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Critique : Chantal Archambault – « L’amour ou la soif – EP »

J’aime beaucoup Chantal Archambault. Les élans fait partie de mes albums préférés de 2013 et j’avais hâte d’entendre les cinq chansons qui composent L’amour ou la soif.

Chantal ArchambaultAprès quelques écoutes, je comprends la talentueuse Abitibienne de vouloir partager ces chansons country-folk d’une grande sensibilité. Y’a des morceaux là-dedans qui vont devenir des essentiels du répertoire de l’artiste. Ça parle d’amour, celui qu’on vit, celui qu’on fait. Archambault se laisse aller, grave et sensuelle sur La muse ou la proie, amante houleuse sur Boire à crédit. 

Surtout, il m’a permis de tomber amoureux d’Amour asphalte, un bijou de folk lumineux et amoureux qui sent l’été.

Dix-neuf minutes essentielles à votre discothèque.

Chantal Archambault – « L’amour ou la soif – EP » (Indica) – Site Web
9/10

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Critique : St. Vincent – « St. Vincent »

Après un disque enregistré en collaboration plus que fructueuse et réussie avec David Byrne, qui l’aura influencée plus qu’elle ne voudra l’admettre, nous avions hâte de voir ce qu’Annie Clark allait nous réserver. Jusqu’à maintenant, on peut dire que la jeune rockeuse a fait un parcours sans faute. Aura-t-elle été capable de maintenir la cadence?

St. VincentLa réponse vient dès les premières mesures de Rattlesnake, qui raconte une expérience où elle s’est déshabillée en plein désert pour ensuite voir un serpent à sonnettes. Le rythme de la séquence du synthé est typique, Clark ne perd pas de temps et se met à chanter. Oh, ce que le travail avec Byrne a été bénéfique! En une chanson, le ton est donné et mes oreilles sont vraiment excitées.

Tout au long des 41 minutes que dure l’album, Annie Clark s’amuse avec nos neurones en nous balançant des chansons pop et rock aux rythmes et aux sonorités variées. On aime le mordant de Birth in Reverse, la douceur de Prince Johnny, et l’explosion rock aux deux tiers de Huey Newton. Digital Witness, le deuxième simple, est toujours une des meilleures chansons pop que vous aurez entendues dans les dernières années.

En passant, écoutez attentivement Clark chanter sur Digital Witness. C’est du bonbon. Premièrement, sa voix est superbe. Assurée. C’est presque de l’opéra rock. Sur I Prefer Your Love, c’est tout le contraire. Clark chante bas, tout doucement. C’est tendre. On ne la savait pas si délicate. Surtout que Regret attend derrière. Et que Bring Me Your Love va vous sauter au visage ensuite. Ça égratigne, la voix monte, les synthés sont lourds, le rythme accroche le pied (et le bassin, si vous avez le bonheur d’être debout). Souffle coupé. Je peux prendre un petit break?

Ça tombe bien, Psychopath commence plutôt doucement et prend des allures de chansonnette pop. Puis embarque le refrain, on s’envole encore. C’est à coups de Ah, ha! que Clark nous séduit, cette fois-ci. Après une autre excellente pièce pop en Every Tear Disappears, Clark rechante la fin du monde dans Severed Crossed Fingers (ça a l’air de faire mal).

Sur St. Vincent, Annie Clark est féminine sans être frêle. Sans artifices, avec son air faussement diva cachant une déesse de la guitare dotée d’un talent fou, elle est sexy sans même chercher à l’être. Elle est originale sans avoir l’air folle. Et elle est unique tout en demeurant naturelle.

Le pire, dans tout ça, c’est qu’elle ne semble même pas avoir atteint le meilleur de sa forme.

Ma note :
9/10

St. Vincent – « St. Vincent » (Loma Vista/Republic)

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Critique : Phantogram – « Voices »

Un gars, une fille qui viennent de quelque part dans l’État de New York. De la musique très atmosphérique. Une chanteuse qui s’émeut facilement. Y’en a treize à la douzaine, mais aucun n’arrive à la cheville de Phantogram, qui a vu son succès grandir lentement, mais sûrement, depuis la sortie de son premier album, Eyelid Movies.

PhantogramNous étions très nombreux à attendre impatiemment la sortie du successeur de cet excellent premier album. Nous voilà exaucés aujourd’hui avec Voices, un album où Josh Carter et Sarah Barthel mettent leur talent à profit pour nous emmener une fois de plus dans leur univers électro-pop atmosphérique, mais rythmé.

Si vous avez déjà entendu le premier album, vous êtes en terrain connu. Carter et Barthel ont décidé de ne pas trop s’éloigner des sentiers qu’ils ont empruntés pour Eyelid Movies. D’un côté, c’est une bonne chose, car ils ont trouvé un bon filon qui mérite d’être exploré. De l’autre, le duo a mis toute l’expérience acquise ces dernières années dans la conception de l’album. Barthel transmet beaucoup plus facilement ses émotions en affichant mieux sa sensibilité, tant par le verbe que par l’attitude. L’intensité a monté d’un cran ou deux, les basses sont plus profondes, on ressent mieux les émotions véhiculées par les enveloppes musicales crées par les synthés. Tout ça sans avoir cette impression de redite qu’on a souvent lorsqu’un artiste préfère parfaire ce qu’il sait qu’explorer des endroits où il n’est jamais allé.

Howlin’ At The Moon est un parfait exemple de ce que j’avance. On y retrouve une ambiance familière, propre à Phantogram, mais chaque note jouée à la guitare par Carter a plus de mordant et Barthel n’a jamais autant donné la chair de poule.

Un album qui plaira aux fans de duos gars-fille spécialisés en pop indé, mais qui sont tannés des trucs trop tranquilles de Beach House.

Ma note :
7/10

Phantogram – « Voices » (Indica)

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Critique : Jay Malinowski & The Deadcoast – « Martel »

Oh, quel projet ambitieux que ce Martel de Jay Malinowski, que vous connaissez sûrement pour son travail comme chanteur du groupe Bedouin Soundclash. Ambitieux, mais des plus intéressants en raison de son sujet, mais aussi en raison de la façon dont il est livré.

Jay MalinowskiPour Martel, Malinowski a laissé tomber le reggae et les influences mariachi de ses aventures passées pour mettre en musique les histoires que son grand-père lui racontait à propos d’un de ses ancêtres, Charles Martel,  un marin d’origine française. Pas besoin de vous dire qu’on nage dans un tout autre univers.

S’entourant des cordes de The Deadcoast, les 18 chansons de Martel sont autant de ports d’escale que l’on visite les oreilles grandes ouvertes; on ne sait jamais, l’émerveillement peut venir de n’importe où, que ce soit des notes vibrantes du piano sur Donzoko Blues, du refrain redoutablement accrocheur de Patience Phipps, du choeur viril de Singapore Sling ou d’une reprise de Sloop John B (vous avez peut-être déjà entendu la version des Beach Boys).

Si vous voulez en savoir plus sur le projet Martel, visitez le site Web www.whoismartel.com. Ça se savoure très bien en écoutant la jolie musique de l’album en même temps.

Maudit beau projet.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=bIy-HlZSXpo&w=480]

Jay Malinowski & The Deadcoast – « Martel » (Pirates Blend)
8/10

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Critique : Alexandre Désilets – « Fancy Ghetto »

Après nous avoir offert deux albums de musique pop atmosphérique très tendance, Alexandre Désilets bifurque vers une pop plus mouvante et énergique sur Fancy Ghetto, un album-crochet qui crée une dépendance dès la première écoute et qui devrait permettre à l’artiste d’atteindre enfin une renommée bien méritée.

Alexandre DésiletsFancy Ghetto est rempli de chansons pop variées qui se distinguent de ce qu’on trouvait sur les albums précédents par leur énergie canalisée de main de maître par Désilets et François Lafontaine (réalisateur de l’album). Au lieu de faire dans la sobriété qui a marqué les premiers albums de 2014, Désilets a opté pour une instrumentation riche, des arrangements complexes, des paroles (coécrites avec Mathieu Leclerc) qui groovent et des rythmes qui font danser, et ce, dès les premières notes d’Au diable, la première chanson de l’album. Même une pièce très atmosphérique comme le délicieux Hymne à la joie a du rythme (en plus d’un petit solo de guitare très années 1980).

Oui, au début de l’album, on pense à Nevsky, à Peter Peter et à quelques autres artistes qui ont fait dans la pop plus lumineuse ces derniers temps. Mais alors que les titres se succèdent, on découvre quelques particularités ici, quelques subtilités là et beaucoup de trucs qui mettent Désilets dans une classe à part. Seul Désilets a un Crime parfait dans son répertoire, groovy, enveloppé de synthés, qui fera claquer des doigts et taper du pied, ou un Bats-toi mon coeur au rythme effréné.

En plus de François Lafontaine (dont le jeu de piano est mis en évidence), Désilets a recruté Olivier Langevin (qui trouve encore le moyen de faire chanter sa guitare de toutes sortes de façons), Samuel Joly et François Plante. Ah, pis tant qu’à faire et avoir Lafontaine dans les parages, pourquoi ne pas demander à Julien Sagot de se laisser aller les percussions sur Bats-toi mon coeur? Pourquoi ne pas y ajouter les voix de Marie-Pierre Arthur et d’Erika Angell (que vous connaissez en tant que chanteuse de Thus:Owls)? Et pourquoi ne pas demander à Arthur de chanter sur l’émouvante Rejoins-moi, coécrite avec un Éric Goulet particulièrement en forme?

Le premier simple, Renégat, annonçait de belles choses pour Alexandre Désilets. Ouais, il plaçait la barre bien haute pour le reste de l’album, mais quand on l’entend presque à la fin du disque, c’était avec raison : Fancy Ghetto, c’est une bombe.

Un album que vous pouvez apprécier en toutes circonstances. Ça se prend bien.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=uUO2zQygyN0&w=480]
Site Web

Alexandre Désilets – « Fancy Ghetto » (Indica)
9/10

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Critique : Kevin Thompson – « Les roses »

Le deuxième album de Kevin Thompson est la somme d’un grand malheur (la perte d’un de ses parents et une séparation douloureuse) et d’un heureux hasard, plus précisément d’une heureuse rencontre avec Pierre Marchand, réalisateur chevronné ayant déjà travaillé avec Sarah McLachlan, les soeurs McGarrigle, Rufus Wainwright, Stevie Nicks, pour ne nommer que ceux-là.

Kevin ThompsonPour cet album entièrement dans la langue de Molière, Thompson et Marchand (qui joue les musiciens plutôt que les réalisateurs) se sont concentrés sur l’émotion brute qui se dégage des dix chansons folk intimistes qui chante l’amour sous toutes ses formes. Les pièces sont fort jolies, les mélodies sont d’une belle douceur et les arrangements, bien que minimalistes, comportent leur lot de petits bonbons pour les oreilles (percussions, cuivres, etc.). Rien ne semble forcé, tous les éléments s’enchaînent naturellement, rien n’est de trop, rien ne manque. C’est propre, propre, propre.

En plus de Marchand, Thompson a pu profiter de la collaboration de Martha Wainwright sur La rose, la pièce d’ouverture, où madame, sublime comme jamais, vole la vedette au falsetto tout à fait correct de Thompson. J’aime bien Ne dis à personne, toute douce et imagée. Fait penser un peu à Belle and Sebastian.

En fait, si on veut vraiment chercher des poux  à Kevin Thompson, on pourra toujours dire que de beaux jeunes hommes qui chantent l’amour en falsetto, il commence à y en avoir beaucoup. Et que même si cet album nous accroche, et qu’il est agréable, il ne suscite pas de grand coup de coeur chez ce critique. Mais bon, cela n’enlève rien aux qualités de cet album fort sympathique qui s’écoute tout en douceur au coin du feu un soir frisquet de février.

Vous avez ma bénédiction.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=EtvEkhr7CJU&w=480]
Site Web

Kevin Thompson – « Les roses » (Audiogram)
7/10

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Critique : Patrice Michaud – « Le feu de chaque jour »

Le Gaspésien Patrice Michaud nous présente un solide deuxième album qui ne surprendra peut-être personne, mais qui a le mérite d’être bien fait.

Alliant pop, folk, rock, country et j’en passe, Michaud a concocté un disque des plus accessibles, qui s’écoute très bien et qui devrait aller lui chercher un très grand nombre de fans, surtout que les radios vont probablement l’adorer.

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C’est un peu normal. Tout d’abord, la réalisation est sans tache. André Papanicolaou, guitariste et réalisateur, a fait un excellent boulot, tant du côté des riffs qui égratignent juste assez que du côté de la direction d’orchestre. Excellent idée que de le recruter, celui-là, de même que l’omniprésent François Lafontaine (Karkwa), Simon Blouin, Mark Hébert et Audrey-Michèle Simard (qu’on a vue, entre autres, dans Galaxie).

Le Gaspésien d’origine habite maintenant Lotbinière, où se terre une Salomé Leclerc qui aura prêté sa voix unique à deux des meilleures pièces de l’album (la pièce-titre, Le feu de chaque jour, qui a un petitgros côté Springsteen dans sa richesse, et M’espères-tu?, chanson remplie de doutes et de paroles savoureuses (« faire jouer jusqu’au bout le best-of de nous »), où les deux voix, qui se complètent déjà à merveille, s’allient parfaitement aux guitares de Nicolaou et au piano de Lafontaine.

Justement, tant qu’à parler de voix… Celle de Michaud n’est pas spectaculaire, mais elle est belle, juste assez grave, rauque et virile.

Comme il l’avait fait sur son premier album (Cap-Chat/Montréal sur Le triangle des Bermudes), Michaud laisse aller le conteur en lui sur La faille de San Andreas. Trois minutes de poésie pure. D’ailleurs, les textes de la grande majorité des chansons sont du bonbon, même si ça sent parfois la petite rime trouvée sans trop se forcer.

Non, Michaud n’a pas réinventé le bouton à quatre trous. Mais Le feu de chaque jour n’a jamais eu cette ambition. Cet album, c’est l’album d’un gars qui a de belles histoires à raconter sur le désir et qui a tout le talent nécessaire pour les mettre en musique, que ce soit en rockant ou en jouant les chansonniers sur le bord du feu.

Un « grower » qui s’apprécie au fil des écoutes.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=9VCpDQaz9m0&w=480]

Patrice Michaud – « Le feu de chaque jour » (Spectra Musique)
7/10