il a décidé de parcourir le Québec puis d’offrir des spectacles chez les gens. Il y a des démarches comme ça, comme Route d’artistes, qu’on voit de plus en plus émerger en ce moment, puis en parallèle on voit des salles de spectacles comme le Cercle qui ferment. C’est comme si ça annonçait un virage dans l’industrie du spectacle. Qu’en penses-tu?

Bien, je pense que le concept attire beaucoup. Tu sais, s’il y a un concert au coin de la rue, dans un bar, ou dans une salle de spectacle. Je donne tout le temps l’exemple de ma mère. Ma mère n’y irait pas nécessairement. Mais si je fais un show dans une maison où ma mère pourrait venir, je lui dis : « Viens, il va y avoir des amis, il va y avoir du monde que tu connais, invite tes amis ». Ma mère vient voir les spectacles puis elle découvre les artistes.

Des fois, c’est davantage le concept qui impressionne. Il y a un artiste dans la maison de mon ami, ou c’est un show intime dans l’auberge du village où je ne suis jamais vraiment allé parce que les gens ne vont pas nécessairement visiter leur auberge. Tu y vas, puis tu vas découvrir l’artiste, puis c’est sûr que tu vas avoir du fun. Ça fait que je pense que le concept est très vendeur.

C’est comme si toi, tu amenais le spectacle chez eux.

Oui, c’est ça. Souvent, on organise un souper dans la maison avant le spectacle. Si les hôtes de la maison le veulent, ils disent à leurs amis puis à leur monde : O.K., on fait un potluck. Ça fait que, en 5 à 7, on mange tout le monde ensemble, puis après ça, à sept heures et demie (7 h 30), huit heures (8 h), il y a le showTout le monde apporte quelque chose, l’artiste est là, puis on mange tout le monde ensemble. Ce qui est drôle, c’est que la plupart des gens ne savent même pas c’est qui, l’artiste. Ils viennent carrément parce que leur ami…

On mange, puis on dit : « ah, toi, tu es qui, t’sais, par rapport à… — Bien, moi, je suis l’artiste. — Ah, salut! » Ça crée un contact qui est vrai, qui est franc aussi avec les gens.

C’est une autre ambiance que la scène, un espace où le public peut avoir une certaine gêne à cause de la distance. T’sais, comme je dis souvent, il n’y a pas de « Bonjour Montréal, ça va bien? », c’est comme « Salut — tout le monde dans les yeux — ça va? Parfait, moi aussi ça va bien. » Ça fait que c’est juste à la bonne franquette, dans le fond, un spectacle.

C’est une façon de revisiter le spectacle qui est très intéressante.

Oui.

Fany Rousse – Photo : Jacques Boivin

Vous avez l’air d’avoir pas mal de succès un peu partout.

Oui, ça va bien. Puis il y a de plus en plus de gens qui offrent leur maison aussi. Ça prend toujours des gens qui offrent leur maison puis des lieux… il y a plein de lieu trippants aussi qui font déjà ça.

Des espèces de shows uniques, mais ils font un ou deux shows par année, puis ils me disent, « hein! Route d’artistes, on vient de te découvrir, on peut faire partie des prochaines tournées? » Je leur réponds : « Ben oui! ». Je rencontre plein de gens trippants avec qui collaborer.

Ce que je trouve le fun, c’est de faire la tournée. De créer la tournée. Puis je trouve ça le fun que les gens font déjà des shows. Tu pourrais en faire une fois par mois, si tu veux, un show chez vous, dans ton appartement, ta maison. C’est génial. Puis si tout le monde faisait ça, ça serait encore plus génial. Mais moi, mon trip, c’est de me dire, O.K., on fait une tournée puis on se promène. Mais il faut que les gens ouvrent leurs maisons puis en fassent de plus en plus, des spectacles comme ça, puis qu’ils contactent l’artiste qu’ils veulent, c’est très facile à faire par la suite.

Si j’ai bien compris, tu apportes les outils et les permis, tu t’occupes de la paperasse ou des choses que les gens ne savent pas nécessairement.

C’est ça qui est le fun. Tout est réglo de ce côté. En même temps, ça profite aussi aux artistes, parce que chaque spectacle, même s’il se produit dans une maison, c’est considéré comme une représentation devant public, parce que public il y a. Tout est déclaré. Ils sont donc mieux payés par la suite.

Est‑ce que c’est relativement rentable pour un artiste de faire ce genre de tournée là?

Pour les artistes, oui. Moi, pour l’instant, je ne suis aucunement payée. C’est du bénévolat. Mais un jour, je vais trouver une formule hyper gagnante et puis je vais balancer tout ça.

Mais pour les artistes, oui, parce qu’ils n’ont aucun… ils n’ont aucune dépense, dans le fond. Ils sont payés à chaque spectacle, ils ont toutes les redevances de la SOCAN, puis ils n’ont pas de nourriture à payer, de gaz. Tout est… c’est comme une tournée inclus. Tout ce qu’ils ont à faire, c’est présenter des spectacles pour se faire découvrir.

Puis la vente d’albums aussi, ça se fait bien dans les…

Dans l’espace privé?

Dans ce contexte‑là, oui. Souvent, les gens veulent vraiment repartir avec un objet.

J’ai fait une tournée avec Jérôme 50 en automne 2016. Il avait un EP de cinq chansons qu’il vendait cinq dollars. Il les a tous vendus. Les gens étaient fâchés en dernier, parce qu’il n’y en avait plus, il leur répondait : « oui, mais là, je n’en ai plus ». Les gens, ils veulent avoir quelque chose après avoir rencontré en proximité comme ça.

C’est très différent du comportement du spectateur moyen dans une grande salle de spectacle.

Route d’artistes, c’est un projet que tu as développé?

Oui.

Où te vois-tu dans ce projet dans cinq ans? Comment ça pourrait se développer?

Je veux que ça se développe, et j’ai des objectifs pour 5, 10, 15 ans, tout le temps! Je ne peux pas trop dévoiler mes idées, mais c’est comme je dis tout le temps, l’idée de Route d’artistes, c’est de faire une espèce de map du métro, là. Si on regarde mettons la map du métro de Montréal, il y a plusieurs tracés.

C’est un peu ça que je veux faire avec Route d’artistes, qu’il y ait vraiment plusieurs routes déterminées… puis des nouvelles aussi, mais qu’on puisse avoir plusieurs tournées même en même temps.

On pourrait se dire : « Cette année on a quatre tournées ou cinq tournées, celle-là, c’est comme la ligne verte. » On a une tournée qui est tracée là pendant qu’il y en a une autre qui démarre au Lac‑Saint‑Jean et qu’une autre fait le tour de la Gaspésie. Donc, si on pouvait avoir des tournées stables comme ça, des chemins établis… Avec plusieurs collaborations aussi, là. Il y a plein d’idées qui sont en chemin.

Fany Rousse – Photo : Jacques Boivin

Donc, Route d’artistes, à surveiller pour les prochaines années, voir comment ça va prendre de l’expansion?

Oui, absolument.

T’es présentement en période d’inscription?

Oui. C’est la troisième année que je fais ça. Il y a une période d’inscription pendant laquelle les artistes peuvent s’inscrire pour faire les prochaines tournées. Les gens ont jusqu’au 19 janvier pour s’inscrire pour les tournées 2018.

Deux artistes seront sélectionnés pour une tournée au printemps, puis une autre à l’automne.

On est une dizaine de personnes sur le jury. On écoute tous les liens, la musique que les gens nous envoient. On détermine chacun nos coups de coeur et selon un système de pointage, les deux personnes qui se démarquent sont sélectionnés.

Comment as-tu composé le jury?

Il y a des gens qui travaillent dans l’industrie. Des gens qui s’occupent de festivals, de salles de spectacles, des agents d’artistes, des gérants. Des gens qui ont des maisons et qui ont déjà accueilli quatre ou cinq shows chez eux. Eux aussi, ils veulent participer au processus! Je les laisse participer et décider de ce qu’ils veulent entendre chez eux. Puis je choisis moi aussi, mais tous les votes ont la même valeur. On vote pour notre coup de coeur, mais il y a toujours quelques artistes qui se démarquent. On ne se connaît pas tous, on ne connaît pas nécessairement nos goûts, mais des fois, c’est l’année de telle personne, puis on est tous d’accord. C’est pas trop difficile.

Je me dis, dans ces spectacles‑là, il y a tout le temps se produire quelque chose de vraiment particulier, vu que ce sont des spectacles plutôt uniques, comme tu disais…

Oui.

As-tu des anecdotes? Des trucs qui t’ont marquée pendant ce parcours?

Chaque tournée est différente. Il faut être là pour le vivre, là. Je pense à la dernière tournée avec Olivier Bélisle, parce que c’est la plus récente. Quand on est arrivé dans une place où je ne connaissais vraiment personne, c’était quelqu’un que je ne connaissais pas qui fêtait un anniversaire, sa blonde qui m’avait écrit pour les40 ans de son chum. Olivier, il a vraiment seizé le monde qui était là, puis il a changé ses textes pour mettre le nom de famille du fêté dans ses phrases, puis là, tout le monde, on chantait ça. C’est comme un moment pas rapport qu’on a vécu tout le monde, on chantait ensemble, même si personne connaissait la chanson, mais Olivier, il a vraiment été vif. Ce sont toutes des petites choses comme ça, là. Sinon, la rue qui déborde de chars un peu partout. Ils ne sont pas habitués d’avoir autant de gens. On s’improvise des stationnements sur le gazon. Il y a aussi Joëlle Saint‑Pierre qui avait dit : « Bon, à quelle heure on revient pour l’entracte? Tout le monde, à 9 h 12, c’est écrit sur le four, on revient. »

 

Les artistes en profitent souvent pour casser des tounes, puis ils parlent aussi beaucoup entre les chansons pour nous raconter des choses ou juste en profiter pour dire plus de niaiseries quand ils sont habitués de dire des niaiseries, puis…

Tu penses qu’ils se laissent peut‑être un peu plus lousses parce que le contact se fait mieux?

Oui, oui oui, absolument. Il y a une grosse différence. Ce que j’aime de ces shows‑là, c’est que ce n’est pas un show qui est parfait. Ce n’est pas « alors, j’ai une chanson, c’est ça, trois, quatre », avec aucune erreur. T’sais, ce n’est pas ça le but, là. On s’en fout s’il se trompe dans sa guitare, dans les paroles; on la recommence! C’est plus vraiment authentique comme spectacle.

D’après toi, est‑ce que c’est pour tout le monde, Route d’artistes, les types de groupes de musique?

Non, absolument pas! C’est pas tant une question de styles musicaux que de goûts personnels. Il y a des artistes qui disent: « Allez jouer dans le salon chez du monde, c’est tellement la dernière affaire que je veux faire! ». Ce n’est pas pour tout le monde.

Il y en a qui aiment ça, prendre le stage puis que ça sonne fort aussi. Il y a un côté qui est vraiment plus important avec le son, ça fait que quand C’EST un peu plus minimaliste, eh bien, il y en a qui trippent beaucoup moins. Ceux qui s’inscrivent à Route d’artistes, c’est parce qu’ils trippent, parce qu’ils ont envie de revenir à la création entre chacune de leurs chansons ou d’essayer autre chose qu’ils n’ont jamais essayé. Ils ont le désir de cette expérience-là.

Mais au niveau des styles de musique, c’est sûr que, éventuellement, quand tu me demandes ce que Route d’artistes va devenir dans 10, 15, 20 ans, j’aimerais avoir, par exemple, une branche de classique, une branche expérimentale, d’avoir plusieurs styles de musique.

Pour l’instant, ça va beaucoup plus en chanson. En même temps, il y a plein de styles de musique que j’aime puis que les juges aussi aiment. Mais on dirait que c’est tout le temps ça qui ressort pour l’instant. C’est comme plus chanson folk, slam. Ça rassemble à ça.

À quand le festival Route d’artistes avec plusieurs artistes de différents styles artistiques?

Le festival Vue sur la relève, ils ont plusieurs disciplines aussi, puis je trouve ça cool aussi ce qu’ils font. Ce n’est pas juste de la musique, c’est vraiment : tu as le théâtre, tu as la danse, tu as plein de choses. Je trouve ça important, puis ce qui compte dans un show, c’est qu’il soit bon. On se fout un peu de ce que c’est. Tu sais, s’il y a une pièce de théâtre qui peut se faire à deux, trois personnes puis qui est hyper bouleversante, puis que ça fonctionne, puis qu’après ça, tu es complètement, comme, abasourdi, bien, je la veux, puis je veux faire une tournée avec.

Mais pour l’instant, j’y vais tranquillement avec ce que je connais. On ira ailleurs après. Tout ce que je veux c’est quelque chose de vraiment bon, à partager et à faire découvrir.

En terminant, tu as‑tu un conseil pour l’industrie de la musique? T’es tout le temps sur le terrain en ce moment!

Mon conseil ne serait pas pour l’industrie de la musique. Ce que j’aimerais, c’est qu’il y ait davantage d’ouverture dans les écoles. Enseigner au primaire, au secondaire, avoir un artiste qui vient faire une période sur son parcours et qui fait deux ou trois chansons. Il peut analyser un texte. Dans plusieurs disciplines. J’aimerais que ça se produise davantage, il y a un manque, à mon avis.

Les jeunes, après ça, ils seraient mieux sensibilisés par rapport à la culture, ils auraient un sentiment d’appartenance.

Au secondaire, j’ai fait du théâtre pendant tout mon secondaire. Si ce n’avait pas été de ça, je ne pense pas que j’aurais été voir des pièces de théâtre étant plus vieille. Je ne vais pas en voir à tous les jours, mais au moins, j’y vais, comparativement à d’autres personnes qui n’y vont pas parce qu’elles n’ont jamais eu de lien avec ça. Ils ne connaissent pas ça. Si on instaure ça dans les écoles plus tôt, ça peut piquer la curiosité des jeunes, les intéresser à se déplacer.

Ça serait mon souhait.

C’est un beau souhait, je trouve! Merci beaucoup et bonne continuation avec ce projet-là!

Merci.

 

Vous êtes un artiste et ce genre de tournée vous intéresse? Posez donc votre candidature! Vous avez jusqu’au 19 janvier. Plus de détails ici!

 

ENTREVUE AUDIO : CASUAL RITES

C’est devant un large public attentif et conquis que Casual Rites a sorti son premier album homonyme jeudi passé au District Saint-Joseph. Depuis, l’album s’est attiré des critiques élogieuses, notamment celle de Sylvain Ménard sur les ondes du 98.5 Montréal dans le cadre de l’émission Puisqu’il faut se lever.  À l’occasion du lancement d’album, les membres du groupe; Phil Matte (voix & guitare), Michael Lavoie (basse), Nathan Vanheuverzwijn (clavier), Pascal Denis (batterie) et David Saint-Germain (guitare) ont accordé une entrevue à ecoutedonc.ca dans laquelle on en apprend davantage sur l’évolution du band et sur le processus créatif de l’album. 

Bonne écoute! 

(Photos: Marion Desjardins)

Les membres du groupe se sont également prêtés au jeu du quiz musical dans lequel on découvre qu’il existe clairement un lien à faire entre la musique qu’ils produisent et leurs goûts musicaux.

Quiz musical

Quelle est la première cassette ou quel est le premier disque que vous avez acheté?

Michael: Les premières cassettes que je me suis fait offrir en cadeau est L’amour est sans pitié de Jean Leloup et le premier album des Vilains Pingouins. Le premier disque compact que j’ai eu c’est le disque du Club des 100 Watts.

Phil: Moi, le premier disque que j’ai eu c’est mon frère qui me l’a acheté pis c’est Dookie de Green Day. Un grand classique de 1994.

David: Ma première cassette que j’ai eue c’est Bad de Michael Jackson. Je me souviens que j’allais chez mes grands-parents et que j’écoutais ça dans mon walkman Sony jaune.

Nathan: Moi je pense que le premier CD que je me suis fait offrir était le disque de Mixmania. Sinon, à 5 ans je me souviens que ma grand-mère m’avait donné des cassettes de classique et j’écoutais ça un peu. Mais moi je suis né à l’époque des MP3 et mes frères downladaient beaucoup de musique. Je me souviens que je trouvais que Metallica c’était du bruit au début, mais comme j’savais pas comment éteindre Winamp sur mon ordi, j’étais obligé de supporter Metallica jusqu’à ce que finalement je n’écoute que ça!

Quels sont vos 5 albums cultes?

Michael: Moi, c’est pas un secret que c’est Plume en noir et blanc. J’ai écouté ça en accoté, je le connais par coeur! Dark Side of The Moon de Pink Floyd, Apostrophe (‘) de Frank Zappa, Crime of The Century de Supertramp et le premier album de Rage Against the Machine. Mais Plume en noir et blanc c’est vraiment celui qui a été le plus important.

David: J’ai réfléchi longtemps à ce genre de question là. C’est dur de répondre, donc je me suis mis un critère ; les albums qui ont été les plus significatifs pour moi et que je vais apporter avec moi sur mon île déserte. Fait qu’il y a The Wall de Pink Floyd, Yield de Pearl Jam, Ok Computer de Radiohead, pis dans le québécois, Tricycle de Daniel Bélanger, Boom Boom de Richard Desjardins et Harmonium d’Harmonium.

Phil: Tout ce qui est Pink Floyd, principalement Dark Side of The Moon parce que c’est l’album qui définit mieux l’oeuvre du groupe selon moi. Je dirais Lost in A Dream de The War On Drugs. C’est un album que j’écoute encore beaucoup et qui a été ben marquant. Only By The Night de Kings of Leon et I Forget Where We Were de Ben Howard. Harvest de Neil Young et L’heptade d’Harmonium.

Nathan: Ce qui fait partie de ma genèse musicale, je dirais Dark Side of The Moon de Pink Floyd. Je pense que je ne me tannerai jamais d’écouter ça! Breakfast in America de Supertramp, Harvest de Neil Young, L’heptade d’Harmonium et Portrait In Jazz de Bill Evans.

Qu’est-ce que vous aimez écouter sur la route?

Michael: J’écoute beaucoup Radio-Canada parce qu’il parle de sujet que je penserais jamais entendre. J’écoute plus ou moins de musique en char, mais Déjeuner sur l’herbe des Breastfeeders j’aime ça! Mais ça rend ma conduite un peu plus stressée.

Phil: J’écoute beaucoup de musique, mais plus de la musique du moment. Sinon j’écoute beaucoup Radio-Canada aussi pis des fois quelques podcasts quand la route est plus longue.

David: Moi, toute la musique que j’écoute, je l’écoute en char. Je pense à mon été et à la musique de roadtrip et j’ai écouté beaucoup les deux derniers albums de The War on Drugs et Jonathan Wilson dans le tapis.

Nathan: Des fois j’aime ça rien écouter et rester dans le silence. J’aime ça écouter Radio-Canada et les nouvelles. Sinon, ces temps-ci j’écoute beaucoup le dernier album de Félix Dyotte qui s’appelle Politesse. J’adore vraiment ça!

Qu’est-ce que vous aimez écouter quand vous êtes dans le mood for love?

David: Portishead. J’avais déjà essayé ça avec Sigur Ross aussi et c’était ben plaisant.

Phil: Le best c’est l’époque Motown. Marvin Gay, Al Green, Barry White. À cette époque, il y avait une vraie sensualité dans la musique et c’était pas forcé.

Nathan: Ça dépend tout le temps de la vibe.

Quelles sont les chansons qui vous font pleurer?

Michael: Dernièrement, j’ai eu de l’eau dans les yeux en écoutant Le tour de l’île de Félix Leclerc. Et dans une bonne dépression, j’ai déjà braillé en écoutant L’heptade.

Phil: Richard Desjardins, en général. Ses chansons viennent me chercher parce que c’est tellement vrai. C’est facile de se mettre à la place du personnage. Je dirais la chanson Jenny particulièrement.

David: J’ai eu souvent les larmes aux yeux les premières fois que j’ai écouté Spaceship (Casual Rites). Je ne l’ai jamais dit avant aux gars, mais la première fois que j’ai lu le texte et entendu la musique et avec le court métrage Astro de Sébastien Corriveau…

Nathan: La dernière chanson qui m’a vraiment rentrée dedans c’est une chanson de Léo Ferré et ça s’appelle La mémoire et la mer. Le texte est incroyable.

 

Entrevue – Medora : Ï ou « quelque chose qui grondait à l’intérieur »

Après les maxis Ressac (2014) et Les arômes (2016), Medora lance finalement son premier long jeu : Ï (i tréma). Évoluant dans le milieu depuis maintenant plus de quatre ans, le groupe a tôt fait de laisser tomber l’épithète «Old» qui précédait son nom. Cette première métamorphose était à l’image du processus de définition artistique qui allait suivre au fil des spectacles et des compositions. Avec Ï, le groupe semble cerner véritablement son identité tout en se défaisant de ses étiquettes. On en a parlé avec les quatre musiciens : Vincent Dufour, Charles Côté, Aubert Gendron et Guillaume Gariépy.

 

Composition expérimentale

Selon le groupe, la genèse de Ï a d’abord été l’occasion de tester une nouvelle façon de composer. «V’là un an, en fait, Charles et moi, on est allés à mon chalet dans l’idée de faire un album», nous raconte Vincent, le chanteur. «Ça faisait un ou deux ans qu’on avait accumulé des riffs, des mélodies. On a composé les premiers embryons des pièces… une vingtaine en tout. Après ça, on les a toutes réarrangées en band. » Le gros de la composition s’est produit de cette façon, bien que le processus se soit poursuivi tout au long de l’été.

L’ensemble du groupe y a trouvé son avantage, aux dires des musiciens. «Les Arômes, ça a été composé les quatre ensemble, puis ça menait à des débats, des conflits. Tandis que là [Vincent] apportai[t] une idée, puis on dirait que vu que l’idée était déjà construite, on avait comme moins tendance à la débattre», explique Aubert. «Oui, elle avait son contexte», réplique Vincent. «Ça faisait aussi que les pièces étaient plus solides, je trouve, comparé aux Arômes», a ajouté Guillaume.

Plus solides, mais aussi plus senties et émancipées. Comme si, dans certaines pièces telles que Tsunami, on pouvait entendre «quelque chose qui grondait à l’intérieur», pour reprendre les mots du chanteur. Pourquoi ? «Quand tu as une idée, si tu restes tout seul avec toi‑même [pour composer], tu sais où aller. Pas besoin de la communiquer… Pas besoin de la rationaliser», explique-t-il. Selon lui, cela désentrave le processus de création.

 

Un collage musical méticuleux

Par ces moyens, le groupe en est arrivé à rassembler une multitude de nouveau matériel. La matière première de l’album était là, mais c’était loin d’être terminé. «La rythmique, la basse, tout ça a été changé… Les structures ont bougé», énumère Vincent. Comme un collage musical, les pièces ont été montées et travaillées dans le détail, couche par couche.

Ce qui reste sur le disque a d’ailleurs été sélectionné méticuleusement : «On avait quarante riffs, mais on en a choisi sept là-dedans», précise Charles. «Le Maine, justement, c’était les mélodies de deux tounes qu’on a mises ensemble», ajoute Vincent à titre d’exemple.

 

«Je me rappelle que la première fois que j’ai écouté [les maquettes], je me suis dit : shit, l’album est déjà composé», raconte Aubert. «En fait, au début, je ne pensais pas que ça allait changer tant que ça…», ajoute-t-il. «Ça a changé en estie!», rétorque Charles. «Ça, c’est Alex», précise-t-il.

 

Préproduction – Une collaboration qui a porté ses fruits

Le guitariste parle ici d’Alexandre Martel (Anatole, Mauves… a-t-il-vraiment-besoin-de-présentation ?), qui a collaboré avec le groupe à titre de réalisateur. «On s’est dit que ça nous prendrait un réalisateur pour l’album, explique Charles. Parce que je ne suis pas prêt à dire qu’on est des geeks de son et puis parce que… prendre des décisions sur le son d’un album et sur quelle piste est la meilleure, quelles tounes garder ou ne pas garder…»

«On est trop proche des tounes [pour ça]», complète Vincent. Et pour eux, la personne toute désignée s’est imposée rapidement. Ayant travaillé avec Martel pour leur spectacle des Arômes, ils avaient apprécié sa façon franche et directe de travailler. Mais surtout, ajoute Vincent : « Ce qu’Alex sait bien faire ‑ et ça, je pense que c’est la plus grande qualité pour un réalisateur ‑ c’est qu’il comprend où on veut aller. Il nous amène là, alors qu’on ne serait peut‑être pas capables d’y aller par nous‑mêmes parce qu’on est trop proche de nos tounes. Et il essaie toujours de nous amener encore plus loin.» 

 

La pièce Les tracas dans les cellules de la tête illustre bien comment les musiciens ont été amenés à sortir de leur zone de confort, à retravailler leur matériel lors de la préproduction. À la blague, le groupe l’aurait transfigurée pour lui donner des airs d’afrobeat. «À ce moment-là, ça se passait tellement qu’Alex ne voulait pas qu’on doute, explique Vincent. Il nous a poussés dans cette direction-là.» Bien que la pièce originale fût déjà montée à ce moment-là, ils ont finalement refait toute la maquette, ce qui donne à la pièce sa saveur actuelle.

 

La question des étiquettes

Photo: Mathieu Rompré
Concept: Joany Paquet

Au-delà même de l’exotique trame de fond des tracas, l’album dans son ensemble revêt des couleurs nouvelles. «Ce que je retiens surtout de i tréma, c’est qu’au final en écoutant l’album tu passes par plusieurs sons différents», conclut le chanteur. «Notre trip, c’était d’avoir la plus grande ouverture… Parce qu’il fallait se redéfinir d’une façon», ajoute-t-il.

En effet, avec Ï, Medora a voulu se défaire d’une étiquette : «C’est tellement facile de chanter en français, d’avoir des guitares électriques et de se faire associer à [d’autres groupes indie-rock franco]», poursuit Vincent. «Les gens t’étiquettent, et c’est facile de rester conservateur. Je pense qu’on l’a été dans nos deux premiers EP parce qu’on n’avait pas la maturité ou l’audace de dépasser ça. Là, en ayant un réalisateur aussi qui nous poussait à aller plus loin, on s’est ouvert.»

 

Charles Côté renchérit : «En fait, on écoute tous de la musique très variée. On n’écoute pas rien que de l’indie-rock. Si on a fait une toune afrobeat, c’est parce que j’en écoute, de l’afrobeat. Et Aubert, lui, écoute du jazz… je pense qu’avec cet album‑là, on s’est permis de faire fuck off

 

D’autres fils conducteurs

En se permettant de piger dans d’autres styles, Medora décidait de pencher du côté de l’éclectisme instrumental. Faut-il voir l’album comme un ensemble disparate ? Pas selon Vincent Dufour : «C’est plus le type de composition qui, selon moi, a donné une couleur forte [à l’album]. Et il y a quand même un son Pantoum qui vient ramener ça un peu, là.»

«Il n’y a aucun band au Pantoum qui sonne comme nous, je trouve», proteste Charles. «Non, avoue le chanteur, mais on a enregistré au Pantoum et je trouve que juste ça, ça se transpose [dans notre musique]». On pourrait aussi mentionner l’uniformité donnée par la direction artistique et qui transparaît à l’écoute.

Charles Côté, lui, s’est montré disposé à nous présenter un autre fil conducteur fort de l’album : les textes. Il nous a raconté comment le thème de l’album lui est venu à l’esprit.

 

Plonger dans l’univers d’Ï

Conception graphique: Vincent Dufour Photographies: François Sarazin

«J’ai bien tripé sur La Grande Bellezza, un film italien de Paolo Sorrentino qui est sorti v’là deux, trois ans», raconte Charles. «Dans ce film‑là, selon ma perception du film, il essaie de recenser toutes les formes de beauté possibles. Il passe par l’amour, la jeunesse, la naïveté, l’art, la sculpture, l’architecture, la foi en Dieu, des trucs comme ça. Je trouvais que c’était comme un sujet de base qui était éclatable sur plusieurs autres microthèmes qui gravitent autour de ce thème central là. »

 

 

Une rencontre aurait ensuite amené l’auteur à donner un angle particulier à son thème. «Ça a donné la drive de l’album, en fait. Ce n’était pas tant que j’ai écrit l’album sur cette fille‑là. C’était plutôt l’énergie que j’avais à ce moment‑là. C’est ce qu’on sent dans les textes.»

Qu’elles parlent des deux personnages fictifs revenant à plusieurs reprises – Mïra et le narrateur – ou encore d’histoires vécues par le groupe et son entourage, les paroles gravitent ainsi autour des thèmes de l’amour, de l’amitié, de l’obsession. «Il y a aussi beaucoup de références au regard et à la désorientation, au fait d’être un peu étourdi», précise Charles. « Dans une des pièces, le narrateur fait une commotion et il y a comme un rappel de plusieurs phrases qui sont venues avant dans l’album, dans les textes.»

 

L’album se déroule en effet comme une longue histoire dont Mïra est le point central. «Je l’ai appelée comme ça parce que je trouvais que ça sonnait bien, mais surtout parce qu’en espagnol, c’est ‘regarder’.» C’est d’ailleurs dans la pièce qui porte son nom que se trouve la clé de compréhension du titre de l’album : Ï (i tréma).

 

 

Medora en entéléchie

«Pour moi, [i tréma] c’est juste le meilleur de ce qu’on a fait depuis le début», conclut Vincent. « Les tounes étaient meilleures, on avait plus de maturité pour les structures des chansons… On a fait un travail de préproduction, ce qui fait qu’à mon avis [i tréma] a la notoriété qu’un premier album doit avoir.»

Constatez-le par vous-même, après Ressac et Les Arômes, c’est réellement un produit peaufiné et travaillé que nous présente le groupe local. Un produit à leur image et qui, en résonnant dans vos oreilles, vous attrapera les tripes et le cœur.

 

Et en spectacle ?

D’ailleurs, vous aurez notamment l’occasion de l’entendre en vrai le 31 août prochain au Cercle. Et ce sous une formule qui, à en croire mon verbatim, risque d’assurer :

EDC : Qu’est‑ce que vous allez faire à partir de votre lancement, partez‑vous en tournée, faites‑vous des shows? 

MEDORA : Oui, pas mal de shows.

EDC : Oui. Puis ça va avoir l’air de quoi en show, c’est‑tu quelque chose qui…

MEDORA : Ah, c’est un grand mystère.

EDC : Vous ne savez pas encore, vous allez voir quand vous allez…

MEDORA : Mais dis, dans l’article : ils nous ont dit que ça allait être incroyable, pyrotechnie assurée, puis on va s’arranger pour qu’il y en ait vraiment au show.

…Attention aux étincelles!

 

– 30 –

Un énorme merci à Tatiana Picard pour la transcription de l’entrevue-mastodonte-casse-tête

[ENTREVUE] Taylor Kirk – Timber Timbre

Texte : Meggie Lennon, collaboration spéciale
Photo : Jacques Boivin

Timber Timbre est un groupe de folk-rock canadien, formé en 2005, dont le membre fondateur est le chanteur auteur-compositeur Taylor Kirk. Son nom de scène fait référence à une série d’enregistrements qui se déroulèrent dans une cabane de bûcherons. Taylor perçut alors le son de cet endroit comme très boisé, d’où le nom que l’on peut traduire librement par « timbre boisé »

En passant par un son blues low-fi et intime à des arrangements sophistiqués et plus récemment avec un ajout de synthétiseurs, le groupe s’est rapidement transformé en un réel groupe à trois membres, avec Kirk qui est maintenant rejoint de Mathieu Charbonneau et Simon Trottier.

J’ai eu la chance de m’entretenir avec Taylor Kirk, quelques minutes avec sa prestation magistrale sur le quai dans le cadre du Festif de Baie St-Paul. L’entrevue s’est déroulée en anglais, sous le soleil, en partageant une Sour French Kiss. Bref, c’était parfait!

M.L. Sincerely, Future Pollution est sorti en avril dernier. Tu as dit en entrevue qu’il s’agissait que l’album le plus collaboratif que tu aies fait jusqu’à maintenant. Y a-t-il des avantages à travailler avec tous ces musiciens extraordinaires? Tu me parais être un loup solitaire. Qu’est-ce que tu préfères?

T.K. Est-ce un compliment? Je le prends comme si c’en était un. Oui, j’aime beaucoup être seul. Je suis une personne solitaire mais l’avantage principal de travailler avec des gens est que c’est plus plaisant. Une sorte de camaraderie se développe et ils amènent des choses auxquelles je n’aurais jamais pensé.  Nous pouvons atteindre un niveau de sens musical que je ne possède pas moi-même. L’enregistrement sonne tellement mieux selon moi. Le jeu est plus intéressant. Je ne suis pas certain que d’écouter un musicien qui a tout fait par lui-même est aussi intéressant. Là encore, oui, ça peut l’être mais l’appréciation est différente.

M.L. Je crois que tu es très chanceux d’être entouré de musiciens fantastiques. Mathieu Charbonneau et Simon Trottier sont des musiciens extrêmement talentueux et créatifs. Vas-tu continuer à travailler dans cette direction maintenant que le groupe est solide?

T.K. Oui, je suis chanceux. Je ne sais pas, j’ai l’impression que c’est une bonne direction. Enregistrer un album est très compliqué et dispendieux. L’économie de la chose ne fait pas beaucoup de sens donc il est difficile de prévoir ce qui va se passer dans le futur. Nous avons dépensé beaucoup d’argent pour le dernier album et je ne suis pas certain si c’est la bonne chose à faire. Ce fût un moment extraordinaire et fantastique mais le retour monétaire n’est pas équivalent à l’effort.

Timber Timbre – Photo : Jacques Boivin

M.L. Effectivement, l’économie de l’industrie musicale est étrange et un peu frustrant n’est-ce pas? Beaucoup de dépenses pour peu de retour.

T.K. Oui, cela n’a pas de bon sens. C’est une façon de faire. C’est n’est même plus tangible, du moins, pour les groupes comme nous donc, oui, je dois reconsidérer la direction à prendre pour le prochain album.

M.L. Vous partez prochainement en Europe où vous tourner souvent. Dirais-tu que vous êtes plus populaire là-bas ou ici?

T.K. Là-bas, absolument. Je ne sais pas pourquoi.

M.L. C’est dommage. Selon moi, tu es un trésor national dans ce pays.

T.K. Awww, tu devrais leur dire!

M.L. Je vais certainement le faire! Donc, préfères-tu être en tournée ou en studio?

T.K. J’aime beaucoup créer. Je détestais être en tournée, vraiment. C’était un mal nécessaire. Je n’aimais pas le niveau d’exposition. Je n’aimais pas donner des spectacles ni le niveau d’attention.

M.L. Par manque de confiance en soi?

T.K. Je suis définitivement quelqu’un de très introverti…

M.L. La scène musicale canadienne est en explosion. Y a-t-il des groupes canadiens que tu apprécies en ce moment. As-tu déjà ouvert pour un groupe ou y en a-t-il un qui a ouvert pour toi où tu t’es dit qu’il s’agissait d’une combinaison était parfaite?

Timber Timbre – Photo : Jacques Boivin

T.K. Hum, je ne sais pas mais je viens de découvrir un groupe qui s’appelle Organ Mood. C’est un gars qui joue avec Chocolat et il est vraiment intéressant. C’est ma plus récente découverte. Sinon, on a joué avec un autre groupe l’autre soir qui s’appelle Hooded Fang. C’était pendant un festival et nous les connaissons depuis longtemps de manière périphérique et c’était super. Il y a tellement de groupes. La scène est même un peu saturée en ce moment. Parfois, lorsque nous n’avons pas à supporter un autre groupe, nous invitons des gens dont nous apprécions la musique et qui amèneraient un bon feeling à la soirée. Il y a ce gars, Marcus Hamblett avec qui on a joué pendant un mois en Europe. Il est incroyable. Il a joué avec plein de monde. Il y a  aussi Chris Cundy, un autre britannique qui joue du saxophone avec nous et joue aussi de la clarinette basse.

M.L. Ah non, maintenant, je me demande si tu détestes autant les entrevues que les prestations.

T.K. Je déteste beaucoup plus faire des entrevues, beaucoup plus (rires)

M.L. Merde, je suis vraiment désolée (rires nerveux). Tu étais le seul artiste du Festif que je voulais interviewer. Je vais accélérer alors!

T.K. Oh non, pauvre toi, je donne vraiment les pires entrevues. Je suis vraiment désolé pour toi.

M.L. Je ne crois pas que ce soit si mal. (En regardant le fleuve et en buvant de la bière)

T.K. Mais oui, on a aussi tourné avec Feist il y a de cela 11 ou 12 ans. C’était agréable et nous avons aussi joué avec Yonsi en Europe. Nous étions en Belgique. Ils sont super drôles.

M.L. Génial. Une dernière question alors. Je vous ai vu 4 ou 5 fois en spectacle. En automne dernier, tu jouais au Cercle à Québec et tu as dû intervenir auprès de la foule en leur demandant de se la fermer puisque plusieurs parlaient beaucoup et vous vouliez jouer Hot Dreams qui est très molo. Penses-tu qu’il était plus facile de jouer en 2005 où les foules étaient plus petites mais super attentives ou en 2017 où les foules sont plus grandes et souffrent souvent de déficit d’attention.

T.K. Oui, je ne comprends pas, c’est si impoli. Je crois qu’il s’agisse d’une coïncidence que les dernières fois où nous avons joué à Québec, la foule était « particulière » et que cela gâchait le moment. Je choisis mes mots! Nous commençons à avoir une drôle d’impression de la place.

M.L. Ah non, n’arrêtez surtout pas de venir à Québec.

T.K. Nous avons joué au Petit Champlain et c’était bien. C’était un bon petit show.

M.L. Avec un public plus averti et âgé.

T.K. Oui, mais Le Cercle a un petit côté douche. Du coup, les gens là-bas sont super gentils. Nous n’allons pas cesser d’y aller. Mais aujourd’hui en tout cas, la foule était vraiment mais vraiment agréable. (Celle du Festif)

M.L. Tu semblais vraiment t’amuser.

T.K. Nous avons passé un très bon moment. C’était plaisant. Je me souviens quand nous avons commencé à faire de la musique, il y avait un mouvement dont nous faisions partie. Les gens avaient un degré d’attention spécial pour ce genre de musique. Ils étaient curieux à propos de cette douce musique folk dont le tempérament et l’instrumentation étaient uniques. Les gens étaient patients.

M.L. Je comprends tout à fait. Les temps changent. Finissons tout cela avec une question plus ludique.  Ta musique possède un certain côté cinématographique. Désires-tu que qu’elle joue davantage au cinéma? Je prévois appeler David Lynch afin que vous soyez inclus dans le prochain épisode de Twin Peaks.

T.K. En fait, nous avons déjà contribué de la musique pour certaines productions télévisuelles mais c’est vraiment compliqué. C’était quelque chose que je me voyais faire à long terme, avant que je ne commence à écrire des chansons mais c’était tellement difficile. C’est beaucoup plus compliqué. Il y a quelques directeurs avec qui je me vois travailler. La seule raison pourquoi tu demandes à quelqu’un de composer une trame sonore est que tu recherches quelque chose de différent, quelque chose de plus grand que l’idée d’une trame en tant que tel. Mais c’est quelque chose que nous ne savons pas faire, c’est vrai. Mais Jim Jarmush je crois. S’il demande à un groupe de créer une trame sonore, c’est très collaboratif. Et il y a toujours une raison derrière son choix. Il comprend que s’il choisit le groupe, le résultat qu’il recevra ne sera pas traditionnel. Je ne peux pas croire que David Lynch ne nous ait pas appelés. (rires) Il a vraiment tout gâché.

M.L. En tout cas, merci beaucoup pour cette entrevue. Profite bien des paysages de Baie St-Paul et à bientôt. J’espère que l’entrevue n’était pas trop pénible.

T.K. Non, c’était parfait! Merci!

 

ENTREVUE AUDIO : LES HÔTESSES D’HILAIRE

Il y a quelques jours, au Festival de la chanson de Tadoussac, notre courageuse Marie-Ève Fortier s’est entretenue avec Les Hôtesses d’Hilaire. Ils ont parlé de tout et de rien, mais surtout de tout.

Entrevue surréaliste à écouter ci-dessous :

Photos : Ludvig Germain Auclair

ENTREVUE ANTOINE CORRIVEAU

Antoine Corriveau – Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter (Coyote Records)

L’automne passé, Antoine Corriveau nous livrait l’album Cette chose qui cognait au creux de sa poitrine sans vouloir s’arrêter, qui du reste s’est hissé dans plusieurs palmarès des meilleurs albums de 2016. Malgré la saison estivale des pintes sur les terrasses, ce disque mélancolique reste efficace et plonge encore son auditeur dans un état de recueillement. Intense sur scène, Antoine Corriveau foulera plusieurs planches cet été, notamment celles de la Chapelle des petites Franciscaines de Marie le 20 juillet prochain lors du Festif! de Baie-Saint-Paul. Le set up annonce un moment intime et profond à l’intérieur d’une ambiance survoltée. Les habitués du Festif! savent de quoi je parle.

En lice pour le Music Polaris Prize, L’auteur-compositeur-interprète m’a lancé un coup de fil pendant lequel nous avons épluché quelques aspects de son dernier opus. Antoine s’est également prêté au jeu du quiz musical avec générosité, ce qui risque de plaire aux curieux.

La musique

Antoine Corriveau – Photo : Jacques Boivin

C’est dans l’idée de faire les choses autrement qu’Antoine Corriveau s’est engagé dans un processus créatif qui l’aura mené vers ce qui deviendra son troisième album en carrière. En collaboration avec Nicolas Grou à la réalisation, Stéphane Bergeron à la batterie, Marianne Houle aux arrangements de cordes et Rose Normandin aux arrangements de cuivres, Corriveau a réalisé son désir de se libérer du carcan musical folk où la guitare prime pour laisser la chance aux autres instruments d’asseoir leurs lignes mélodiques sur les chansons. C’est à partir d’ébauches de pièces composées à la guitare que les 5 musiciens ont plaqué des mélodies qu’ils ont cherché à développer le plus possible : « Au niveau de la musique, on l’a fait beaucoup à cinq. On est parti des versions de mes maquettes de chanson. Une fois qu’on avait enregistré les progressions d’accords, les voix pis le groove, ben on enlevait , si tu veux, les instruments rythmiques comme la guitare et le piano pour voir un peu quel autre genre de mood on pouvait donner. Tout le monde tirait un peu la couverte de son bord. Quand c’était pas les brass, c’était les cordes, c’était le piano, c’était la guitare. Tout le monde a de grosses parts mélodiques dans chaque chanson. On a vraiment construit l’album de façon à ce que tout ça puisse cohabiter. Ça fait en sorte que chaque part a sa place dans le mix et que personne ne se pile dessus et que ça sonne aéré. Au final, c’est un résultat quand même chargé avec les cordes, les brass, mais ça demeure simple».

La période qui précède l’enregistrement a également eu son rôle à jouer dans l’aboutissement des mélodies imposantes de l’album. C’est d’ailleurs lors de la semaine de pré-production que la magie a opéré entre les musiciens: « Ce qui a peut être influencé les arrangements et la production c’est la semaine de pré-prod au début du processus. Pendant 6 jours, on a juste défriché les chansons, fait le tour pour voir comment on pouvait les arranger, vers quelle direction on les apporte. C’est là que la synergie de groupe a comme buildé la base des chansons ». Afin de recréer cet espace temps créatif, Corriveau et ses acolytes se sont réunis quelques jours au studio à la fin du processus d’enregistrement : « Quand on a enregistré l’ensemble à corde, on a dû le faire dans un plus grand studio. On s’est pris, vers la fin de la production, un trois jours de plus comme pour boucler la boucle. On voulait finir l’album comme on l’avait commencé avec la pré-prod avec Stéphane, Marianne et Nicolas. On se disait que tout était là dans les chansons et on se demandait comment on pouvait les fucker up! Qu’est-ce qu’on pouvait ajouter? On voulait s’amuser et essayer des affaires. C’est ce qui explique aussi l’esprit collaboratif derrière le disque».

Les textes

Antoine Corriveau / Photos: Marion Desjardins

Dans les Ombres longues, son album précédent,  Antoine Corriveau jonglait entre les thèmes de la rupture et du Printemps érable de manière à laisser à l’auditeur le loisir d’interpréter le sens des textes comme il le voulait. Or, les propos du dernier album seraient plus explicites selon l’artiste puisqu’ils sont tirés de sa réalité. Corriveau s’explique : « J’ai l’impression que l’écriture de ce disque-là est plus claire et plus limpide de ce que j’aurais pu écrire dans le passé parce que c’est très collé quand même sur moi. Mais à la base, je suis parti du thème – en fait j’avais lu des articles sur le tourisme macabre. C’est des gens qui vont visiter Tchernobyl, Auschwitz. Cette fascination pour la mort, les trucs un peu dark… On a tous un peu une partie de nous un peu voyeur. C’est présent dans le psyché humain, l’intérêt de toujours un peu pousser les limites, voir à quoi ça se ressemble un peu plus loin. Mais tsé, jusqu’où tu vas avant que ce soit trop loin?»

Antoine Corriveau / Photos: Marion Desjardins

Antoine raconte également qu’il devait s’approprier ces imageries macabres afin de pouvoir écrire ces chansons et leur insuffler un aspect plus personnel. Ainsi, l’histoire derrière la 8e chanson de l’album, Musique pour la danse, est tirée d’une véritable expérience vécue à Cuba avec un ami où des femmes issues d’un contexte social défavorable courtisaient les voyageurs pour un peu d’argent: « C’est un voyage que j’ai fait à Santiago de Cuba. J’étais avec un ami, on était deux gars dans la trentaine et on se faisait constamment harceler par les filles pour du sexe. Pis chaque soir, quand on se couchait, on entendait la musique live des bars jusqu’aux petites heures. Je trouvais le contraste frappant entre les situations vraiment tristes qu’on avait vécues avec des filles qui sont un peu désespérées et la musique cubaine super joyeuse. C’est ce que j’essayais d’illustrer dans cette chanson».

Entre l’ombre et la lumière

Antoine Corriveau / Photos: Marion Desjardins

Une fois l’album terminé, Antoine Corriveau avoue qu’il s’est écoulé quelque temps avant de pouvoir assimiler ce qu’il venait de produire : « Ça m’a pris quelques écoutes avant de catcher ce qui se dégage comme feeling d’ensemble. J’ai le sentiment que c’est peut être un disque qui est quand même chargé, qui ne se digère pas facilement. Mais en même temps, c’est un disque qu’on a fait sans trop se poser de questions, en suivant notre instinct». Par ailleurs, Antoine Corriveau se questionne sur la nécessité de souligner systématiquement les côtés sombre et mélancolique de son oeuvre: « Le trois quart de la musique anglo-saxonne est comme ça. Tout le monde trippe justement sur Nick Cave, Radiohead, PJ Harvey. Ces bands là vont venir à Montréal et remplir de grosses salles et personne ne se pose de question. J’ai l’impression que c’est un peu à cause que les textes sont en français et qu’au Québec on accorde peut-être une plus grande importance à ça que quand on écoute de la musique d’ailleurs». L’artiste souhaiterait qu’on ne lui appose pas l’étiquette du «prince des ténèbres», car bien que les textes soient plus sombres que l’album précédent, il demeure que la musique est davantage touffue et éclatée: «Dans le choix de l’orchestre à corde et des brass un peu flamboyants, c’est sur qu’il y a un côté tragique grec, c’est intense! En même temps, on écoute ça pis on trippe. C’est justement un trip de faire ça après le disque précédent qui était plus dans le folk pis dans le rock. Je sens que je fais autre chose et c’est ça qui fait que je suis excité ». Pour Antoine Corriveau, l’intérêt de faire de la musique est justement d’évoluer et de mélanger des références musicales différentes pour aboutir à un résultat qu’il n’a jamais entendu auparavant : «C’est une ambition que j’ai pour tous mes disques; d’essayer de nouvelles affaires. Je pense qu’un jour je ferais un disque dansant pis pour moi, ça va être normal».

Le quiz musical

Vinyle, CD ou Streaming?

Vinyle. Parce que je suis attaché à l’objet, mais surtout au principe d’album. J’aime les albums qui sont des touts et tant qu’à rester stické sur un support physique, je préfère celui qui a la meilleure qualité audio. J’aime aussi que le Artwork soit gros. J’aime le côté tangible du vinyle qui vient avec l’obligation de tourner le disque de bord. T’as pas le choix d’être dans le moment présent et te concentrer sur la musique, sur l’album.

Tes trois albums cultes?

Attends un peu, je vais aller devant mes vinyles, ça va m’aider un peu! Déjà je te dirais Bringin It All Back Home de Bob Dylan. Ça c’est pas mal mon album d’île déserte. Je pense que je dirais Le Dôme de Jean Leloup. Je vais te dire aussi Roots de Curtis Mayfield.

Qu’est-ce que tu écoutes quand tu te déplaces, que t’es en mouvement?

Honnêtement, j’aime écouter de tout parce que j’écoute beaucoup de musique quand je suis en mouvement justement. J’aime beaucoup écouter la musique avec des headphones. Donc quand je marche, j’écoute beaucoup de musique. Je suis beaucoup le mood et c’est vraiment trippant pour moi de mettre de la musique dans le char, parce que j’aime choisir la musique qui va fitter avec la route sur laquelle on est et le moment dans lequel on est. Par exemple, quand on est en tournée et qu’on a dormi deux heures, que tout le monde est poqué, je sais que c’est la toune The Greatest de Cat Power qui doit jouer. Ensuite j’enchaîne avec d’autre pièces. J’aime le concept de playlist que je choisis. Je suis pas du genre à me mettre sur random et accepter ce qu’on me donne.

Qu’est-ce que tu écoutes quand t’es dans le mood for love?

Le mood for love… J’aime ben la musique instrumentale. Sinon, un de mes classiques lover c’est Blue Hawaii Elvis.

Quelle musique te fait grincer des dents?

Ben des affaires, honnêtement! Je trouve quand même qu’il y a beaucoup de marde qui sort. J’ai de la misère avec Nicolas Ciccone. J’ai ben de la misère. La surenchère vocale quand l’émotion passe pas et que t’essaies juste d’éblouir avec tes capacités vocales. Je décroche dans ce temps là.

Quelle serait ta musique de prédilection pour tes funérailles?

Bob Dylan. C’est pas mal celui qui revient tout le temps.

[ENTREVUE] Canailles

Une constante se dégage lorsqu’on assiste à un concert de Canailles; ce groupe maitrise les mécanismes pour faire lever une soirée et pour transformer chaque spectacle en communion festive. Impossible de ne pas embarquer dans cette frénésie, peu importe l’état d’esprit dans lequel le spectateur franchit les portes de la salle. Ces jours-ci, l’octuor présente Backflips, un nouvel album concis, aussi beau de l’extérieur (voir la magnifique pochette signée par Daphné Brissette) que par son contenu. Avant leur performance au Cercle, nous avons eu la chance de nous entretenir avec deux des membres fondateurs: la chanteuse Daphné Brissette et le chanteur et mandoliniste Erik Evans.

(Photos: Amélie Kenny-Robichaud)

Les premiers balbutiements du nouveau spectacle

La veille du concert au Cercle, le groupe lançait son album au La Tulipe à Montréal. Une foule bien compacte s’y est entassée, et Daphné semblait surprise. D’emblée, elle l’explique: «Tu ne peux pas t’assoir sur ton succès et te dire que le monde va être là. À chaque fois tu ne le sais pas, on lance un évènement Facebook, pis t’espères que le message se passe.» Erik renchérit: «Quand les rideaux ont ouvert, c’était plein en tabarnache. Il était l’heure qu’on commence depuis une demi-heure, mais il fallait retarder, car il y avait encore un line-up d’un coin de rue!» Et avec trois albums est-ce plus facile de concevoir le spectacle? «C’est un beau problème, l’inverse est un peu plate. Quand on a sorti Ronds-Points, Dan, notre joueur de banjo est allé vivre en Louisiane. Donc au moment où il est parti, ça a enlevé 4-5 tounes du répertoire.Là, c’est plus l’inverse. On a du jus et on va pouvoir faire n’importe quoi.» Daphné mentionne ensuite que d’avoir un plus gros répertoire et ainsi changer les « setlists » permet de garder une spontanéité dans les concerts.

Au sujet de l’enregistrement du nouvel opus

Si lors de l’enregistrement des deux premiers albums, les chanteurs et le reste des musiciens étaient séparés en studio, cette fois, tout le monde était dans la même pièce du studio Breakglass. «Toute la gang, les huit en rond à se regarder, pas d’écouteurs. C’était une belle expérience», explique Erik. Tonio Morin-Vargas, le réalisateur gravitait déjà autour du groupe: «On aime travailler avec des chums, autant pour les collaborations que pour la réalisation ou les clips.» Daphné explique d’ailleurs qu’il est très perfectionniste et que certaines chansons ont été jouées un nombre incalculable de fois lors de la douzaine de jours en studio. Cela permet en outre d’aborder la tournée bien rodés. Si Canailles est arrivé en studio avec une banque bien garnie de chansons, le processus d’enregistrement réserve assurément des surprises. «Tu penses que t’es prêt, et là tu arrives en studio et tu te rends compte qu’il y a plein d’affaires qui ne marchent pas. Le studio, c’est une loupe», explique Daphné. Éric Villeneuve, réalisateur du deuxième disque, avait d’ailleurs une expression consacrée: l’humilitron. Erik décrit le concept: «Tu fais un bout, par exemple pour moi de mandoline, et là il disait: es-tu prêt a passer à l’humilitron? Puis, il droppe le reste et là il y a juste moi qui joue et tu te dis: câlisse que c’est laite!»

La piñata expliquée

J’ai questionné Daphné au sujet du graphisme derrière l’album. «C’est vraiment long trouver la bonne idée. J’ai eu un flash avec la piñata. C’est festif, mais il y a aussi une destruction là-dedans. Je trouvais que l’image était forte. C’est presque entièrement fait à la peinture.» Ce côté destruction qui s’oppose à la joie est d’ailleurs au centre de l’inoubliable clip du premier extrait Rendez-vous galant, une carte de visite qui cadre bien avec les thématiques de l’album. Quand on demande à Daphné si elle aime la conception visuelle, elle répond décidée: «J’adore ça, mais c’est vraiment stressant parce que c’est mon projet et il y a de grosses attentes. Lui (Erik) c’est le plus difficile, il me dit de retourner au travail!» Erik se défend et prétend toujours l’encourager: «C’est pas vrai! C’est toi qui me pokait tout le temps! Moi j’aimais ça, mais j’essaie d’être critique.» Les deux membres s’occupent souvent du côté visuel et ils nous annoncent d’ailleurs un autre clip pour la chanson Gna Gna qu’on nous a décrit en deux mots: grandeur nature.

Discussion autour des nouvelles chansons

Pour la sélection des chansons, on essaie de garder celles qui représentent le mieux le groupe. «Je ne me verrais pas arriver avec une toune politique, je suis pas mal sûr que ça ne passerait pas, on n’est pas un band engagé, même si on a nos idées sur le sujet», nous expose Erik. Si Canailles est essentiellement festif, l’album comporte tout de même quelques chansons plus mélancoliques comme Tête en lieu sûr, une composition de Daphné: «L’histoire d’une personne vraiment seule qui reste ploguée devant sa TV plutôt que de profiter de la vie.» Elle qualifie la chanson Chu brûlé de monstre en concert. J’ai demandé à Erik d’en expliquer la genèse: «[rires] S’t’un soir de brosse, à la fin, le monde était couché et il restait Annie Carpentier, Olivier Belisle pis moi. Il était 4h du matin, c’pu l’temps de rien faire. On écrivait des affaires, on faisait semblant de travailler. Il nous restait un fond de gin-tonic et on le tétait. Pis y’a Annie qui disparait avant de revenir avec une gigantesque coupe de vin blanc. On la regarde en disant: Annie c’est quoi ça câlisse…» Elle a rapidement rétorqué: «Ben là j’m’en criss, j’irai en racheter d’autre demain… c’est du vin de cuisson.» «L’idée de la toune est partie de là. C’t’une toune qui parle du québécois moyen, du petit confort d’alcoolo.» Sur Jachère ou Margarita, on sent une dichotomie entre le plaisir de faire des concerts et les aléas de la vie sur la route. Lorsqu’on demande comment ils se sentent à l’approche de la nouvelle tournée Erik est catégorique: «J’avais hâte, j’étais tellement écoeuré dans les dernières semaines, on était en répétition, pis s’enfermer dans un local et répéter les tounes, ça peut être le fun…» Daphné l’interrompt: «Erik n’aime pas ça pratiquer.» «Ostie que c’est plate! Le fait qu’on tourne pas mal, ça fait qu’on n’a pas vraiment besoin de pratiquer à part pour des nouveautés dans un spectacle.»

La vie de tournée

Si la troupe vie souvent des moments trippants sur la route, comme cette fois où le propriétaire de La Taverne à Saint-Casimir a organisé un concours de hot-dogs après avoir vu le clip de la chanson Dimanche, le gagnant faisant fructifier son argent dans les machines pour finalement payer des shooters à tout le monde, Erik nous explique qu’il y a aussi de (rares) places qui pourraient se retrouver sur une blacklist comme cette petite ville portuaire québécoise: «[…] on veut pu mettre les pieds là, câlisse que c’est plate. C’est tellement dépressif, t’arrives là-bas, la place est à moitié pleine, le monde jase entre eux autres. Tu finis par te dire: quéssé qu’on fait icitte? C’est pas juste nous autres… Bernard (Adamus) veut pu aller jouer là non plus. T’as l’impression que ça sert à rien, tu t’en vas pas leur faire plaisir et tu ne te fais pas plaisir non plus. Pis la bière est dégueulasse…» Daphné renchérit:«Si on pouvait prendre un crayon et juste la rayer des villes du Québec…» Il semble que le public français est pour sa part assez difficile à analyser tant ils sont respectueux et calmes, ce qui fait générallement contraste avec les foules éclatées qui se présentent habituellement dans les concerts de Canailles.

Questionnaire musical en vrac:

Depuis le début du band quel disque a tourné le plus dans la van?

DB: C’est Pain d’maïs c’est sûr… En France on a eu une tournée de six semaines, il y a quelqu’un qui nous a donné un album disant qu’il faisait du cajun. C’était pas bon… c’est pas bon. Je sais pas pourquoi, mais on était tellement rendus fou de faire de la route tout le temps qu’on faisait jouer l’album et on chantait les paroles.

EE: Je l’écouterais là! … Sinon c’est le copilote le DJ.

DB: Alaclair ensemble a pas mal joué, Quebec Redneck aussi…

Quand vous consommez de la musique, vous êtes plus numérique ou physique?

DB: Nous autres on achète pas mal de vinyles…

EE: Juste des vinyles, j’ai même pas d’ordi…

DB: On est tous vinyle dans le band.

Qu’est-ce que vous avez acheté récemment?

EE: Avec pas d’casque vient de sortir ses deux premiers en vinyle… j’ai juste écouté ça toute la semaine.

DB: J’ai acheté King Gizzard and the Lizard Wizard, sinon j’ai acheté Blaze Velluto Collection de Québec… c’est bon!

Quand vous revenez d’une fin de semaine de tournée, quel serait l’album idéal du lundi matin?

DB: En revenant de tournée?… Le silence. [rires] Souvent, t’as les oreilles qui sillent.

EE: J’ai une collection de vinyles hawaiiens… ça ou Avec Pas d’Casque encore!

Si vous pouviez choisir d’entendre un nouveau disque de n’importe quel artiste, vous choisiriez quoi?

EE: Radiohead a déjà sorti un nouveau disque hein? Un nouveau Tom Waits ça pourrait être cool.

DB: Ça pourrait être le fun ça!

EE: Sinon j’imagine qu’il va y avoir un album de Jean Leloup qui va sortir… faque ça va être le fun à entendre… Sûrement pas là, mais ça serait bien!

C’est quoi le meilleur artiste sur scène que vous avez vu?

DB: J’ai vu Sharon Jones en show au Métropolis, c’est pas mal l’affaire sur laquelle j’ai le plus capoté. J’ai jamais vu quelqu’un autant dedans. J’aurais vraiment aimé voir Nick Cave. J’ai vraiment trouvé son album vraiment beau et touchant.

EE: Sinon il y a CW Stoneking, c’est un artiste australien, intemporel. On l’a vu en mai l’an passé. C’est fucking bon. C’est vraiment un enfoiré… yé bon, yé beau, son band c’est juste des filles…

DB: Ty Segall donne aussi vraiment un bon show! J’ai rarement vu quelqu’un de même, c’est malade.

EE: La performance de Ginette Reno à l’ADISQ cette année. J’étais sur place, c’est ben impressionnant. Céline Dion était là aussi, ça m’a rien fait, mais Ginette… elle a tassé le micro pis a s’est mise à chanter… c’était bon!

[ENTREVUE] Klô Pelgag

Le vendredi 31 mars dernier, j’ai eu le privilège d’avoir en entrevue l’auteure-compositrice-interprète Klô Pelgag. Lors de cet entretien téléphonique, prélude à son spectacle qui aura lieu le 12 avril prochain à Trois-Rivières, il a été surtout question de son album L’Étoile thoracique et de sa plus récente tournée. Discussion avec une artiste, porte-parole de Secondaire en spectacle 2016-2017, qui n’obéit qu’à sa soif artistique.

David Ferron: La première question, c’est assez basic. C’est quoi L’Étoile thoracique ?

Klô Pelgag: C’est le titre de mon deuxième album qui est sorti en novembre passé. Et voilà !

DF: En fait, on dirait que j’essaie encore de faire le lien entre le titre et le reste de l’album. Peut-être que j’y réfléchis trop.

KP: Pour moi, L’Étoile thoracique c’est quelque chose que je trouvais [extrêmement] beau. Ça représente le cœur en fait. Le cœur c’est la base de toutes les « tounes ». Dans ce sens-là, il y a un lien très direct avec les chansons pour moi. Voilà !

DF: Dans Les ferrofluides-fleurs, il y un passage qui dit : « J’ai bu tout le sucre de l’érablière. À présent, mes pensées sont plus claires. » J’ai l’impression que la nature réglerait quelque chose, si on se fie au reste de l’album, que les relations humaines malsaines ou compliquées ne peuvent régler. 

KP: Ben oui, je pense que c’est clair. En fait, la nature c’est la chose la plus simple et complexe à la fois. Puis, nous en tant qu’humains, on est influencés par tout ce qui est relié à notre environnement mais qui n’est pas nécessairement relié à la nature. Surtout quand on habite en ville. On est constamment submergés de plein d’informations. On arrive à oublier en fait c’est quoi le silence, c’est quoi réfléchir par soi-même. Puis quand on se retrouve dans la nature ensuite. La nature, c’est quelque chose de très violent, tout en étant stable dans le mouvement et au niveau visuel par exemple […] C’est pour moi une source d’inspiration qui est quand même inépuisable, puis qui devrait l’être je pense, qui l’est probablement pour tout le monde […] Il y a plein de références à la nature dans l’album. Parce que c’est quelque chose de très fort, d’insaisissable.

DF: Parlant de la folie urbaine, il y a, dans la chanson Au musée Grévin, une impression de quelque chose de défouloir, avec les poupées de cire qui fondent par le feu. Est-ce qu’il y a, dans l’album justement, des chansons qui vous ont permis de vous défouler ?

KP: Parfois j’ai envie de faire des « tounes » qui musicalement sont dégueulasses. J’ai envie de faire du noise [branche du heavy metal] des fois. De virer complètement dégeulasse pour me défouler physiquement, intellectuellement; peu importe ce que je fais. [Au musée Grévin], c’est une « toune » qui exprime un sentiment de désillusion et un regard sur tout ce qu’est devenu la société, à quel point on vit en surface. C’est rare en fait que tu vas avoir une discussion qui n’est pas influencée par l’extérieur avec quelqu’un qui a un vrai avis.

DF: Dans le deuxième album, j’ai trouvé que l’orchestration était plus importante que sur le premier. Est-ce qu’avec votre frère, qui s’occupe de cet aspect dans vos albums, vous étiez en accord avec l’évolution de cette orchestration ?

KP: En fait, moi je travaille avec lui et les gens avec qui je veux travailler. Parce qu’ils vont être capables de traduire ce que moi je veux faire. En fait, je trouve que le premier album [L’Alchimie des montres] était plus chargé. Le deuxième album, c’est l’orchestre à cordes. Il y a beaucoup de choses aussi, mais c’est plus de masques qui ont des voix. C’est plus patient que dans l’autre, dans le sens que la musique est plus évoluée : je laisse plus le temps de poser des trucs. Dans [L’Alchimie des montres], j’avais 20 ans, j’étais ben énervée. Je capotais. J’avais juste envie de tout faire en même temps. De crier. La moitié des arrangements c’est moi aussi qui les ai fait. Mon frère est super important dans les deux albums parce que, oui effectivement, il a ce langage plus classique. C’est aussi une personne hyper brillante qui a une sensibilité et une écoute. D’être en accord avec la « toune ». Ça, c’est quand même précieux.

DF: Vous avez plusieurs influences, de Klaus Nomi [chanteur d’opéra allemand qui, sur scène, affichait un maquillage ostentatoire] à Richard Desjardins. De plus, sans doute qu’au fil des années votre doit s’enrichir. Comment fait-on pour qu’au niveau de la créativité, ça ne devienne pas le « bordel » ? Est-ce que le tout s’intègre facilement ?

KP: À partir du moment où tu es intègre et sincère, je pense que tu peux faire des choses merveilleuses, quand tu n’es pas trop influencé par l’extérieur. Je ne suis pas les règlements qu’on s’impose. C’est difficile pour tout le monde de démêler le vrai du faux. Le mot authentique a tellement été dénaturé avec le temps et utilisé à mauvais escient. Finalement, on ne sait même plus ce que ça veut dire. On l’attribue à des trucs qui n’ont pas rapport. Faut juste penser par [soi-même] et tout va bien aller.

DF: Quand on est en tournée, est-ce possible d’être créative, de pouvoir penser à de nouvelles chansons, à de nouveaux arrangements ?

KP: Ça dépend de quel genre de tournée tu fais. Avec le premier album, on a beaucoup tourné en Europe aussi. Je n’avais jamais de moment calme. En même temps, comme inconsciemment, tu emmagasines plein de trucs quand tu voyages. Je pense que quand ton âme éponge, il y a moyen d’être créatif partout et juste d’accumuler plein d’idées.

DF: En février, vous avez fait une tournée en France avec plusieurs dates en quelques jours. Dans l’annonce de la tournée, il y a une annonce de 35 musiciens qui vous accompagne…

KP: En fait [rires] il y a un petit astérisque à côté du 10 juin au FrancoFolies. En bas, le petit astérisque explique l’« Orchestre du Temple thoracique » qu’on fait le 10 juin au Théâtre Maisonneuve. C’est juste à Montréal.

La réalité de la musique au Québec et à plein d’endroits dans le monde, c’est que c’est pas mal impossible de tourner avec 35 musiciens. Nous, on tourne avec six musiciens puis on est souvent huit sur la route avec les techniciens et c’est déjà énorme ! [Le 10 juin prochain] ça va être un show spécial qui a été commandé par les Francos. On va faire l’album intégral [L’Étoile thoracique] avec les arrangements de l’orchestre. Je pense que ça va être le fun !

DF: Je vous ai vue live il y a quelques années. En fait, il semble avoir un univers pas mal différent sur disque. Sur scène, il y a des blagues, de la bonne humeur. Avec la deuxième tournée, est-ce que c’est encore possible de garder le côté le fun sur scène même s’il y a davantage de chansons qui évoquent un univers plus sombre ?

KP: C’est important d’avoir du fun […] Il y a beaucoup d’impro aussi. Une partie que le public apprécie c’est qu’un truc n’est pas pareil, pas identique, qu’il y ait toujours un nouveau spectacle à chaque soir. Il n’y pas de blague qui se répète. Je ne peux pas me changer vraiment non plus. Je ne peux pas changer de personnalité entre chaque album.

DF: Autant vous avez une démarche réfléchie sur l’album, et sur scène, hop, on s’amuse ! Donc, vous avez une personnalité multi-facettes

KP: Tout le monde est complexe…

DF: … Mais c’est le fun !

KP: Ben oui, c’est le fun ! C’est sûr que sur un album, tu travailles là-dessus pendant un an. [Sur disque], il y a quelque chose qui doit marquer que c’est la fin, que la « toune » va être sur l’album. Mais live, on peut emmener plein de variations, on peut s’éclater d’une autre façon et emmener l’impro là-dedans.

DF: Entre les deux tournées, quelles sont les différences ? Par exemple, êtes-vous plus à l’aise, moins nerveuse ? Le fait que vous soyez six sur scène et huit en tournée, par exemple, doit faire en sorte qu’on aborde la scène de manière différente.

KP: Depuis le début on est sept sur la route. Là on est sept aussi. Parfois, il y un éclairagiste.

DF: L’expérience de la route et de la scène aussi doit entrer en ligne de compte.

KP: La première tournée, on a tellement fait de route qu’à un moment donné, j’ai décidé de faire moins de shows… Les gens ne se rendent pas compte mais c’est vraiment intense. Parce que t’es tout le temps sur la route. C’est épuisant et intense. C’est le fun aussi. Mais ce qui a changé, c’est qu’on fait quand même un peu moins de shows. On fait parfois de plus grandes salles. On fait des choix. Puis, on a toujours envie de jouer le soir venu. Il ne faut jamais que ça devienne un travail. Jamais, jamais que ça devienne un travail ! De sentir que je vais comme à la job. Je veux avoir du fun dans la vie. C’est précieux pis faut juste garder cette envie de faire ce qu’on fait.

DF: Je vous remercie beaucoup de nous avoir accordé une entrevue

KP: Un grand merci à toi. Au plaisir !

DF: Bonne tournée et continuez de nous proposer votre univers !

Klô Pelgag sera à Trois-Rivières le mercredi 12 avril prochain, à la Salle Anaïs-Allard-Rousseau.

[Entrevue] Le saut dans le vide avec Sam Patch

Avant d’assister à son concert ce soir à l’Anti, j’ai discuté par téléphone à Ottawa avec Sam Patch, alias Tim Kingsbury, pour parler de son projet qu’il a lancé en 2014. 

Marie-Ève: Explique-nous comment t’est venu le nom du groupe Sam Patch? C’est vrai que c’était une idée de Matthew Brown (son claviériste)? 

Tim (Kingsbury): Exactement, oui. Il m’a en quelque sorte envoyé un lien vers un article à propos du gars. J’étais fasciné par lui; il était un personnage intéressant. Avez-vous lu un peu sur son histoire? Il était un véritable casse-cou.

Marie-Ève: Oui, il sautait du haut de cascades, si je me souviens bien.

Tim : C’est ça, il allait sauter. Et aussi, le son que le nom a. Sur un synthétiseur, c’est aussi un paramètre appelé le « patch ». Ça s’est aligné dans ma tête et j’ai trouvé ça approprié.

Marie-Ève : Est-ce que ce serait quelque chose que vous seriez enclin à faire, disons comme sauter d’un groupe et devenir un artiste solo? 

Tim: (rires) Je suppose que oui, Je crois que c’est important dans la vie de prendre des risques comme ceux-là.

Marie-Ève: Qu’est-ce qui vous avez fait décidé d’enregistrer ce projet? J’ai su que ça a débuté en 2014. Qu’est-ce qui a été un déclencheur? 

Tim: Bien, il y a très longtemps. J’écris des chansons depuis l’adolescence. J’ai continué tout au long et quand j’ai joint Arcade Fire, j’étais davantage occupé. Cependant, j’ai continué à écrire à côté. Il y a quelques années, j’ai senti une forte impulsion de, finalement, faire un album et de le voir se réaliser. Je crois que c’est une question de timing aussi. J’avais du temps libre et j’étais particulièrement motivé. Je suppose que je me suis senti prêt pour le faire.

Marie-Ève: Et jusqu’à présent, êtes-vous content de la réception qu’il a?
Tim: Oui, c’est très plaisant. On a joué notre premier show hier soir (jeudi) depuis la sortie de l’album à Montréal. C’était très amusant. Jusqu’à présent, c’est génial. C’est différent d’Arcade Fire. Je suis devant la foule et je joue dans des bars. Je conduis ma voiture et c’est une expérience différente et plaisante.

Marie-Ève: Comment décririez-vous votre album, si on devait le mettre en mots? 

Tim: Je dirais que les chansons et l’album sont groovy. Je l’ai fait avec beaucoup de drum machine et de boucles. J’ai en quelque sorte, construit ses grooves et écrit les chansons autour de ce que j’avais. C’est dansant et il y a aussi un élément un peu plus folk avec la guitare acoustique. C’est un album éclectique, il y a beaucoup de choses qui se passe.

Marie-Ève: Vous avez dit que c’est un peu comme du weird rock. 

Tim: Oui, je crois que c’est toujours vrai. Un ami me l’a décrit comme un album qui aurait été fait dans les années 1980, mais qui n’a jamais été entendu.

Marie-Ève: On en a parlé un peu plus tôt dans l’entrevue, mais est-ce que faire ce projet est un peu comme sortir de sa zone de confort? Si oui, comment? 

Tim: Ça l’est, mais d’une bonne façon. J’exerce des parties de mon cerveau et de moi-même que je n’avais pas utilisées récemment. C’est stimulant dans cette façon et c’est un bon exercice.

Marie-Ève: Et aller sur la scène seul doit faire une différence. 

Tim: Oui, j’ai vraiment du plaisir à parler à la foule et c’est amusant. C’est une expérience de scène différente de jouer dans un autre groupe (Arcade Fire).

Marie-Ève: Quelle serait la différence entre jouer dans un groupe et jouer solo, selon vous? 

Tim: Je suppose que jouer avec Arcade Fire, je me concentre sur l’instrument que je joue à cet instant et bien le jouer. Je porte moins attention à sentir l’énergie du groupe ou de la pièce. Avec ce projet, j’interagis plus avec les gens et c’est une connexion.

Marie-Ève: Quelles ont été vos inspirations pour cet album? J’ai entendu un peu de Wilco.

Tim: Oui, intéressant. Il y a définitivement un peu de country. Pour être honnête, je pourrais écrire deux pages à propos de mes influences. J’ai été avec plusieurs morceaux et c’est du rock, du pop et du country. Peut-être un peu d’hip-hop dans certains endroits. Lorsque j’écrivais l’album, si j’entendais une chanson dans ma tête et je me permettais un peu cette idée. Je ne me limitais pas à un ou deux groupes en particulier, j’explorais un peu de tout. Je crois que la limite, pour moi, était de choisir un nombre précis d’instruments. J’ai utilisé beaucoup de guitare acoustique et d’orgue. Il y a aussi un synthétiseur précis que j’ai pris. Je m’en suis servi comme une palette.

Marie-Ève: Comment étais la collaboration avec Basia Bulat et Jeremy Gara ? Vous avez collaboré avec Basia sur Tall Tall Shadow. Quelle était la différence cette fois-ci? 

Tim: Exactement, Basia était prête à collaborer avec moi. Quand j’ai commencé à écrire mon album et elle m’a dit: « Je voudrais chanter dessus »; elle était super excitée à l’idée de le faire et elle est tellement une chanteuse et une musicienne géniale. C’était facile de l’inviter à participer. En gros, elle était prête à tout. J’avais quelques idées et je lui demandais si elle pouvait les essayer et elle participait. Les harmonies vocales sur Waiting to Wait, elle les a fait en environ dix minutes et les a enregistrées vraiment rapidement. C’est une de mes parties préférées sur l’album.

Pour Jeremy (Gara), on a collaboré ensemble avant Arcade Fire. On se connaît depuis au moins vingt ans. On est comme deux frères. Ça me semblerait bizarre de ne pas jouer avec lui (rires).

Marie-Ève: C’est comme un groupe composé d’amis? 

Tim: Oui, quelqu’un l’avait écrit. De bons amis.

Marie-Ève: Ce n’est pas difficile d’aller sur la route avec des amis justement? 

Tim: Non, ça a été facile, même si on a pas fait beaucoup de route encore. C’est très relax comme tournée.

Marie-Ève: Vous avez aussi collaboré avec votre femme (Natalie Shatula) sur l’écriture de plusieurs chansons sur l’album, qu’a-t-elle apporté à l’album? 

Tim: Natalie m’a aidé à écrire les paroles de Listening. Je fais confiance à son jugement sur plusieurs choses. Elle a une bonne oreille, je lui joue toujours mes idées et elle me dit quelque chose. Je fais confiance à son sens du beau et c’est ma principale conseillère. (rires)

Marie-Ève: Donc si un idée ne passe pas pour elle, elle ne serait pas sur l’album par exemple? 

Tim: En quelque sorte, ou du moins je vais la retravailler et la repenser. Elle va me donner quelque chose pour réfléchir. Elle ne va pas habituellement me dire seulement que la chanson est ennuyante. On va parler et elle va m’aider. C’est une bonne collaboration.

Marie-Ève:  Qu’est-ce qu’il y a dans les projets futurs pour Arcade Fire. On sait qu’il y a un album en 2017. Avez-vous un peu plus de détails?

Tim: On a beaucoup de tournée de prévu pour l’été. On va être en Europe en juin et juillet. L’album va sortir avant l’automne. Je suis excité. On a fini l’album et on est en train de mettre les touches finales. Ça sonne génial.

Marie-Ève: Avez-vous déjà joué à Québec ? 

Tim: Ouais, Sam Patch, on a joué à Québec  avec Basia Bulat (au Théâtre Petit Champlain). J’ai vraiment aimé cette salle. Les gens étaient très sympathiques. C’était mon spectacle préféré. J’ai l’impression qu’Arcade Fire a moins joué à Québec. On a joué au Festival d’été, mais on n’y a pas joué souvent. Je suis heureux de venir avec mon projet.

Un grand merci à Tim Kingsbury et son équipe pour cet entretien. Si vous avez envie d’entendre les chansons mentionnées dans l’entrevue, vous trouverez un lien en bas de l’article. De même que des billets pour le spectacle de ce soir à l’Anti. Une critique suivra sous peu.